Entreprises et marchés

Larry Ellison remet Oracle au centre de la course mondiale à l’intelligence artificielle

À 80 ans, le fondateur d’Oracle bénéficie du boom de l’intelligence artificielle et de la demande en capacités de calcul. Derrière son retour dans la lumière se joue surtout la transformation d’Oracle, longtemps identifié aux bases de données, en fournisseur majeur de cloud et d’infrastructures pour l’IA.

Un dirigeant devant des rangées de serveurs symbolisant la montée d’Oracle dans les infrastructures d’intelligence artificielle.
Illustration : Actu.ai

À l’âge où beaucoup de dirigeants de la première génération de la Silicon Valley ont quitté le premier plan, Larry Ellison, 80 ans, redevient l’un des visages les plus visibles de la course à l’intelligence artificielle. Ce retour ne tient pas seulement à sa fortune, alors estimée autour de 230 milliards de dollars selon les estimations reprises dans l’article d’archive. Il reflète avant tout le changement d’échelle d’Oracle, l’entreprise qu’il a cofondée, dans le cloud et les centres de données.

Longtemps associée aux logiciels de bases de données utilisés par les grandes entreprises et les administrations, Oracle cherche désormais à s’imposer comme un fournisseur d’infrastructure capable d’héberger les calculs très lourds exigés par l’IA. C’est un virage décisif : derrière les assistants conversationnels, la génération d’images ou l’analyse automatisée de documents se trouvent des serveurs, des puces, des réseaux et des logiciels de gestion de données. C’est précisément sur ce terrain moins visible, mais extrêmement rentable, que Larry Ellison veut replacer Oracle.

À 80 ans, un dirigeant qui n’a jamais vraiment quitté Oracle

Parler de « retour » de Larry Ellison peut prêter à confusion. Le dirigeant a bien quitté le poste de directeur général d’Oracle en 2014, après avoir occupé cette fonction pendant plusieurs décennies. Mais il n’a pas cessé de peser sur la stratégie du groupe : il demeure président du conseil d’administration et directeur technique, deux positions qui lui permettent de garder une influence directe sur les grandes orientations technologiques.

Cette continuité compte dans un secteur où les cycles changent très vite. Oracle a traversé plusieurs périodes : l’essor des bases de données relationnelles, la généralisation des logiciels de gestion intégrés dans les entreprises, puis l’arrivée du cloud public. Pendant longtemps, Amazon Web Services, Microsoft Azure et Google Cloud ont davantage incarné cette dernière révolution. L’explosion de l’IA générative redistribue toutefois les cartes.

Pourquoi ? Parce que les entreprises qui développent ou déploient de grands modèles d’IA ont besoin de capacités informatiques considérables. Elles doivent entraîner les modèles, les faire fonctionner pour des millions d’utilisateurs, stocker des volumes massifs de données et relier ces outils à leurs systèmes internes. Oracle entend fournir l’infrastructure qui rend ces usages possibles.

Les chiffres qui expliquent le regain d’attention pour Oracle

Les résultats publiés par Oracle en juin 2025 donnent une mesure concrète de cette accélération. Au quatrième trimestre de son exercice fiscal 2025, clos le 31 mai, le groupe a réalisé 15,9 milliards de dollars de revenus, soit une hausse de 11 % sur un an. La progression est particulièrement marquée du côté de l’infrastructure cloud, le service baptisé Oracle Cloud Infrastructure, ou OCI.

Indicateur publié par OracleQuatrième trimestre de l’exercice 2025Évolution sur un an
Revenus totaux15,9 milliards de dollars+ 11 %
Revenus cloud totaux6,7 milliards de dollars+ 27 %
Revenus d’Oracle Cloud Infrastructure3 milliards de dollars+ 52 %
Engagements contractuels restant à exécuter138 milliards de dollars+ 41 %

Ces montants ne signifient pas qu’Oracle fabrique elle-même les grands modèles d’IA les plus connus du public. Sa place est différente : l’entreprise veut fournir les fondations techniques sur lesquelles ces modèles peuvent être entraînés et utilisés. Elle vend donc de la puissance de calcul, des capacités de stockage, des logiciels de base de données et des outils permettant aux entreprises de faire circuler leurs données de façon plus fluide.

L’indicateur des 138 milliards de dollars d’engagements contractuels restant à exécuter est particulièrement suivi par les marchés. Il correspond à des contrats signés dont les revenus seront reconnus ultérieurement, à mesure que les prestations seront fournies. Il ne garantit pas à lui seul les résultats futurs, mais il donne une idée de la demande déjà sécurisée par le groupe.

Pour Oracle, le pari est clair : les entreprises qui adoptent l’IA ne cherchent pas uniquement un chatbot. Elles veulent aussi connecter ces outils à leurs fichiers, à leur comptabilité, à leur relation client, à leurs chaînes logistiques ou à leurs bases de données historiques. Or la gestion de ces données est le métier historique d’Oracle.

L’intelligence artificielle, une occasion de rattraper les géants du cloud

L’essor de l’IA ne gomme pas l’écart qui sépare Oracle des leaders historiques du cloud. Amazon, Microsoft et Google disposent d’immenses réseaux mondiaux de data centers, de portefeuilles de services très larges et de positions déjà installées auprès de millions de clients. Mais le marché de l’IA est suffisamment gourmand en ressources pour ouvrir des opportunités à plusieurs fournisseurs.

Larry Ellison mise notamment sur l’idée que les clients ne voudront pas tous confier leurs données et leurs applications à un seul acteur. Cette approche, souvent appelée stratégie « multi-cloud », consiste à utiliser plusieurs fournisseurs selon les besoins : l’un pour un service logiciel, l’autre pour la puissance de calcul, un troisième pour stocker certaines données sensibles.

Dans ce contexte, Oracle cherche à transformer un avantage historique en argument pour l’IA : de très nombreuses organisations utilisent déjà ses bases de données. Leur proposer de rapprocher les capacités d’IA de ces données peut réduire certains problèmes techniques, notamment les délais de transfert et la complexité des intégrations. Cela ne dispense pas les entreprises de vérifier la sécurité, les coûts et les règles de gouvernance de leurs données, mais l’argument est stratégique.

Oracle face aux leaders historiques du cloud

Les atouts d’Oracle

  • Une expertise historique dans les bases de données des grandes organisations.
  • Une croissance de 52 % des revenus d’Oracle Cloud Infrastructure au quatrième trimestre 2025.
  • Des contrats restant à exécuter atteignant 138 milliards de dollars.
  • Une stratégie multi-cloud pensée pour les entreprises déjà équipées de logiciels Oracle.

Les défis à relever

  • Amazon, Microsoft et Google disposent de positions cloud déjà très établies.
  • Les data centers pour l’IA exigent des investissements matériels et énergétiques massifs.
  • La croissance du cloud doit se maintenir au-delà de l’effet d’accélération initial lié à l’IA.
  • Les clients doivent arbitrer entre performance, coûts, sécurité et dépendance à un fournisseur.

La Maison-Blanche et le projet Stargate, une visibilité politique rare

La visibilité retrouvée de Larry Ellison ne se limite pas aux résultats financiers. Le 21 janvier 2025, il figurait parmi les dirigeants présents à la Maison-Blanche lors de l’annonce du projet Stargate, aux côtés de représentants d’OpenAI et de SoftBank. Le projet affichait l’ambition d’investir jusqu’à 500 milliards de dollars sur quatre ans dans des infrastructures d’IA aux États-Unis.

L’annonce a placé Oracle dans une position symbolique forte. L’entreprise n’apparaît plus seulement comme un éditeur de logiciels pour grandes organisations : elle est présentée comme l’un des partenaires industriels capables de fournir l’infrastructure nécessaire à l’IA à très grande échelle. Pour Larry Ellison, cette présence publique constitue une reconnaissance de la place qu’Oracle espère occuper dans la politique technologique américaine.

Il faut cependant distinguer l’affichage politique des réalisations effectives. Un projet d’infrastructure de cette ampleur dépend de nombreux facteurs : financement, disponibilité des terrains, raccordement électrique, achat de matériel, construction des data centers et capacité à recruter. L’annonce de Stargate fixe une ambition et crée une alliance, mais elle ne vaut pas à elle seule construction immédiate de l’ensemble des installations envisagées.

La proximité de Larry Ellison avec Donald Trump renforce aussi sa stature dans le débat public. Elle ne signifie pas qu’il exerce une fonction politique officielle. Elle témoigne plutôt de la place désormais centrale des dirigeants du cloud et des data centers dans les discussions américaines sur l’industrie, la souveraineté technologique et la compétitivité face à la Chine.

TikTok, le rappel que les données sont aussi géopolitiques

Le nom de Larry Ellison revient également dans le dossier TikTok, plateforme devenue un sujet sensible à Washington en raison de son propriétaire chinois ByteDance et des inquiétudes américaines liées à la sécurité des données. L’article d’archive évoque l’hypothèse d’une acquisition, dans un contexte où plusieurs scénarios de réorganisation de TikTok aux États-Unis ont été discutés.

Oracle n’est pas un acteur extérieur à ce dossier. En 2020, l’entreprise avait été associée à une proposition de partenariat autour de TikTok aux États-Unis. Elle est ensuite devenue le partenaire technologique du programme connu sous le nom de Project Texas, destiné à encadrer l’hébergement de certaines données américaines de TikTok et à répondre aux préoccupations de sécurité formulées aux États-Unis.

En 2025, les décisions présidentielles successives concernant l’application ont entretenu l’incertitude autour du calendrier et des modalités d’une éventuelle cession. Aucune acquisition de TikTok par Oracle n’était alors finalisée. Il est donc plus juste de voir ce dossier comme l’illustration d’un enjeu plus large : contrôler une infrastructure numérique, héberger des données ou participer à la gouvernance d’une plateforme peut avoir une valeur stratégique comparable à la propriété directe de cette plateforme.

Une fortune qui amplifie son influence, sans expliquer seule le phénomène

La fortune personnelle de Larry Ellison alimente inévitablement l’image d’un patron hors norme. À environ 230 milliards de dollars, l’estimation évoquée au moment de la publication le plaçait parmi les hommes les plus riches du monde. Ces classements fluctuent quotidiennement avec le cours de Bourse des entreprises détenues par leurs principaux actionnaires. Dans son cas, la valorisation d’Oracle joue donc un rôle déterminant.

Mais la richesse ne suffit pas à expliquer la place retrouvée d’Ellison. La question centrale est celle de la transformation d’Oracle. Une entreprise de logiciels installée dans les systèmes d’information des grandes organisations tente de devenir un acteur majeur d’une nouvelle couche technologique : l’infrastructure de calcul pour l’IA.

Cette mutation est coûteuse. Construire des data centers exige d’acquérir des serveurs et des équipements réseau, de négocier l’accès à l’électricité et de maintenir des installations fonctionnant en continu. Elle expose également Oracle à une concurrence intense et à un risque classique du secteur : investir très fortement en anticipant une demande qui doit ensuite se matérialiser durablement.

Ce qu’il faut surveiller

Dans les prochains mois, plusieurs indicateurs permettront de mesurer si le regain de Larry Ellison et d’Oracle repose sur une tendance durable. Le premier sera la croissance d’OCI : une hausse rapide des revenus confirme l’intérêt des clients, mais il faudra aussi observer si l’entreprise parvient à maintenir ce rythme au fur et à mesure que la comparaison annuelle devient plus exigeante.

Le deuxième enjeu concerne les capacités physiques. Les promesses liées à l’IA se heurtent à des contraintes très concrètes : disponibilité des puces, construction des data centers, consommation électrique et délais de raccordement. Dans ce domaine, l’avantage ne se joue pas seulement dans les logiciels, mais aussi dans la vitesse d’exécution industrielle.

Enfin, les relations entre technologie et pouvoir politique resteront déterminantes. Le projet Stargate, les discussions sur TikTok et les débats sur la souveraineté des données montrent que l’IA ne se réduit plus à une affaire de produits numériques. Pour Larry Ellison, la nouvelle bataille consiste à faire d’Oracle un rouage indispensable de l’infrastructure américaine de l’intelligence artificielle, tout en démontrant que cette ambition peut se traduire en contrats, en data centers et en résultats durables.

Questions fréquentes

Quel est le rôle de Larry Ellison chez Oracle en 2025 ?

Larry Ellison n’est plus directeur général d’Oracle depuis 2014, mais il reste président du conseil d’administration et directeur technique de l’entreprise. Ces fonctions lui donnent une influence importante sur la stratégie technologique du groupe, notamment sur le cloud, les bases de données et les infrastructures destinées à l’intelligence artificielle.

Pourquoi Oracle profite-t-il du boom de l’intelligence artificielle ?

Les outils d’IA ont besoin d’une grande puissance de calcul, de serveurs, de réseaux et d’importantes capacités de stockage. Oracle cherche à fournir cette infrastructure via Oracle Cloud Infrastructure. Son expertise historique des bases de données peut aussi intéresser les organisations qui souhaitent connecter l’IA à leurs données internes.

Combien Oracle a-t-il gagné grâce au cloud en 2025 ?

Au quatrième trimestre de son exercice fiscal 2025, Oracle a annoncé 6,7 milliards de dollars de revenus cloud, en hausse de 27 % sur un an. Dans cet ensemble, Oracle Cloud Infrastructure a généré 3 milliards de dollars, soit une progression de 52 %. Ces chiffres ne mesurent pas uniquement l’IA, mais reflètent une forte demande d’infrastructure.

Quel est le lien entre Larry Ellison, Oracle et le projet Stargate ?

Larry Ellison a participé à l’annonce du projet Stargate à la Maison-Blanche le 21 janvier 2025. Présenté avec OpenAI et SoftBank, ce projet vise jusqu’à 500 milliards de dollars d’investissements sur quatre ans dans des infrastructures d’IA aux États-Unis. Oracle y est présenté comme un partenaire technologique et d’infrastructure.

Oracle va-t-il racheter TikTok aux États-Unis ?

Aucune acquisition de TikTok par Oracle n’était finalisée au 4 juillet 2025. Oracle est néanmoins déjà lié au dossier : l’entreprise a été associée à un projet de partenariat en 2020 et héberge certaines données américaines de TikTok dans le cadre de Project Texas. Le débat porte autant sur la sécurité des données que sur la propriété de la plateforme.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Oracle, résultats du quatrième trimestre et de l’exercice fiscal 2025www.oracle.com
  2. Oracle, profil de Larry Ellison et fonctions au sein de l’entreprisewww.oracle.com/corporate/executives/larry-ellison
  3. Maison-Blanche, annonce du projet Stargatewww.whitehouse.gov
  4. Maison-Blanche, actions présidentielles relatives à TikTokwww.whitehouse.gov/presidential-actions