Robotique et matériel

Huawei et Baidu : la commande de puces qui accélère l’IA chinoise

Baidu aurait commandé 1 600 puces d’intelligence artificielle Ascend 910B à Huawei pour équiper 200 serveurs. Rapportée par Reuters, cette opération illustre l’effort des groupes chinois pour disposer de capacités de calcul locales, alors que les États-Unis renforcent leurs contrôles sur les exportations de puces avancées.

Serveurs de centre de données équipés de cartes accélératrices destinées aux calculs d’intelligence artificielle
Illustration : Actu.ai

Le développement de l’intelligence artificielle ne dépend pas seulement des modèles et des logiciels. Il repose aussi sur des composants très concrets : les puces capables d’effectuer à grande vitesse les calculs nécessaires à l’entraînement et à l’exploitation des systèmes d’IA. Dans ce domaine dominé par Nvidia, une commande attribuée à Baidu pourrait donner à Huawei une vitrine importante sur le marché chinois.

Selon des informations rapportées par Reuters, Baidu aurait commandé 1 600 puces Ascend 910B à Huawei. Elles doivent être intégrées à 200 serveurs, soit, si leur répartition est uniforme, huit accélérateurs par machine. L’opération, passée en août 2023 d’après le média, intervient alors que l’accès des entreprises chinoises aux puces américaines les plus puissantes devient plus incertain.

Une commande de Baidu qui donne du poids à Huawei

Baidu est l’un des grands groupes technologiques chinois. Pour faire fonctionner des services fondés sur l’intelligence artificielle, une entreprise de cette taille doit pouvoir compter sur des centres de données équipés de milliers de composants de calcul. La commande évoquée par Reuters ne résume donc pas à elle seule les besoins de Baidu, mais elle constitue un signal commercial significatif pour Huawei.

Les puces concernées appartiennent à la famille Ascend, la gamme de processeurs conçue par Huawei pour les charges de travail liées à l’IA. À la différence d’une puce généraliste, un accélérateur d’IA est optimisé pour exécuter massivement et en parallèle des opérations mathématiques. Ces calculs sont indispensables, par exemple, pour entraîner un modèle à partir de grandes quantités de données ou pour générer rapidement une réponse à la demande d’un utilisateur.

Donnée cléCe que l’on sait au 9 novembre 2023
Client cité par ReutersBaidu
FournisseurHuawei
Puce concernéeAscend 910B
Volume de la commande1 600 puces
Infrastructure prévue200 serveurs
Équivalent théorique par serveur8 puces, si la distribution est homogène
Positionnement annoncéUne alternative chinoise aux offres de Nvidia

Il faut toutefois distinguer une commande de puces d’une équivalence parfaite entre deux plateformes. Les performances finales d’un serveur d’IA dépendent aussi des logiciels, de la mémoire, des interconnexions entre les puces et de la facilité avec laquelle les développeurs peuvent adapter leurs programmes. C’est précisément sur cet ensemble, souvent appelé écosystème, que se joue une large part de la concurrence.

L’Ascend 910B vise le terrain occupé par Nvidia

Huawei cherche depuis plusieurs années à se faire une place dans le calcul pour l’intelligence artificielle. L’entreprise avait présenté l’Ascend 910 en 2019, une puce reposant sur un procédé de fabrication de 7 nm. Avec l’Ascend 910B, Huawei ambitionne de proposer une solution davantage adaptée aux besoins des entreprises et des centres de données chinois.

Le 910B est notamment décrit comme un concurrent des puces A100 de Nvidia, lancées en 2020, et H100, lancées en 2022. La comparaison doit néanmoins être maniée avec prudence. À la date de publication de cet article, aucune série complète de tests indépendants et directement comparables n’est détaillée dans les informations citées. Affirmer qu’une puce est « similaire » à une autre ne suffit pas à établir une égalité de performances dans tous les usages.

Les documents techniques liés à l’Ascend 910B, dont des guides de mise à jour de pilotes et des éléments de firmware, sont apparus sur le site de Huawei en août 2023. Leur présence confirme l’existence d’un travail de support logiciel autour de la puce. Elle ne renseigne pas, à elle seule, sur les volumes de production disponibles ni sur le niveau d’adoption par l’ensemble du marché.

L’enjeu pour Huawei est double. Il s’agit d’abord de fournir une capacité de calcul locale à des entreprises chinoises. Il s’agit aussi de convaincre les développeurs et les opérateurs de centres de données qu’ils peuvent déployer leurs applications sans dépendre exclusivement des outils associés aux produits de Nvidia.

Pourquoi les puces d’IA sont devenues un enjeu industriel majeur

Le marché des composants dédiés à l’intelligence artificielle connaît une forte accélération en Chine. Les estimations citées dans les informations disponibles évaluent ce marché à environ 7 milliards de dollars. Ce chiffre concerne les puces spécialisées dans l’IA et ne doit pas être confondu avec l’ensemble du marché chinois des semi-conducteurs, beaucoup plus vaste.

La progression de l’IA générative rend ces composants particulièrement recherchés. L’entraînement d’un grand modèle de langage, de reconnaissance d’images ou de recommandation exige d’énormes volumes de calcul. Une fois le modèle créé, son utilisation quotidienne par des millions de personnes mobilise elle aussi des serveurs, notamment pour produire les réponses en temps réel.

Dans ce contexte, Nvidia bénéficie d’une position dominante dans les accélérateurs d’IA. Ses produits, mais aussi ses outils logiciels, sont largement utilisés par les chercheurs, les entreprises du numérique et les fournisseurs de cloud. Pour ses concurrents, proposer une puce est donc nécessaire, mais insuffisant : ils doivent également faciliter la migration des logiciels et garantir une disponibilité industrielle durable.

Ascend 910B et Nvidia : une concurrence qui ne se limite pas aux puces

Huawei Ascend 910B

  • Commande citée de 1 600 unités par Baidu pour 200 serveurs.
  • Positionnée par Huawei comme une alternative chinoise aux accélérateurs de Nvidia.
  • Documents de pilotes et de firmware apparus sur le site de Huawei en août 2023.
  • Atout potentiel : un approvisionnement local pour les entreprises chinoises.
  • Les performances comparatives indépendantes ne sont pas détaillées dans les informations disponibles.

Nvidia A100 et H100

  • A100 lancée en 2020, H100 lancée en 2022.
  • Offres déjà dominantes dans le calcul destiné à l’intelligence artificielle.
  • Écosystème logiciel largement employé dans les centres de données et la recherche.
  • Exportations vers la Chine touchées par le renforcement des contrôles américains d’octobre 2023.
  • Partenariat annoncé avec Foxconn en octobre 2023 autour d’usines d’IA.

Les restrictions américaines changent les règles de l’approvisionnement

La commande évoquée entre Baidu et Huawei a été conclue avant le durcissement, en octobre 2023, des règles américaines d’exportation relatives aux puces de calcul avancé vers la Chine. Washington a renforcé ces contrôles afin de limiter l’accès chinois à certaines technologies de pointe, y compris des composants conçus par des entreprises américaines telles que Nvidia.

Ces mesures ne signifient pas que toute puce informatique est interdite à l’exportation. Elles ciblent cependant des composants et des capacités de calcul considérés comme suffisamment avancés pour relever des règles spécifiques. Pour les clients chinois, cette incertitude complique la planification des investissements dans les centres de données. Une commande peut dépendre de licences, de caractéristiques techniques précises ou de l’évolution de la réglementation.

Pour Huawei, cette situation crée une opportunité commerciale. Un fournisseur local peut apparaître comme une option plus prévisible pour les entreprises chinoises qui cherchent à sécuriser leurs infrastructures. Mais l’opportunité s’accompagne d’une difficulté : les restrictions américaines affectent également l’accès à certaines technologies indispensables à la fabrication de semi-conducteurs avancés.

La pression américaine sur Huawei ne date pas de 2023. Les mesures visant l’entreprise se sont accumulées au fil des années, notamment avec son inscription sur la liste américaine des entités en 2019. Elles ont freiné son expansion internationale dans plusieurs activités. Sur le marché chinois, en revanche, le groupe conserve des débouchés importants, soutenus par l’objectif national de réduire la dépendance aux fournisseurs étrangers dans les semi-conducteurs et l’intelligence artificielle.

Des alliances qui redessinent la chaîne de l’IA

Le partenariat potentiel entre Huawei et Baidu s’inscrit dans une reconfiguration plus large du secteur. Les grands groupes ne cherchent plus seulement à acheter des puces. Ils nouent des alliances pour concevoir des serveurs, bâtir des infrastructures de calcul et développer les logiciels nécessaires à l’IA.

En octobre 2023, Nvidia a ainsi annoncé un partenariat avec Foxconn pour construire des usines dédiées à l’intelligence artificielle. Foxconn, groupe taïwanais majeur de la fabrication électronique et très présent industriellement en Chine, apporte son savoir-faire dans l’assemblage et les chaînes de production. Nvidia fournit pour sa part les technologies de calcul au cœur de ces infrastructures.

Ces rapprochements montrent que la compétition dépasse les seules performances brutes des puces. Un acteur capable d’associer processeurs, serveurs, réseau, logiciels et capacité de production dispose d’un avantage majeur. Huawei cherche précisément à se positionner sur cette chaîne de valeur complète, tandis que Baidu pourrait devenir un client de référence pour éprouver les solutions Ascend à grande échelle.

Ce qu’il faut surveiller après cette commande

La première question concerne l’exécution concrète de la commande : combien de puces seront effectivement déployées, dans quels serveurs et pour quels usages internes de Baidu ? Les informations rapportées établissent le volume prévu, mais ne détaillent pas la configuration précise des machines ni les applications qui les utiliseront.

La deuxième question porte sur les performances réelles. Huawei présente l’Ascend 910B comme une réponse aux accélérateurs de Nvidia, mais les entreprises attendront surtout des résultats vérifiables dans leurs propres environnements : vitesse d’entraînement, efficacité énergétique, stabilité des logiciels et facilité de programmation.

Enfin, la disponibilité industrielle sera déterminante. Une commande de 1 600 puces est un signal important, mais la capacité à livrer durablement de gros volumes à de nombreux clients reste le véritable test pour un fournisseur. Dans un marché chinois de l’IA estimé à plusieurs milliards de dollars et soumis à des contraintes géopolitiques croissantes, la relation entre Huawei et Baidu pourrait ainsi devenir un indicateur du degré de maturité des alternatives locales à Nvidia.

Questions fréquentes

Combien de puces Huawei Baidu aurait-il commandées ?

Selon Reuters, Baidu aurait commandé 1 600 puces d’intelligence artificielle Ascend 910B à Huawei. Elles seraient destinées à équiper 200 serveurs. Si chaque serveur recevait le même nombre de puces, cela représenterait huit accélérateurs par machine. Les informations disponibles ne détaillent pas la configuration exacte de ces serveurs.

La puce Ascend 910B peut-elle remplacer les Nvidia A100 et H100 ?

Huawei positionne l’Ascend 910B face aux Nvidia A100 et H100. La puce est présentée comme proche de l’A100 dans les informations rapportées, mais les résultats dépendent aussi des logiciels, du réseau entre les serveurs et des usages visés. À ce stade, les éléments cités ne fournissent pas de comparaison indépendante complète entre ces plateformes.

Pourquoi les restrictions américaines favorisent-elles les puces chinoises ?

Les règles américaines renforcées en octobre 2023 limitent l’exportation vers la Chine de certaines puces de calcul avancé. Pour les entreprises chinoises, cet environnement rend l’approvisionnement en produits étrangers moins prévisible. Des fournisseurs locaux comme Huawei peuvent donc apparaître comme des alternatives, même s’ils font eux aussi face à des contraintes technologiques et industrielles.

Pourquoi Baidu a-t-il besoin de serveurs équipés de puces d’IA ?

Les systèmes d’intelligence artificielle ont besoin d’une grande puissance de calcul pour apprendre à partir de données et répondre rapidement aux utilisateurs. Les accélérateurs d’IA permettent d’effectuer en parallèle un très grand nombre d’opérations mathématiques. Pour un groupe technologique comme Baidu, ces serveurs peuvent soutenir la recherche, l’entraînement de modèles et leur fonctionnement en production.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Reuters, informations sur la commande de puces Huawei par Baidu, 6 novembre 2023www.reuters.com/technology/chinas-huawei-gets-big-order-ai-chips-baidu-sources-2023-11-06
  2. Huawei Ascend, portail officiel des produits et logiciels de calcul pour l’IAwww.hiascend.com/en
  3. Bureau américain de l’industrie et de la sécurité, informations officielles sur les contrôles à l’exportationwww.bis.gov