David Cronenberg défend The Brutalist dans la controverse sur l’IA
David Cronenberg a pris la défense de The Brutalist, film de Brady Corbet, après les critiques sur son recours à l’IA en post-production. Le cinéaste estime que la polémique a été gonflée pour nuire au long métrage. Retour sur les usages concernés, et sur ce qu’ils changent réellement aux performances.

La controverse ne porte pas sur un acteur virtuel ni sur un scénario écrit par une machine. Elle concerne quelques ajustements de prononciation réalisés après le tournage de The Brutalist, fresque de Brady Corbet portée par Adrien Brody. Pourtant, le simple mot « IA » a suffi à faire naître un débat bien plus vaste sur l’authenticité au cinéma. En février 2025, David Cronenberg est intervenu avec virulence : à ses yeux, l’affaire relevait moins d’une discussion de principe que d’une volonté de fragiliser un film en pleine course aux récompenses.
Une précision nécessaire : Cronenberg n’a pas réalisé The Brutalist
Le titre de la polémique peut prêter à confusion. David Cronenberg n’est ni le réalisateur ni le producteur de The Brutalist. Le film a été écrit et réalisé par Brady Corbet, avec Adrien Brody dans le rôle de László Tóth, un architecte hongrois survivant de la Shoah qui tente de reconstruire sa vie aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale.
Cronenberg, figure majeure du cinéma contemporain, est intervenu comme observateur et défenseur du long métrage. Son propos visait la nature de la controverse, non une mise en cause de son propre travail. Il a estimé que les attaques contre le film ressemblaient à une campagne destinée à l’affaiblir dans la compétition des Oscars, en faisant référence à Harvey Weinstein pour décrire une logique de déstabilisation dans l’industrie.
Cette comparaison ne signifie pas que l’affaire autour de The Brutalist serait équivalente aux crimes pour lesquels Harvey Weinstein a été poursuivi. Cronenberg emploie cette référence pour dénoncer, selon lui, des tactiques de pression et une polémique susceptible d’influencer la perception d’un film par les votants et le public.
Son point de vue est tranché : pour le réalisateur de La Mouche, les commentaires sur l’IA ont largement dépassé la réalité technique des modifications apportées à l’œuvre. Mais cette défense n’éteint pas une question légitime : que fait exactement un outil d’intelligence artificielle lorsqu’il intervient sur la voix d’un comédien ?
Que s’est-il passé avec les dialogues hongrois du film ?
La controverse est née après les explications de Dávid Jancsó, le monteur de The Brutalist. Celui-ci a indiqué que l’équipe avait utilisé Respeecher, une technologie de modification et de synthèse vocale assistée par IA, afin d’améliorer la précision de certains dialogues prononcés en hongrois.
Adrien Brody et Felicity Jones avaient travaillé avec une coach dialectale. Cela reste la base de leur interprétation : les acteurs ont joué les scènes, donné leur rythme, leur intention, leur émotion et leur voix. Mais le hongrois est une langue dont la prononciation et les accents peuvent être particulièrement difficiles à maîtriser pour des interprètes non natifs. Selon Jancsó, lui-même hongrois, l’outil a permis d’affiner certains sons et certaines lettres afin que les répliques paraissent plus naturelles à une oreille hongroise.
Brady Corbet a ensuite précisé que la technologie avait été employée dans l’édition des dialogues hongrois pour corriger certains éléments de prononciation. Il a insisté sur deux points : aucun dialogue en anglais n’aurait été altéré et l’ambition n’était pas de remplacer la performance des comédiens, mais d’en préserver l’authenticité dans une langue étrangère.
| Élément du film | Ce qui a été déclaré | Ce que cela implique |
|---|---|---|
| Jeu d’Adrien Brody et Felicity Jones | Les comédiens ont interprété leurs scènes et enregistré leurs dialogues | L’intention dramatique, le jeu corporel et le rythme restent ceux des acteurs |
| Dialogues hongrois | Des ajustements de prononciation ont été réalisés avec Respeecher | Certains sons ont été affinés en post-production pour gagner en justesse linguistique |
| Dialogues en anglais | Brady Corbet affirme qu’ils n’ont pas été modifiés | L’IA n’a pas servi à changer les répliques anglaises ni à créer une autre voix anglaise |
| Images architecturales finales | La production affirme qu’elles ont été dessinées par des artistes | Le débat sur l’IA vocale ne permet pas, à lui seul, de conclure à une image générée intégralement par IA |
Une correction de voix est-elle une modification de la performance ?
C’est le cœur du désaccord. Les défenseurs du film considèrent qu’il s’agit d’une étape technique comparable à d’autres opérations de post-production. Dans cette lecture, la voix de l’acteur demeure le matériau de départ et l’outil permet seulement d’améliorer un détail linguistique, comme le ferait un travail de montage sonore particulièrement précis.
Les critiques, eux, ne contestent pas forcément l’objectif de rendre le hongrois crédible. Ils s’inquiètent plutôt du précédent que peut créer l’usage d’une technologie capable de modifier une voix enregistrée. Une performance ne se réduit pas au visage ou au texte : la voix, son grain, ses hésitations, sa musicalité et sa prononciation font partie intégrante du travail d’un comédien. Si un logiciel intervient sur ces éléments, même de manière limitée, où placer la frontière ?
Le cas de The Brutalist est emblématique parce qu’il se situe dans une zone grise. Il ne s’agit pas, d’après les déclarations de la production, de faire dire à Adrien Brody des phrases qu’il n’a jamais jouées. Il ne s’agit pas non plus de substituer sa voix par celle d’un autre acteur. En revanche, des caractéristiques de ses paroles en hongrois ont été modifiées pour atteindre une meilleure exactitude phonétique.
Ce que l’IA a fait, et ce qu’elle n’a pas fait selon la production
Usage déclaré dans The Brutalist
- Affiner certains sons des dialogues prononcés en hongrois.
- Intervenir en post-production avec l’outil Respeecher.
- Viser une prononciation plus crédible pour un public hongrois.
- Conserver la prestation enregistrée d’Adrien Brody et Felicity Jones.
Ce que la production conteste
- Avoir modifié les dialogues en anglais.
- Avoir remplacé les acteurs par des voix entièrement synthétiques.
- Avoir altéré l’intention dramatique fondamentale des interprètes.
- Avoir produit les images architecturales finales sans travail d’artistes.
Pourquoi la mention de l’IA a-t-elle suscité une telle réaction ?
Le débat ne peut pas être séparé du contexte de 2025. L’intelligence artificielle générative nourrit des inquiétudes concrètes dans toute la chaîne de production audiovisuelle : emploi des artistes, protection des voix et des visages, droits d’auteur, rémunération, transparence vis-à-vis du public. Les grèves qui ont marqué Hollywood en 2023 ont notamment placé les répliques numériques des interprètes au centre des négociations.
Dans ce climat, la moindre utilisation revendiquée d’IA devient un symbole. Pour une partie du public, elle évoque immédiatement des personnages artificiels, des comédiens remplacés ou des créations fabriquées sans artistes. Or les situations sont très différentes selon les œuvres et les outils employés.
Une IA peut, par exemple, générer une voix de toutes pièces, cloner la voix d’une personne, traduire et synchroniser des dialogues, nettoyer un enregistrement dégradé ou retoucher une prononciation. Ces usages soulèvent des enjeux communs, mais ils ne produisent pas les mêmes effets sur le travail des acteurs. Les mettre tous sur le même plan risque de brouiller le débat plutôt que de le clarifier.
Le cas de The Brutalist met aussi en lumière une tension ancienne du cinéma. Les films ne sont jamais des captations brutes du réel. Le montage, le doublage, les bruitages, l’étalonnage, les effets visuels et les reprises de dialogue façonnent le résultat final. L’IA ne fait pas apparaître cette transformation, elle rend certaines interventions plus rapides, plus accessibles ou potentiellement plus profondes.
Les images architecturales ont aussi alimenté les interrogations
Les révélations de Dávid Jancsó ont également attiré l’attention sur des images architecturales associées à la fin du film. Le monteur a évoqué un recours à l’IA dans le cadre de rendus liés à ces architectures. Brady Corbet a répondu que les images finales avaient été créées à la main par des artistes et que le film utilisait volontairement une esthétique de rendus numériques anciens.
Ces déclarations ont entretenu la confusion, car elles montrent combien le terme « IA » peut recouvrir des étapes très différentes : recherche visuelle, ébauche, référence, génération d’éléments, retouche ou image finale. Pour le spectateur, seule une information claire sur la place exacte de l’outil permet de comprendre ce qu’il regarde.
Cette exigence de transparence ne revient pas à interdire toute innovation. Elle consiste à distinguer le travail d’orientation artistique, de dessin et de fabrication mené par des équipes humaines, des opérations où un système génératif produit directement une matière visuelle ou sonore. C’est aussi une façon de reconnaître les métiers invisibles de la post-production, souvent éclipsés par les débats sur la technologie.
Une polémique qui n’a pas écarté le film des Oscars
Certains commentateurs ont appelé à sanctionner le film ou à remettre en cause sa place dans la saison des récompenses. Mais la controverse n’a entraîné aucune annonce de retrait de la part de l’Académie des arts et des sciences du cinéma.
Au terme de la cérémonie des Oscars du 2 mars 2025, The Brutalist a remporté trois statuettes : meilleur acteur pour Adrien Brody, meilleure photographie et meilleure musique originale. Le film avait été nommé 10 fois, notamment dans les catégories du meilleur film et de la meilleure réalisation.
Ce résultat ne tranche pas le débat éthique. Il montre néanmoins que l’Académie n’a pas considéré les éléments connus sur la post-production comme un motif de disqualification. Il rappelle aussi qu’une récompense distingue une œuvre dans son ensemble, issue du travail d’acteurs, de techniciens, d’artistes, de musiciens et d’équipes de production, et non un seul procédé technique.
Pour David Cronenberg, la sévérité des réactions paraissait donc disproportionnée au regard de l’usage décrit. Ses détracteurs pourraient répondre que l’attention portée à The Brutalist est précisément utile : un film aussi visible permet de poser publiquement les questions qui accompagneront les outils de voix synthétique dans les années à venir.
Ce qu’il faut surveiller dans le cinéma assisté par IA
La véritable leçon de cette affaire tient peut-être moins à The Brutalist lui-même qu’aux règles dont le cinéma a besoin. Les professionnels devront déterminer ce qui exige le consentement explicite d’un acteur, ce qui mérite une rémunération supplémentaire, ce qui doit être signalé au public et ce qui relève simplement du travail technique habituel.
Trois principes pourraient rendre ces débats plus lisibles :
- préciser si l’IA a généré une voix ou une image, ou si elle a seulement assisté une retouche ;
- distinguer la correction d’une performance existante de la création d’une interprétation que l’acteur n’a jamais livrée ;
- garantir aux artistes le contrôle de leur voix, de leur image et de leurs données d’entraînement.
L’IA ne supprimera pas le rôle des metteurs en scène, des acteurs, des monteurs ou des ingénieurs du son. En revanche, elle oblige le secteur à nommer avec précision les transformations qu’elle rend possibles. La défense de David Cronenberg repose sur l’idée que la polémique a caricaturé le cas de The Brutalist. La réponse durable ne passera ni par le déni des inquiétudes ni par l’amalgame, mais par une transparence suffisamment rigoureuse pour que chaque innovation puisse être jugée à sa juste mesure.
Questions fréquentes
David Cronenberg a-t-il réalisé The Brutalist ?
Non. The Brutalist a été écrit et réalisé par Brady Corbet. David Cronenberg a commenté la polémique en tant que cinéaste extérieur au projet. Il a défendu le film et jugé que les critiques liées à l’IA visaient de façon disproportionnée une œuvre alors engagée dans la course aux Oscars.
Comment l’IA a-t-elle été utilisée dans The Brutalist ?
D’après le monteur Dávid Jancsó et le réalisateur Brady Corbet, l’outil Respeecher a été utilisé en post-production pour affiner certains éléments de prononciation dans les dialogues hongrois d’Adrien Brody et Felicity Jones. La production affirme que les dialogues en anglais n’ont pas été modifiés.
L’IA a-t-elle remplacé la voix d’Adrien Brody dans The Brutalist ?
La production ne présente pas son usage ainsi. Adrien Brody a interprété et enregistré ses scènes. L’outil aurait servi à corriger des détails phonétiques en hongrois, sans remplacer l’ensemble de sa voix par une voix synthétique. La controverse porte précisément sur la limite entre correction technique et altération d’une performance.
Pourquoi David Cronenberg évoque-t-il Harvey Weinstein ?
Cronenberg a utilisé cette référence pour dénoncer ce qu’il perçoit comme une campagne visant à abîmer la réputation de The Brutalist et ses chances aux Oscars. Il ne commentait pas la technologie elle-même de façon détaillée, mais la dynamique médiatique et concurrentielle qu’il associait à la polémique.
La controverse sur l’IA a-t-elle privé The Brutalist des Oscars ?
Non. L’Académie n’a pas retiré les nominations du film. Lors de la cérémonie du 2 mars 2025, The Brutalist a remporté trois Oscars : meilleur acteur pour Adrien Brody, meilleure photographie et meilleure musique originale. Le film avait totalisé dix nominations.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Réaction de David Cronenberg à la polémique sur The Brutalist, The Hollywood Reporterwww.hollywoodreporter.com
- Déclaration de Brady Corbet sur l’usage de l’IA dans The Brutalist, Varietyvariety.com
- Entretien de Dávid Jancsó sur la post-production de The Brutalist, RedShark Newswww.redsharknews.com
- Résultats de la 97e cérémonie des Oscars, Academy of Motion Picture Arts and Scienceswww.oscars.org/oscars/ceremonies/2025



