Entreprises et marchés

Oracle propulse le S&P 500 à un record, les marchés misent sur les taux

Les résultats et surtout les perspectives d’Oracle ont électrisé Wall Street le 10 septembre 2025. L’action a gagné 36 %, entraînant les valeurs liées à l’IA et le S&P 500 vers un nouveau record. Un recul inattendu des prix à la production a par ailleurs renforcé les espoirs de baisse des taux américains.

Un analyste observe les marchés devant un centre de données illustrant la demande d’infrastructures d’IA.
Illustration : Actu.ai

Les marchés américains ont vécu une séance révélatrice des forces qui structurent la Bourse à l’automne 2025 : l’appétit pour l’intelligence artificielle, la perspective de taux d’intérêt moins élevés et le retour progressif des introductions en Bourse. Le 10 septembre 2025, Oracle a fourni l’étincelle principale. Ses prévisions dans le cloud ont suffi à déclencher un mouvement d’ampleur sur son action et à pousser le S&P 500 vers un nouveau record.

Cette hausse ne signifie pas que toutes les valeurs technologiques ont progressé au même rythme, ni que les incertitudes ont disparu. La séance illustre plutôt la sensibilité des investisseurs à deux questions très concrètes : les entreprises peuvent-elles transformer les dépenses massives en intelligence artificielle en revenus durables ? Et la Réserve fédérale américaine disposera-t-elle de suffisamment de marge pour réduire ses taux ?

Un nouveau record pour le S&P 500, porté par la technologie

L’indice S&P 500 a terminé en hausse de 0,3 %, à 6 532 points, soit un nouveau niveau historique. Cet indice rassemble 500 grandes sociétés cotées aux États-Unis et est souvent considéré comme le baromètre le plus large de Wall Street. Sa progression a été particulièrement notable car elle s’est produite dans une séance contrastée : les poids lourds de la technologie n’ont pas tous évolué dans la même direction.

Le Nasdaq Composite, plus exposé aux entreprises technologiques, a lui aussi inscrit un record en clôturant à 21 886 points, en très légère hausse de 0,03 %. À l’inverse, le Dow Jones a cédé 0,5 %, à 45 490 points. Cet indice, composé de seulement 30 grands groupes, a notamment été pénalisé par la baisse d’Apple.

Indice ou actionClôture ou évolution du 10 septembre 2025Ce que cela traduit
S&P 5006 532 points, +0,3 %Nouveau sommet historique pour l’indice large américain
Nasdaq Composite21 886 points, +0,03 %Soutien persistant aux valeurs technologiques
Dow Jones45 490 points, -0,5 %Séance moins favorable aux grandes valeurs industrielles et de consommation
Oracle+36 %Enthousiasme exceptionnel autour de ses perspectives dans le cloud
Apple-3,2 %Pression sur une valeur majeure après l’événement consacré à l’iPhone 17

Cette divergence rappelle une règle importante : un record d’indice ne décrit jamais uniformément le sort de toutes les entreprises qui le composent. Dans un indice pondéré par la capitalisation comme le S&P 500, le mouvement de quelques très grandes sociétés peut influer sensiblement sur la direction d’ensemble.

Pourquoi les perspectives d’Oracle ont-elles déclenché un tel bond ?

L’action Oracle a grimpé de 36 % en une séance, sa meilleure performance quotidienne depuis 1992. Une telle progression est exceptionnelle pour une entreprise de cette taille. Les chiffres du premier trimestre fiscal, avec un bénéfice ajusté de 1,47 dollar par action et un chiffre d’affaires de 14,9 milliards de dollars, ont retenu l’attention. Mais c’est avant tout la visibilité offerte sur la demande future qui a convaincu les investisseurs.

Safra Catz, directrice générale d’Oracle, a indiqué que le groupe avait signé plusieurs contrats majeurs. Ces signatures ont fait fortement progresser le carnet de commandes, appelé chez Oracle les obligations de performance restantes. Cet indicateur mesure les revenus contractuels que l’entreprise doit encore comptabiliser lorsqu’elle exécutera les prestations promises à ses clients.

Pour les marchés, le signal est clair : la demande ne se limite plus à des démonstrations d’outils d’IA ou à des expérimentations de courte durée. Elle se traduit aussi par des contrats d’infrastructure de grande ampleur. Oracle n’est pas principalement connu pour entraîner ses propres grands modèles de langage. Son rôle dans l’IA repose surtout sur son infrastructure cloud, ses capacités de calcul et ses centres de données, qui peuvent être loués par des entreprises souhaitant entraîner ou faire fonctionner des modèles.

Le groupe a communiqué un niveau de 455 milliards de dollars pour ses obligations de performance restantes, en hausse de 359 % sur un an. Cet écart donne une idée de la taille du pari industriel : répondre à ces engagements nécessitera de déployer des capacités informatiques considérables, avec des serveurs, des puces, des réseaux et de l’électricité.

Il faut toutefois distinguer les contrats annoncés des revenus déjà encaissés. Un carnet de commandes très élevé améliore la visibilité sur l’activité future, mais son exécution dépend de la capacité de l’entreprise à construire et exploiter les infrastructures nécessaires dans les délais prévus. C’est précisément cette capacité d’exécution que les investisseurs surveilleront dans les prochains trimestres.

L’IA en Bourse : un effet d’entraînement au-delà d’Oracle

La réaction à Oracle a ravivé l’intérêt pour l’ensemble de la chaîne de valeur de l’intelligence artificielle. Lorsqu’un grand fournisseur de cloud annonce une forte demande, les investisseurs y voient potentiellement un signal favorable pour les fabricants de puces, les fournisseurs de réseaux, les concepteurs de serveurs et les sociétés de logiciels qui utilisent ces infrastructures.

Ce raisonnement explique pourquoi des entreprises comme Nvidia ou Broadcom figurent souvent parmi les valeurs observées dans ce type de séance. Nvidia est central dans les puces graphiques utilisées pour l’entraînement et l’inférence des modèles d’IA. Broadcom est, de son côté, présent dans les composants et l’infrastructure réseau nécessaires aux centres de données. Cela ne signifie pas qu’Oracle garantit leurs résultats futurs, mais que les marchés relient leurs activités à une même vague d’investissements.

Le mouvement boursier reflète donc une anticipation. Les investisseurs valorisent aujourd’hui les revenus futurs qu’ils espèrent voir générés par les infrastructures d’IA. Plus ces revenus paraissent lointains ou incertains, plus les cours peuvent devenir sensibles aux annonces trimestrielles, aux retards de livraison ou aux révisions de prévisions.

Les deux visages de la séance technologique

Ce que le marché a récompensé

  • Oracle a gagné 36 % grâce à des perspectives de contrats cloud très supérieures aux attentes.
  • Le carnet de commandes a renforcé l’idée d’une demande durable pour les infrastructures d’IA.
  • Un PPI en baisse a nourri l’espoir de taux directeurs américains moins élevés.
  • Le Nasdaq a atteint un nouveau record, porté par l’intérêt pour les valeurs technologiques.

Ce qui appelle à la prudence

  • Les contrats d’Oracle devront être exécutés avant de devenir des revenus effectivement comptabilisés.
  • Le recul mensuel du PPI ne préjuge pas à lui seul de l’évolution durable de l’inflation.
  • Apple a reculé de 3,2 %, preuve que la technologie ne progresse pas d’un seul bloc.
  • Le Dow Jones a perdu 0,5 %, malgré le record atteint par le S&P 500.

Un indicateur d’inflation qui renforce l’espoir de taux plus bas

L’autre moteur de la séance est venu de la macroéconomie américaine. L’indice des prix à la production, ou PPI selon son sigle anglais, a diminué de 0,1 % sur un mois. Le consensus anticipait au contraire une hausse de 0,3 %. Cette différence a été bien accueillie par les investisseurs.

Le PPI suit l’évolution des prix reçus par les producteurs pour leurs biens et services. Il ne mesure pas directement le coût de la vie des ménages, rôle dévolu notamment à l’indice des prix à la consommation, le CPI. Il peut cependant donner une indication sur certaines pressions inflationnistes en amont de la chaîne économique.

Si l’inflation semble ralentir, la Réserve fédérale peut avoir davantage de latitude pour réduire ses taux directeurs. Des taux plus faibles ont généralement deux effets recherchés par les marchés : ils diminuent le coût du crédit pour les ménages et les entreprises, et ils rendent plus attractifs les bénéfices futurs des entreprises dans les modèles de valorisation. Les actions de croissance, dont beaucoup de groupes technologiques, y sont particulièrement sensibles.

Bill Adams, économiste en chef chez Comerica Bank, a souligné que la donnée était nettement inférieure aux attentes. Les investisseurs attendaient désormais la publication de l’indice des prix à la consommation, prévue le 11 septembre 2025, afin de vérifier si le signal se confirmait du côté des prix payés par les ménages.

Klarna réussit ses débuts, un test pour les introductions en Bourse

La séance a également été marquée par l’arrivée de Klarna sur les marchés. Spécialiste suédois du paiement fractionné, l’entreprise a fixé son prix d’introduction à 40 dollars par action. Le titre a ouvert à 52 dollars, avant de terminer à 45,82 dollars.

Cette clôture représente une hausse par rapport au prix d’émission, même si elle est inférieure au niveau atteint à l’ouverture. Pour une introduction en Bourse, cet écart est courant : le prix initial résulte de la demande recueillie avant la cotation, tandis que l’ouverture et la clôture reflètent ensuite les ordres d’achat et de vente sur le marché.

Le parcours de Klarna a été vu comme un indicateur encourageant pour le marché des IPO, les introductions en Bourse. Après une période où beaucoup de jeunes entreprises ont retardé leur arrivée en Bourse en raison de la hausse des taux et de valorisations plus faibles, une première séance positive peut encourager d’autres candidats à se lancer. Elle ne permet toutefois pas de conclure à un retour généralisé et durable de ce marché.

Klarna évolue dans un domaine différent des infrastructures d’IA, mais les deux dossiers se rejoignent sur un point : les investisseurs cherchent des entreprises capables de justifier une croissance future crédible. Dans un cas, il s’agit de contrats cloud de long terme. Dans l’autre, le marché évaluera la capacité d’un acteur des paiements à croître de façon rentable dans un environnement concurrentiel et réglementé.

Apple rappelle que les annonces de produits ne suffisent pas toujours

Alors qu’Oracle portait le secteur technologique, Apple a reculé de 3,2 % après son événement de lancement de l’iPhone 17. Cette baisse a contribué à la contre-performance du Dow Jones, dont Apple est l’une des composantes les plus influentes.

La réaction boursière à un lancement de produit ne juge pas uniquement l’appareil présenté. Elle dépend surtout de l’écart entre les nouveautés annoncées et ce que le marché avait déjà intégré dans le cours de l’action. Une entreprise peut dévoiler un produit attendu tout en voyant son titre baisser si les investisseurs espéraient davantage, s’inquiètent des marges ou anticipent une concurrence plus forte.

Le contraste entre Oracle et Apple résume la séance : les marchés ont récompensé une hausse spectaculaire des attentes sur des revenus futurs liés au cloud et à l’IA, tout en se montrant plus prudents face à une innovation produit déjà largement anticipée. Il ne s’agit pas d’un verdict définitif sur l’une ou l’autre entreprise, mais d’une photographie des attentes financières du moment.

Ce qu’il faut surveiller après cette séance

Les prochains indicateurs d’inflation seront décisifs pour déterminer si l’optimisme sur les taux peut durer. Une lecture du CPI conforme ou inférieure aux attentes conforterait l’idée que les pressions sur les prix se modèrent. À l’inverse, une surprise à la hausse pourrait modifier rapidement les anticipations de politique monétaire et peser particulièrement sur les valeurs de croissance.

Pour Oracle, le point central sera l’exécution. Les marchés chercheront à savoir à quel rythme les contrats se transforment en chiffre d’affaires, quelles dépenses d’infrastructure sont nécessaires et si la croissance du cloud reste soutenue. L’ampleur du carnet de commandes constitue un argument puissant, mais elle augmente aussi les exigences : les investisseurs attendront des preuves concrètes de déploiement et de rentabilité.

Enfin, la séance du 10 septembre 2025 rappelle que la thématique de l’IA est devenue un facteur majeur des marchés actions, sans rendre ceux-ci homogènes. Les résultats d’Oracle ont créé un puissant mouvement de confiance, mais les écarts entre Oracle, Apple, le S&P 500 et le Dow Jones montrent que les investisseurs continuent de distinguer les modèles économiques, les perspectives de revenus et les risques propres à chaque entreprise.

Questions fréquentes

Pourquoi l’action Oracle a-t-elle bondi de 36 % le 10 septembre 2025 ?

Oracle a publié 14,9 milliards de dollars de chiffre d’affaires et 1,47 dollar de bénéfice ajusté par action pour son premier trimestre fiscal. Surtout, ses perspectives ont impressionné les marchés : Safra Catz a évoqué plusieurs contrats majeurs, tandis que les obligations de performance restantes ont atteint 455 milliards de dollars.

Quel est le lien entre Oracle et l’intelligence artificielle ?

Oracle est surtout un fournisseur de logiciels d’entreprise et d’infrastructure cloud. Dans l’IA, son rôle consiste notamment à fournir les capacités de calcul, les centres de données et les services cloud dont les entreprises ont besoin pour entraîner ou utiliser des modèles. Les contrats annoncés ont renforcé l’idée d’une forte demande pour cette infrastructure.

Pourquoi un recul du PPI peut-il faire monter les actions ?

Le PPI mesure les prix reçus par les producteurs. Sa baisse de 0,1 % en août, contre une hausse de 0,3 % attendue, a été interprétée comme un signal favorable sur l’inflation. Si les pressions sur les prix diminuent, les investisseurs espèrent que la Réserve fédérale pourra réduire ses taux, ce qui soutient souvent les actions.

Comment Klarna a-t-elle performé lors de son introduction en Bourse ?

Klarna a fixé son prix d’introduction à 40 dollars par action. Le titre a ouvert à 52 dollars puis a clôturé à 45,82 dollars le 10 septembre 2025. La séance est donc restée positive par rapport au prix d’émission, même si l’action a perdu une partie de ses gains initiaux au cours de la journée.

Pourquoi le S&P 500 a-t-il progressé alors que le Dow Jones a baissé ?

Les indices n’ont ni la même composition ni la même pondération. Le S&P 500, plus large, a bénéficié de l’envolée d’Oracle et de l’intérêt pour l’IA. Le Dow Jones, limité à 30 groupes, a davantage subi le recul de 3,2 % d’Apple après son événement consacré à l’iPhone 17.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Oracle, résultats du premier trimestre de l’exercice 2026www.oracle.com
  2. Bureau of Labor Statistics, indice des prix à la productionwww.bls.gov/news.release/ppi.nr0.htm
  3. Réserve fédérale américaine, calendrier des réunions du FOMCwww.federalreserve.gov/monetarypolicy/fomccalendars.htm
  4. Klarna, relations investisseurs et communications financièresir.klarna.com