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Résultats Tesla : livraisons en baisse, marges et autonomie sous surveillance

Tesla publie ses résultats du quatrième trimestre 2024 dans un contexte inhabituel : ses livraisons annuelles ont reculé pour la première fois. Les marchés attendent des précisions sur les marges, l’effet des baisses de prix et la place du Cybertruck. La stratégie autour de la conduite autonome pourrait aussi peser lourd dans les perspectives 2025.

Une chaîne d’assemblage de véhicules électriques et un prototype de taxi autonome dans une usine.
Illustration : Actu.ai

Tesla aborde une publication financière décisive : le constructeur doit convaincre qu’un recul inédit de ses livraisons ne remet pas en cause sa trajectoire de croissance. Le défi est double. Il faut expliquer ce qui s’est passé sur le marché automobile en 2024, tout en donnant de la visibilité sur des promesses beaucoup plus lointaines, de la conduite autonome au Cybercab.

Les résultats du quatrième trimestre 2024 sont attendus après la clôture de Wall Street, ce mercredi 29 janvier 2025. Au-delà des montants annoncés, investisseurs et observateurs chercheront surtout à comprendre la solidité des marges de Tesla après une période marquée par les promotions, une concurrence accrue et un renouvellement de gamme encore limité.

Les chiffres à mettre en regard de la publication

Le consensus de marché relayé avant les résultats table sur un bénéfice par action de 0,62 dollar et sur 27,22 milliards de dollars de chiffre d’affaires pour le quatrième trimestre. Ces deux indicateurs seront scrutés, mais ils ne racontent pas exactement la même histoire.

Le bénéfice par action mesure le profit rapporté à chaque action en circulation. Il dépend donc des ventes, mais aussi des coûts de production, des dépenses de recherche, de la rémunération en actions ou encore d’éventuels éléments exceptionnels. Le chiffre d’affaires, lui, inclut les voitures, mais aussi les activités liées au stockage d’énergie, à la production d’énergie et aux services. Une hausse des revenus ne garantit donc pas, à elle seule, que l’activité automobile est devenue plus rentable.

Les livraisons constituent néanmoins le principal thermomètre commercial de Tesla. Elles désignent les véhicules remis aux clients, et non les simples commandes passées sur le site de la marque. Les données opérationnelles publiées pour 2024 montrent l’ampleur de l’enjeu.

IndicateurNiveau observé ou attenduCe qu’il indique
Bénéfice par action attendu au quatrième trimestre0,62 dollarLa capacité de Tesla à préserver sa rentabilité
Chiffre d’affaires attendu au quatrième trimestre27,22 milliards de dollarsLa taille globale de l’activité sur le trimestre
Livraisons Tesla en 20241 789 226 véhiculesLe premier recul annuel des livraisons du groupe
Livraisons Tesla en 20231 808 581 véhiculesLe point de comparaison avant le recul de 2024
Évolution annuelle des livraisons- 1,1 %Un signal de ralentissement après des années de forte progression
Livraisons au quatrième trimestre 2024495 570 véhiculesUn niveau trimestriel élevé, insuffisant pour effacer le recul annuel

L’écart annuel paraît limité en pourcentage, mais son importance symbolique est forte. Tesla avait habitué les marchés à une expansion rapide de ses volumes. Voir les livraisons passer sous le niveau de 2023 oblige désormais à se demander si le problème relève d’un simple creux de cycle ou d’une demande devenue plus difficile à stimuler.

La nature exacte du bénéfice sera donc aussi importante que son montant. Une amélioration portée par des réductions de coûts n’a pas la même signification qu’une hausse liée à des véhicules vendus plus cher. À l’inverse, une progression des livraisons obtenue grâce à de fortes remises peut faire reculer le prix moyen payé par les clients et comprimer les marges.

Pourquoi les livraisons ont-elles reculé en 2024 ?

L’année 2024 a été contrastée. Tesla reste l’un des acteurs les plus visibles du véhicule électrique, avec une capacité de production considérable et une marque mondiale. Mais l’entreprise s’est heurtée à un environnement bien moins favorable qu’au cours des années précédentes.

Le premier facteur est la concurrence. En Chine, en Europe et sur d’autres marchés, les acheteurs disposent désormais d’un choix beaucoup plus large de véhicules électriques. Le groupe chinois BYD, notamment, avait dépassé Tesla sur les livraisons de véhicules 100 % électriques au quatrième trimestre 2023. La concurrence ne porte pas seulement sur les volumes : elle concerne aussi les prix, les équipements, l’autonomie, les services numériques et la vitesse de renouvellement des modèles.

Tesla a répondu en abaissant fortement ses tarifs. Cette stratégie a permis de regagner du terrain au cours des trois premiers trimestres de 2024, mais elle a un coût. Lorsqu’un constructeur vend une voiture moins cher, il doit soit réduire ses coûts à la même vitesse, soit accepter une marge plus faible. C’est précisément l’arbitrage que les résultats financiers doivent éclairer.

Le Cybertruck, dont les premières livraisons ont commencé en novembre 2023, n’a pas suffi à contrebalancer le repli observé sur des modèles plus anciens. Le véhicule attire l’attention par son design et son positionnement atypique, mais Tesla ne détaille pas séparément ses livraisons dans ses données opérationnelles. Il est donc impossible de mesurer précisément sa contribution commerciale à partir de ces seuls chiffres. Une chose est claire : son arrivée n’a pas empêché le recul annuel du groupe.

Cette distinction est importante pour interpréter les résultats. Un trimestre peut être dynamique en matière de livraisons sans que cela signifie que les commandes accélèrent au même rythme. De même, une baisse des immatriculations dans un pays ne permet pas toujours, à elle seule, de juger de la demande mondiale.

L’Europe et le financement pèsent sur la demande

L’Europe illustre les difficultés rencontrées par Tesla. Plusieurs dispositifs d’aide à l’achat de véhicules électriques y ont été réduits, ce qui augmente directement le coût payé par certains ménages. Or, dans un marché où les modèles concurrents sont plus nombreux, le montant de la mensualité et le prix final deviennent des critères déterminants.

En octobre 2024, les immatriculations de Tesla en Europe ont reculé de 24 % sur un an. Ce chiffre ne résume pas toute l’activité du constructeur sur le continent, mais il révèle une fragilité : les rabais consentis par Tesla ne suffisent pas nécessairement à compenser la diminution des aides publiques, la concurrence des marques locales et chinoises, ou l’attentisme des clients face à l’évolution des gammes.

Le coût du crédit automobile est l’autre variable à surveiller. Une baisse des taux d’intérêt peut réduire les mensualités des financements et rendre un véhicule neuf plus accessible. La Réserve fédérale américaine a engagé des baisses de taux en 2024, ce qui nourrit l’espoir d’un soutien progressif à la demande. Mais la transmission vers les crédits proposés aux consommateurs n’est ni immédiate ni automatique. Elle dépend aussi des banques, des promotions des constructeurs et de la confiance des ménages.

Pour Tesla, l’enjeu n’est donc pas uniquement de produire davantage de voitures. Il s’agit de faire correspondre l’offre, le prix et le financement avec un marché où l’acheteur compare davantage qu’auparavant. La gamme Model 3 et Model Y demeure centrale dans les volumes, ce qui rend la marque très sensible à l’évolution de la demande pour ces deux véhicules.

La conduite autonome, une promesse qui dépasse les ventes de voitures

La valorisation de Tesla ne dépend pas seulement de son activité de constructeur automobile. Une part importante des attentes porte sur ses logiciels d’aide à la conduite et sur sa capacité à faire émerger, à terme, un service de transport autonome.

Tesla développe des systèmes qui s’appuient sur des réseaux de neurones pour interpréter les images captées par les caméras du véhicule. L’ambition est de prendre en charge une part croissante des tâches de conduite. Dans les usages actuels, ces fonctions exigent toutefois une supervision active du conducteur : elles ne dispensent pas de rester attentif à la route et prêt à intervenir.

Le Cybercab, présenté en octobre 2024, incarne la vision plus lointaine de Tesla. Ce concept de taxi autonome, sans volant ni pédales lors de sa présentation, a pour objectif de montrer ce que pourrait devenir un véhicule conçu dès l’origine pour rouler sans conducteur. Mais il n’est pas attendu sur le marché à court terme. Son intérêt financier immédiat est donc limité, tandis que son intérêt stratégique est considérable.

L’entreprise doit aussi composer avec une enquête fédérale portant sur l’utilisation de ses fonctions de conduite automatisée, après des accidents aux États-Unis, dont certains mortels. Une enquête ne constitue pas une preuve de responsabilité ni un jugement sur la sécurité d’un produit. Elle rappelle néanmoins que la commercialisation de fonctions de conduite avancées dépend autant de la technologie que de la réglementation, des procédures de sécurité et de la confiance du public.

Une action en forte hausse malgré des signaux contradictoires

Ce décalage entre les livraisons et la Bourse est l’un des éléments les plus frappants du dossier Tesla. Malgré un environnement commercial difficile, l’action du groupe a progressé de plus de 100 % sur un an. Les investisseurs semblent parier sur une combinaison de facteurs : le potentiel de l’autonomie, l’activité énergétique, la capacité de Tesla à réduire ses coûts et un contexte politique perçu comme potentiellement favorable.

Les relations d’Elon Musk avec Donald Trump ont participé à cette lecture politique du titre. L’hypothèse de droits de douane plus élevés sur les véhicules chinois pourrait, en théorie, limiter une partie de la pression concurrentielle sur le marché américain. Mais cela reste une perspective réglementaire, pas un résultat déjà acquis. Elle ne répond pas non plus aux questions de demande en Europe, en Chine ou dans les autres marchés internationaux.

Tesla : les promesses boursières face aux défis opérationnels

Ce qui soutient les attentes

  • Une action en hausse de plus de 100 % sur un an.
  • Le potentiel du Cybercab et des logiciels de conduite avancée.
  • Des baisses de prix ayant soutenu les volumes à certains moments.
  • Une activité qui dépasse la seule vente de véhicules.
  • La perspective de mesures commerciales américaines plus protectrices.

Ce qui fragilise le scénario

  • Un premier recul annuel des livraisons en 2024.
  • Des marges potentiellement comprimées par les promotions.
  • Une concurrence renforcée, notamment de BYD.
  • Des immatriculations Tesla en Europe en baisse de 24 % en octobre 2024.
  • Des délais et contraintes réglementaires pour la conduite autonome.

La hausse boursière ne doit donc pas être comprise comme un verdict définitif sur les performances commerciales de Tesla. Elle traduit aussi des anticipations : les marchés attribuent une valeur élevée à ce que l’entreprise pourrait devenir si elle transforme ses promesses logicielles et robotiques en revenus réguliers. À l’inverse, tout retard dans l’autonomie, toute pression prolongée sur les marges ou toute déception sur les volumes peut rendre ces anticipations plus fragiles.

Ce qu’il faut surveiller en 2025

Les résultats du quatrième trimestre ne fourniront pas toutes les réponses, mais ils fixeront le point de départ de 2025. La direction de Tesla est attendue sur sa stratégie de production, qui semble privilégier une progression mesurée plutôt qu’une accélération brutale des capacités.

Plusieurs éléments seront particulièrement importants :

  • La marge automobile, pour savoir si les baisses de prix ont durablement pesé sur la profitabilité.
  • Les perspectives de livraisons, afin de déterminer si 2024 marque une parenthèse ou le début d’une croissance moins rapide.
  • Le calendrier des nouveaux véhicules, car le renouvellement de la gamme est un levier essentiel face à la concurrence.
  • Le rôle du Cybertruck, dont Tesla devra préciser la montée en production et la place dans son offre.
  • Les avancées de la conduite autonome, notamment le rythme de développement du Cybercab et les contraintes réglementaires associées.

Pour les clients comme pour les investisseurs, le point central reste le même : Tesla doit montrer qu’elle peut protéger ses marges tout en relançant les volumes. Sa réponse ne reposera probablement pas sur un seul modèle ni sur une seule baisse de prix. Elle dépendra de sa capacité à faire cohabiter une activité automobile très concurrentielle avec des ambitions technologiques dont les retombées commerciales restent, à ce stade, incertaines.

Questions fréquentes

Quand Tesla publie-t-elle ses résultats du quatrième trimestre 2024 ?

Tesla doit publier ses résultats du quatrième trimestre 2024 après la clôture de Wall Street, le mercredi 29 janvier 2025. Le consensus de marché attendu avant cette publication vise un bénéfice par action de 0,62 dollar et un chiffre d’affaires de 27,22 milliards de dollars.

Combien de véhicules Tesla a-t-elle livrés en 2024 ?

Tesla a livré 1 789 226 véhicules en 2024, contre 1 808 581 en 2023. Cela représente une baisse d’environ 1,1 %, et surtout le premier recul annuel des livraisons de l’entreprise. Le quatrième trimestre a été solide, avec 495 570 livraisons, sans suffire à compenser le retard accumulé plus tôt dans l’année.

Pourquoi les livraisons de Tesla ont-elles baissé en 2024 ?

Plusieurs facteurs expliquent ce recul : une concurrence plus forte, notamment en Chine, une offre de véhicules électriques plus large, la réduction de certaines aides européennes et une demande sensible au coût du financement. Tesla a abaissé ses prix pour stimuler les ventes, mais cette stratégie peut réduire le revenu moyen et les marges par véhicule.

La baisse des livraisons fait-elle forcément baisser les résultats financiers de Tesla ?

Non. Les livraisons sont un indicateur central, mais elles ne résument pas les résultats financiers. Tesla tire aussi des revenus de l’énergie, des services et de ses logiciels. Surtout, la rentabilité dépend du prix moyen des voitures, des coûts de fabrication, du mix de modèles vendus et des dépenses du groupe, pas seulement du nombre de véhicules remis aux clients.

Quel impact le Cybercab peut-il avoir sur Tesla ?

Le Cybercab représente l’ambition de Tesla dans le transport autonome, un marché potentiellement très vaste. Toutefois, le véhicule présenté en octobre 2024 n’est pas attendu à court terme sur le marché. À ce stade, il soutient surtout la vision technologique de l’entreprise, sans pouvoir compenser immédiatement le ralentissement des livraisons automobiles.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Tesla, données de production et de livraisons du quatrième trimestre 2024ir.tesla.com/press-release/tesla-fourth-quarter-2024-production-deliveries
  2. Tesla, espace investisseurs et publications financièresir.tesla.com
  3. Association des constructeurs européens d’automobiles, données de marchéwww.acea.auto
  4. National Highway Traffic Safety Administration, informations sur les enquêtes de sécuritéwww.nhtsa.gov