Entreprises et marchés

Nvidia : après une chute de 30 %, l’action paraît moins chère selon le PER

La correction boursière d’Nvidia, proche de 30 % depuis un récent sommet, a ravivé le débat sur sa valorisation. Selon le ratio cours/bénéfices, ou PER, l’action paraît moins chère qu’au lancement de ChatGPT en novembre 2022. Une comparaison éclairante, mais insuffisante à elle seule pour juger son potentiel.

Serveurs de centre de données et graphique boursier illustrant la volatilité de l’action Nvidia
Illustration : Actu.ai

L’action Nvidia reste l’un des thermomètres les plus suivis de l’enthousiasme boursier pour l’intelligence artificielle. Au 10 mars 2025, son recul, proche de 30 % depuis un récent sommet selon le point de comparaison retenu, a brutalement changé la conversation. La question n’est plus seulement de savoir jusqu’où le fabricant de puces peut grandir, mais aussi si le prix demandé aux investisseurs reflète encore correctement cette croissance.

Le point le plus marquant n’est pas que l’action soit revenue à son niveau de novembre 2022, au moment du lancement public de ChatGPT. Elle demeure au contraire bien au-dessus de ce niveau sur le long terme. La comparaison porte sur un indicateur différent : le ratio cours/bénéfices, plus connu sous le nom de PER. Cet outil suggère qu’après la baisse du cours et l’envolée des résultats du groupe, l’action peut paraître moins chère, relativement à ses profits, qu’elle ne l’était lorsque ChatGPT a fait entrer l’IA générative dans le quotidien du grand public.

Cette nuance est essentielle. Une action qui baisse n’est pas automatiquement une bonne affaire, pas plus qu’une entreprise très rentable n’est à l’abri d’une correction. Pour comprendre ce qui se joue autour d’Nvidia, il faut distinguer le cours de Bourse, les bénéfices de l’entreprise et les attentes considérables intégrées par le marché.

Une correction spectaculaire, dans un titre déjà très volatil

La baisse d’environ 30 % évoquée en mars 2025 correspond à une correction depuis un sommet récent. Le pourcentage peut varier selon que l’on prend comme référence un cours de clôture ou un plus haut atteint en séance. Cette précision technique compte : les titres technologiques, et particulièrement Nvidia, peuvent connaître des écarts importants en quelques heures.

L’épisode le plus spectaculaire s’est produit à la fin de janvier 2025, lorsque Nvidia a vu près de 600 milliards de dollars s’effacer de sa capitalisation boursière en une seule séance. Une capitalisation représente la valeur de marché de l’ensemble des actions en circulation. Cette somme ne correspond donc pas à une perte équivalente dans les comptes de l’entreprise ou dans sa trésorerie, mais à la révision soudaine du prix que les investisseurs étaient prêts à payer pour détenir une part du groupe.

Cette volatilité reflète la place singulière prise par Nvidia dans l’économie de l’IA. Ses processeurs graphiques, les GPU, sont devenus une pièce majeure des centres de données qui entraînent et font fonctionner les grands modèles d’intelligence artificielle. Quand les investisseurs s’interrogent sur la vigueur future de cette demande, c’est tout naturellement Nvidia qui se retrouve au centre de leurs arbitrages.

RepèreCe qu’il s’est passéCe que cela permet de comprendre
Novembre 2022Lancement public de ChatGPTL’IA générative devient un thème majeur pour les marchés et les entreprises technologiques.
Exercice 2025 d’NvidiaChiffre d’affaires de 130,5 milliards de dollars, en hausse de 114 %Les résultats ont progressé très rapidement, ce qui modifie la lecture de la valorisation.
Fin janvier 2025Près de 600 milliards de dollars de capitalisation disparaissent en une séanceUne variation de cours peut produire des effets immenses pour une entreprise de cette taille.
10 mars 2025L’action a corrigé d’environ 30 % depuis un récent sommetLe marché réévalue les anticipations de croissance, sans trancher l’avenir opérationnel du groupe.

Pourquoi le PER peut rendre Nvidia « moins chère » qu’en 2022

Le PER, pour price-to-earnings ratio en anglais, met en relation le prix d’une action et le bénéfice attribué à cette action. Dans sa forme la plus simple, il répond à une question intuitive : combien les investisseurs paient-ils pour un euro, ou un dollar, de bénéfice réalisé par l’entreprise ?

Un PER de 30 signifie, de manière schématique, que le marché valorise l’action à 30 fois le bénéfice annuel par action. Ce n’est pas un prix affiché en euros ou en dollars, mais un multiple. Plus il est élevé, plus les investisseurs acceptent de payer cher les profits actuels, généralement parce qu’ils anticipent une forte croissance future. Un multiple plus bas peut traduire une valorisation plus raisonnable, ou au contraire une inquiétude sur les résultats à venir.

C’est là que la comparaison avec le lancement de ChatGPT prend son sens. En novembre 2022, Nvidia n’avait pas encore enregistré les bénéfices considérables liés au déploiement accéléré des infrastructures d’IA. Depuis, ses revenus et ses profits ont fortement progressé. Même si le cours de Bourse est beaucoup plus élevé qu’à l’époque, les résultats ont pu croître plus vite encore. Le dénominateur du calcul, le bénéfice, a donc changé d’échelle.

Les résultats publiés en février 2025 illustrent ce décalage. Sur l’exercice fiscal 2025, achevé fin janvier, Nvidia a annoncé un chiffre d’affaires de 130,5 milliards de dollars, contre une hausse annuelle de 114 %. Sur le seul quatrième trimestre, ses revenus ont atteint 39,3 milliards de dollars, en progression de 78 % sur un an. Ces chiffres n’effacent pas les risques boursiers, mais ils expliquent pourquoi une comparaison limitée au prix de l’action serait trompeuse.

Il faut aussi se méfier de la comparaison visuelle entre deux cours historiques. Nvidia a procédé à une division de son action par dix en juin 2024, une opération appelée fractionnement. Le nombre d’actions détenues est alors multiplié, tandis que le prix unitaire est divisé dans la même proportion. La valeur totale détenue ne change pas au moment du fractionnement. Pour comparer correctement les cours dans le temps, les données historiques doivent donc être ajustées.

Une action « moins chère » : le cours et le PER ne racontent pas la même histoire

Regarder seulement le cours

  • Une baisse de 30 % paraît immédiatement rendre l’action plus accessible.
  • Le cours reflète le prix d’une action à un instant donné.
  • Il ne tient pas compte de la progression des bénéfices depuis 2022.
  • Il doit être ajusté pour comparer correctement les périodes avant et après un fractionnement.

Regarder le PER

  • Le ratio relie le cours de Bourse aux bénéfices par action.
  • Il peut baisser même lorsque le cours reste très supérieur à son niveau de 2022.
  • Il aide à comparer la valorisation à différentes périodes.
  • Il dépend fortement des bénéfices réalisés ou anticipés.
  • Il ne prédit pas à lui seul l’évolution future du titre.

Un indicateur utile, mais loin d’être une garantie

Dire qu’Nvidia est « moins chère » selon son PER ne revient pas à dire que l’action est bon marché dans l’absolu, ni qu’elle va nécessairement rebondir. Un ratio de valorisation est une photographie imparfaite : il résume des résultats passés et, dans sa version prévisionnelle, des attentes concernant les bénéfices futurs.

Deux PER peuvent d’ailleurs être cités pour une même entreprise sans désigner exactement la même chose. Le PER historique s’appuie sur les bénéfices déjà publiés. Le PER prévisionnel repose sur les estimations de bénéfices à venir. Ce dernier peut sembler plus favorable si les analystes attendent une hausse des profits, mais il peut aussi se dégrader rapidement si ces anticipations sont revues à la baisse.

Pour Nvidia, l’enjeu est particulièrement élevé. Le marché ne juge pas seulement les ventes actuelles de puces, déjà considérables. Il tente d’évaluer combien de temps les grands opérateurs de centres de données continueront d’investir massivement dans des infrastructures d’IA, et avec quelle rentabilité. Une entreprise peut publier des résultats records et voir néanmoins son cours reculer si les investisseurs espéraient davantage encore.

L’IA reste porteuse, mais les attentes sont devenues plus exigeantes

Nvidia conserve une position déterminante dans l’essor de l’IA générative. Ses GPU sont utilisés pour l’entraînement de modèles complexes, mais aussi pour l’inférence, c’est-à-dire le moment où un modèle déjà entraîné répond à une requête. L’entreprise ne vend pas uniquement des puces : elle s’inscrit dans un ensemble matériel et logiciel qui facilite le déploiement de ces systèmes dans les centres de données.

Cette position explique pourquoi les investisseurs ont accordé au groupe une valorisation exceptionnelle. Elle explique aussi pourquoi le moindre signal sur la demande, les capacités de production ou les dépenses des clients est scruté avec une telle intensité. Les marchés ont tendance à projeter loin les tendances naissantes. Lorsque les perspectives restent très favorables mais paraissent un peu moins certaines, les ajustements de cours peuvent être violents.

La prudence exprimée par certains observateurs, parmi lesquels le nom de Nassim Nicholas Taleb est cité dans le débat sur la fragilité des marchés, s’inscrit dans ce contexte. Le poids des valeurs technologiques dans les grands indices américains rend ces indices sensibles aux mouvements d’un nombre limité d’entreprises. Cela ne permet pas de prédire une baisse certaine, mais rappelle qu’une concentration élevée peut amplifier les phases d’euphorie comme les phases de recul.

Concurrence, Chine et puces maison : les risques à regarder

Nvidia ne fait pas face à un marché figé. Sur les accélérateurs d’IA, AMD cherche à renforcer sa présence, tandis que Broadcom est un acteur important des composants et des solutions personnalisées. Les grands groupes technologiques développent aussi leurs propres puces pour certains usages. L’objectif est souvent de mieux maîtriser les coûts, la consommation énergétique et les besoins spécifiques de leurs centres de données.

La concurrence ne signifie pas que les GPU d’Nvidia seront rapidement remplacés partout. Les entreprises qui construisent des services d’IA doivent tenir compte des performances, des logiciels, des outils disponibles, de la compatibilité avec leurs infrastructures et de la capacité des fournisseurs à livrer les volumes demandés. Changer de plateforme est une décision industrielle complexe.

Le paysage géopolitique ajoute une autre couche d’incertitude. Les tensions entre Washington et Pékin, ainsi que les restrictions américaines sur certaines exportations de technologies avancées, pèsent sur les stratégies des fabricants de semi-conducteurs. En Chine, des entreprises telles que Huawei développent des alternatives aux puces étrangères. Pour Nvidia, l’enjeu n’est donc pas seulement technologique : il concerne également l’accès à certains marchés et l’adaptation de son offre à un environnement réglementaire mouvant.

Comment lire une action Nvidia sans confondre IA et Bourse

Pour un lecteur qui suit l’actualité de l’IA, il est tentant d’assimiler la baisse du titre Nvidia à un essoufflement de l’intelligence artificielle. Ce raccourci est trompeur. Une action reflète à la fois la qualité d’une entreprise, ses résultats, les prévisions de croissance, les taux d’intérêt, l’aversion générale au risque et les décisions de grands investisseurs institutionnels.

La demande pour l’IA peut rester dynamique tout en entraînant des mouvements de Bourse contrastés. Les investisseurs peuvent, par exemple, s’inquiéter du montant des investissements nécessaires pour construire des centres de données, de la vitesse à laquelle ces dépenses produiront des revenus, ou de l’arrivée de modèles plus efficaces qui exigeraient moins de puissance de calcul pour certaines tâches. Ces questions modifient les anticipations, même si l’usage de l’IA continue de progresser.

Pour les actionnaires actuels comme pour les personnes qui envisagent un investissement, la baisse rappelle une règle simple : aucune métrique isolée ne remplace une analyse complète. Le cours d’une action peut sembler plus accessible après une correction, mais le prix affiché ne dit rien, à lui seul, de l’horizon de placement, de la tolérance au risque ou de la diversification d’un portefeuille.

Ce qu’il faut surveiller dans les prochains mois

Les prochaines publications financières d’Nvidia seront naturellement décisives. Les marchés regarderont les revenus liés aux centres de données, l’évolution des marges, les capacités de livraison de nouveaux produits et les indications données sur la demande future. Un ralentissement de la croissance ne serait pas forcément un signe d’échec, mais son ampleur serait comparée à des attentes qui restent très élevées.

Il faudra aussi observer les annonces des grands acteurs du cloud et de l’IA, car leurs budgets d’infrastructures influencent directement le marché des accélérateurs. Les progrès des concurrents, l’adoption de puces conçues en interne par certains clients, ainsi que les décisions américaines et chinoises sur les technologies avancées peuvent également modifier l’équilibre du secteur.

La correction de mars 2025 ne tranche donc pas le débat sur Nvidia. Elle montre surtout que l’IA est passée d’un récit boursier dominé par l’enthousiasme à une phase où les investisseurs exigent davantage de preuves sur la durée de la croissance. Le PER peut rendre l’action plus attrayante qu’au lancement de ChatGPT, mais il ne dispense pas de regarder ce qui déterminera les bénéfices de demain.

Questions fréquentes

Pourquoi l’action Nvidia a-t-elle baissé d’environ 30 % en 2025 ?

La correction reflète surtout une réévaluation des attentes très élevées liées à l’intelligence artificielle. Les investisseurs s’interrogent sur le rythme futur des dépenses en centres de données, la concurrence et les risques géopolitiques. Une baisse boursière ne signifie pas nécessairement que l’activité d’Nvidia recule : ses résultats publiés en février 2025 restaient très élevés.

Nvidia est-elle vraiment moins chère qu’au lancement de ChatGPT ?

Selon le ratio cours/bénéfices, Nvidia peut paraître moins chère qu’en novembre 2022, car ses bénéfices ont progressé beaucoup plus vite que son cours sur cette période. Cela ne veut pas dire que l’action coûte moins cher en valeur nominale, ni qu’elle est automatiquement sous-évaluée. La comparaison porte sur un indicateur de valorisation précis, le PER.

Qu’est-ce que le PER d’une action comme Nvidia ?

Le PER, ou ratio cours/bénéfices, compare le prix d’une action au bénéfice généré par l’entreprise pour chaque action. Il indique combien le marché accepte de payer pour ces profits. Un PER plus faible peut signaler une valorisation moins tendue, mais peut aussi refléter des inquiétudes sur la croissance future. Il doit toujours être interprété avec d’autres données.

La perte de 600 milliards de dollars de Nvidia correspond-elle à une perte réelle ?

Non, ce montant correspond à une baisse de capitalisation boursière, c’est-à-dire de la valeur totale des actions Nvidia sur le marché. Il ne s’agit pas d’une somme sortie de la trésorerie de l’entreprise ni d’une perte comptable équivalente. La variation traduit le changement rapide de prix que les investisseurs attribuent au groupe en Bourse.

Quels éléments peuvent faire évoluer l’action Nvidia après mars 2025 ?

Les marchés suivront les prochains résultats financiers, les ventes de puces pour centres de données, les marges et les prévisions de demande. Les dépenses des grands groupes du cloud, les avancées d’AMD, Broadcom ou Huawei, ainsi que les restrictions commerciales entre les États-Unis et la Chine, peuvent également peser sur les anticipations des investisseurs.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Nvidia, résultats du quatrième trimestre et de l’exercice fiscal 2025investor.nvidia.com/news/press-release-details/2025/NVIDIA-Announces-Financial-Results-for-Fourth-Quarter-and-Fiscal-2025/default.aspx
  2. Nasdaq, page de cotation et données de marché de l’action Nvidiawww.nasdaq.com/market-activity/stocks/nvda
  3. OpenAI, présentation de ChatGPTopenai.com/index/chatgpt