À la COP16, le MIT défend une biodiversité mesurée par l’IA et gouvernée localement
À la COP16 sur la biodiversité, organisée à Cali en 2024, le MIT a envoyé pour la première fois une délégation structurée de dix personnes. Ses travaux ont mis en avant l’apport de l’intelligence artificielle pour suivre les espèces, mais aussi le rôle décisif des villes et des communautés locales dans la conservation.

Du 21 octobre au 1er novembre 2024, la ville de Cali, en Colombie, a accueilli la seizième Conférence des parties à la Convention des Nations unies sur la diversité biologique, connue sous le nom de COP16. Dans un rendez-vous dominé par l’urgence de freiner l’effondrement du vivant, le Massachusetts Institute of Technology, ou MIT, a franchi une étape nouvelle : l’université américaine y a dépêché sa première délégation structurée.
L’enjeu n’était pas seulement de présenter des recherches universitaires. Les dix membres de cette délégation ont voulu relier trois dimensions souvent séparées dans les débats internationaux : des données plus précises sur les espèces et les écosystèmes, des décisions prises au plus près du terrain, et une meilleure prise en compte des peuples autochtones comme des communautés locales. L’intelligence artificielle y tient une place importante, mais elle n’est présentée ni comme un raccourci ni comme un substitut à la gouvernance humaine.
Une première délégation structurée du MIT à Cali
Le MIT avait déjà participé de façon ponctuelle à de précédentes conférences sur la biodiversité. À Cali, l’établissement a toutefois coordonné pour la première fois une délégation de 10 personnes, réunissant enseignants, chercheurs et étudiants. Cette organisation a été placée sous l’égide de l’Environmental Solutions Initiative, ou ESI, une initiative du MIT consacrée aux réponses environnementales.
Les délégués provenaient notamment de l’ESI, du département d’ingénierie électrique et informatique, l’EECS, ainsi que du laboratoire d’intelligence artificielle et d’informatique, le CSAIL. Cette diversité est révélatrice de la manière dont la conservation évolue : elle mobilise bien sûr l’écologie, mais aussi l’informatique, l’analyse de données, les sciences sociales, la finance et les institutions publiques.
Durant la conférence, la délégation a pris part à plus de 15 événements, dont des panels et des tables rondes. Pour les étudiants, l’expérience offrait un contact direct avec les discussions internationales : comment transformer des objectifs mondiaux en politiques nationales ou locales, comment financer leur mise en œuvre, et comment arbitrer entre les intérêts parfois divergents des territoires.
| Élément | Ce qu’a porté la délégation du MIT à la COP16 |
|---|---|
| Format de la participation | Première délégation structurée du MIT |
| Composition | 10 enseignants, chercheurs et étudiants |
| Entités représentées | ESI, EECS et CSAIL, notamment |
| Activités à Cali | Plus de 15 panels, tables rondes et rencontres |
| Axes principaux | Conservation, solutions climatiques fondées sur la nature, IA, gouvernance et inclusion |
La COP16 s’inscrit dans le cadre mondial fixé pour 2030
La COP16 a réuni des gouvernements, des organisations non gouvernementales, des scientifiques, des représentants de communautés et d’autres acteurs. Le point de référence commun était le Cadre mondial de la biodiversité Kunming-Montréal, adopté en 2022. Cet accord international comporte 23 cibles à atteindre d’ici à 2030 afin d’enrayer et d’inverser la perte de biodiversité.
Ces cibles abordent des sujets très concrets : la conservation et la restauration des écosystèmes, la réduction des pressions sur la nature, le financement, l’accès aux données ou encore le partage des bénéfices liés aux ressources génétiques. La COP16 ne se limite donc pas à constater l’état préoccupant de la biodiversité mondiale. Elle constitue un espace où les participants cherchent à rendre ces objectifs applicables, mesurables et financés.
Le lien avec le changement climatique est central. Des écosystèmes dégradés stockent moins de carbone et résistent moins bien aux sécheresses, aux inondations ou aux incendies. Inversement, le réchauffement modifie les habitats et les conditions de survie de nombreuses espèces. Les politiques climatiques et les politiques de biodiversité gagnent ainsi à être conçues ensemble, sans réduire l’une à l’autre.
Des coalitions de villes pour agir dans les territoires latino-américains
L’une des contributions mises en avant par l’ESI concerne les solutions climatiques fondées sur la nature, à travers son programme Natural Climate Solutions, ou NCS. À Cali, ce programme a soutenu la formation de coalitions entre villes latino-américaines. Des déclarations ont été signées afin de faire progresser certaines cibles du Cadre mondial de la biodiversité Kunming-Montréal.
Cette approche part d’un constat simple : les engagements internationaux ne produisent d’effets que s’ils se traduisent dans les territoires. Les collectivités locales interviennent sur l’aménagement urbain, les espaces verts, les ressources en eau, les transports ou encore les règles d’occupation des sols. Elles peuvent donc contribuer directement à préserver ou reconnecter des habitats naturels.
Les discussions et tables rondes conduites par des membres de l’ESI ont aussi porté sur des stratégies transnationales, le renforcement des institutions locales et régionales, ainsi que des actions communautaires. Parmi les priorités évoquées figure la conservation du Chocó comme corridor écologique. Un corridor écologique permet à des espèces de circuler entre des zones naturelles, ce qui peut être essentiel pour accéder à la nourriture, se reproduire ou s’adapter aux changements de leur environnement.
Le message défendu à Cali est que les régions à forte biodiversité ne doivent pas être considérées comme de simples terrains d’étude. La recherche académique doit travailler avec les autorités locales et les habitants, en tenant compte de leurs connaissances, de leurs besoins et de leurs droits.
Comment l’intelligence artificielle peut-elle aider à suivre le vivant ?
L’intelligence artificielle peut devenir un outil utile pour comprendre une biodiversité difficile à observer. Sur le terrain, les scientifiques recueillent déjà des volumes considérables d’informations : photographies prises par des pièges photographiques, enregistrements sonores, images aériennes ou observations naturalistes. Les algorithmes peuvent aider à trier ces données, à détecter des espèces ou à repérer des évolutions dans un écosystème.
Au MIT, le groupe de recherche de la professeure Sara Beery développe des méthodes d’IA destinées au suivi des espèces et des écosystèmes à des échelles spatiales et temporelles inédites. L’objectif est d’aider les chercheurs et les acteurs de la conservation à analyser des observations trop nombreuses pour être traitées manuellement dans des délais raisonnables.
Lors du forum scientifique de l’Union internationale pour la biodiversité, Sara Beery a abordé l’impact potentiel de l’IA sur les objectifs de biodiversité. Son intervention a insisté sur un point décisif : la technologie ne doit pas être séparée de l’interaction humaine. Une identification automatisée peut accélérer l’analyse, mais les résultats doivent être interprétés dans leur contexte par des personnes connaissant les espèces, les territoires et les limites des données.
L’accès équitable aux outils est un autre enjeu. Les équipements, les compétences techniques et les infrastructures informatiques ne sont pas répartis uniformément entre les pays et les organisations. Des politiques équitables sont donc nécessaires pour que l’IA ne renforce pas les déséquilibres existants entre institutions bien financées et acteurs locaux.
L’IA pour la biodiversité : capacités techniques et conditions de réussite
Ce que les outils d’IA peuvent apporter
- Trier plus rapidement de grands volumes de photos, de sons ou d’observations.
- Aider à détecter la présence d’espèces dans des jeux de données complexes.
- Comparer des informations recueillies à différentes périodes et dans différents lieux.
- Donner aux chercheurs des indicateurs utiles pour orienter le suivi des écosystèmes.
Ce qu’ils ne remplacent pas
- L’expertise humaine pour interpréter les résultats dans leur contexte écologique.
- Des données de terrain de qualité et des méthodes de collecte rigoureuses.
- Les décisions publiques sur les zones à protéger et les usages à encadrer.
- Un accès équitable aux outils, aux compétences et aux infrastructures techniques.
Les marchés carbone posent la question du partage des bénéfices
En marge des négociations, l’ESI et la Banque de développement d’Amérique latine, la CAF, ont coorganisé un événement sur la place des peuples autochtones et des communautés locales dans les projets de foresterie carbone en Colombie. Ces projets cherchent à financer la protection ou la gestion de forêts en s’appuyant sur des crédits carbone.
Dans un marché volontaire du carbone, des organisations achètent des crédits pour financer des projets censés réduire, éviter ou absorber des émissions de gaz à effet de serre. Le mécanisme peut mobiliser des financements pour les forêts, mais il soulève des questions majeures : comment mesurer les bénéfices climatiques réels, qui contrôle le projet, et comment les revenus sont-ils répartis ?
L’étude présentée lors de cet événement a identifié des obstacles structurels à la participation des peuples autochtones et des communautés locales. Elle a également proposé un cadre pour évaluer leur engagement dans les marchés volontaires du carbone. Les discussions ont mis l’accent sur trois exigences : un partage équitable des bénéfices, une conformité renforcée et des structures de gouvernance solides.
Ces conditions sont déterminantes. Une conservation durable ne peut pas reposer sur l’exclusion de celles et ceux qui vivent dans les territoires concernés ou qui en assurent déjà une partie de la protection. La transparence des règles, des contrats et de la circulation des financements devient alors aussi importante que les promesses environnementales affichées par un projet.
Les communautés afro-descendantes réclament une place dans les décisions
Le Forum afro-interaméricain sur le changement climatique, ou AIFCC, a également contribué aux échanges. Lors d’un sommet consacré à ces enjeux, des recommandations ont souligné l’importance des droits fonciers des populations afro-descendantes et de leur contribution à la conservation de la biodiversité.
Les propositions formulées comprennent la création d’outils financiers pour la conservation et une représentation accrue des communautés afro-descendantes dans les forums politiques. Cette dimension sociale complète les débats techniques sur les données ou les marchés carbone. Elle rappelle que la protection de la nature implique des droits, des responsabilités et une capacité effective à participer aux décisions.
L’approche défendue lors de ces rencontres est celle d’un développement durable inclusif. Il ne s’agit pas uniquement de protéger un espace naturel selon des indicateurs écologiques, mais de concevoir des politiques qui reconnaissent les communautés concernées comme des partenaires à part entière.
Ce qu’il faut surveiller après la COP16
La présence du MIT à Cali illustre un mouvement plus large : la conservation de la biodiversité devient un champ d’action interdisciplinaire, où les avancées de l’IA doivent dialoguer avec les connaissances écologiques et les réalités locales. La valeur de ces outils dépendra de leur fiabilité, de leur accessibilité et de la façon dont ils seront utilisés par les personnes chargées de protéger les milieux.
Il faudra aussi observer la capacité des coalitions de villes latino-américaines à transformer leurs déclarations en actions durables. La restauration d’un corridor écologique, le renforcement d’une institution locale ou la mise en place d’un financement équitable demandent du temps, des moyens et une coordination continue.
Enfin, les marchés volontaires du carbone resteront un point de vigilance. Leur crédibilité dépendra de règles claires, de mécanismes de contrôle et d’une participation réelle des peuples autochtones, des communautés locales et des populations afro-descendantes. À la COP16, le MIT a porté une idée qui résume l’ampleur du défi : mieux mesurer la nature grâce à la technologie est utile, mais mieux la protéger exige aussi de partager le pouvoir de décision.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la COP16 sur la biodiversité ?
La COP16 est la seizième Conférence des parties à la Convention des Nations unies sur la diversité biologique. Elle s’est tenue à Cali, en Colombie, du 21 octobre au 1er novembre 2024. Les participants y ont discuté de la mise en œuvre du Cadre mondial de la biodiversité Kunming-Montréal et de ses 23 cibles à atteindre d’ici à 2030.
Quel était le rôle du MIT à la COP16 de Cali ?
Le MIT a envoyé pour la première fois une délégation structurée de 10 enseignants, chercheurs et étudiants. Coordonnée par l’Environmental Solutions Initiative, elle a pris part à plus de 15 événements. Ses interventions ont porté sur le suivi de la biodiversité par l’IA, les coalitions de villes, les solutions fondées sur la nature et l’inclusion des communautés locales.
Comment l’intelligence artificielle peut-elle protéger la biodiversité ?
L’intelligence artificielle peut aider à analyser de grandes quantités de données issues notamment de photographies, d’enregistrements sonores ou d’observations de terrain. Les méthodes développées par le groupe de Sara Beery au MIT visent à suivre espèces et écosystèmes à des échelles inédites. Ces outils restent toutefois dépendants de données fiables, d’une expertise humaine et de règles d’accès équitables.
Pourquoi les communautés locales sont-elles importantes dans les projets de conservation ?
Les communautés locales, y compris les peuples autochtones et les populations afro-descendantes, vivent souvent dans les territoires concernés et disposent de connaissances essentielles sur leurs écosystèmes. Les discussions à la COP16 ont insisté sur leurs droits fonciers, leur représentation dans les décisions et le partage équitable des bénéfices, notamment dans les projets de foresterie carbone.
Qu’est-ce qu’un marché volontaire du carbone ?
Un marché volontaire du carbone permet à des organisations d’acheter des crédits liés à des projets censés réduire, éviter ou absorber des émissions. Dans le cas de projets forestiers, il peut apporter des financements à la conservation. Les échanges à Cali ont souligné la nécessité d’une gouvernance robuste, de contrôles renforcés et d’une participation réelle des communautés concernées.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- MIT News, actualités et travaux de l’Institut sur l’environnement et la biodiversiténews.mit.edu
- Convention sur la diversité biologique des Nations unieswww.cbd.int
- Environmental Solutions Initiative du MITenvironmentalsolutions.mit.edu
- CAF, Banque de développement d’Amérique latine et des Caraïbeswww.caf.com



