Entreprises et marchés

Résultats Nvidia : les chiffres qui diront si la demande d’IA tient vraiment

Nvidia doit publier ses résultats trimestriels le 27 août 2025, dans un contexte où le coût du boom de l’IA interroge les marchés. Après un premier trimestre porté par les centres de données mais pénalisé par les restrictions sur la puce H20, l’entreprise devra surtout convaincre sur la suite de sa croissance.

Techniciens dans un centre de données consacré aux puces et serveurs d’intelligence artificielle.
Illustration : Actu.ai

Les résultats de Nvidia sont devenus bien davantage que le bulletin de santé d’un fabricant de puces. Lorsqu’elle publiera ses comptes du deuxième trimestre de son exercice 2026, le 27 août 2025, l’entreprise offrira un indicateur précieux de l’appétit des géants du cloud, des entreprises et des États pour les infrastructures nécessaires à l’intelligence artificielle. Mais cet indicateur aura ses limites : la vigueur des ventes de GPU ne tranche pas, à elle seule, la question de la rentabilité durable des investissements dans l’IA.

L’enjeu est particulièrement élevé après un trimestre paradoxal. Nvidia a conservé une croissance spectaculaire, tirée par les centres de données, tout en enregistrant une lourde charge liée aux nouvelles restrictions américaines sur ses exportations vers la Chine. Les investisseurs ne regarderont donc pas seulement le chiffre d’affaires : ils chercheront des signes sur la cadence de déploiement de la génération Blackwell, l’évolution des marges et l’incidence concrète des règles commerciales sur la trajectoire du groupe.

Pourquoi les résultats de Nvidia sont-ils un baromètre de l’IA ?

Nvidia vend des processeurs graphiques, ou GPU, initialement conçus pour produire des images. Leur architecture permet aussi d’exécuter simultanément un très grand nombre de calculs, une propriété devenue centrale pour entraîner puis exploiter les grands modèles de langage et les outils de génération d’images, de vidéo ou de code.

Dans un centre de données, un GPU ne fonctionne pas seul. Il s’insère dans des serveurs, des réseaux très rapides et des systèmes de refroidissement coûteux. Nvidia vend ainsi des puces, mais aussi des plateformes complètes, des logiciels et des équipements d’interconnexion. Quand les dépenses d’infrastructure d’IA accélèrent, ses comptes le reflètent donc rapidement.

Cette position explique la portée symbolique de ses publications financières. Les grands fournisseurs de services cloud achètent des capacités de calcul pour leurs propres produits et pour les louer à leurs clients. Les entreprises, elles, peuvent louer ces ressources plutôt que bâtir leur propre centre de données. Une hausse des livraisons de Nvidia suggère que les projets d’IA continuent de mobiliser des budgets considérables. Elle ne permet pas forcément de savoir si les applications finales trouvent déjà un modèle économique à la hauteur de ces investissements.

Ce que montrent les derniers chiffres disponibles

Les derniers résultats publiés par Nvidia, ceux du premier trimestre de l’exercice 2026, couvrent la période close le 27 avril 2025. Ils illustrent la force persistante de la demande, malgré le choc provoqué par les contrôles à l’exportation.

IndicateurPremier trimestre de l’exercice 2026Évolution sur un an
Chiffre d’affaires total44,1 milliards de dollars+ 69 %
Chiffre d’affaires des centres de données39,1 milliards de dollars+ 73 %
Chiffre d’affaires du jeu vidéo3,8 milliards de dollars+ 42 %
Bénéfice par action dilué, normes comptables GAAP0,76 dollar+ 26 %
Marge brute GAAP60,5 %En baisse, notamment en raison de la charge H20

La branche des centres de données pèse désormais l’essentiel de l’activité. C’est là que Nvidia vend les composants et systèmes utilisés pour l’IA, mais aussi pour le calcul scientifique, les services cloud et certaines charges de travail informatiques classiques. La progression de 73 % sur un an dans cette division témoigne d’un marché encore très dynamique.

Le chiffre mérite toutefois d’être lu avec précaution. Une croissance rapide part d’une base déjà très élevée : sur l’ensemble de l’exercice 2025, Nvidia avait réalisé 130,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires. À ce niveau, maintenir des pourcentages de croissance exceptionnels est plus difficile. Les marchés suivront donc autant l’écart entre les résultats et les prévisions que la taille absolue des ventes.

Pour le deuxième trimestre, Nvidia a indiqué viser 45 milliards de dollars de chiffre d’affaires, avec une marge d’incertitude de plus ou moins 2 %. Cette perspective constitue le seuil minimal auquel seront comparés les comptes du 27 août. Les commentaires de la direction sur le trimestre suivant compteront tout autant : ils révéleront si les clients continuent à réserver des capacités au même rythme.

La Chine et la puce H20, un risque très concret

Le principal facteur exceptionnel du premier trimestre est la situation de la H20, une puce conçue par Nvidia pour le marché chinois dans le cadre des contraintes américaines précédentes. Le 9 avril 2025, le gouvernement des États-Unis a informé l’entreprise qu’une licence serait désormais nécessaire pour exporter ce produit vers la Chine, y compris Hong Kong et Macao.

Nvidia a alors inscrit une charge de 4,5 milliards de dollars liée à des stocks de H20 et à des engagements d’approvisionnement excédentaires. Avant l’entrée en vigueur de cette nouvelle exigence, le groupe avait vendu pour 4,6 milliards de dollars de H20 au cours du trimestre. Il a également indiqué n’avoir pas pu livrer 2,5 milliards de dollars de recettes H20 supplémentaires en raison de ces obligations de licence.

Ces chiffres ne signifient pas que toute l’activité de Nvidia est menacée. Ils montrent en revanche qu’une décision réglementaire peut modifier brutalement la disponibilité d’un produit, les stocks et les marges. Pour ses prévisions du deuxième trimestre, Nvidia n’avait d’ailleurs pas intégré de livraisons de H20 vers la Chine.

Les restrictions américaines sur les puces avancées ne datent pas de 2025. L’administration Biden avait déjà renforcé, à partir de 2022 puis en octobre 2023, les règles visant les capacités de calcul et de fabrication de semi-conducteurs destinées à la Chine. La mesure touchant la H20 rappelle que cette politique commerciale continue de peser sur les choix industriels des fabricants de puces.

Blackwell, concurrence et capacités de production

Nvidia ne fait pas face qu’à un risque réglementaire. Sa domination attire une concurrence multiforme. AMD développe ses propres accélérateurs d’IA. Les grands acteurs du cloud conçoivent aussi des puces spécialisées pour certains de leurs besoins internes. En Chine, des entreprises comme Huawei cherchent à proposer des alternatives locales dans un contexte où l’accès aux composants américains les plus performants est encadré.

La force de Nvidia ne repose pas uniquement sur les performances brutes de ses puces. Son environnement logiciel CUDA, ses bibliothèques de calcul, ses outils et l’expérience accumulée par les développeurs forment un écosystème difficile à remplacer rapidement. Ce verrouillage technologique relatif aide l’entreprise à préserver son pouvoir de marché, mais il n’empêche ni les clients de diversifier leurs achats ni les rivaux de progresser.

La montée en puissance de la génération Blackwell est donc un point déterminant. Cette famille de produits succède aux accélérateurs tels que les H100 et H200, devenus des références du calcul d’IA. Son déploiement doit permettre à Nvidia de renouveler son offre à mesure que ses grands clients bâtissent de nouveaux centres de données.

Le groupe a également annoncé en avril 2025 son intention de travailler avec des partenaires industriels pour produire des superordinateurs d’IA aux États-Unis, notamment au Texas, avec des sites prévus à Houston et Dallas. Cet effort répond à un enjeu stratégique plus large : sécuriser les chaînes d’approvisionnement et rapprocher une partie de la fabrication des marchés prioritaires. Il faudra néanmoins du temps pour que ces projets industriels se traduisent en capacité de production effective.

Ce que les résultats de Nvidia permettront réellement d’évaluer

Ce qu’ils peuvent confirmer

  • La poursuite ou le ralentissement des dépenses en infrastructures d’IA.
  • La montée en puissance commerciale des systèmes Blackwell.
  • L’effet immédiat des contrôles américains sur les ventes et les marges.
  • La capacité de Nvidia à atteindre son objectif de 45 milliards de dollars de recettes trimestrielles.

Ce qu’ils ne peuvent pas trancher

  • La rentabilité finale des applications d’IA chez les clients de Nvidia.
  • L’adoption durable de l’IA générative par le grand public et les entreprises.
  • Les enjeux de fiabilité, de données, de droits d’auteur et de gouvernance.
  • L’évolution à long terme de la concurrence chinoise et des puces alternatives.

Ce que les comptes peuvent démontrer, et ce qu’ils ne peuvent pas prouver

Une publication supérieure aux attentes pourrait apaiser une partie des inquiétudes sur le rythme des investissements dans l’IA. Si Nvidia confirme que les livraisons de Blackwell progressent et que les commandes de centres de données restent solides, le marché y verra la preuve que ses plus grands clients poursuivent leurs déploiements.

La marge brute sera un autre indicateur sensible. Elle renseigne sur le mélange des produits vendus, les coûts de montée en cadence d’une nouvelle génération de matériel et les effets de charges exceptionnelles telles que celle liée à la H20. La comparer mécaniquement d’un trimestre à l’autre serait néanmoins trompeur : les restrictions à l’exportation ont eu un effet ponctuel et très important sur le premier trimestre.

En revanche, même une excellente publication ne répondra pas à toutes les réserves qui entourent l’IA générative. Les entreprises clientes doivent encore démontrer qu’elles peuvent transformer le calcul acheté en gains de productivité, en nouveaux services ou en revenus récurrents. Elles font aussi face aux questions de fiabilité des modèles, de protection des données, de droits d’auteur, de consommation énergétique et de conformité réglementaire.

Le partenariat de Nvidia avec des sociétés de conseil et d’intégration, dont Accenture, illustre précisément cet enjeu. Vendre de la puissance de calcul est une étape. Aider des organisations à l’intégrer dans des processus métier fiables en est une autre, souvent plus longue et plus complexe.

Ce qu’il faut surveiller le 27 août 2025

Les résultats de Nvidia ne décideront pas à eux seuls de l’avenir de l’intelligence artificielle. Ils permettront toutefois de départager deux lectures du marché : celle d’une demande structurelle, portée par un vaste cycle de renouvellement des centres de données, et celle d’une course aux équipements susceptible de ralentir si les usages commerciaux ne suivent pas.

Quatre éléments mériteront une attention particulière :

  • Le chiffre d’affaires, comparé à l’objectif de 45 milliards de dollars communiqué par Nvidia.
  • Les commentaires sur Blackwell, notamment sur le rythme de production et les livraisons aux grands clients.
  • La marge brute, pour mesurer les effets des coûts industriels et des restrictions commerciales.
  • La visibilité sur la Chine, après l’incertitude créée par les licences concernant la H20.

Pour Nvidia, la question n’est donc pas simplement de publier un bon trimestre. L’entreprise doit montrer que son avance technologique, son écosystème logiciel et sa capacité d’approvisionnement peuvent résister simultanément à la concurrence, aux contraintes géopolitiques et à l’exigence croissante de rentabilité qui pèse sur l’ensemble du secteur de l’IA.

Questions fréquentes

Quand Nvidia publie-t-elle ses résultats en août 2025 ?

Nvidia doit publier les résultats de son deuxième trimestre de l’exercice 2026 le 27 août 2025. Les marchés examineront le chiffre d’affaires, les marges et les prévisions communiquées par la direction, car ces données renseignent sur les dépenses mondiales consacrées aux infrastructures d’intelligence artificielle.

Pourquoi les résultats de Nvidia sont-ils importants pour l’IA ?

Nvidia fournit une grande partie des GPU et systèmes de calcul employés pour entraîner et exploiter les modèles d’IA. Une hausse de ses ventes dans les centres de données signale que ses clients continuent d’investir dans cette infrastructure. Cela ne prouve pas, en revanche, que tous les services d’IA sont déjà rentables.

Quel a été l’impact des restrictions américaines sur la puce H20 de Nvidia ?

Après une obligation de licence annoncée le 9 avril 2025 pour exporter la H20 vers la Chine, Nvidia a enregistré une charge de 4,5 milliards de dollars au premier trimestre de son exercice 2026. L’entreprise avait vendu 4,6 milliards de dollars de H20 avant ces nouvelles contraintes.

Qu’est-ce que Blackwell chez Nvidia ?

Blackwell désigne la nouvelle génération de plateformes de calcul de Nvidia destinée notamment aux centres de données et à l’intelligence artificielle. Elle succède aux générations ayant popularisé les H100 et H200. Son rythme de production et de livraison est suivi de près, car il conditionne une part importante de la croissance future du groupe.

Nvidia est-elle la seule entreprise à produire des puces pour l’IA ?

Non. Nvidia conserve une place centrale grâce à ses GPU et à son écosystème logiciel, mais elle fait face à AMD, aux puces développées par de grands fournisseurs de cloud pour leurs besoins propres, ainsi qu’à des alternatives chinoises. La concurrence porte sur les performances, les logiciels, les coûts et la disponibilité des composants.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Nvidia, résultats du premier trimestre de l’exercice 2026nvidianews.nvidia.com/news/nvidia-announces-financial-results-for-first-quarter-fiscal-2026
  2. Nvidia, informations financières et publications aux investisseursinvestor.nvidia.com
  3. Nvidia, informations sur la fabrication d’infrastructures d’IA aux États-Unisnvidianews.nvidia.com/news/nvidia-to-manufacture-american-made-ai-supercomputers-in-us-for-first-time