Microsoft et Alphabet : l’IA fait exploser le cloud, mais les investissements inquiètent
Microsoft et Alphabet ont publié le 28 octobre 2026 des résultats portés par l’intelligence artificielle : Azure progresse de 48 %, Google Cloud double, et OpenAI a rapporté 10 milliards de dollars à Microsoft en un trimestre. Mais les dépenses d’infrastructure atteignent des sommets et la croissance de la recherche Google ralentit. Ce que disent les chiffres.

Les géants de la tech continuent de récolter les fruits de la demande en intelligence artificielle, mais à un prix de plus en plus élevé. Le 28 octobre 2026, Microsoft et Alphabet, la maison mère de Google, ont publié leurs résultats trimestriels. Leurs activités de cloud, qui louent la puissance de calcul aux entreprises et aux développeurs d’IA, affichent des croissances spectaculaires. Mais l’ampleur des investissements engagés dans les centres de données ravive les doutes des marchés, déjà nourris par plusieurs analyses sur la rentabilité de l’IA.
Le cloud, grand gagnant de l’IA
Pour la première fois, Microsoft a donné le chiffre d’affaires de son cloud Azure en dollars : 33,2 milliards sur le trimestre de juillet à septembre, en hausse de 48 % sur un an, selon TechCrunch. C’est davantage que les 44 à 45 % annoncés par la directrice financière Amy Hood en juillet, et Azure représente désormais environ 36 % des 92,3 milliards de dollars de chiffre d’affaires trimestriel du groupe.
Chez Alphabet, la progression est encore plus forte. Selon le communiqué de résultats de l’entreprise, Google Cloud a réalisé 30,7 milliards de dollars de chiffre d’affaires, en hausse de 103 %, et son résultat d’exploitation a plus que triplé, à 11,1 milliards. Son carnet de commandes, c’est-à-dire les contrats signés mais pas encore facturés, atteint 561 milliards de dollars.
| Indicateur | Microsoft (juillet à septembre 2026) | Alphabet (troisième trimestre 2026) |
|---|---|---|
| Chiffre d’affaires total | 92,3 milliards de dollars | 127,6 milliards de dollars, en hausse de 25 % |
| Cloud | Azure : 33,2 milliards, en hausse de 48 % | Google Cloud : 30,7 milliards, en hausse de 103 % |
| Lien avec l’IA générative | 10 milliards de revenus issus d’OpenAI | Gemini revendique un milliard d’utilisateurs |
| Investissements | Non détaillés ici | 51,4 milliards de dollars sur le trimestre |
Pourquoi l’IA profite d’abord au cloud
Entraîner et faire fonctionner des modèles d’IA demande une puissance de calcul considérable, que peu d’entreprises peuvent s’offrir en propre. Elles la louent donc à des fournisseurs de cloud, qui facturent l’usage de leurs serveurs équipés de puces spécialisées. Chaque requête envoyée à un assistant d’IA, chaque agent qui travaille pour une entreprise, consomme du calcul facturé quelque part. C’est pourquoi les fournisseurs de cloud sont les premiers à voir l’IA se traduire dans leurs comptes, bien avant les entreprises clientes, qui doivent encore démontrer ce que l’IA leur rapporte. Le phénomène a aussi des effets jusque chez les particuliers, avec la hausse du prix des ordinateurs liée à la ruée sur la mémoire.
OpenAI, client et partenaire à 10 milliards par trimestre
Le rapport trimestriel de Microsoft déposé auprès de l’autorité boursière américaine révèle un chiffre inédit : 10 milliards de dollars de revenus issus des accords commerciaux avec OpenAI, partage de revenus compris, soit près de 11 % du chiffre d’affaires du trimestre. Sur l’ensemble de l’exercice précédent, ces revenus avaient atteint 24,1 milliards, selon TechCrunch. Au rythme actuel, ils approcheraient 40 milliards par an.
Cette dépendance a un revers. OpenAI devait 7,2 milliards de dollars à Microsoft fin septembre, contre 6 milliards fin juin, et la participation de Microsoft dans le capital d’OpenAI est passée d’environ 25 % à 24 % en un trimestre, sans explication de la part du groupe. Microsoft devient ainsi à la fois fournisseur de calcul, partenaire commercial et actionnaire d’une entreprise dont il dépend de plus en plus.
Google Search ralentit, la publicité dans l’IA accélère
Chez Alphabet, la recherche reste le cœur du modèle, mais sa croissance s’essouffle : selon TechCrunch, le chiffre d’affaires de Google Search a progressé de 12 % sur un an au troisième trimestre, contre 17 % au deuxième et 19 % au premier. Pour y remédier, Google étend la publicité à ses expériences de recherche dopées à l’IA. Les publicités dans le mode IA de la recherche, jusque-là limitées aux États-Unis, sont déployées pour la première fois sur des marchés internationaux, sans liste de pays communiquée à ce stade.
Selon Philipp Schindler, directeur commercial de Google, les annonces de produits sponsorisés dans le mode IA obtiennent déjà des taux de clic comparables à ceux des résultats non payants. Sundar Pichai, patron d’Alphabet, souligne que les requêtes dans le mode IA sont environ trois fois plus longues que les recherches classiques, et qu’une sur cinq fait intervenir la voix, une image ou un document.
Les résultats des géants du cloud : ce qui rassure, ce qui inquiète
Ce qui rassure
- Azure en hausse de 48 %, au-dessus des prévisions
- Google Cloud qui double et triple son résultat d’exploitation
- Un carnet de commandes de 561 milliards pour Google Cloud
- De nouvelles sources de revenus dans la recherche par IA
Ce qui inquiète
- Des investissements de plus de 50 milliards par trimestre
- Un flux de trésorerie négatif chez Alphabet
- Une dépendance croissante de Microsoft envers OpenAI
- Une croissance de la recherche Google qui ralentit
Des investissements record qui pèsent sur la trésorerie
Le revers de cette croissance, ce sont les dépenses. Alphabet a investi 51,4 milliards de dollars sur le seul troisième trimestre, principalement dans les serveurs et les centres de données. Il maintient une prévision de 195 à 205 milliards de dollars d’investissements sur l’ensemble de 2026 et annonce une hausse significative en 2027. Conséquence : son flux de trésorerie disponible est devenu négatif, à 9,1 milliards de dollars sur le trimestre, selon les comptes rendus de la conférence de résultats.
Pour mesurer l’ampleur de ces sommes : à lui seul, l’investissement trimestriel d’Alphabet dépasse le produit intérieur brut annuel de nombreux pays. Il finance des bâtiments, des serveurs, des puces et des contrats d’électricité, dont une partie ne servira qu’à partir de 2027 ou 2028. Cette course aux infrastructures alimente un débat de plus en plus vif. L’économiste en chef du fonds Apollo affirmait quelques jours plus tôt que l’IA n’avait encore rien rapporté aux entreprises hors de la tech. Les résultats de Microsoft et d’Alphabet montrent que les fournisseurs d’IA, eux, encaissent bien des revenus. La question est de savoir si leurs clients finiront par en tirer assez de valeur pour justifier ces dépenses dans la durée.
Ce que ces résultats disent du marché de l’IA
Les chiffres confirment une tendance de fond : la valeur de l’IA générative se concentre pour l’instant chez ceux qui fournissent l’infrastructure, puces, cloud et modèles. Microsoft et Google voient leurs revenus de cloud bondir, portés par des clients comme OpenAI et par les entreprises qui testent l’IA. Leur carnet de commandes, comme les 561 milliards de dollars de Google Cloud, laisse prévoir une demande soutenue dans les prochaines années.
Mais la dépendance à quelques grands clients, les engagements financiers croisés entre fournisseurs et laboratoires d’IA, et des investissements qui dépassent désormais les flux de trésorerie font craindre aux investisseurs un retournement brutal si la demande venait à ralentir. Les résultats d’Amazon, puis ceux de NVIDIA, permettront de compléter ce tableau d’une industrie qui investit comme jamais en pariant sur l’avenir. La page investissements d’Actu.ai suit ces évolutions.
Questions fréquentes
Combien Microsoft gagne-t-il grâce à OpenAI ?
Selon son rapport trimestriel déposé auprès de l’autorité boursière américaine, Microsoft a enregistré 10 milliards de dollars de revenus issus de ses accords commerciaux avec OpenAI entre juillet et septembre 2026, partage de revenus compris, soit près de 11 % de son chiffre d’affaires. Sur l’exercice précédent, ces revenus avaient atteint 24,1 milliards de dollars.
Quelle est la croissance de Google Cloud ?
Google Cloud a réalisé 30,7 milliards de dollars de chiffre d’affaires au troisième trimestre 2026, en hausse de 103 % sur un an, selon Alphabet. Son résultat d’exploitation a plus que triplé, à 11,1 milliards, et son carnet de commandes atteint 561 milliards de dollars, dont un peu plus de la moitié doit être facturée dans les deux ans.
Combien Google investit-il dans l’IA ?
Alphabet a investi 51,4 milliards de dollars au troisième trimestre 2026, principalement dans les serveurs et les centres de données. Il prévoit entre 195 et 205 milliards de dollars d’investissements sur l’année 2026 et une hausse significative en 2027. Ces dépenses ont rendu son flux de trésorerie disponible négatif sur le trimestre.
Les publicités dans le mode IA de Google arrivent-elles en France ?
Google a annoncé le 28 octobre 2026 étendre pour la première fois les publicités du mode IA de sa recherche à des marchés internationaux, mais n’a pas publié la liste des pays concernés. Il faudra donc attendre de nouvelles précisions pour savoir si et quand la France sera concernée.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Alphabet, communiqué de résultats du troisième trimestre 2026, formulaire 8-Kwww.sec.gov/Archives/edgar/data/0001652044/000165204426000080/googexhibit991q32026.htm
- TechCrunch, Microsoft recorded 10 billion dollars in revenue from OpenAI, 28 octobre 2026techcrunch.com/2026/10/28/microsoft-recorded-10-billion-in-revenue-from-openai
- TechCrunch, Microsoft just shared Azure’s actual revenue in dollars, 28 octobre 2026techcrunch.com/2026/10/28/microsoft-just-shared-azures-actual-revenue-in-dollars-33-2-billion
- TechCrunch, Google expands AI Search ads globally as core ad growth slows, 28 octobre 2026techcrunch.com/2026/10/28/google-expands-ai-search-ads-globally-as-core-ad-growth-slows



