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Stargate : ce que le projet à 500 milliards de dollars promet vraiment à l’IA

Annoncé le 21 janvier 2025 aux États-Unis, Stargate est un vaste projet d’infrastructures destiné à soutenir la course à l’intelligence artificielle. OpenAI, SoftBank, Oracle et d’autres partenaires affichent un objectif de 500 milliards de dollars sur quatre ans. Derrière ce nom emprunté à la science-fiction, l’enjeu est très concret : construire la puissance de calcul de l’IA.

Chantier d’un centre de données destiné à fournir de la puissance de calcul pour l’intelligence artificielle
Illustration : Actu.ai

Le nom évoque immédiatement un portail vers d’autres mondes, des civilisations extraterrestres et la célèbre franchise de science-fiction née avec le film de 1994. Pourtant, le projet Stargate annoncé le 21 janvier 2025 ne promet ni voyage interstellaire ni machine consciente. Il désigne une coentreprise américaine pensée pour financer une ressource beaucoup plus terrestre, mais devenue stratégique : les immenses centres de données capables d’entraîner et de faire fonctionner les modèles d’intelligence artificielle.

L’annonce a été faite à la Maison-Blanche, au lendemain de l’investiture de Donald Trump pour un nouveau mandat présidentiel. Entouré notamment de Sam Altman, dirigeant d’OpenAI, de Masayoshi Son, dirigeant de SoftBank, et de Larry Ellison, cofondateur d’Oracle, le président a présenté l’initiative comme un grand chantier d’infrastructure. Les entreprises concernées affichent un objectif spectaculaire : investir jusqu’à 500 milliards de dollars sur quatre ans, soit jusqu’en 2029, dans des infrastructures dédiées à l’IA aux États-Unis.

Stargate, un projet industriel et non une IA autonome

La première confusion à éviter tient au mot même d’intelligence artificielle. Stargate n’est pas le nom d’un nouveau chatbot, d’un robot ou d’un logiciel capable de prendre des décisions seul. C’est avant tout une société et un programme d’investissement destinés à développer les fondations matérielles de l’IA : bâtiments, serveurs, réseaux, systèmes de refroidissement et puces de calcul.

Les modèles génératifs, comme ceux capables de produire du texte, des images ou du code, nécessitent une puissance informatique considérable. Leur création réclame l’entraînement sur de très grands volumes de données, tandis que leur utilisation quotidienne par des millions de personnes mobilise aussi des serveurs. Plus les modèles gagnent en taille et en capacités, plus la question de l’accès aux centres de données devient centrale.

Les promoteurs de Stargate ont indiqué vouloir engager 100 milliards de dollars dès le départ. La construction est déjà engagée au Texas et d’autres sites sont à l’étude. L’organisation entend également contribuer à créer plus de 100 000 emplois aux États-Unis à court terme, selon l’annonce du projet. Ces chiffres décrivent des ambitions et des objectifs : ils ne signifient pas que les dépenses ou les emplois ont déjà été réalisés au moment de l’annonce.

RepèreCe qui est annoncé le 21 janvier 2025
Nature du projetUne nouvelle coentreprise consacrée aux infrastructures d’intelligence artificielle
Montant viséJusqu’à 500 milliards de dollars sur quatre ans
Première étape financière100 milliards de dollars envisagés immédiatement
Territoire prioritaireLes États-Unis, avec une construction déjà engagée au Texas
HorizonQuatre ans, jusqu’en 2029

Qui finance Stargate et qui pilotera le projet ?

Quatre acteurs sont présentés comme les financeurs initiaux en capital de Stargate : SoftBank, OpenAI, Oracle et MGX. MGX est une société d’investissement technologique basée à Abu Dhabi. Les rôles annoncés dessinent une répartition particulière entre financement, pilotage et exploitation des capacités informatiques.

SoftBank doit assumer la responsabilité financière du projet et son dirigeant Masayoshi Son doit présider Stargate. OpenAI, de son côté, doit en assurer la responsabilité opérationnelle. Oracle apporte son expérience des infrastructures cloud et des centres de données. Cette alliance illustre un phénomène essentiel de la course à l’IA : aucun laboratoire ne peut aujourd’hui progresser seul sans partenaires financiers, énergétiques et industriels de très grande taille.

D’autres entreprises sont associées comme partenaires technologiques : Arm, Microsoft, Nvidia, Oracle et OpenAI. Nvidia est devenu un acteur incontournable grâce à ses processeurs graphiques, ou GPU, très utilisés pour les calculs d’IA. Arm fournit des technologies de conception de puces. Microsoft demeure un partenaire majeur d’OpenAI, notamment à travers son infrastructure cloud Azure, une relation qui doit se poursuivre parallèlement à Stargate.

Cette diversité d’acteurs ne transforme pas pour autant le projet en coopération mondiale au sens politique du terme. Stargate est une initiative d’entreprises, soutenue dans le contexte de la stratégie industrielle américaine. Sa priorité affichée est de bâtir des capacités sur le territoire des États-Unis.

Stargate : les ambitions affichées et ce qui reste à démontrer

Ce que le projet annonce

  • Jusqu’à 500 milliards de dollars investis aux États-Unis sur quatre ans.
  • Un premier engagement de 100 milliards de dollars au lancement.
  • Une construction déjà engagée au Texas et d’autres sites à l’étude.
  • Plus de 100 000 emplois américains espérés à court terme.
  • Une capacité de calcul accrue pour soutenir les futurs services d’IA.

Ce qui dépend encore de la mise en œuvre

  • La mobilisation effective de l’ensemble des financements annoncés.
  • Les calendriers précis, emplacements et capacités des futurs centres de données.
  • La disponibilité des puces, de l’électricité et des raccordements réseau.
  • Les effets réels sur l’emploi, les territoires et l’environnement.
  • Les règles de sécurité et de gouvernance appliquées aux IA hébergées.

Pourquoi investir autant dans des centres de données ?

L’intelligence artificielle est souvent perçue comme un service immatériel : une question saisie dans une interface, une réponse instantanée, une image générée en quelques secondes. Mais derrière cette simplicité apparente se trouvent des équipements très physiques. Les puces doivent être produites, transportées puis installées dans des centres de données. Ces sites ont besoin de terrains, de raccordements électriques, de réseaux à haut débit et de solutions de refroidissement.

Pour un acteur comme OpenAI, sécuriser cette infrastructure constitue un enjeu de compétitivité. Une entreprise qui dépend entièrement d’un fournisseur de calcul peut voir ses capacités limitées par le prix, la disponibilité des puces ou les délais de construction. En participant directement à une structure telle que Stargate, OpenAI cherche à disposer d’un levier supplémentaire pour soutenir l’entraînement et le déploiement de ses futurs modèles.

Le projet intervient aussi dans un contexte de concurrence internationale. Les États-Unis veulent conserver une position centrale dans l’IA face à la Chine et à d’autres puissances technologiques. Cette rivalité se joue certes sur les logiciels, les chercheurs et les données, mais également sur les composants, les usines de semi-conducteurs et les infrastructures de calcul.

Le chiffre de 500 milliards de dollars donne la mesure de cette ambition, mais doit être lu avec prudence. Il s’agit d’un plafond d’investissement annoncé sur quatre ans, non d’une somme déjà disponible ou dépensée. La réalisation du programme dépendra de multiples paramètres : mobilisation des capitaux, disponibilité des équipements, choix des emplacements, autorisations locales et capacité des réseaux électriques à alimenter ces installations.

Du nom de science-fiction à une réalité très concrète

Le choix du nom Stargate ne s’accompagne, dans l’annonce, d’aucun lien officiel avec le film ou les séries télévisées. Dans la fiction, une porte des étoiles permet de franchir instantanément des distances cosmiques. Dans le monde de l’IA, la métaphore fonctionne surtout comme une promesse d’accélération : ouvrir un passage vers des capacités informatiques inédites.

Cette référence culturelle rappelle toutefois combien les imaginaires de science-fiction accompagnent les débats technologiques. Depuis des décennies, romans, films et séries interrogent le pouvoir des machines, les relations entre humains et systèmes automatisés, ou encore les conséquences politiques de technologies très puissantes. Ces œuvres ne prédisent pas l’avenir. Elles donnent en revanche des récits et des images qui influencent la façon dont le public interprète les annonces industrielles.

Dans le cas de Stargate, le risque serait de faire croire qu’une infrastructure de calcul équivaut à l’apparition d’une intelligence autonome ou émotionnelle. Ce n’est pas ce qui est annoncé. Des centres de données permettent de développer et d’exécuter des logiciels, mais ils ne répondent pas à eux seuls aux questions de fiabilité, de contrôle humain, de protection des données ou de responsabilité des entreprises.

Quels effets pour l’emploi, l’énergie et les territoires ?

Un programme de cette ampleur peut avoir des effets économiques dans les régions où les installations seront construites. Les chantiers mobilisent des métiers du bâtiment, de l’électricité, du génie civil et des réseaux. L’exploitation des centres de données demande ensuite des ingénieurs, des techniciens et des spécialistes de la sécurité informatique. L’engagement de créer plus de 100 000 emplois doit cependant être évalué à l’aune de ses modalités concrètes : durée des emplois, répartition géographique et part des emplois directement liés aux sites ne sont pas détaillées dans l’annonce.

L’autre sujet décisif est l’énergie. Les centres de données fonctionnent en continu et consomment beaucoup d’électricité. Leur multiplication peut conduire à construire ou renforcer des capacités de production et de transport électrique. Les systèmes de refroidissement soulèvent également des questions locales, notamment là où la ressource en eau est limitée. Stargate rend donc visibles des arbitrages qui dépassent largement le secteur du numérique : développement industriel, planification énergétique et acceptabilité territoriale.

L’accès à une telle infrastructure peut aussi renforcer la concentration du marché. Les groupes capables de financer des dizaines de milliards de dollars de matériel et de bâtiments disposent d’un avantage difficile à rattraper pour les laboratoires indépendants, les jeunes pousses et les universités. À l’inverse, des capacités cloud plus importantes peuvent aussi donner à davantage d’entreprises accès à des outils qu’elles ne pourraient pas construire elles-mêmes. L’effet réel dépendra des tarifs, des contrats et des conditions d’accès qui seront proposés.

Une annonce qui ne remplace pas les règles de l’IA

Stargate répond à une question industrielle : comment obtenir davantage de capacité de calcul ? Il ne résout pas les questions de gouvernance posées par l’IA générative. À mesure que les modèles deviennent plus utilisés dans l’éducation, le travail, la création ou les services publics, les débats portent aussi sur les erreurs de réponse, les biais, les contenus trompeurs, les droits d’auteur et la confidentialité des données.

La puissance informatique peut accélérer le rythme de développement des outils. Elle rend d’autant plus nécessaire la mise en place de tests, de mécanismes de sécurité et de règles claires. Les décisions humaines restent déterminantes : les entreprises choisissent les données, les méthodes de déploiement et les garde-fous ; les autorités publiques définissent les exigences légales ; les utilisateurs décident des tâches qu’ils délèguent ou non à un système automatisé.

Il serait donc trompeur d’opposer un enthousiasme technologique sans réserve à une peur inspirée des dystopies. Le projet Stargate matérialise surtout une réalité plus prosaïque : l’IA est devenue une industrie lourde, avec des besoins comparables à ceux de grands projets d’infrastructure. Son influence ne se mesurera pas seulement à la taille des modèles produits, mais aussi à la façon dont cette puissance sera distribuée, encadrée et utilisée.

Ce qu’il faudra surveiller d’ici à 2029

Le premier indicateur sera le passage de l’objectif aux réalisations. Les annonces de sites, de calendriers de construction et de capacités effectivement mises en service permettront de mesurer l’avancement de Stargate. Il faudra aussi observer la composition réelle des financements : le chiffre de 500 milliards de dollars est ambitieux et sa concrétisation suppose des engagements durables sur plusieurs années.

Les relations entre les partenaires compteront tout autant. OpenAI, SoftBank, Oracle, Microsoft, Nvidia, Arm et MGX ont des intérêts complémentaires, mais aussi des stratégies propres. Le maintien du partenariat entre OpenAI et Microsoft, tout en développant Stargate, montre que l’écosystème de l’IA s’organise par alliances multiples plutôt que par blocs parfaitement étanches.

Enfin, l’enjeu environnemental et territorial deviendra incontournable à mesure que de nouveaux centres de données seront envisagés. La réussite de Stargate ne se résumera pas à l’installation de serveurs. Elle dépendra de la disponibilité de l’électricité, de la capacité à répondre aux contraintes locales et de la confiance accordée aux usages de l’IA qu’une telle infrastructure rendra possibles. Le nom vient de la science-fiction, mais les choix à venir relèvent bien de l’économie, de l’énergie et de la responsabilité collective.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le projet Stargate annoncé par OpenAI ?

Stargate est une coentreprise consacrée à la construction d’infrastructures pour l’intelligence artificielle aux États-Unis. Annoncé le 21 janvier 2025, le projet vise notamment des centres de données et de la capacité de calcul. Ce n’est pas un nouveau chatbot, ni le nom d’un modèle d’IA autonome proposé au public.

Qui finance Stargate et qui dirige le projet ?

Les financeurs initiaux en capital annoncés sont SoftBank, OpenAI, Oracle et MGX. SoftBank doit porter la responsabilité financière et son dirigeant, Masayoshi Son, doit présider Stargate. OpenAI doit assumer la responsabilité opérationnelle. Arm, Microsoft et Nvidia figurent parmi les partenaires technologiques annoncés.

Les 500 milliards de dollars de Stargate sont-ils déjà investis ?

Non. Les 500 milliards de dollars correspondent à un objectif d’investissement sur quatre ans, jusqu’en 2029. Les partenaires ont indiqué vouloir engager 100 milliards de dollars dans l’immédiat. La somme totale dépendra ensuite de la réalisation des financements, des chantiers et des capacités techniques nécessaires.

Quel est le lien entre le projet Stargate et la série de science-fiction ?

Le projet reprend un nom célèbre de la science-fiction, mais aucune connexion officielle avec le film Stargate de 1994 ou ses séries dérivées n’a été annoncée. La référence évoque surtout l’idée d’un passage vers de nouvelles possibilités. Concrètement, le programme porte sur des centres de données et des serveurs d’IA.

Pourquoi Stargate pose-t-il des questions sur l’énergie et l’environnement ?

Les centres de données nécessaires à l’IA regroupent de nombreux serveurs qui doivent fonctionner et être refroidis en continu. Leur développement exige donc de l’électricité, des réseaux robustes et parfois des ressources en eau. Les choix d’implantation et d’approvisionnement énergétique seront déterminants pour les territoires concernés.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. OpenAI, annonce officielle du projet Stargate, 21 janvier 2025openai.com/index/announcing-the-stargate-project
  2. SoftBank Group, communiqués de presse du groupegroup.softbank/en/news/press
  3. Oracle, salle de presse officiellewww.oracle.com/news