OpenAI : l’offre de 97,4 milliards de Musk rejetée par Sam Altman
Elon Musk a conduit un groupe d’investisseurs proposant 97,4 milliards de dollars pour prendre le contrôle des actifs de l’organisation à but non lucratif qui supervise OpenAI. Sam Altman a écarté l’offre avec ironie. Au-delà de leur échange sur X, le dossier révèle un conflit profond sur la gouvernance, le financement et la mission du créateur de ChatGPT.

Elon Musk a remis au premier plan sa querelle avec OpenAI en conduisant une offre de 97,4 milliards de dollars, rendue publique le 10 février 2025. Le montant est spectaculaire, mais l’opération est plus complexe qu’une tentative de rachat de « ChatGPT » : elle vise les actifs de l’organisation à but non lucratif qui contrôle le laboratoire d’intelligence artificielle. Sam Altman, directeur général d’OpenAI, a opposé un refus public et cinglant.
La scène s’est jouée alors que Paris accueillait le Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle, les 10 et 11 février 2025. Elle résume une fracture devenue très visible entre deux anciens associés. D’un côté, Musk, cofondateur d’OpenAI devenu patron de la société concurrente xAI. De l’autre, Altman, qui défend la trajectoire actuelle d’OpenAI et sa capacité à financer des modèles d’IA toujours plus coûteux à entraîner.
Une offre qui vise les actifs de l’organisation à but non lucratif
Le groupe réuni autour d’Elon Musk a adressé à OpenAI une proposition de 97,4 milliards de dollars. Il ne s’agissait pas, au sens strict, d’acheter uniquement le chatbot ChatGPT, ni d’une simple acquisition d’actions comparable à une offre sur une entreprise cotée.
L’offre concernait les actifs d’OpenAI Inc., la structure à but non lucratif créée en 2015. Cette entité détient le pouvoir de contrôle sur les activités commerciales du groupe. C’est un point essentiel pour comprendre l’affaire : OpenAI s’est construit autour d’une architecture de gouvernance atypique, dans laquelle une mission d’intérêt général est censée encadrer une activité commerciale très capitalistique.
Le consortium était notamment soutenu par xAI, la société d’Elon Musk, ainsi que par plusieurs investisseurs. L’initiative intervient alors qu’OpenAI travaille à une évolution de sa structure afin de faciliter ses besoins de financement tout en maintenant un lien avec sa mission à but non lucratif.
| Date | Événement | Pourquoi c’est important |
|---|---|---|
| 2015 | Création d’OpenAI, avec Elon Musk parmi les cofondateurs | Le projet affiche alors une mission de développement de l’IA au bénéfice de tous. |
| 2018 | Elon Musk quitte le conseil d’administration d’OpenAI | La coopération directe entre Musk et le laboratoire prend fin. |
| Novembre 2022 | Lancement public de ChatGPT | OpenAI devient l’un des acteurs les plus visibles de l’IA générative. |
| Mars 2024 | Musk engage une procédure contre OpenAI et Sam Altman | Il conteste l’évolution de la société et sa relation avec Microsoft. |
| 10 février 2025 | Offre de 97,4 milliards de dollars menée par Musk | Le conflit judiciaire et idéologique se double d’une pression financière. |
Sam Altman répond par une pique sur X
La réponse de Sam Altman ne s’est pas fait attendre. Sur X, il a écrit : « non merci mais nous achèterons twitter pour 9,74 milliards de dollars si vous voulez ». La formule fait directement référence aux 54 milliards de dollars déboursés par Elon Musk pour acquérir Twitter en 2022, plateforme ensuite rebaptisée X.
Cette contre-proposition ironique ne laisse aucun doute sur la position du dirigeant : OpenAI ne souhaite pas donner suite à l’offre. Face à la presse, Sam Altman a également affirmé qu’OpenAI n’était pas à vendre.
Elon Musk a répondu sur le même réseau social en qualifiant Sam Altman d’« escroc ». Ces échanges ne constituent pas seulement une passe d’armes entre deux dirigeants connus. Ils traduisent des désaccords concrets sur le contrôle d’une organisation devenue centrale dans la compétition mondiale pour l’intelligence artificielle générative.
L’enjeu est considérable : développer les grands modèles de langage exige des talents rares, d’importantes capacités de calcul et des investissements de plusieurs milliards de dollars. Dans ce contexte, la gouvernance d’OpenAI est indissociable de sa capacité à lever des fonds et à nouer des partenariats industriels.
Pourquoi Musk et OpenAI sont-ils en conflit ?
Elon Musk a participé à la fondation d’OpenAI en 2015. À l’époque, le laboratoire se présentait comme une organisation de recherche à but non lucratif, attentive aux risques que pourrait poser une intelligence artificielle très avancée. Musk a quitté son conseil d’administration en 2018.
Depuis, il est devenu l’un des critiques les plus constants d’OpenAI. Dans sa procédure engagée en 2024, il reproche notamment à l’organisation d’avoir dévié de sa mission fondatrice en développant des technologies qu’il juge trop fermées et en se rapprochant de Microsoft. Il soutient qu’OpenAI aurait abandonné sa vocation première au profit d’une stratégie commerciale.
OpenAI rejette cette lecture. L’organisation a contesté les accusations de Musk et soutient que sa mission demeure inchangée, tout en affirmant qu’aucun accord fondateur ne lui imposait les obligations décrites par l’entrepreneur. Le litige, toujours en cours à la mi-février 2025, porte donc autant sur l’interprétation du passé que sur le contrôle de l’avenir.
Musk défend publiquement le retour d’OpenAI à ce qu’il présente comme une force « open source » et axée sur la sécurité. Cette expression renvoie à l’idée de rendre le code ou les modèles plus accessibles. Elle ne règle toutefois pas, à elle seule, les questions de sûreté, de propriété intellectuelle, de coûts d’infrastructure et de diffusion d’outils très puissants.
Une rivalité aussi industrielle avec xAI
Le différend n’est pas seulement juridique ou philosophique. Elon Musk possède désormais sa propre entreprise d’intelligence artificielle, xAI, qui développe notamment l’assistant Grok. xAI se retrouve donc en concurrence directe avec OpenAI sur les modèles génératifs, les ingénieurs, les puces informatiques et l’accès aux capitaux.
L’offre de 97,4 milliards de dollars doit être lue à cette lumière. Elle permet à Musk de contester publiquement la valeur et la trajectoire d’OpenAI, tout en se présentant comme le défenseur de sa mission d’origine. Pour OpenAI, accepter une telle proposition reviendrait à ouvrir une négociation avec l’un de ses plus virulents adversaires judiciaires et l’un de ses concurrents.
La présence de Microsoft en arrière-plan ajoute une autre dimension au dossier. Le groupe américain est le partenaire technologique majeur d’OpenAI et fournit une partie essentielle de son infrastructure cloud. Il ne s’agit pas pour autant d’une filiale classique de Microsoft : la relation entre les deux organisations repose sur des accords commerciaux, des investissements et une gouvernance distincte.
Ce que recouvre réellement l’offre de Musk
L’offre du consortium
- Proposition de 97,4 milliards de dollars pour les actifs d’OpenAI Inc.
- Cible l’entité à but non lucratif qui exerce le contrôle du groupe.
- Présentée comme un moyen de revenir à une IA plus ouverte et orientée sécurité.
- Portée par Elon Musk, également dirigeant de xAI, concurrent d’OpenAI.
La position d’OpenAI
- Sam Altman affirme qu’OpenAI n’est pas à vendre.
- La direction défend la continuité de la mission de l’organisation.
- OpenAI envisage une évolution de structure pour soutenir ses besoins de financement.
- La gouvernance non lucrative rend l’opération différente d’un rachat traditionnel.
Pourquoi la structure d’OpenAI change tout
Dans une acquisition classique, des actionnaires peuvent accepter ou rejeter une offre selon un prix et des conditions financières. Le cas d’OpenAI est différent. L’entité à but non lucratif a été conçue pour superviser l’activité commerciale au nom d’une mission plus large que la seule maximisation du profit.
Cette architecture a déjà montré son importance en novembre 2023, lorsque le conseil d’administration d’OpenAI avait temporairement évincé Sam Altman avant son retour quelques jours plus tard. L’épisode avait illustré le poids réel de la gouvernance à but non lucratif, mais aussi les tensions possibles entre mission, direction opérationnelle, employés et partenaires financiers.
L’offre menée par Musk intervient précisément dans une période de réflexion sur l’évolution juridique d’OpenAI. Pour le laboratoire, la difficulté est de trouver des ressources à la hauteur de ses ambitions technologiques sans renoncer au rôle de sa structure non lucrative. Pour ses détracteurs, cette transition pose la question de la place effective de la mission initiale lorsque les besoins en capitaux deviennent immenses.
Ce que l’offre révèle sur l’économie de l’IA
Le montant avancé par le consortium Musk est révélateur de la valeur stratégique désormais attribuée aux laboratoires capables de concevoir des modèles de pointe. ChatGPT a popularisé auprès du grand public les interfaces conversationnelles fondées sur les grands modèles de langage. Mais derrière cet outil se trouvent des infrastructures lourdes : centres de données, processeurs spécialisés, jeux de données, équipes de recherche et systèmes de sécurité.
La compétition ne se réduit donc pas à la qualité d’un assistant conversationnel. Elle porte sur la capacité à financer de futurs modèles, à les intégrer dans des produits pour les entreprises et le grand public, et à établir des règles de déploiement acceptables. Les débats autour de l’ouverture des modèles, de la sécurité et de la concentration du pouvoir technologique y occupent une place croissante.
L’échange entre Musk et Altman donne à ces enjeux un visage très médiatique. Il ne doit cependant pas faire oublier la question de fond : qui décide de la direction prise par une technologie susceptible d’influencer l’éducation, le travail, la recherche, les services publics et l’accès à l’information ?
Ce qu’il faut surveiller après ce refus
À la mi-février 2025, la réponse de Sam Altman ferme clairement la porte à la proposition de Musk. Plusieurs éléments restent toutefois à suivre.
D’abord, la procédure judiciaire entre Musk et OpenAI pourrait continuer à éclairer, ou à compliquer, le débat sur les engagements initiaux de l’organisation. Ensuite, l’évolution de la structure d’OpenAI sera déterminante : elle dira comment le laboratoire entend concilier sa mission non lucrative avec les investissements nécessaires à la course aux modèles de pointe.
Enfin, cette affaire confirme que la concurrence entre OpenAI et xAI ne se jouera pas seulement sur les produits. Elle se jouera aussi sur la confiance des utilisateurs, le recrutement des chercheurs, les alliances industrielles et la crédibilité de chaque acteur lorsqu’il affirme vouloir développer une IA sûre et bénéfique. Le refus d’Altman n’éteint pas le conflit. Il en déplace le centre vers la gouvernance et la stratégie de long terme.
Questions fréquentes
Elon Musk a-t-il vraiment proposé de racheter ChatGPT ?
L’offre de 97,4 milliards de dollars ne visait pas ChatGPT isolément. Elle concernait les actifs d’OpenAI Inc., l’organisation à but non lucratif qui supervise le groupe à l’origine de ChatGPT. La nuance est importante, car OpenAI dispose d’une structure de gouvernance inhabituelle qui ne se prête pas à une acquisition classique.
Pourquoi Sam Altman a-t-il refusé l’offre d’Elon Musk ?
Sam Altman a indiqué qu’OpenAI n’était pas à vendre. Son message sur X, proposant avec ironie de racheter Twitter pour 9,74 milliards de dollars, a aussi signalé qu’il ne considérait pas la proposition comme une base de négociation. Le refus s’inscrit dans un conflit plus ancien entre les deux hommes.
Pourquoi Elon Musk est-il en conflit avec OpenAI ?
Elon Musk a cofondé OpenAI en 2015 avant de quitter son conseil d’administration en 2018. Il reproche ensuite à l’organisation d’avoir délaissé sa mission initiale en devenant plus commerciale et moins ouverte. OpenAI conteste cette interprétation. Musk a engagé une procédure judiciaire contre l’organisation et Sam Altman en 2024.
Microsoft possède-t-il OpenAI ?
Non. Microsoft est le partenaire technologique et l’un des principaux soutiens financiers d’OpenAI, notamment grâce à son infrastructure cloud. Mais OpenAI n’est pas une simple filiale de Microsoft. Son organisation à but non lucratif exerce un rôle de contrôle sur la structure commerciale, ce qui distingue leur relation d’une acquisition ordinaire.
L’offre de 97,4 milliards de dollars peut-elle forcer OpenAI à se vendre ?
Non. Le montant d’une proposition ne suffit pas à imposer une vente. La structure à but non lucratif d’OpenAI ajoute des contraintes de mission et de gouvernance qui rendent l’opération particulièrement complexe. Après le refus de Sam Altman, aucune cession n’est engagée à la mi-février 2025.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- OpenAI, éléments de réponse sur son différend avec Elon Muskopenai.com/index/openai-and-elon-musk
- OpenAI, présentation de l’évolution envisagée de sa structureopenai.com/news
- Reuters, couverture technologique de l’offre menée par Elon Musk pour OpenAIwww.reuters.com/technology
- The Wall Street Journal, couverture de l’offre de 97,4 milliards de dollarswww.wsj.com/tech/ai



