Régulation et éthique

TikTok reste absent des App Store américains malgré le sursis de Trump

TikTok fonctionne de nouveau pour une partie de ses utilisateurs américains, mais l’application reste introuvable sur l’App Store et Google Play. Le sursis de 75 jours décidé par Donald Trump ne supprime pas la loi qui vise ByteDance. Apple et Google attendent donc des garanties juridiques avant de la redistribuer.

Un smartphone affiche une application indisponible devant deux boutiques d’applications symboliques aux États-Unis.
Illustration : Actu.ai

Le retour en ligne de TikTok aux États-Unis n’a pas rétabli la situation à la normale. Le 22 janvier 2025, l’application de vidéos courtes est de nouveau accessible pour de nombreux Américains qui l’avaient déjà installée, après une brève interruption du service. Mais elle reste absente des deux principaux points d’entrée du marché mobile américain : l’App Store d’Apple et Google Play.

Cette distinction est essentielle. Un utilisateur qui possède encore TikTok sur son téléphone peut, dans la plupart des cas, consulter et publier des vidéos. En revanche, une personne qui souhaite télécharger l’application pour la première fois, qui change de téléphone ou qui la supprime, ne peut pas la récupérer facilement depuis les boutiques officielles. La raison tient à un affrontement entre une loi fédérale, les pouvoirs d’exécution de l’administration Trump et la prudence juridique d’Apple et Google.

TikTok fonctionne, mais ne peut plus être téléchargé par de nouveaux utilisateurs

L’incident ne correspond pas à une interdiction directe faite aux particuliers d’ouvrir TikTok. La loi américaine vise d’abord les intermédiaires qui permettent à l’application d’exister et d’être distribuée sur le territoire : boutiques d’applications, services d’hébergement et fournisseurs techniques concernés.

C’est pourquoi la plateforme a connu deux réalités simultanées à partir du 19 janvier 2025 :

  • les utilisateurs ayant conservé l’application ont vu le service revenir après sa suspension temporaire ;
  • les nouveaux utilisateurs ne pouvaient plus la télécharger depuis les magasins d’Apple et de Google ;
  • les utilisateurs qui désinstallent TikTok ne disposent plus d’une voie officielle simple pour la réinstaller ;
  • les mises à jour et le support liés à la distribution de l’application sont eux aussi placés dans une situation incertaine.

Sur Android, la recherche de TikTok dans Google Play affiche un avertissement lié aux lois américaines en vigueur. Côté iPhone, l’App Store indique que TikTok, ainsi que d’autres applications de ByteDance, ne sont pas disponibles dans la région. Ces messages ne traduisent donc pas un problème technique ponctuel, mais une décision de conformité.

DateÉvénementConséquence pour TikTok aux États-Unis
24 avril 2024Promulgation de la loi visant les applications contrôlées par des adversaires étrangersByteDance doit céder TikTok ou perdre l’accès à des services essentiels de distribution et d’hébergement
17 janvier 2025La Cour suprême valide la loiL’échéance légale du 19 janvier reste en place
19 janvier 2025TikTok suspend brièvement son service, puis le rétablitLes comptes et l’application existante redeviennent accessibles pour une partie des utilisateurs
20 janvier 2025Donald Trump signe un ordre exécutifL’administration demande une pause de 75 jours dans l’application de la loi
22 janvier 2025Apple et Google n’ont pas remis TikTok en téléchargementLes nouveaux utilisateurs restent exclus des boutiques officielles

Quelle loi américaine bloque TikTok ?

Le texte au cœur du dossier porte le nom de Protecting Americans from Foreign Adversary Controlled Applications Act, que l’on peut traduire par loi de protection des Américains contre les applications contrôlées par des adversaires étrangers. Adoptée en 2024, elle cible TikTok parce que sa maison mère, ByteDance, est chinoise.

L’argument des autorités américaines repose sur la sécurité nationale. Washington redoute qu’une entreprise placée sous juridiction chinoise puisse être contrainte de transmettre des données d’utilisateurs américains ou d’influencer les contenus mis en avant sur la plateforme. TikTok conteste cette lecture et a engagé des recours contre la loi, en faisant valoir notamment les droits de ses utilisateurs à s’exprimer et à accéder à l’information.

La Cour suprême américaine a toutefois validé le dispositif le 17 janvier 2025. La loi est donc entrée en vigueur le 19 janvier. Elle ne demande pas simplement un changement de nom ou une promesse de meilleure protection des données. Elle prévoit qu’une application concernée doit faire l’objet d’une cession qualifiée, c’est-à-dire d’une séparation de ByteDance qui réponde aux exigences américaines.

En l’absence d’une telle opération, la loi interdit notamment aux boutiques d’applications de proposer TikTok au téléchargement et aux prestataires concernés de maintenir certains services pour la plateforme. Les entreprises qui ne respecteraient pas cette interdiction s’exposent, dans le texte, à des pénalités pouvant atteindre 5 000 dollars par utilisateur concerné. Ce montant est un plafond légal potentiel, et non une amende déjà infligée à Apple ou Google.

Pourquoi le sursis de Trump ne rouvre-t-il pas automatiquement les boutiques ?

Le 20 janvier 2025, au lendemain de l’entrée en vigueur de la loi, Donald Trump a signé un ordre exécutif donnant à son administration 75 jours pour chercher une issue au dossier. Le texte demande au ministère de la Justice de ne pas engager l’application de la loi pendant cette période et prévoit des assurances pour les entreprises concernées.

Mais cet ordre exécutif n’abroge pas la loi votée par le Congrès et validée par la Cour suprême. Il agit sur la manière dont l’exécutif entend appliquer le texte à court terme. Cette nuance explique la retenue des plateformes de distribution : remettre TikTok en ligne implique pour Apple et Google d’évaluer elles-mêmes la solidité des garanties offertes, alors que le cadre légal reste en vigueur.

Pour les deux groupes, le calcul est sensible. Référencer à nouveau TikTok permettrait de répondre aux attentes des utilisateurs et de l’entreprise. Mais une telle décision pourrait les exposer à un risque financier et réglementaire considérable si la protection promise par l’administration était contestée, retirée ou jugée insuffisante. À la date de publication, ni Apple ni Google n’ont fait ce choix.

La loi fédérale et le sursis présidentiel : deux effets différents

Ce que prévoit la loi

  • Elle est entrée en vigueur le 19 janvier 2025 après validation par la Cour suprême.
  • Elle exige une cession qualifiée de TikTok pour rompre le contrôle de ByteDance.
  • Elle interdit notamment la distribution et certaines opérations de maintenance de l’application.
  • Elle prévoit des pénalités pouvant atteindre 5 000 dollars par utilisateur concerné.

Ce que change l’ordre de Trump

  • Il a été signé le 20 janvier 2025, après l’entrée en vigueur de la loi.
  • Il demande au ministère de la Justice de suspendre l’application du texte pendant 75 jours.
  • Il ne supprime ni ne remplace la loi adoptée par le Congrès.
  • Il ne contraint pas Apple et Google à remettre immédiatement TikTok dans leurs boutiques.

Ce que peuvent faire les utilisateurs de TikTok

Pour un utilisateur américain, la situation dépend surtout de ce qui est déjà installé sur son appareil. Ceux qui ont gardé TikTok peuvent généralement continuer à ouvrir l’application depuis leur téléphone, sous réserve de nouvelles interruptions ou de limitations ultérieures. En revanche, ils ont intérêt à mesurer les conséquences avant une désinstallation ou un changement d’appareil : le téléchargement depuis l’App Store et Google Play demeure bloqué.

La recherche de solutions de contournement ne résout pas le problème de fond. Télécharger une application depuis une source non officielle peut exposer l’utilisateur à des versions modifiées, à des logiciels malveillants ou à des demandes abusives d’accès à ses données. Les boutiques d’applications ont précisément pour fonction de centraliser les mises à jour et les contrôles de sécurité, même si elles ne garantissent pas l’absence totale de risque.

Les personnes qui ne peuvent plus accéder à TikTok disposent d’alternatives établies dans la vidéo courte, comme Instagram Reels, YouTube Shorts et Snapchat. Elles ne proposent pas exactement les mêmes communautés ni les mêmes mécanismes de recommandation, mais elles offrent des formats comparables pour publier, découvrir et partager des vidéos verticales.

L’impact est également économique. Pour les créateurs, ne plus pouvoir être découverts par de nouveaux utilisateurs freine la croissance d’une audience. Pour les marques et les commerces, l’incertitude complique les campagnes publicitaires, les partenariats avec les influenceurs et la planification des contenus. Plus l’absence des magasins d’applications durera, plus ce handicap pourra peser sur la base d’utilisateurs de TikTok aux États-Unis.

Une vente américaine reste au centre des négociations

La voie la plus souvent évoquée pour sortir de l’impasse est une vente des activités américaines de TikTok ou un accord qui séparerait suffisamment la plateforme de ByteDance. Une telle transaction devrait toutefois satisfaire les exigences de la loi américaine et obtenir les validations nécessaires. Il ne suffirait pas qu’un investisseur annonce son intérêt pour que TikTok retrouve immédiatement les boutiques d’applications.

Plusieurs noms ont circulé dans le débat sur de possibles repreneurs. Donald Trump a notamment cité Elon Musk et Larry Ellison parmi les personnalités susceptibles de s’intéresser au dossier. À ce stade, ces évocations ne constituent pas l’annonce d’un accord conclu ni la confirmation d’un consortium d’achat.

La complexité tient aussi à la valeur de TikTok et à son fonctionnement. La plateforme repose largement sur des systèmes de recommandation qui analysent les interactions des utilisateurs pour sélectionner les vidéos susceptibles de retenir leur attention. L’intelligence artificielle est donc déjà au cœur de son produit. Toute évolution de la propriété, de la gestion des données ou de l’accès à ses technologies pourrait avoir des conséquences sur l’expérience proposée aux utilisateurs.

Les données personnelles au cœur du conflit politique

Le dossier TikTok s’inscrit dans les tensions plus larges entre les États-Unis et la Chine autour des technologies numériques, des données et des infrastructures de communication. Pour l’administration américaine et une partie du Congrès, le contrôle d’une plateforme aussi populaire par une entreprise chinoise constitue un risque stratégique. Pour TikTok, ses créateurs et certains défenseurs des libertés numériques, l’interdiction ou la cession forcée soulève des questions de proportionnalité et de liberté d’expression.

Cette confrontation dépasse le seul cas de TikTok. Elle pose une question très concrète à toutes les grandes plateformes : où sont stockées les données, qui peut y accéder, quelles règles s’appliquent à leurs algorithmes et jusqu’où un État peut-il aller pour limiter un service numérique étranger au nom de la sécurité nationale ?

Pour les utilisateurs, la prudence reste de mise quel que soit le service employé. Il est utile de vérifier les paramètres de confidentialité, de limiter les autorisations inutiles accordées aux applications et de réfléchir aux informations publiées. Ces pratiques ne tranchent pas le débat géopolitique, mais elles réduisent l’exposition individuelle aux données.

Ce qu’il faut surveiller dans les 75 prochains jours

Le sursis de 75 jours ouvre une période de négociations, non une résolution définitive. Trois éléments détermineront l’avenir immédiat de TikTok aux États-Unis : l’existence d’un projet de cession crédible, les garanties juridiques offertes aux entreprises comme Apple et Google, et la position définitive de l’administration Trump à l’issue du délai.

Le rétablissement de TikTok dans les boutiques d’applications serait le signal le plus visible d’une sortie de crise. À l’inverse, si aucun accord conforme à la loi n’est trouvé, l’application pourrait voir sa présence américaine s’éroder progressivement, même si les versions déjà installées continuent temporairement de fonctionner. Pour l’heure, TikTok est donc en ligne, mais son accès reste juridiquement suspendu à une solution politique et industrielle encore incertaine.

Questions fréquentes

Pourquoi TikTok est-il absent de l’App Store et de Google Play aux États-Unis ?

TikTok est visé par une loi fédérale entrée en vigueur le 19 janvier 2025. Celle-ci impose à ByteDance, sa maison mère chinoise, de céder l’application selon des conditions précises. Sans cession qualifiée, les boutiques d’applications et certains prestataires risquent des sanctions s’ils distribuent ou maintiennent TikTok aux États-Unis.

L’ordre exécutif de Donald Trump rend-il TikTok légal aux États-Unis ?

Non. L’ordre signé le 20 janvier 2025 demande une pause de 75 jours dans l’application de la loi par l’administration fédérale. Il ne l’abroge pas. La loi, validée par la Cour suprême, demeure en vigueur. Cette incertitude explique pourquoi Apple et Google n’ont pas immédiatement remis TikTok en téléchargement.

Puis-je encore utiliser TikTok si l’application est déjà sur mon téléphone ?

Oui, de nombreux utilisateurs qui avaient déjà TikTok installé peuvent de nouveau l’utiliser après la brève interruption du 19 janvier. La situation reste toutefois précaire : l’application n’est plus proposée au téléchargement dans les boutiques américaines, et la suppression de l’application ou le changement de téléphone peut empêcher sa réinstallation officielle.

TikTok est-il bloqué en France en janvier 2025 ?

Non. La situation décrite concerne les États-Unis et résulte d’une loi fédérale américaine visant ByteDance. TikTok reste disponible dans de nombreux autres pays, dont la France. Il ne faut pas confondre ce dossier avec les débats européens sur la protection des données, la modération des contenus ou les obligations des plateformes numériques.

Qui pourrait racheter TikTok aux États-Unis ?

Une vente ou une restructuration des activités américaines est évoquée comme issue possible, à condition qu’elle réponde aux exigences de la loi. Donald Trump a cité Elon Musk et Larry Ellison parmi les noms susceptibles de s’intéresser au dossier. Le 22 janvier 2025, aucun accord définitif n’est annoncé et aucun repreneur n’est officiellement confirmé.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Maison-Blanche, ordre exécutif sur l’application de la loi à TikTok, 20 janvier 2025www.whitehouse.gov/presidential-actions/2025/01/application-of-protecting-americans-from-foreign-adversary-controlled-applications-act-to-tiktok
  2. Congrès des États-Unis, texte de la loi Protecting Americans from Foreign Adversary Controlled Applications Actwww.congress.gov/bill/118th-congress/house-bill/7521
  3. Cour suprême des États-Unis, dossier TikTok Inc. v. Garlandwww.supremecourt.gov/docket/docketfiles/html/public/24-656.html
  4. TikTok Newsroom, communications officielles de l’entreprise aux États-Unisnewsroom.tiktok.com/en-us