Oscars : voir tous les films nommés devient obligatoire avant de voter
L’Académie des arts et des sciences du cinéma conditionne désormais le vote final au visionnage de tous les films nommés dans la catégorie concernée. Annoncée en avril 2025 pour les 98e Oscars, cette règle veut renforcer un scrutin souvent accusé de favoriser la notoriété et les campagnes.

Le prestige des Oscars repose sur une idée simple : les films récompensés seraient ceux que les professionnels du cinéma jugent les meilleurs. Mais cette promesse se heurte depuis longtemps à une question embarrassante : un votant peut-il réellement départager des œuvres qu’il n’a pas toutes vues ? L’Académie des arts et des sciences du cinéma apporte désormais une réponse réglementaire à ce problème.
Le 21 avril 2025, l’organisation a annoncé qu’elle imposerait une condition de visionnage pour le vote final des 98e Oscars, dont la cérémonie est prévue en mars 2026. La mesure paraît évidente à une partie du public, surprise qu’une telle obligation n’ait pas existé plus tôt. Elle change pourtant concrètement la manière dont les membres pourront exercer leur droit de vote et pose une question pratique : comment vérifier qu’un professionnel a effectivement vu tous les films en compétition ?
Ce que décide exactement l’Académie
La règle ne signifie pas que chaque membre de l’Académie devra regarder l’intégralité des films nommés dans toutes les catégories des Oscars. Elle est plus ciblée : pour voter dans une catégorie lors du scrutin final, un membre devra avoir visionné tous les films qui y sont nommés.
Un électeur qui souhaite désigner le meilleur film devra donc connaître tous les longs métrages en lice dans cette catégorie. S’il veut aussi participer au vote pour le meilleur film d’animation, le meilleur documentaire ou les prix techniques, il devra avoir vu l’ensemble des nommés dans chacune de ces catégories. L’objectif est de faire du vote un choix comparatif fondé sur les œuvres, plutôt qu’une préférence construite à partir de la réputation, d’une campagne promotionnelle ou de quelques extraits.
Cette condition concerne le vote final, celui qui désigne les lauréats. Elle ne transforme pas, à elle seule, toutes les phases de sélection en un marathon de visionnage identique. Les modalités de nomination restent liées aux règles propres aux branches de l’Académie, qui rassemblent notamment des acteurs, réalisateurs, scénaristes, techniciens, producteurs et autres métiers du cinéma.
| Étape du processus | Avant la nouvelle règle | Pour les 98e Oscars |
|---|---|---|
| Vote final | Aucun dispositif général n’exigeait de prouver le visionnage de tous les nommés d’une catégorie | Le visionnage de tous les films nommés devient une condition pour voter dans cette catégorie |
| Films vus via la plateforme de l’Académie | Consultation possible par les membres éligibles | Le visionnage peut être pris en compte automatiquement par la plateforme |
| Films vus en dehors de la plateforme | Pas de procédure générale de validation liée au vote final | Le membre doit déclarer avoir vu le film par un autre moyen |
| Portée de l’obligation | Variable selon les habitudes individuelles des votants | Limitée aux catégories dans lesquelles le membre souhaite voter |
Comment le visionnage sera-t-il vérifié ?
L’Académie s’appuie sur son espace de visionnage réservé à ses membres, souvent appelé Academy Screening Room. Lorsqu’un film nommé est vu sur cette plateforme, le système peut en conserver la trace. Cette solution répond à une difficulté évidente : contrairement à un bulletin de vote, l’attention réelle portée à un film ne se mesure pas directement.
Les professionnels ne découvrent toutefois pas tous les films de la même manière. Certains les voient lors de festivals, de projections organisées par les studios, de séances de presse ou dans le cadre de leur activité. Pour ces cas, l’Académie prévoit une attestation : le membre devra confirmer qu’il a vu l’œuvre en dehors de sa plateforme.
Ce mécanisme ne constitue pas une surveillance absolue du visionnage. Une attestation repose sur la bonne foi du votant et l’Académie n’a pas détaillé de régime de sanctions disciplinaires distinct. En revanche, la conséquence essentielle est claire : sans visionnage complet, un membre ne doit pas être éligible au vote dans la catégorie concernée.
Cette nuance compte. La réforme ne prétend pas lire dans les habitudes culturelles de milliers de professionnels. Elle installe une norme collective et une responsabilité individuelle dans un système où l’honneur professionnel a un poids considérable.
Pourquoi cette règle était devenue nécessaire
La campagne des Oscars est une période intense. À l’approche des nominations puis du vote final, les équipes des films multiplient les projections, rencontres, annonces publicitaires et échanges avec les membres. Dans ce contexte, les œuvres les plus visibles disposent souvent d’un avantage, particulièrement lorsqu’elles bénéficient d’un distributeur puissant, de vedettes connues ou d’une importante couverture médiatique.
Le système a aussi été fragilisé par les témoignages récurrents de votants reconnaissant ne pas avoir vu toutes les œuvres sur lesquelles ils étaient invités à se prononcer. Pour le public, cette possibilité heurte l’idée même d’un palmarès équitable. Sur les réseaux sociaux, l’annonce a ainsi suscité autant de soulagement que d’ironie : de nombreux commentaires se demandent comment des décisions aussi importantes pouvaient être prises sans visionnage intégral.
Les discussions font ressurgir le souvenir de films estimés insuffisamment reconnus, comme The Color Purple ou Malcolm X. Il serait impossible d’affirmer qu’une règle de visionnage aurait changé leurs résultats. Les Oscars dépendent de goûts, de contextes artistiques et de rapports de force très différents d’une année à l’autre. Mais la réforme répond précisément au doute qui entoure les votes fondés sur une connaissance incomplète des concurrents.
L’enjeu dépasse les seuls films célèbres. Une œuvre indépendante, internationale, documentaire ou portée par des interprètes moins connus a davantage de chances d’être jugée sur ce qu’elle propose si tous les votants doivent lui accorder le même temps de visionnage qu’aux productions les plus attendues.
Une amélioration de l’équité, pas une garantie de diversité
L’obligation de voir tous les nommés peut réduire un biais de visibilité. Elle ne peut pas, à elle seule, supprimer les inégalités qui apparaissent bien avant le vote final : accès au financement, distribution dans les salles, moyens de campagne, place accordée aux langues étrangères ou représentation des minorités parmi les professionnels.
La comparaison avec les BAFTA britanniques est éclairante. Après les critiques liées au manque de diversité de leurs nominations, résumées par le mot d’ordre #BaftasSoWhite, les récompenses britanniques ont engagé une révision de leurs règles et de leurs procédures. Les institutions du cinéma prennent ainsi progressivement en compte une réalité : la composition des jurys, leurs habitudes de visionnage et leurs critères d’éligibilité influencent directement les œuvres mises en lumière.
L’Académie américaine ne promet pas qu’un visionnage obligatoire conduira mécaniquement à des résultats plus diversifiés. Elle met plutôt en place une condition minimale : avant de départager les films, il faut les avoir vus. Cette exigence paraît élémentaire, mais elle a un effet symbolique fort sur la crédibilité du scrutin.
Vote aux Oscars : ce qui change avec la règle de visionnage
Avant la réforme
- Aucune obligation générale de prouver le visionnage de tous les nommés au vote final.
- Un membre pouvait être influencé par la notoriété, les critiques ou la campagne d’un film.
- Les habitudes de visionnage restaient largement laissées à l’appréciation de chaque électeur.
- Les films les moins visibles risquaient davantage de ne pas être jugés à armes égales.
Avec la réforme
- Le vote final dans une catégorie suppose d’avoir vu tous les films qui y sont nommés.
- La plateforme de l’Académie permet de suivre une partie des visionnages.
- Une attestation est prévue pour les œuvres vues en festival ou en projection extérieure.
- La règle favorise une comparaison directe entre les films, sans garantir le résultat du vote.
L’intelligence artificielle entre dans le règlement des Oscars
L’annonce d’avril 2025 ne porte pas uniquement sur le vote. L’Académie a également clarifié sa position sur l’intelligence artificielle générative et les autres outils numériques employés dans la fabrication d’un film. Leur utilisation ne doit, en elle-même, ni avantager ni désavantager une œuvre dans la course à une nomination.
L’Académie précise néanmoins que ses branches jugeront la réussite artistique en tenant compte de la place occupée par l’humain dans la paternité créative de l’œuvre. Autrement dit, la question n’est pas seulement de savoir si un logiciel a été utilisé, mais quel rôle ont joué les auteurs et les artistes dans la création finale.
Cette clarification intervient alors que des films tels que The Brutalist et Emilia Pérez ont nourri des débats sur l’usage de l’IA dans le cinéma. Le sujet est sensible, car ces outils peuvent intervenir à différentes étapes : retouche d’une voix, traitement d’image, prévisualisation, effets visuels ou assistance à la production. Les confondre avec une création entièrement automatisée serait réducteur.
Cette approche évite de trancher par avance des cas très différents. Elle laisse aussi aux branches, composées de spécialistes des métiers concernés, la responsabilité d’apprécier les réalisations selon leurs critères artistiques et techniques.
Une ouverture pour les cinéastes réfugiés et demandeurs d’asile
Les règles révisées apportent aussi une évolution à la catégorie du film international. Un pays pourra désormais soumettre une œuvre réalisée par un ou plusieurs cinéastes bénéficiant du statut de réfugié ou de demandeur d’asile. Cette disposition tient compte de situations dans lesquelles un auteur ne peut plus travailler librement ou être représenté par son pays d’origine.
Le principe de la catégorie demeure : le film est présenté par un pays, et non directement par un individu. Mais l’assouplissement évite que le statut migratoire du cinéaste l’exclue de fait d’une reconnaissance internationale. Le pays soumettant le film doit toujours respecter les autres critères de l’Académie, notamment ceux liés au contrôle créatif de l’œuvre.
Cette modification est cohérente avec l’enjeu plus large de représentation. Elle rappelle que le cinéma mondial ne se résume pas aux frontières administratives, et que les parcours de création peuvent être bouleversés par l’exil, les conflits ou les persécutions.
Ce qu’il faudra surveiller avant les 98e Oscars
La première épreuve de cette réforme sera son application concrète. L’Académie devra faire en sorte que sa plateforme soit simple d’accès, que les attestations soient compréhensibles et que les votants connaissent précisément les conditions à remplir. Une règle exigeante mais mal expliquée risquerait de décourager certains membres de voter dans des catégories moins médiatisées.
Il faudra aussi observer si cette obligation modifie les habitudes de campagne. Les distributeurs chercheront toujours à faire émerger leurs films, mais l’enjeu pourrait se déplacer : il ne suffira plus d’obtenir une forte exposition, il faudra aussi favoriser un visionnage réel et complet par les électeurs.
Enfin, les résultats des 98e Oscars ne permettront pas, à eux seuls, de mesurer le succès de la réforme. Un palmarès reste subjectif. En revanche, l’Académie se dote d’un principe difficilement contestable : un vote informé suppose que les œuvres en compétition aient été vues. Dans une industrie où les récompenses influencent durablement la carrière des artistes, la visibilité des films et leur financement futur, cette exigence est loin d’être anecdotique.
Questions fréquentes
Les membres des Oscars doivent-ils voir tous les films nommés dans toutes les catégories ?
Non. La règle annoncée en avril 2025 s’applique catégorie par catégorie lors du vote final. Un membre qui veut voter pour le meilleur film doit voir tous les films nommés dans cette catégorie. Il n’est pas obligé de regarder toutes les œuvres de toutes les catégories s’il ne souhaite pas y voter.
Comment l’Académie vérifie-t-elle que les votants ont vu les films nommés ?
Les films vus sur l’Academy Screening Room, la plateforme réservée aux membres, peuvent être enregistrés automatiquement. Lorsqu’un membre a vu une œuvre ailleurs, par exemple lors d’un festival ou d’une projection professionnelle, il doit fournir une attestation. Le dispositif repose donc à la fois sur le suivi technique et sur la déclaration du votant.
La nouvelle règle des Oscars s’applique-t-elle aux nominations ?
La mesure annoncée vise explicitement le vote final, celui qui désigne les lauréats. Les nominations suivent des règles distinctes selon les branches de l’Académie et les catégories. L’objectif de la réforme est d’empêcher qu’un membre choisisse un gagnant sans avoir vu tous les concurrents nommés dans la catégorie où il vote.
L’intelligence artificielle peut-elle empêcher un film d’être nommé aux Oscars ?
Non, selon la clarification publiée par l’Académie en avril 2025. L’usage d’intelligence artificielle générative ou d’autres outils numériques ne favorise ni ne pénalise automatiquement un film. Les branches doivent toutefois évaluer le rôle de l’humain dans la paternité créative de l’œuvre lorsqu’elles jugent sa réussite artistique.
Pourquoi les Oscars modifient-ils les règles des films internationaux ?
L’Académie permet désormais à un pays de soumettre un film réalisé par une personne ayant le statut de réfugié ou de demandeur d’asile, sous réserve du respect des autres critères. La catégorie reste une soumission nationale, mais la règle évite que la situation administrative ou l’exil d’un cinéaste ne ferme l’accès à cette compétition internationale.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Academy of Motion Picture Arts and Sciences, actualités et annonces officielleswww.oscars.org/news
- Academy of Motion Picture Arts and Sciences, règles et éligibilité des Oscarswww.oscars.org/oscars/rules-eligibility
- BAFTA, règles et directives des récompenses cinémawww.bafta.org/film/awards/rules-and-guidelines



