Entreprises et marchés

Sam Altman retrace l’ascension d’OpenAI et vise désormais la superintelligence

Deux ans après le lancement de ChatGPT, Sam Altman dresse le bilan d’une croissance spectaculaire et mouvementée pour OpenAI. Le dirigeant affirme que l’entreprise sait désormais comment construire une AGI, tout en orientant déjà ses recherches vers la superintelligence et les défis de sécurité qu’elle poserait.

Un dirigeant et une équipe de chercheurs face à des interfaces symbolisant la croissance et la sécurité de l’IA.
Illustration : Actu.ai

Deux ans après avoir mis ChatGPT à la disposition du public, OpenAI ne se présente plus seulement comme un laboratoire de recherche. L’entreprise est devenue l’un des visages mondiaux de l’intelligence artificielle générative, avec une audience qui se compte en centaines de millions d’utilisateurs hebdomadaires. Dans son bilan publié à la fin de 2024, son directeur général Sam Altman décrit cette accélération avec gratitude, mais aussi avec prudence : la trajectoire vers une intelligence artificielle toujours plus capable s’est révélée bien moins linéaire que les démonstrations publiques ne le laissent parfois croire.

Le dirigeant relie cette histoire à la mission initiale d’OpenAI, créée en 2015 : faire en sorte que l’intelligence générale artificielle, ou AGI, bénéficie à l’humanité entière. Cette ambition semble aujourd’hui familière tant le débat sur l’IA est omniprésent. Elle l’était beaucoup moins à l’époque, lorsque le sujet mobilisait principalement des chercheurs et une partie du secteur technologique. Dix ans plus tard, OpenAI prépare déjà l’étape qu’Altman place au-delà de l’AGI : la superintelligence. Une perspective qui mêle promesse scientifique, bouleversement économique et questions de contrôle inédites.

De la recherche sur GPT-3.5 à l’arrivée de ChatGPT

Avant ChatGPT, OpenAI était surtout identifiée à ses travaux de recherche et à ses modèles accessibles par API, une interface permettant à des développeurs d’intégrer des capacités d’IA dans leurs propres logiciels. En 2022, l’organisation expérimentait un service alors désigné comme « Chat avec GPT-3.5 ». Les premiers retours des développeurs ont montré l’intérêt d’un outil conversationnel plus simple à utiliser, directement accessible au grand public.

Le 30 novembre 2022, le lancement de ChatGPT a changé l’échelle du phénomène. Le produit proposait une interface de dialogue claire pour interagir avec un grand modèle de langage. Il ne rendait pas l’intelligence artificielle soudainement parfaite, ni infaillible. En revanche, il permettait à un large public de formuler une demande dans une langue courante, d’obtenir du texte, des explications, des idées ou du code, et de mesurer concrètement les possibilités comme les défauts de ces systèmes.

Cette simplicité d’accès, ainsi que l’identité propre donnée à ChatGPT, a joué un rôle décisif dans son adoption. Altman constate que le lancement a déclenché une courbe de croissance hors norme, non seulement pour OpenAI, mais aussi pour l’ensemble de l’industrie technologique. La concurrence, les investissements, les usages professionnels et le débat public se sont accélérés autour des IA génératives.

RepèreCe qu’il représente pour OpenAI
2015Création d’OpenAI autour de l’objectif d’une AGI bénéfique à l’humanité
2022Les usages autour de « Chat avec GPT-3.5 » encouragent la création d’un service grand public
30 novembre 2022Lancement public de ChatGPT
Novembre 2023Éviction temporaire de Sam Altman, suivie de son retour à la direction
Fin 2024OpenAI indique compter plus de 300 millions d’utilisateurs actifs chaque semaine

Une entreprise construite à grande vitesse

L’explosion de la demande a imposé à OpenAI une transformation difficile. Une organisation de recherche peut travailler selon des cycles longs, avec des équipes relativement concentrées sur l’expérimentation. Une entreprise dont les produits sont utilisés chaque semaine par des centaines de millions de personnes doit aussi gérer des infrastructures, un support, des impératifs de sécurité, des partenaires, des développeurs et une attention médiatique constante.

Sam Altman décrit une construction menée dans l’incertitude, avec de nombreuses décisions prises sans disposer de précédents fiables. L’enjeu ne consistait pas seulement à améliorer des modèles : il fallait bâtir une entreprise autour d’une technologie nouvelle, au moment même où ses usages et ses conséquences se révélaient au public. Cette situation explique les ajustements rapides, mais aussi les erreurs auxquelles le dirigeant fait référence.

Le chiffre communiqué par OpenAI illustre ce changement d’échelle : plus de 300 millions d’utilisateurs actifs chaque semaine au début de 2025, contre 100 millions un an auparavant. Cette progression ne signifie pas que tous les utilisateurs ont le même usage de ChatGPT. Certains s’en servent occasionnellement pour reformuler un texte ou obtenir une explication. D’autres y ont recours pour programmer, préparer des documents, explorer des idées ou automatiser certaines tâches. Mais elle confirme que l’interface conversationnelle est devenue une porte d’entrée majeure vers l’IA générative.

Cette massification soulève également une question de responsabilité. Lorsqu’un outil peut influencer la façon dont des millions de personnes écrivent, apprennent, travaillent ou recherchent de l’information, ses limites ne sont plus un détail technique. Elles deviennent un sujet de fiabilité, d’éducation et de confiance publique.

La crise de 2023, un avertissement sur la gouvernance

L’histoire récente d’OpenAI ne se résume pas à sa croissance. En novembre 2023, le conseil d’administration a démis Sam Altman de son poste de directeur général. Quelques jours plus tard, sous l’effet de la mobilisation d’une grande partie des salariés et de fortes pressions dans l’écosystème technologique, il a retrouvé ses fonctions.

Altman considère cet épisode comme un échec de gouvernance. Dans son retour d’expérience, il ne présente pas les personnes impliquées comme mal intentionnées. Il estime plutôt que des individus de bonne foi n’avaient pas mis en place des mécanismes suffisamment solides pour traiter un désaccord aussi important au sein d’une entreprise développant une technologie à fort impact potentiel.

La gouvernance désigne ici l’ensemble des règles et des pouvoirs qui organisent le contrôle d’une entreprise : rôle du conseil d’administration, responsabilités de la direction, processus de décision, information des parties prenantes et capacité à arbitrer les conflits. Pour une société qui revendique une mission de sécurité liée à une future AGI, la question est particulièrement sensible. Le conseil doit pouvoir exercer un contrôle réel, sans que cette architecture n’empêche l’organisation de fonctionner dans une période de croissance extrêmement rapide.

Altman dit avoir tiré des leçons personnelles de cette séquence et être devenu un dirigeant plus réfléchi. Au-delà de son cas, l’épisode a illustré une difficulté plus large : les structures habituelles de la tech sont-elles adaptées à des entreprises qui ambitionnent de créer des systèmes capables de transformer profondément l’économie et la société ?

Que signifient AGI et superintelligence ?

L’objectif historique d’OpenAI est l’intelligence générale artificielle, souvent appelée AGI. Le terme désigne, dans son sens le plus courant, une IA qui pourrait accomplir un très large éventail de tâches cognitives avec un niveau comparable ou supérieur à celui des humains. Il ne s’agit pas simplement d’un assistant capable de répondre à des questions ou de générer des images, mais d’un système susceptible de raisonner, apprendre et s’adapter dans de nombreux domaines.

Il faut toutefois garder une nuance essentielle : il n’existe pas de définition universellement acceptée de l’AGI. Les chercheurs, entreprises et observateurs ne s’accordent ni sur le seuil précis à partir duquel une IA pourrait recevoir cette qualification, ni sur les méthodes les plus fiables pour l’évaluer. L’AGI reste donc, au début de 2025, un objectif de recherche et un concept de débat, non un produit dont l’existence serait établie.

Sam Altman affirme qu’OpenAI est désormais confiante dans sa capacité à construire une AGI « au sens où le terme a traditionnellement été compris ». L’entreprise commence simultanément à viser plus loin : la superintelligence, c’est-à-dire des systèmes dont les facultés cognitives dépasseraient largement celles des humains. Cette notion est encore plus spéculative, mais elle structure déjà une partie des réflexions sur la sûreté de l’IA.

De l’AGI à la superintelligence : promesses et conditions

Ce que ces systèmes pourraient apporter

  • Accélérer les découvertes scientifiques et la résolution de problèmes complexes.
  • Automatiser des séquences de travail grâce à des agents utilisant plusieurs outils.
  • Améliorer la productivité dans des tâches intellectuelles répétitives ou structurées.
  • Étendre l’accès à des assistants capables d’expliquer, rédiger et analyser.

Ce qui doit être maîtrisé

  • Réduire les erreurs factuelles et les comportements imprévisibles des modèles.
  • Définir des limites d’action claires pour les agents déployés en entreprise.
  • Préserver la sécurité des données et la capacité de contrôle humain.
  • Mettre en place une gouvernance adaptée à des technologies à fort impact.

Les agents IA pourraient rejoindre le monde du travail en 2025

Dans cette perspective, Altman estime que 2025 pourrait voir les premiers agents d’IA « rejoindre la main-d’œuvre » et modifier de façon tangible la production des entreprises. Un agent ne se limite pas à produire une réponse isolée dans une fenêtre de dialogue. L’idée est qu’il puisse recevoir un objectif, organiser plusieurs étapes, utiliser des outils numériques et poursuivre une tâche avec une autonomie accrue.

Par exemple, un tel système pourrait devoir rechercher une information, comparer des données dans plusieurs documents, rédiger une synthèse puis préparer un résultat dans un logiciel. La promesse est d’automatiser des enchaînements de tâches plutôt que de se contenter d’assister ponctuellement un utilisateur. Mais cette autonomie pose immédiatement des questions pratiques : quel périmètre d’action lui accorder ? Comment vérifier son travail ? Qui est responsable s’il commet une erreur ? Quels accès peut-il obtenir à des données ou à des outils internes ?

Dans les entreprises, l’adoption dépendra donc moins de l’effet spectaculaire d’une démonstration que de critères très concrets : la qualité des résultats, la sécurité des données, la traçabilité des actions et la possibilité de conserver une validation humaine. L’arrivée annoncée des agents ne signifie pas une automatisation immédiate et uniforme de tous les métiers. Elle suggère plutôt une évolution graduelle de certaines fonctions, avec des usages qui devront prouver leur utilité et leur fiabilité.

Pourquoi la sécurité reste au centre du projet d’OpenAI

L’intérêt d’une IA beaucoup plus capable est évident dans le discours d’Altman : elle pourrait accélérer des découvertes scientifiques, résoudre des problèmes complexes et contribuer à une période de prospérité exceptionnelle. Mais la même puissance pourrait aussi créer des dangers considérables si elle était mal conçue, mal utilisée ou insuffisamment contrôlée.

C’est là qu’intervient la notion d’alignement. Dans le domaine de l’IA, elle désigne l’objectif de faire en sorte qu’un système agisse conformément aux intentions humaines et respecte les contraintes qui lui sont fixées. Le défi ne consiste pas seulement à demander au modèle d’être utile. Il faut aussi s’assurer qu’il reste prévisible dans des situations nouvelles, qu’il ne contourne pas les règles prévues et que ses décisions puissent être évaluées.

OpenAI défend une approche de déploiement progressif : introduire de nouvelles capacités de manière graduelle afin que la société puisse en observer les effets, s’y adapter et contribuer à définir les garde-fous. Cette méthode ne supprime pas les risques. Elle reconnaît en revanche qu’une technologie utilisée à grande échelle ne peut pas être pensée uniquement dans les laboratoires ou les conseils d’administration.

Altman insiste ainsi sur le fait qu’OpenAI ne peut pas se comporter comme une entreprise ordinaire. Cette formule renvoie à une tension centrale : l’organisation doit innover, financer des infrastructures coûteuses et répondre à une forte demande, tout en assumant une mission de sûreté sur des technologies dont les effets potentiels dépassent largement son seul marché.

Ce qu’il faut surveiller en 2025

Le prochain chapitre ne se jouera pas seulement sur la puissance des futurs modèles. Il dépendra de la capacité d’OpenAI et de ses concurrents à démontrer que des systèmes plus autonomes peuvent être déployés de façon fiable. La progression des agents IA dans les entreprises sera un test concret : leur valeur reposera sur leur aptitude à accomplir des tâches utiles, sans multiplier les erreurs, les fuites de données ou les décisions impossibles à expliquer.

La gouvernance restera tout aussi déterminante. L’épisode de novembre 2023 a montré que la mission affichée, aussi ambitieuse soit-elle, doit s’appuyer sur des règles opérationnelles solides et une répartition claire des responsabilités. Pour OpenAI, la vitesse de croissance et la recherche de sécurité ne sont pas deux sujets séparés : elles évoluent désormais ensemble.

Enfin, les termes d’AGI et de superintelligence devront être examinés avec précision. Ils portent une vision de long terme, mais ne remplacent pas les questions immédiates : comment vérifier les résultats d’un modèle, protéger les données des utilisateurs, répartir les gains de productivité et conserver une capacité humaine de décision ? C’est dans ces réponses concrètes que se mesurera la promesse d’une IA réellement bénéfique à tous.

Questions fréquentes

Qui est Sam Altman chez OpenAI ?

Sam Altman est le directeur général d’OpenAI et l’une de ses figures fondatrices. Il porte la stratégie de l’organisation, créée en 2015 autour de l’objectif de développer une intelligence générale artificielle bénéfique à l’humanité. Il est aussi au centre des débats sur la vitesse de développement, la sécurité et la gouvernance de l’IA.

Combien d’utilisateurs actifs ChatGPT compte-t-il au début de 2025 ?

OpenAI indique compter plus de 300 millions d’utilisateurs actifs chaque semaine au début de 2025. Sam Altman compare ce chiffre aux 100 millions d’utilisateurs hebdomadaires recensés un an plus tôt. Ce total mesure des utilisateurs actifs sur une semaine, et non le nombre de comptes créés depuis le lancement de ChatGPT.

Qu’est-ce que l’AGI selon OpenAI ?

L’AGI, ou intelligence générale artificielle, désigne une IA capable de réaliser un très grand nombre de tâches cognitives à un niveau comparable ou supérieur à celui d’un humain. OpenAI en fait son objectif historique. Toutefois, le terme ne possède pas de définition scientifique unique et aucun consensus n’établit qu’une AGI existe déjà.

Pourquoi Sam Altman a-t-il été évincé d’OpenAI en 2023 ?

En novembre 2023, le conseil d’administration d’OpenAI a brièvement évincé Sam Altman de la direction. Il a ensuite retrouvé son poste après la mobilisation d’une grande partie des salariés et de fortes pressions dans le secteur technologique. Altman qualifie cet épisode d’échec de gouvernance, impliquant selon lui des personnes bien intentionnées.

Que sont les agents IA que Sam Altman évoque pour 2025 ?

Les agents IA sont des systèmes conçus pour aller au-delà d’une réponse ponctuelle. Ils peuvent recevoir un objectif, enchaîner des étapes et utiliser des outils numériques pour accomplir une tâche. Sam Altman estime que les premiers pourraient rejoindre la main-d’œuvre en 2025, mais leur déploiement exige des contrôles humains, une sécurité robuste et des limites d’action claires.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. OpenAI, site officielopenai.com