Inclusive Brains : ce que la démonstration par la pensée change pour le handicap
À Genève, Inclusive Brains a démontré qu’un utilisateur pouvait contrôler un curseur et publier un message grâce à une interface cerveau-machine. Emmanuel Macron a salué cette avancée d’un « Fierté française ! ». Au-delà de la formule de télépathie, la jeune pousse française veut surtout rendre les outils numériques accessibles aux personnes privées de parole ou de mobilité.

Le mot « télépathie » frappe l’imagination, mais il ne doit pas masquer la réalité de la démonstration présentée par la start-up française Inclusive Brains. Au sommet AI for Good des Nations unies, à Genève, un démonstrateur équipé d’un casque a contrôlé un curseur sur un écran grâce à son activité cérébrale, puis publié un message. Emmanuel Macron a ensuite salué l’initiative sur les réseaux sociaux, avec une formule courte : « Fierté française ! ».
Derrière cette séquence spectaculaire se trouve un objectif très concret : permettre à des personnes qui ne peuvent plus utiliser leurs mains ou leur voix de communiquer, travailler et accéder aux services numériques. Fondée en 2022, Inclusive Brains développe une interface cerveau-machine baptisée Prometheus. Sa promesse n’est pas de lire les pensées au sens large, ni de faire dialoguer deux cerveaux à distance. Elle consiste à transformer des signaux volontaires, produits par l’utilisateur, en commandes compréhensibles par un ordinateur ou un objet connecté.
Une démonstration impressionnante, mais pas un dialogue télépathique
La démonstration mise en avant par Inclusive Brains s’est déroulée lors du sommet AI for Good, organisé à Genève dans l’écosystème des Nations unies. Le principe présenté est le suivant : une personne portant un casque utilise son activité cérébrale pour déplacer le curseur d’un ordinateur et sélectionner des éléments à l’écran. Cette interaction a permis de publier un message sans saisir de texte au clavier ni toucher un écran.
C’est ce type d’action qui est parfois décrit, de manière simplifiée, comme un « tweet par la pensée ». L’expression est parlante, mais elle est imprécise. Une interface cerveau-machine ne capte pas une pensée complète, intime et spontanée pour la retranscrire mot à mot. Elle cherche plutôt à reconnaître des signaux associés à une intention limitée et préalablement définie : choisir une lettre, valider une option, déplacer un pointeur ou déclencher une commande.
La séquence n’a pas non plus consisté en une conversation mentale entre la start-up et le président de la République. Emmanuel Macron a réagi publiquement à la démonstration, en félicitant l’entreprise. Il s’agit donc d’une reconnaissance sur les réseaux sociaux, et non d’une communication cerveau à cerveau.
| Ce qui a été montré à Genève | Ce que cela signifie concrètement |
|---|---|
| Un démonstrateur portait un casque intégrant l’interface cerveau-machine. | L’équipement recueille des signaux liés à l’activité de l’utilisateur. |
| Le curseur pouvait être contrôlé sans clavier ni écran tactile. | Un ordinateur peut devenir utilisable avec des modes d’interaction alternatifs. |
| Un message a été publié au terme de l’interaction. | Une personne peut potentiellement communiquer ou agir dans un environnement numérique. |
| Emmanuel Macron a écrit « Fierté française ! ». | Le président a salué l’innovation, sans échange télépathique direct. |
Démonstration par la pensée : ce qui a eu lieu et ce qui ne s’est pas produit
Ce que la démonstration établit
- Un utilisateur a contrôlé un curseur au moyen d’une interface cerveau-machine.
- Un message a pu être publié sans clavier ni écran tactile.
- L’objectif affiché est l’accès au numérique pour des personnes en situation de handicap.
- Emmanuel Macron a publiquement félicité l’initiative.
Ce qu’elle ne démontre pas
- Il ne s’agit pas d’une lecture complète et spontanée des pensées.
- Aucun dialogue direct de cerveau à cerveau avec Emmanuel Macron n’a eu lieu.
- La démonstration ne garantit pas à elle seule un usage quotidien pour tous les utilisateurs.
- Les enjeux de sécurité, de consentement et d’accessibilité restent à traiter dans la durée.
Comment fonctionne une interface cerveau-machine ?
Une interface cerveau-machine, souvent désignée par l’acronyme anglais BCI pour brain-computer interface, établit une passerelle entre l’activité cérébrale d’un individu et une machine. Dans le cas présenté par Inclusive Brains, cette passerelle passe par un casque. L’utilisateur n’a donc pas besoin, dans cette démonstration, d’utiliser une souris, un clavier ou un écran tactile.
Le fonctionnement général de ces systèmes repose sur plusieurs étapes. Des capteurs enregistrent d’abord des signaux physiologiques. Un logiciel les traite ensuite pour rechercher des motifs correspondant à une action attendue. Enfin, cette action est envoyée à l’ordinateur : le pointeur se déplace, une sélection est validée ou une fonction est déclenchée.
L’intelligence artificielle peut jouer un rôle utile dans cette chaîne. Les signaux cérébraux sont faibles, variables et parasités par de nombreux éléments, comme les mouvements du visage, les contractions musculaires ou les perturbations de l’environnement. Des algorithmes permettent de filtrer ces données et d’adapter progressivement l’interface à chaque utilisateur. Cela ne dispense toutefois pas d’une phase d’apprentissage et de calibration : le système doit apprendre à reconnaître les signaux qui correspondent aux commandes choisies.
La description de la démonstration évoque également l’usage de gestes discrets, notamment le clignement des yeux ou le serrage des dents. Cette précision est importante. Les technologies d’assistance les plus pratiques combinent souvent plusieurs signaux plutôt que de s’appuyer sur une seule méthode. Selon les capacités de la personne, un clin d’œil, une activité cérébrale mesurée par le casque ou un mouvement résiduel peuvent être mobilisés pour rendre une commande plus fiable.
Prometheus, un outil pensé pour l’autonomie numérique
L’interface développée par Inclusive Brains s’appelle Prometheus. La start-up la présente comme une solution permettant de naviguer dans des environnements numériques sans recourir aux méthodes classiques de saisie et de contrôle. Pour une personne qui a perdu l’usage de la parole ou de ses mains, accéder à un ordinateur ne relève pas seulement du confort : cela peut conditionner la possibilité de communiquer avec ses proches, d’effectuer des démarches ou de conserver une activité professionnelle.
Les usages potentiels concernent notamment :
- la navigation sur un ordinateur et l’usage d’applications ;
- la rédaction ou la publication de messages ;
- le contrôle d’objets connectés ;
- l’accès à des outils de travail et de communication.
Cette orientation distingue la démonstration d’un simple exercice technologique. Le curseur déplacé sur un écran est un symbole très concret : dans nos sociétés numérisées, le contrôle d’une interface ouvre l’accès à une grande partie de la vie administrative, sociale et professionnelle.
Inclusive Brains met ainsi l’accent sur l’inclusion. La technologie n’a d’intérêt que si elle réduit une barrière existante, sans en créer de nouvelles. Elle doit être utilisable dans la durée, compatible avec les capacités réelles des personnes et suffisamment fiable pour ne pas provoquer de frustration ou de fatigue excessive.
Qui sont les fondateurs d’Inclusive Brains ?
Inclusive Brains a été créée en 2022 par Olivier Oullier et Paul Barbaste. Olivier Oullier est professeur et neuroscientifique, devenu entrepreneur. Paul Barbaste est présenté comme un expert en cybersécurité. Ce rapprochement entre neurosciences, intelligence artificielle et sécurité informatique reflète la nature même des interfaces cerveau-machine : elles se situent au croisement de la santé, du logiciel et de la protection de données particulièrement sensibles.
Les deux fondateurs affichent une ambition claire : améliorer la qualité de vie de personnes qui ne peuvent plus s’exprimer oralement ou utiliser leurs mains. Leur approche s’inscrit aussi dans le monde du travail. Inclusive Brains entend favoriser des initiatives d’inclusion professionnelle, pour que le handicap ne conduise pas mécaniquement à l’exclusion des outils numériques et de l’emploi.
L’entreprise a parfois été comparée à Neuralink, la société d’Elon Musk spécialisée dans les neurotechnologies. Inclusive Brains s’est elle-même présentée comme un « Neuralink européen », tout en revendiquant une priorité donnée au bien commun et à l’accessibilité. La comparaison a ses limites : les technologies, les modalités d’utilisation et les stratégies des entreprises ne se résument pas à cette formule. Elle souligne néanmoins un constat : les interfaces entre cerveau et machine sont devenues un domaine de compétition technologique internationale.
De la prouesse technique à un service réellement utile
Publier un message par la pensée constitue une démonstration frappante. Mais, pour les personnes concernées, le critère décisif sera moins l’effet spectaculaire que l’usage quotidien. Une interface utile doit pouvoir fonctionner en dehors d’une scène de conférence, dans un domicile, un établissement de soins ou un bureau. Elle doit aussi permettre d’accomplir des tâches variées, avec un niveau de précision et une vitesse compatibles avec les besoins de son utilisateur.
Plusieurs conditions seront déterminantes pour passer de la démonstration à l’adoption :
- une installation suffisamment simple pour ne pas dépendre en permanence d’une équipe technique ;
- une prise en main adaptée, car les capacités et la fatigue varient fortement d’une personne à l’autre ;
- des interfaces logicielles accessibles, car contrôler un curseur ne suffit pas si les applications restent difficiles à utiliser ;
- un accompagnement des utilisateurs, des familles, des professionnels du soin et des employeurs.
C’est dans cette logique qu’Inclusive Brains insiste sur les collaborations. L’inclusion ne dépend pas d’une start-up seule. Elle implique des concepteurs de logiciels, des employeurs, des associations, des professionnels de santé et les personnes en situation de handicap elles-mêmes. Les utilisateurs ne doivent pas être considérés comme de simples bénéficiaires, mais comme des acteurs capables d’indiquer ce qui fonctionne réellement dans leur quotidien.
Les données cérébrales posent des questions éthiques majeures
L’enthousiasme suscité par les neurotechnologies s’accompagne de précautions indispensables. Emmanuel Macron a exprimé le souhait de voir la France occuper une place de leader dans ce domaine, tout en soulignant que les considérations éthiques devaient rester centrales. Cet équilibre est crucial.
Les signaux recueillis par une interface cerveau-machine sont des données sensibles. Même lorsqu’un système ne décode qu’un nombre restreint de commandes, il traite des informations liées au fonctionnement physiologique de la personne. Le consentement, la sécurité informatique, les conditions de stockage et les personnes pouvant accéder à ces données sont donc des sujets essentiels.
La question de la fiabilité est tout aussi importante. Une commande mal interprétée peut être gênante dans une messagerie, mais elle peut devenir plus problématique si l’interface pilote des objets connectés ou permet d’accéder à des services importants. Les concepteurs doivent prévoir des mécanismes de confirmation, des moyens de corriger une erreur et, lorsque cela est possible, des modes de contrôle alternatifs.
Enfin, l’accessibilité ne doit pas devenir un privilège réservé à quelques démonstrateurs ou à des institutions très équipées. Le coût des équipements, la formation, le remboursement éventuel et la compatibilité avec les outils numériques ordinaires détermineront largement l’impact social réel de ces innovations.
Ce qu’il faut surveiller
La démonstration d’Inclusive Brains à Genève illustre une évolution profonde : les interactions numériques ne passent plus uniquement par les doigts, la voix ou le regard. Pour des personnes privées de ces moyens d’action, une interface cerveau-machine peut ouvrir une voie supplémentaire vers l’autonomie et la participation sociale.
Les prochaines étapes à observer concernent la capacité de Prometheus à être utilisé dans des situations concrètes, la qualité de l’accompagnement proposé aux utilisateurs et la robustesse des protections autour des données neurophysiologiques. Il faudra aussi suivre les collaborations annoncées par l’entreprise en faveur de l’inclusion au travail.
La formule de « télépathie » restera sans doute celle qui retiendra le plus facilement l’attention. Pourtant, la portée de l’innovation est ailleurs : rendre à chacun la possibilité d’agir dans un monde où communiquer et cliquer sont devenus des gestes essentiels.
Questions fréquentes
Inclusive Brains a-t-elle vraiment communiqué par télépathie avec Emmanuel Macron ?
Non. La démonstration a montré le contrôle d’un curseur et la publication d’un message grâce à une interface cerveau-machine. Emmanuel Macron a ensuite réagi sur les réseaux sociaux en écrivant « Fierté française ! ». Le terme de télépathie est une formule médiatique : il ne s’agit pas d’un échange direct entre deux cerveaux.
Qu’est-ce que Prometheus, la technologie d’Inclusive Brains ?
Prometheus est l’interface cerveau-machine développée par Inclusive Brains. Elle vise à permettre à des utilisateurs de naviguer dans des environnements numériques et d’interagir avec des objets connectés sans clavier, écran tactile ou voix. La start-up cible notamment les personnes qui n’ont plus l’usage de la parole ou de leurs mains.
Comment peut-on publier un message par la pensée ?
Une interface cerveau-machine mesure des signaux liés à l’activité de l’utilisateur, puis un logiciel les interprète comme des commandes limitées, par exemple déplacer un curseur ou valider un choix. La démonstration d’Inclusive Brains s’appuie sur un casque et évoque aussi des gestes discrets, comme le clignement des yeux ou le serrage des dents.
Qui a fondé Inclusive Brains ?
Inclusive Brains a été fondée en 2022 par Olivier Oullier, professeur et neuroscientifique devenu entrepreneur, et Paul Barbaste, expert en cybersécurité. Leur projet associe neurosciences, intelligence artificielle et technologies d’assistance afin d’améliorer l’autonomie et l’inclusion des personnes en situation de handicap.
Inclusive Brains est-elle comparable à Neuralink ?
Les deux entreprises évoluent dans le domaine des neurotechnologies et des interfaces entre cerveau et machine. Inclusive Brains s’est présentée comme un « Neuralink européen », mais elle met en avant une finalité d’inclusion et de bien commun. La comparaison doit rester prudente, car les solutions techniques et les orientations de chaque entreprise ne sont pas identiques.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Inclusive Brains, site officiel de la start-upwww.inclusivebrains.com
- AI for Good, plateforme officielle du sommet organisé dans l’écosystème de l’UITaiforgood.itu.int
- Compte public d’Emmanuel Macron sur Xx.com/EmmanuelMacron



