Entreprises et marchés

Alibaba mise sur Qwen 2.5-Max pour convaincre les marchés de l’IA

Avec Qwen 2.5-Max, Alibaba affirme franchir un cap dans les modèles d’intelligence artificielle et se mesurer aux offres d’OpenAI, de Meta et de DeepSeek. Cette offensive technologique accompagne une hausse de 25 % de son action en six mois, tout en laissant subsister des questions sur la concurrence et les fondamentaux du groupe.

Analyste observant des évaluations de modèles d’IA et l’évolution d’un graphique boursier.
Illustration : Actu.ai

Le 29 janvier 2025, Alibaba place l’intelligence artificielle au centre de son récit technologique et boursier. Le groupe chinois vient de présenter Qwen 2.5-Max, un nouveau modèle dont il affirme qu’il surpasse plusieurs offres concurrentes. Cette annonce intervient alors que l’action Alibaba a déjà gagné 25 % en six mois, signe que les investisseurs scrutent avec attention la capacité du groupe à tirer parti de la vague de l’IA générative.

L’enjeu dépasse la sortie d’un modèle supplémentaire. Pour Alibaba, longtemps identifié à ses places de marché en ligne, au cloud et aux services numériques, l’IA est devenue un levier stratégique : elle peut renforcer ses produits existants, attirer des clients vers son infrastructure cloud et améliorer son positionnement face aux grands acteurs américains comme face aux nouveaux compétiteurs chinois. Mais, dans un secteur où les annonces se succèdent à un rythme soutenu, les promesses techniques doivent encore se traduire en usages et en revenus.

Qwen 2.5-Max, la nouvelle vitrine technologique d’Alibaba

Alibaba a présenté Qwen 2.5-Max comme son nouveau modèle d’intelligence artificielle. Le groupe affirme obtenir, avec cette version, des résultats dépassant ceux de modèles développés par OpenAI, DeepSeek et Meta. Cette revendication repose sur des évaluations de performances, souvent appelées benchmarks, qui servent à comparer les capacités de différents systèmes sur des exercices standardisés : raisonnement, compréhension de texte, résolution de problèmes ou production de code, selon les tests retenus.

Un modèle de langage de grande taille, ou LLM, est entraîné à repérer des régularités dans d’immenses ensembles de données textuelles. Il peut ensuite rédiger, résumer, traduire, répondre à des questions ou assister des développeurs. Son intérêt pour une entreprise ne se limite pas à la démonstration technologique. Il dépend aussi de sa rapidité, de son coût d’utilisation, de sa fiabilité et de sa faculté à s’intégrer dans des services accessibles à des utilisateurs ou à des organisations.

Alibaba met notamment en avant la capacité de ses outils à traiter des données complexes et à fonctionner sur différents dispositifs. Le groupe a également attiré l’attention du secteur en annonçant une prise en charge pouvant atteindre un million de jetons en entrée. Les jetons sont les unités de texte manipulées par les modèles : il peut s’agir de mots entiers, de fragments de mots ou de signes de ponctuation. Une fenêtre de contexte très étendue permet, en théorie, de soumettre au système des documents beaucoup plus longs, par exemple un volumineux dossier, une longue conversation ou une grande quantité de code.

Cette caractéristique ne garantit pas à elle seule une réponse exacte. Plus le contexte est long, plus il devient important que le modèle identifie correctement les informations pertinentes et évite les confusions. Elle peut néanmoins répondre à un besoin concret d’entreprises qui souhaitent interroger de vastes corpus documentaires sans devoir les découper en une multitude de requêtes.

Que valent les comparaisons avec OpenAI, Meta et DeepSeek ?

Les annonces de performances comparées sont devenues incontournables dans la compétition de l’IA. Elles permettent aux laboratoires et aux entreprises de situer rapidement un nouveau modèle dans un paysage particulièrement dense. Lorsqu’Alibaba affirme que Qwen 2.5-Max dépasse des concurrents internationaux, le message est clair : le groupe entend être considéré comme un acteur de premier plan, et pas seulement comme un fournisseur local de services numériques.

Il faut toutefois lire ce type de résultat avec méthode. Deux modèles peuvent exceller sur des tests différents, ou être configurés de manière distincte. Les jeux d’évaluation eux-mêmes ont des limites : ils ne reproduisent pas toutes les conditions d’un usage quotidien, peuvent être sensibles à la formulation des consignes et ne disent pas tout des erreurs factuelles, des biais ou de la protection des données.

La qualité perçue par les utilisateurs dépend aussi de critères moins spectaculaires qu’un classement : la stabilité des réponses, la disponibilité du service, la qualité de l’interface, la prise en charge de plusieurs langues et la capacité à intégrer le modèle dans les logiciels déjà employés par une entreprise. Pour Alibaba, l’avantage potentiel réside dans la possibilité de relier ses modèles Qwen à ses activités de cloud et à son vaste écosystème numérique.

Le groupe dispose par ailleurs de Qwen 2.5-VL, une déclinaison multimodale évoquée dans les présentations autour de la famille Qwen. Un modèle multimodal ne se limite pas au texte : il peut traiter des contenus visuels. Qwen 2.5-VL est notamment présenté comme capable d’analyser des images, de générer des visuels, d’interagir avec des dispositifs et de traiter de longues vidéos. Cette évolution illustre la direction prise par l’ensemble du secteur : des assistants capables d’interpréter plusieurs formats plutôt que de répondre uniquement à partir d’une consigne écrite.

Qwen 2.5-Max : une annonce technologique à lire avec nuance

Les promesses mises en avant

  • Alibaba revendique des résultats supérieurs à ceux de plusieurs concurrents internationaux.
  • Le groupe met en avant le traitement de données complexes et une large fenêtre de contexte.
  • La famille Qwen s’étend à des usages multimodaux, incluant l’analyse d’images et de vidéos.
  • L’IA peut renforcer l’offre cloud et les services numériques d’Alibaba.

Les questions à vérifier

  • Les benchmarks ne reflètent pas tous les usages réels ni toutes les contraintes de déploiement.
  • Une meilleure performance annoncée ne garantit pas une adoption massive par les clients.
  • Le coût d’exploitation et la fiabilité conditionnent la rentabilité commerciale.
  • La concurrence peut rapidement combler un écart technique ou exercer une pression sur les prix.

Une hausse boursière de 25 % qui reflète l’attente des investisseurs

Dans les six mois précédant le 29 janvier 2025, l’action Alibaba a enregistré une progression de 25 %. Cette évolution ne peut pas être attribuée à une seule présentation de produit, mais les avancées en intelligence artificielle alimentent clairement l’intérêt pour le titre. Les marchés évaluent désormais les grands groupes technologiques aussi à l’aune de leur capacité à développer, distribuer et monétiser des services d’IA.

Goldman Sachs conserve une recommandation d’achat sur l’action Alibaba. Selon l’analyste Ronald Keung, le titre disposerait encore d’un potentiel de hausse de plus de 20 %. Une recommandation d’analyste n’est pas une garantie de résultat : elle traduit une estimation fondée sur des hypothèses de croissance, de rentabilité, de valorisation et de risque. Elle montre toutefois que les innovations du groupe sont prises au sérieux dans l’analyse de ses perspectives.

Le tableau suivant distingue les principaux signaux mis en avant à cette date et ce qu’ils permettent réellement d’en déduire.

Indicateur au 29 janvier 2025Ce qu’il indiqueCe qu’il ne permet pas d’affirmer à lui seul
+25 % pour l’action en six moisLes investisseurs ont davantage valorisé les perspectives d’Alibaba sur cette période.Que la hausse se poursuivra au même rythme.
Lancement de Qwen 2.5-MaxAlibaba accélère dans la course aux grands modèles d’IA.Que le modèle deviendra le plus utilisé du marché.
Revendications de meilleurs résultats face à des rivauxLe groupe se positionne sur le terrain des performances mesurées.Que tous les usages réels donneront le même avantage.
Recommandation d’achat de Goldman SachsUn analyste anticipe une appréciation supplémentaire du titre.Que l’objectif de cours sera atteint.
Contexte d’un million de jetonsLes outils Qwen visent des traitements documentaires à très grande échelle.Que la précision restera identique quelle que soit la longueur des contenus.

DeepSeek et les rivaux internationaux intensifient la compétition

L’annonce d’Alibaba s’inscrit dans une période d’accélération pour l’IA chinoise. DeepSeek a récemment lancé Janus-Pro, un modèle tourné vers la génération multimodale. La multiplication de ces initiatives accroît la pression sur l’ensemble des acteurs : il ne suffit plus de disposer d’un modèle performant, il faut aussi le rendre attractif pour les développeurs, les entreprises et le grand public.

Face à Alibaba, les groupes américains conservent une place centrale dans l’écosystème mondial de l’IA. OpenAI est devenu une référence avec ses modèles conversationnels, tandis que Meta développe ses propres modèles et bénéficie d’une très grande capacité de diffusion dans ses plateformes. La rivalité ne se limite pas à un duel Chine-États-Unis. Elle porte sur plusieurs dimensions à la fois : recherche, infrastructures de calcul, accès aux données, coût des puces, écosystèmes de développeurs et intégration dans les produits.

Pour un acteur comme Alibaba, le cloud constitue un atout important. Les entreprises qui souhaitent employer l’IA ont besoin de puissance informatique, de stockage, d’outils de déploiement et de garanties opérationnelles. Proposer à la fois les modèles et l’infrastructure susceptible de les faire fonctionner peut créer des synergies. Mais la concurrence sur les prix et sur la qualité des services cloud reste forte, ce qui rend la monétisation difficile à prédire.

La course aux modèles a aussi une dimension de vitesse. Les progrès techniques peuvent être rapidement rattrapés par une nouvelle version concurrente. Une avance revendiquée à une date donnée peut donc s’avérer éphémère. C’est pourquoi les observateurs suivent non seulement les résultats aux tests, mais aussi la cadence des mises à jour, l’accueil des développeurs et la création d’applications utiles.

De la performance technique aux usages concrets

La promesse de l’IA générative touche désormais les usages numériques quotidiens. Sur les smartphones, les assistants peuvent aider à rechercher une information, résumer des textes, gérer des contenus ou produire des images. La publication d’origine relève que ces nouveaux usages pourraient réduire de 25 % le recours à certaines applications traditionnelles. Cette perspective illustre une question plus large : si l’utilisateur formule directement une demande à un assistant, quelles fonctions continueront d’être assurées par des applications séparées ?

Le changement n’est pas automatique. Une application reste souvent nécessaire pour réaliser une transaction, consulter une information vérifiée, organiser un travail ou accéder à un service spécialisé. L’IA peut cependant devenir une nouvelle couche d’interface : elle aide à naviguer entre plusieurs services et simplifie certaines tâches répétitives. Dans ce scénario, les entreprises qui contrôlent les modèles, le cloud et les points d’accès aux utilisateurs peuvent occuper une position particulièrement stratégique.

Pour Alibaba, la question est donc moins de produire une réponse impressionnante à une requête que de faire entrer Qwen dans des produits utilisés régulièrement. Les applications possibles concernent notamment l’assistance client, l’analyse documentaire, l’aide au développement logiciel et les outils de création multimodale. Le potentiel économique dépendra de la valeur créée pour les clients et du coût nécessaire pour faire fonctionner ces services à grande échelle.

Le marché mondial de l’intelligence artificielle est présenté comme susceptible d’atteindre 1 589,6 milliards de dollars, ce qui explique l’attention portée au secteur. Cette projection donne un ordre de grandeur des attentes qui entourent l’IA, mais elle ne répartit pas à l’avance les bénéfices entre les entreprises. Une croissance globale forte n’empêche ni la rivalité, ni la baisse des prix, ni les difficultés de certains acteurs à rentabiliser leurs investissements.

Les alertes à ne pas écarter pour l’action Alibaba

L’enthousiasme autour de Qwen 2.5-Max ne fait pas disparaître les réserves liées au titre Alibaba. Des analystes de GuruFocus signalent cinq alertes portant sur les fondamentaux de l’entreprise. La publication d’origine ne détaille pas ces critères, mais leur présence rappelle qu’une lecture boursière ne doit pas se limiter aux annonces technologiques.

Les fondamentaux recouvrent généralement des éléments tels que le chiffre d’affaires, les marges, la génération de trésorerie, l’endettement, la valorisation ou encore la capacité d’une entreprise à financer ses investissements. Dans l’IA, ces sujets sont particulièrement importants : entraîner et exploiter de grands modèles nécessite une infrastructure de calcul coûteuse, tandis que la compétition peut réduire les prix facturés aux clients.

Les investisseurs doivent également distinguer trois temporalités. À court terme, l’annonce d’un modèle ou des résultats de tests peuvent modifier rapidement le sentiment de marché. À moyen terme, l’adoption par les développeurs et les entreprises devient déterminante. À plus long terme, c’est la capacité à bâtir une activité rentable et défendable face aux concurrents qui compte.

Ce qu’il faut surveiller après Qwen 2.5-Max

La prochaine étape pour Alibaba consistera à démontrer que Qwen 2.5-Max est plus qu’une vitrine de performances. Les observateurs suivront en premier lieu l’intégration de ces modèles dans les services du groupe et dans son offre cloud. La disponibilité effective des outils, leur coût, leur fiabilité et l’intérêt des clients professionnels seront des indicateurs plus concrets que les seuls classements techniques.

Il faudra également observer la réponse de la concurrence. DeepSeek, OpenAI, Meta et d’autres acteurs continuent d’améliorer leurs modèles, parfois avec des approches différentes, notamment dans le multimodal. Cette dynamique peut accélérer l’innovation, mais elle complique aussi la conservation d’un avantage durable.

Enfin, l’évolution boursière d’Alibaba dépendra de l’ensemble de ses activités, et non de l’IA seulement. La hausse de 25 % en six mois et la recommandation positive de Goldman Sachs témoignent d’attentes élevées. Les cinq alertes signalées par GuruFocus invitent, elles, à conserver une lecture équilibrée. Au 29 janvier 2025, Qwen 2.5-Max renforce clairement les ambitions d’Alibaba dans l’IA mondiale. La suite se jouera sur l’exécution, l’adoption et la capacité du groupe à transformer ses avancées technologiques en résultats mesurables.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que Qwen 2.5-Max d’Alibaba ?

Qwen 2.5-Max est un modèle d’intelligence artificielle présenté par Alibaba le 29 janvier 2025. Le groupe affirme qu’il obtient de meilleurs résultats que plusieurs modèles d’OpenAI, de DeepSeek et de Meta dans ses évaluations. Son ambition est de traiter des requêtes complexes et de renforcer l’offre d’IA et de cloud d’Alibaba.

Pourquoi l’action Alibaba a-t-elle gagné 25 % en six mois ?

L’action Alibaba a progressé de 25 % au cours des six mois précédant le 29 janvier 2025. Les avancées du groupe dans l’intelligence artificielle, dont Qwen 2.5-Max, participent à l’intérêt des investisseurs. Cette hausse reflète toutefois des anticipations de marché et ne permet pas, à elle seule, de prédire l’évolution future du titre.

Qwen 2.5-Max est-il vraiment meilleur que ChatGPT ou les modèles de Meta ?

Alibaba revendique des performances supérieures à celles de modèles associés à OpenAI, DeepSeek et Meta dans les tests qu’il met en avant. Ces comparaisons sont utiles pour situer un système, mais elles dépendent des évaluations choisies. Elles ne suffisent pas à établir qu’un modèle sera meilleur dans toutes les tâches, pour tous les utilisateurs et dans toutes les langues.

Quelle est la différence entre Qwen 2.5-Max et Qwen 2.5-VL ?

Qwen 2.5-Max est le modèle mis en avant par Alibaba dans son annonce du 29 janvier 2025 pour ses performances générales. Qwen 2.5-VL appartient à la famille Qwen et est présenté comme multimodal : il peut notamment analyser des images, traiter de longues vidéos, générer des visuels et interagir avec des dispositifs.

Goldman Sachs recommande-t-il d’acheter l’action Alibaba ?

Oui. Au moment de l’article, l’analyste Ronald Keung de Goldman Sachs maintient une recommandation d’achat sur l’action Alibaba. Il estime que le titre pourrait encore progresser de plus de 20 %. Cette analyse constitue une opinion financière fondée sur des hypothèses et non une certitude sur le rendement futur de l’investissement.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Qwen, présentation officielle de Qwen 2.5-Max par l’équipe Alibabaqwenlm.github.io/blog/qwen2.5-max
  2. Alibaba Group, espace relations investisseurswww.alibabagroup.com/en-US/ir-home
  3. Goldman Sachs, publications et analyseswww.goldmansachs.com/insights
  4. GuruFocus, analyses d’actions et indicateurs financierswww.gurufocus.com