Société et emploi

Les étudiants américains délaissent l’informatique : plus de 10 % d’inscrits en moins

Selon des données préliminaires publiées le 29 octobre 2026 par le National Student Clearinghouse, les inscriptions en informatique ont reculé de 12,4 % dans les universités américaines de premier cycle à la rentrée, et de 10,4 % en master et doctorat. Une chute qui intervient alors que l’IA bouscule l’emploi des jeunes développeurs. Ce que disent les chiffres, et ce qu’ils ne disent pas.

Illustration d’un étudiant hésitant entre un bâtiment d’informatique déserté et un bâtiment de santé très fréquenté
Illustration : Actu.ai

Pendant deux décennies, l’informatique a été la filière reine des universités américaines, promesse d’emplois bien payés dans la tech. Le vent tourne. Selon des données préliminaires publiées le 29 octobre 2026 par le National Student Clearinghouse Research Center, un organisme qui centralise les données d’inscription de la majorité des établissements d’enseignement supérieur américains, les inscriptions en informatique connaissent à la rentrée 2026 une baisse à deux chiffres. Une évolution qui interroge, alors que l’intelligence artificielle transforme le métier de développeur.

Une chute à deux chiffres

Le rapport, intitulé Preliminary Fall Enrollment Trends 2026, décrit un recul « marqué » des inscriptions dans les filières informatique et sciences de l’information, à tous les niveaux d’études.

Niveau d’étudesÉvolution des inscriptions en informatique
Premier cycle, universités de quatre ans-12,4 %
Premier cycle, établissements de deux ans-12,3 %
Deuxième et troisième cycles-10,4 %

Cette chute contraste avec la stabilité générale de l’enseignement supérieur américain. Toutes filières confondues, les inscriptions progressent de 0,2 %, portées par les établissements de premier cycle, en hausse de 0,6 %, et surtout par les community colleges, ces établissements publics de deux ans, en hausse de 1,2 %. Le deuxième cycle recule de 1,6 %, en raison d’une baisse de 3,7 % des inscriptions en master.

Le rapport précise que les inscriptions en informatique continuent de baisser, ce qui indique une tendance engagée avant cette rentrée. Il ne donne toutefois pas le chiffre de l’année précédente.

Comment lire ces chiffres

Le National Student Clearinghouse s’appuie sur un panel d’établissements qui transmettent régulièrement leurs effectifs, ce qui permet de comparer une rentrée à la précédente sur une base identique. Les chiffres par filière reposent sur la spécialité déclarée par les étudiants. Or, aux États-Unis, beaucoup d’étudiants ne choisissent leur spécialité qu’après une ou deux années d’études générales : la baisse mesurée reflète donc à la fois les nouveaux arrivants et ceux qui changent d’orientation en cours de cursus.

Une baisse de 12 % reste considérable pour une filière qui avait connu une croissance quasi continue pendant une quinzaine d’années. Elle signifie qu’une part notable des étudiants qui auraient naguère choisi l’informatique se tournent désormais vers d’autres disciplines, un changement de comportement rapide à l’échelle d’un système universitaire aussi vaste que celui des États-Unis.

La santé attire, l’informatique recule

Dans le même temps, les filières de santé gagnent des étudiants : +6,2 % en premier cycle dans les universités de quatre ans, +4,3 % dans les établissements de deux ans et +2 % au niveau master et doctorat. Les métiers du soin, perçus comme moins exposés à l’automatisation et marqués par de fortes pénuries de personnel, apparaissent comme une valeur refuge pour les étudiants.

Ce basculement illustre la façon dont les jeunes ajustent leurs choix d’études en fonction des perspectives d’emploi qu’ils perçoivent. Pendant des années, les campagnes en faveur des sciences et des technologies ont encouragé les étudiants à se tourner vers l’informatique. Les messages se brouillent désormais.

L’IA est-elle en cause ?

Le rapport du National Student Clearinghouse ne mentionne pas l’intelligence artificielle parmi les causes de cette baisse : il se contente de constater les évolutions. Plusieurs éléments rendent pourtant l’hypothèse plausible, sans qu’elle puisse être démontrée par ces seuls chiffres.

D’abord, les outils d’IA capables d’écrire du code, comme les agents de programmation, se sont largement diffusés dans les entreprises. Ils prennent en charge une partie des tâches traditionnellement confiées aux développeurs débutants. Anthropic, qui développe Claude, a elle-même reconnu que l’IA faisait chuter ses recrutements de profils juniors.

Ensuite, les études sur l’emploi des jeunes vont dans le même sens. En France, la Banque de France et HEC ont mesuré une baisse d’environ 28 % des embauches en CDI des 21-29 ans dans les métiers les plus exposés à l’IA générative entre novembre 2022 et mars 2026. Enfin, la tech américaine a connu plusieurs vagues de licenciements depuis 2023, qui ont pu refroidir les vocations.

Les étudiants suivent de près ces signaux, relayés par les réseaux sociaux et les témoignages de jeunes diplômés qui peinent à trouver un premier emploi dans la tech. La perception d’un marché bouché peut suffire à détourner une partie d’entre eux, même si la réalité varie fortement d’une spécialité à l’autre.

D’autres facteurs peuvent jouer : le coût des études aux États-Unis, la baisse du nombre d’étudiants étrangers en master, ou encore un effet de saturation après des années de forte croissance de la filière.

Informatique et IA : ce qui recule, ce qui reste recherché

Ce qui est sous pression

  • Les tâches de programmation répétitives
  • Les postes de développeurs débutants
  • Les inscriptions en informatique aux États-Unis
  • Les recrutements dans les métiers exposés à l’IA

Ce qui reste recherché

  • La cybersécurité et la sécurisation des systèmes d’IA
  • La conception et l’architecture des systèmes
  • L’informatique appliquée à un métier, comme la santé
  • La supervision et la vérification du travail de l’IA

Un métier qui se transforme plus qu’il ne disparaît

Dans les entreprises, l’arrivée des assistants et des agents de programmation modifie le quotidien des développeurs. Une partie du travail consiste désormais à décrire précisément ce que l’on attend de l’outil, à relire le code qu’il produit, à le tester et à l’intégrer dans des systèmes existants. Ces compétences de vérification et de conception prennent le pas sur l’écriture ligne à ligne. Pour un débutant, la difficulté est réelle : ces tâches demandent une expérience que l’on acquérait justement en écrivant du code simple, désormais confié à l’IA.

Faut-il encore étudier l’informatique ?

Pour les étudiants, y compris en France, la question mérite une réponse nuancée. Les besoins en compétences numériques restent considérables : cybersécurité, données, infrastructures, intégration de l’IA dans les entreprises. Ce sont surtout les tâches de programmation les plus répétitives qui sont menacées, pas l’ensemble des métiers de l’informatique.

Quelques pistes ressortent des évolutions récentes du marché :

  • combiner l’informatique avec un domaine d’application, comme la santé, la finance, l’industrie ou l’énergie, où la connaissance du métier fait la différence ;
  • apprendre à travailler avec les outils d’IA plutôt que de les ignorer, en développant la capacité à vérifier, corriger et intégrer leur production ;
  • renforcer les compétences difficiles à automatiser : conception de systèmes, sécurité, compréhension des besoins des utilisateurs, communication ;
  • multiplier les expériences concrètes, stages, projets et alternance, qui restent la meilleure porte d’entrée sur le marché du travail.

Un signal à surveiller pour l’Europe

La chute des inscriptions américaines en informatique est un indicateur de la façon dont l’IA modifie les représentations des jeunes sur leur avenir professionnel. Si la tendance se confirme, elle pourrait avoir des conséquences paradoxales : moins de diplômés en informatique dans quelques années, alors que les entreprises auront toujours besoin de spécialistes capables de concevoir, de sécuriser et de superviser des systèmes d’IA de plus en plus présents.

L’Europe dispose de peu de données aussi récentes, mais la question se pose de la même façon : comment orienter les étudiants vers des formations qui préparent à un marché du travail transformé par l’IA, sans céder à la panique ni ignorer les signaux ? Les réponses dépendront de la capacité des universités à faire évoluer leurs programmes. La page emploi d’Actu.ai suit ces transformations.

Questions fréquentes

Les inscriptions en informatique baissent-elles aux États-Unis ?

Oui. Selon les données préliminaires du National Student Clearinghouse publiées le 29 octobre 2026, les inscriptions en informatique ont reculé de 12,4 % en premier cycle dans les universités de quatre ans, de 12,3 % dans les établissements de deux ans et de 10,4 % en master et doctorat, alors que le supérieur progresse globalement de 0,2 %.

L’IA explique-t-elle la baisse des inscriptions en informatique ?

Le rapport ne cite pas l’IA comme cause. L’hypothèse est plausible, car les outils d’IA prennent en charge une partie du travail des développeurs débutants et les embauches de jeunes reculent dans les métiers exposés, mais d’autres facteurs comme le coût des études ou les licenciements dans la tech peuvent aussi jouer.

Est-ce encore une bonne idée d’étudier l’informatique ?

Oui, à condition de bien choisir son orientation. Les besoins restent forts en cybersécurité, données, infrastructures ou intégration de l’IA. Combiner l’informatique avec un domaine d’application, apprendre à travailler avec l’IA et multiplier les expériences concrètes, comme les stages ou l’alternance, renforce les perspectives d’emploi.

Quelles filières gagnent des étudiants aux États-Unis ?

Les filières de santé progressent nettement à la rentrée 2026 : +6,2 % en premier cycle dans les universités de quatre ans, +4,3 % dans les établissements de deux ans et +2 % en master et doctorat, selon le National Student Clearinghouse. Les community colleges, établissements publics de deux ans, sont aussi en hausse de 1,2 %.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. National Student Clearinghouse Research Center, Preliminary Fall Enrollment Trends 2026, 29 octobre 2026nscresearchcenter.org/prelim-fall-enrollment-trends

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