OpenAI rejette l’offre de 97,4 milliards de dollars d’Elon Musk
Le conseil d’administration d’OpenAI a refusé à l’unanimité l’offre de 97,4 milliards de dollars portée par Elon Musk. Ce rejet ravive un conflit ancien entre le cofondateur parti en 2018 et l’entreprise dirigée par Sam Altman, au moment où celle-ci veut faire évoluer sa structure hybride vers un modèle lucratif plus classique.

Le bras de fer entre Elon Musk et OpenAI franchit une nouvelle étape. Le 14 février 2025, le conseil d’administration de la société à l’origine de ChatGPT a annoncé avoir rejeté, à l’unanimité, une offre d’acquisition de 97,4 milliards de dollars. Une réponse sans ambiguïté à une proposition portée par l’un de ses cofondateurs, dans un contexte où l’entreprise cherche précisément à modifier sa structure juridique et financière.
Derrière le montant spectaculaire, l’affaire ne se résume pas à une tentative de rachat. Elle met aux prises deux visions de l’intelligence artificielle, de sa gouvernance et de son financement. D’un côté, Elon Musk, qui conteste l’évolution d’OpenAI. De l’autre, la direction d’OpenAI, emmenée par Sam Altman, qui considère qu’une structure commerciale plus classique est indispensable pour soutenir les coûts croissants des modèles d’IA.
Une offre de 97,4 milliards de dollars rejetée sans hésitation
OpenAI n’est pas à vendre. C’est le message délivré par son conseil d’administration après l’examen de l’offre d’Elon Musk. Son président, Bret Taylor, a déclaré que le conseil avait unanimement repoussé ce qu’il a qualifié de dernière tentative de Musk pour perturber ses concurrents.
Cette prise de position est significative à deux titres. Elle ferme d’abord la porte à une transaction d’une ampleur exceptionnelle, visant l’organisation qui contrôle l’entité derrière ChatGPT. Elle rappelle aussi que le pouvoir de décision ne dépend pas uniquement des intérêts économiques d’investisseurs ou de dirigeants : chez OpenAI, la structure à but non lucratif conserve un rôle central dans la gouvernance.
| Élément | Ce qui est connu au 15 février 2025 |
|---|---|
| Montant de l’offre | 97,4 milliards de dollars |
| Décision d’OpenAI | Rejet unanime du conseil d’administration |
| Date de l’annonce du rejet | 14 février 2025 |
| Président du conseil | Bret Taylor |
| Direction générale d’OpenAI | Sam Altman |
| Lien historique avec Musk | Cofondateur et investisseur, parti en 2018 |
Le refus ne signifie pas que les questions soulevées par l’offre disparaissent. Au contraire, il place la structure d’OpenAI sous les projecteurs, alors qu’un projet de transformation vers une société à but lucratif plus traditionnelle est déjà à l’étude.
Pourquoi Elon Musk voulait-il racheter OpenAI ?
Elon Musk est intimement lié aux origines d’OpenAI. Il a cofondé l’organisation en 2015 aux côtés, notamment, de Sam Altman et a investi 45 millions de dollars lors de sa création. À cette époque, OpenAI était conçue comme une organisation consacrée à la recherche en intelligence artificielle, avec une mission d’intérêt général et une structure à but non lucratif.
Musk a quitté OpenAI en 2018. Il avait alors évoqué le risque d’un conflit d’intérêts avec Tesla, dont les travaux en intelligence artificielle prenaient une place croissante. Depuis, les deux trajectoires se sont éloignées : OpenAI est devenue l’un des acteurs les plus visibles de l’IA générative grâce à ChatGPT, tandis que Tesla a poursuivi ses propres ambitions en matière d’IA.
L’offre de rachat intervient alors qu’OpenAI envisage un changement de statut majeur. Elon Musk a fait de la préservation de la mission non lucrative un point essentiel de sa position. Selon les éléments rendus publics, il a indiqué que son offre pourrait être retirée si OpenAI renonçait à modifier son statut et conservait son modèle actuel à but non lucratif.
Ce point est au cœur du conflit : Musk critique la distance prise, selon lui, entre l’organisation actuelle et ses objectifs initiaux. OpenAI, de son côté, défend la nécessité de disposer de moyens financiers adaptés à une industrie devenue extrêmement coûteuse.
Une structure hybride au cœur du différend
Pour comprendre l’enjeu, il faut distinguer les deux composantes d’OpenAI. L’organisation fonctionne avec une entité à but non lucratif et une branche à but lucratif. Ce montage vise à faire cohabiter une mission de développement responsable de l’IA et la capacité de lever des fonds, de commercialiser des services et de rémunérer les investissements nécessaires.
Ce modèle hybride n’est pas une question technique réservée aux juristes. Il détermine qui gouverne l’entreprise, comment les décisions stratégiques sont prises et à quels objectifs les activités commerciales doivent répondre. Dans le cas d’OpenAI, la branche non lucrative est appelée à jouer un rôle déterminant dans une éventuelle nouvelle organisation, notamment parce qu’elle pourrait devenir un actionnaire clé.
Sam Altman considère le passage à un modèle totalement lucratif comme fondamental. La raison est avant tout économique : concevoir, entraîner et déployer des modèles d’intelligence artificielle de pointe exige des infrastructures informatiques considérables, des équipes de recherche spécialisées et une puissance de calcul coûteuse.
Deux visions opposées de l’avenir d’OpenAI
La position d’Elon Musk
- Préserver le modèle à but non lucratif d’OpenAI.
- Contester la transformation vers une structure totalement lucrative.
- Proposer une acquisition valorisée à 97,4 milliards de dollars.
- Menacer de retirer l’offre si le statut actuel est conservé.
- Mettre en avant une vision différente de la mission initiale.
La position du conseil d’OpenAI
- Refuser unanimement l’offre d’acquisition du 14 février 2025.
- Affirmer qu’OpenAI n’est pas à vendre.
- Défendre l’indépendance de l’organisation.
- Préparer une évolution vers un modèle lucratif traditionnel.
- Maintenir un rôle central pour l’entité à but non lucratif.
Pourquoi l’IA exige-t-elle autant de capitaux ?
Les grands modèles de langage, dont ChatGPT est l’exemple le plus connu, apprennent à prédire et générer du texte à partir de très vastes ensembles de données. Leur entraînement mobilise de nombreux processeurs spécialisés et des centres de données capables de faire tourner ces calculs à grande échelle. Une fois le modèle entraîné, son utilisation quotidienne par des millions de personnes entraîne aussi des coûts : chaque requête nécessite des ressources de calcul.
À ces dépenses s’ajoutent la recherche, la sécurité des systèmes, l’amélioration des produits et le recrutement de profils très spécialisés. Dans cette course technologique, les acteurs doivent trouver un équilibre difficile entre trois impératifs : financer les infrastructures, rester compétitifs face aux grands groupes technologiques et préserver les principes annoncés lors de leur création.
OpenAI évolue ainsi dans un environnement où les investissements se chiffrent en milliards de dollars et où les capacités de calcul deviennent un avantage stratégique. Les entreprises qui disposent de moyens financiers massifs peuvent entraîner des modèles plus ambitieux, les rendre disponibles à grande échelle et accélérer leur diffusion auprès du public comme des entreprises.
Une transformation soumise à des validations juridiques
Le projet d’évolution d’OpenAI ne dépend pas de la seule volonté de ses dirigeants. La transition vers une société lucrative traditionnelle doit obtenir l’aval des autorités californiennes et des juges du Delaware. Ces étapes sont particulièrement importantes parce qu’elles concernent les actifs et la mission d’une organisation à but non lucratif.
Une question sera notamment décisive : quelle valeur attribuer à la branche non lucrative dans le cadre de la nouvelle structure ? Cette estimation ne relève pas seulement de la comptabilité. Elle conditionne la place que conserverait l’entité initiale, appelée à devenir un actionnaire clé, et donc sa capacité à peser sur l’avenir de l’ensemble.
Le dossier combine ainsi plusieurs sujets habituellement séparés : droit des organisations non lucratives, financement de l’innovation, concurrence technologique et responsabilité liée à l’intelligence artificielle. Le rejet de l’offre de Musk ne met pas fin à ces interrogations. Il laisse OpenAI face à la nécessité de mener à bien sa propre réorganisation, sous le regard des autorités compétentes.
Un conflit de gouvernance dans une industrie très concurrentielle
La formule employée par Bret Taylor, qui évoque une tentative de perturber la concurrence, souligne que l’affaire se déroule dans un secteur où chaque décision stratégique compte. OpenAI n’est plus un laboratoire discret : l’essor de ChatGPT l’a placé au centre de la compétition mondiale sur l’IA générative.
Cette concurrence ne se limite pas aux assistants conversationnels. Elle concerne les modèles de fondation, les infrastructures de calcul, les talents en recherche, les contrats avec les entreprises et la capacité à proposer rapidement de nouveaux produits. Des entreprises comme Nvidia continuent par ailleurs d’investir massivement dans ce domaine, ce qui renforce encore la pression économique sur l’ensemble de l’écosystème.
Dans ce contexte, une acquisition aurait pu modifier en profondeur les équilibres de pouvoir autour d’OpenAI. Elle aurait également posé une question immédiate : comment concilier le contrôle par un acquéreur avec une mission initialement portée par une organisation à but non lucratif ? Le conseil a choisi de ne pas ouvrir cette voie.
Les enjeux éthiques dépassent le seul prix de l’offre
L’intelligence artificielle générative soulève des attentes considérables, mais aussi des préoccupations sur la fiabilité des réponses, la sécurité, les biais, les effets sur l’emploi et le contrôle de technologies puissantes. Ces questions sont au centre des débats sur la régulation de l’IA, aux États-Unis comme dans d’autres régions du monde.
Pour OpenAI, la gouvernance devient donc un élément aussi important que les performances techniques de ses modèles. La structure de l’entreprise peut influencer la manière dont sont arbitrés les investissements, la vitesse de commercialisation des produits et les dispositifs de sécurité. Elle peut aussi déterminer qui a le dernier mot lorsqu’un objectif financier entre en tension avec une mission présentée comme d’intérêt général.
Le différend avec Elon Musk illustre cette difficulté. Les deux parties s’opposent sur la direction prise par OpenAI, mais elles reconnaissent, par leurs positions respectives, qu’une société développant des systèmes d’IA de premier plan ne peut être analysée comme une entreprise technologique ordinaire.
Ce qu’il faut surveiller après le refus
Le rejet unanime de l’offre de 97,4 milliards de dollars clôt un épisode, pas le débat sur l’avenir d’OpenAI. Plusieurs éléments mériteront une attention particulière dans les prochains mois : l’avancement de la transformation juridique envisagée, les validations attendues en Californie et dans le Delaware, ainsi que la valorisation de l’entité à but non lucratif.
Il faudra aussi observer l’évolution des relations entre Elon Musk et OpenAI. Leur désaccord repose sur une histoire commune, mais aussi sur des intérêts désormais divergents dans une industrie où l’IA est devenue un enjeu industriel, financier et politique majeur.
Enfin, cette affaire pose une question plus large pour tout le secteur : comment financer des technologies de plus en plus coûteuses sans affaiblir les mécanismes de contrôle censés garantir qu’elles servent l’intérêt général ? OpenAI a choisi de défendre son indépendance. Reste à savoir comment son futur modèle de gouvernance rendra cette promesse concrète.
Questions fréquentes
Pourquoi OpenAI a-t-il refusé l’offre d’Elon Musk ?
Le conseil d’administration d’OpenAI a rejeté l’offre à l’unanimité le 14 février 2025. Bret Taylor, président du conseil, a affirmé qu’OpenAI n’était pas à vendre et a présenté la démarche d’Elon Musk comme une tentative de perturber la concurrence. Le refus défend également l’indépendance de l’organisation et sa gouvernance actuelle.
Quel était le montant de l’offre d’Elon Musk pour OpenAI ?
L’offre s’élevait à 97,4 milliards de dollars. Elle visait l’organisation liée à l’entité qui développe notamment ChatGPT. Ce montant très élevé montre la valeur stratégique attribuée aux technologies, aux équipes et à la position d’OpenAI dans le marché mondial de l’intelligence artificielle générative.
Elon Musk a-t-il créé OpenAI ?
Elon Musk a cofondé OpenAI en 2015 et a investi 45 millions de dollars lors de sa création. Il a toutefois quitté l’organisation en 2018, en évoquant un possible conflit d’intérêts avec Tesla, qui développait elle aussi fortement ses activités liées à l’intelligence artificielle.
Comment fonctionne la structure hybride d’OpenAI ?
OpenAI associe une organisation à but non lucratif et une branche à but lucratif. Cette structure cherche à concilier une mission de développement responsable de l’IA avec les besoins de financement d’activités commerciales et de recherches coûteuses. Le projet étudié prévoit une évolution vers un modèle lucratif plus traditionnel.
Pourquoi OpenAI veut-il devenir une société à but lucratif ?
Selon Sam Altman, cette évolution est fondamentale pour financer durablement l’entreprise. L’entraînement et le déploiement des grands modèles d’intelligence artificielle exigent d’importantes dépenses en puissance de calcul, infrastructures, recherche et personnel spécialisé. Cette conversion doit toutefois encore être examinée par les autorités et les juges concernés.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- OpenAI, site officiel de l’organisationopenai.com
- Reuters, rubrique technologie sur OpenAI et Elon Muskwww.reuters.com/technology
- Bureau du procureur général de Californie, informations sur les organisations caritativesoag.ca.gov/charities
- Cour de la chancellerie du Delawarecourts.delaware.gov/chancery



