Oracle s’envole en Bourse : Jefferies mise sur le cloud et l’IA
Le marché a salué le spectaculaire gonflement du carnet de revenus contractés d’Oracle. Après un bond de 36 % du titre, Jefferies relève son objectif à 360 dollars. La banque parie sur l’infrastructure cloud et l’IA, tout en soulignant le coût de cette accélération.

Un chiffre a dominé la réaction des investisseurs aux résultats d’Oracle : 455 milliards de dollars de revenus futurs déjà contractualisés. Dans un marché où les groupes technologiques se livrent une course pour fournir l’infrastructure nécessaire à l’intelligence artificielle, ce montant a propulsé le titre de l’éditeur américain. Mais l’enthousiasme boursier ne fait pas disparaître les questions de fond : construire du cloud à grande échelle coûte très cher, et des contrats promis ne deviennent pas instantanément des revenus encaissés.
Un bond de 36 % porté par un carnet de contrats hors norme
Après la publication de ses résultats du premier trimestre de son exercice fiscal, l’action Oracle a progressé de 36 %. Cette réaction s’explique avant tout par l’ampleur de ses obligations de performance restantes, souvent désignées par le sigle anglais RPO, pour remaining performance obligations. L’indicateur a atteint 455 milliards de dollars, en hausse de 359 % sur un an.
Le RPO mesure la valeur des prestations qu’une entreprise s’est engagée à fournir à ses clients dans le cadre de contrats signés. Pour un fournisseur de cloud, il donne une indication de la demande déjà sécurisée et de la visibilité sur les revenus à venir. Selon les éléments mis en avant par le marché, le niveau annoncé par Oracle dépasse ceux communiqués par de grands concurrents du cloud, parmi lesquels Microsoft, Amazon et Google.
| Indicateur communiqué ou suivi | Niveau annoncé | Évolution ou référence |
|---|---|---|
| Obligations de performance restantes, RPO | 455 milliards de dollars | +359 % sur un an |
| Réaction de l’action après les résultats | +36 % | Hausse marquée après publication |
| Croissance des revenus du groupe | +12 % | Attente de marché : +13 % |
| Dépenses d’investissement prévues pour l’exercice 2026 | 35 milliards de dollars | +65 % |
| Revenus des bases de données multicloud | Non précisé | +1 500 % sur un an |
Ce chiffre de 455 milliards de dollars ne doit toutefois pas être lu comme un chiffre d’affaires immédiat. Les contrats sont exécutés progressivement, parfois sur plusieurs années. Leur conversion dépend notamment du rythme de déploiement des capacités, de l’utilisation effective des services par les clients et de la capacité d’Oracle à livrer l’infrastructure commandée.
Pourquoi l’intelligence artificielle change l’équation pour Oracle
Oracle est historiquement connu pour ses bases de données et ses logiciels de gestion destinés aux entreprises. Sa croissance actuelle est désormais étroitement associée à Oracle Cloud Infrastructure, ou OCI, son activité d’infrastructure informatique à la demande.
L’essor de l’intelligence artificielle générative augmente les besoins en puissance de calcul, en stockage et en réseaux. En pratique, entraîner ou exploiter de grands modèles demande des centres de données capables d’héberger un très grand nombre de serveurs et de traiter des volumes considérables de données. C’est ce type de demande que les fournisseurs de cloud cherchent à capter.
Les analystes de Jefferies considèrent que ce mouvement peut devenir le principal moteur de croissance d’Oracle. Ils anticipent une progression de 77 % sur un an des revenus d’Oracle Cloud Infrastructure, jusqu’à 18 milliards de dollars pour l’exercice fiscal 2026. Leur projection est encore plus ambitieuse pour 2030 : 144 milliards de dollars, ce qui correspondrait à un taux de croissance annuel composé proche de 70 %.
Ces estimations ne sont pas des résultats acquis ni une prévision officielle garantie par l’entreprise. Elles traduisent la conviction de Jefferies que la demande liée à l’IA peut accélérer fortement les activités de cloud d’Oracle. Elles reposent donc sur une hypothèse déterminante : Oracle devra construire et exploiter suffisamment de capacités pour honorer ses engagements, sans perdre en rentabilité.
La stratégie multicloud gagne du terrain
L’autre signal surveillé par les investisseurs concerne les bases de données multicloud. Oracle a fait état d’une hausse de 1 500 % sur un an des revenus générés par cette activité. Le terme multicloud désigne une approche dans laquelle une entreprise utilise plusieurs environnements cloud, au lieu de concentrer tous ses systèmes chez un fournisseur unique.
Pour les clients, cette stratégie peut permettre de conserver les bases de données Oracle tout en utilisant, selon les besoins, différents environnements de cloud. Elle répond à une réalité fréquente dans les grands groupes : les applications, les données et les outils ont été accumulés au fil des années, souvent sur plusieurs infrastructures. Une migration intégrale vers une seule plateforme peut être longue, coûteuse et risquée.
Pour Oracle, le multicloud offre donc une voie de croissance qui ne suppose pas nécessairement de remplacer tous les autres fournisseurs chez un client. L’entreprise peut chercher à faire fonctionner ses technologies de base de données dans des architectures plus ouvertes, et à toucher des organisations qui ont déjà adopté plusieurs clouds.
Afin d’accompagner cette demande, Oracle envisage l’installation de 37 nouveaux centres de données dans les prochaines années. Cette expansion est essentielle : le cloud est un métier physique autant que logiciel. Derrière une offre présentée comme accessible en ligne se trouvent des bâtiments, des serveurs, des équipements réseau, des systèmes de refroidissement et une alimentation électrique à sécuriser.
Les moteurs de hausse face aux contraintes d’exécution
Ce qui soutient Oracle
- 455 milliards de dollars de revenus futurs contractés, en hausse de 359 % sur un an.
- Une demande croissante en infrastructure cloud pour les charges de travail d’intelligence artificielle.
- Des revenus de bases de données multicloud en hausse de 1 500 % sur un an.
- Jefferies anticipe une croissance annuelle composée proche de 70 % pour OCI jusqu’en 2030.
Ce qui appelle à la prudence
- La croissance des revenus, à 12 %, est restée sous l’attente de marché de 13 %.
- Les dépenses d’investissement atteindraient 35 milliards de dollars pour l’exercice 2026.
- Les contraintes d’approvisionnement peuvent peser sur les coûts et les marges à court terme.
- Les contrats du RPO doivent encore être exécutés et convertis progressivement en revenus.
Des résultats solides, mais pas entièrement au niveau attendu
L’envolée du titre ne signifie pas que tous les indicateurs ont dépassé les attentes. Les revenus d’Oracle ont augmenté de 12 % sur un an, alors que le marché attendait une progression de 13 %. L’écart est limité à un point de pourcentage, mais il rappelle que les investisseurs évaluent simultanément la promesse des contrats futurs et l’exécution opérationnelle présente.
La croissance des activités de logiciels et d’infrastructure s’est également révélée inférieure aux attentes des analystes. C’est un point important car le récit boursier autour d’Oracle repose sur une accélération très rapide du cloud. Si la demande est forte, le groupe doit encore démontrer que cette demande se traduit de façon régulière dans son chiffre d’affaires courant.
Comparer les indicateurs entre fournisseurs de cloud exige par ailleurs de la prudence. Les entreprises ne présentent pas toutes leurs contrats, leurs engagements et leurs revenus selon les mêmes définitions ou le même calendrier. Le RPO reste un signal puissant de visibilité commerciale, mais il ne remplace ni l’analyse des revenus effectivement reconnus, ni celle des coûts nécessaires pour fournir les services.
35 milliards de dollars pour bâtir la capacité nécessaire
Le revers de la promesse du cloud et de l’IA est l’intensité des investissements nécessaires. Oracle a relevé son estimation de dépenses d’investissement pour l’exercice fiscal 2026 à 35 milliards de dollars, soit une hausse de 65 %.
Ces dépenses servent à développer la capacité indispensable à l’activité cloud : centres de données, serveurs, équipements de réseau et infrastructure associée. Elles sont engagées avant que la totalité des revenus générés par les nouveaux contrats ne soit reconnue. C’est pourquoi une phase d’expansion rapide peut peser sur les marges bénéficiaires à court terme, même lorsque la demande commerciale semble très favorable.
Jefferies souligne aussi les contraintes d’approvisionnement qui accompagnent l’explosion des charges de travail liées à l’intelligence artificielle. Lorsque de nombreux acteurs cherchent simultanément à obtenir des équipements de calcul et à accroître leurs capacités, les délais, les disponibilités et les coûts deviennent des variables critiques.
Oracle devra donc mener deux chantiers de front. Le premier consiste à déployer assez vite de nouvelles infrastructures pour répondre à ses clients. Le second est de le faire à un coût qui préserve la rentabilité future du groupe. Le très grand volume de contrats annoncé peut contribuer à absorber ces pressions, mais il ne les élimine pas.
Jefferies relève son objectif de cours à 360 dollars
Dans ce contexte, Jefferies a relevé son objectif de cours sur Oracle de 270 à 360 dollars. À partir du cours de clôture de mercredi, ce nouvel objectif représentait encore un potentiel de progression de 10 %.
Un objectif de cours n’est pas une certitude sur le prix futur d’une action. Il reflète l’évaluation d’analystes à partir de leurs hypothèses de croissance, de rentabilité et de valorisation. Dans le cas d’Oracle, le relèvement de Jefferies traduit une confiance accrue dans la capacité du groupe à convertir la demande en intelligence artificielle et en cloud en revenus sur plusieurs années.
Le marché restait favorable au titre au 11 septembre 2025. L’action a gagné 1,4 % dans les échanges hors séance et affichait une hausse de 97 % depuis le début de l’année. De tels mouvements illustrent autant l’optimisme sur les perspectives que la sensibilité du titre à toute nouvelle information sur les contrats, les capacités de calcul ou les dépenses engagées.
Ce qu’il faut surveiller pour la suite
La trajectoire d’Oracle dépendra moins de l’effet immédiat de l’annonce que de sa capacité à exécuter son plan. Plusieurs jalons permettront de juger si les projections très ambitieuses associées à OCI se matérialisent :
- la conversion progressive des 455 milliards de dollars de RPO en revenus réellement reconnus ;
- l’évolution des revenus d’Oracle Cloud Infrastructure vers la cible de 18 milliards de dollars envisagée par Jefferies pour l’exercice 2026 ;
- le déploiement des 37 nouveaux centres de données prévus ;
- le contrôle des coûts après le relèvement à 35 milliards de dollars des dépenses d’investissement ;
- la capacité du groupe à maintenir ses marges malgré les contraintes d’approvisionnement liées aux infrastructures d’IA.
Oracle dispose désormais d’un carnet de revenus contractés qui change l’échelle à laquelle le marché regarde son activité cloud. La suite dépendra de la vitesse à laquelle l’entreprise pourra livrer cette capacité, servir ses clients et transformer cette promesse commerciale en croissance durable.
Questions fréquentes
Pourquoi l’action Oracle a-t-elle bondi de 36 % ?
L’action a bondi après l’annonce de 455 milliards de dollars d’obligations de performance restantes, soit des revenus futurs déjà contractualisés. Ce montant, en hausse de 359 % sur un an, a convaincu les investisseurs que la demande pour le cloud et l’infrastructure d’intelligence artificielle d’Oracle pouvait soutenir une croissance durable.
Qu’est-ce que le RPO d’Oracle ?
Le RPO, pour obligations de performance restantes, correspond à la valeur des prestations qu’Oracle doit encore fournir dans le cadre de contrats déjà signés. Il renseigne sur la visibilité commerciale future. Il ne s’agit toutefois pas de chiffre d’affaires immédiatement enregistré : les revenus sont reconnus au fur et à mesure de l’exécution des contrats.
Pourquoi Jefferies vise-t-elle 360 dollars pour l’action Oracle ?
Jefferies a relevé son objectif de cours de 270 à 360 dollars, ce qui impliquait encore 10 % de potentiel après la clôture de mercredi. La banque mise sur l’accélération d’Oracle Cloud Infrastructure, portée par les besoins de calcul liés à l’intelligence artificielle, et sur le volume des contrats déjà conclus.
Pourquoi les dépenses d’investissement d’Oracle sont-elles un risque ?
Oracle prévoit 35 milliards de dollars de dépenses d’investissement pour l’exercice fiscal 2026, soit 65 % de plus. Ces sommes sont nécessaires pour construire des centres de données et ajouter de la capacité cloud. Mais elles peuvent réduire les marges à court terme, notamment si les équipements deviennent plus coûteux ou difficiles à obtenir.
Que signifie la stratégie multicloud d’Oracle ?
La stratégie multicloud consiste à permettre aux clients d’utiliser les technologies Oracle, notamment ses bases de données, dans des environnements combinant plusieurs fournisseurs de cloud. Oracle a indiqué que les revenus de ses bases de données multicloud avaient progressé de 1 500 % sur un an, signe d’une forte adoption de cette approche.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Oracle, espace investisseurs et publications financièreswww.oracle.com/investor
- Jefferies, site institutionnel et recherche financièrewww.jefferies.com


