Société et emploi

Éducation en 2025 : l’IA progresse, les téléphones reculent, la cybersécurité s’impose

À l’aube de 2025, les établissements scolaires arbitrent entre innovation et protection. L’IA générative gagne une place concrète dans le travail enseignant, tandis que les téléphones portables sont davantage restreints et que la cybersécurité devient une priorité opérationnelle.

Une enseignante accompagne des élèves sur ordinateurs, tandis que leurs téléphones sont rangés en classe.
Illustration : Actu.ai

L’école numérique ne se résume plus à l’achat d’ordinateurs ou à l’ouverture d’une plateforme de cours. En ce début d’année 2025, elle doit composer avec trois mouvements qui avancent à des vitesses différentes : l’intégration de l’intelligence artificielle générative dans les pratiques pédagogiques, le retour de règles plus strictes sur les téléphones portables et l’urgence de mieux protéger les systèmes d’information. Ces sujets ne sont pas indépendants. Ils renvoient tous à une même question : comment tirer parti du numérique sans laisser les élèves, les personnels et les données scolaires en subir les effets ?

La réponse ne peut être seulement technique. Elle touche à l’organisation des établissements, à la formation des enseignants, à la santé mentale des jeunes, à l’évaluation et au financement des infrastructures. Certaines promesses éducatives du numérique s’installent. D’autres usages, naguère présentés comme évidents, sont désormais remis en cause.

Le téléphone n’est plus l’outil pédagogique par défaut

Pendant plusieurs années, le téléphone portable a été défendu comme un possible support d’apprentissage. Appareil photo, accès rapide à une ressource en ligne, quiz, enregistrement audio ou travail collaboratif : l’objet pouvait servir en classe, à condition d’être encadré. Mais ce raisonnement est moins convaincant dans les établissements où les élèves disposent déjà d’un ordinateur portable fourni par l’école.

Dans ce contexte, le téléphone conserve ses capacités, mais perd une part de son utilité pédagogique spécifique. Il reste en revanche associé à un risque bien identifié par les équipes éducatives : la distraction. Les notifications, les messageries et les réseaux sociaux entrent en concurrence directe avec l’attention requise en cours. La question se pose aussi en dehors de la classe, lorsque l’usage intensif des plateformes sociales nourrit les inquiétudes sur le bien-être des adolescents.

Les travaux évoqués dans le débat public soulignent une association entre l’usage des téléphones et des réseaux sociaux, d’une part, et des effets défavorables sur le bien-être de certains jeunes, d’autre part. Cette relation ne signifie pas que chaque téléphone ou chaque application produit mécaniquement un mal-être. Elle justifie toutefois que les établissements ne réduisent pas le sujet à une simple affaire de discipline.

En 2024, la tendance s’est nettement orientée vers des restrictions plus fortes. En 2025, des mesures locales et nationales supplémentaires sont attendues dans plusieurs territoires afin de limiter la présence des appareils pendant le temps scolaire. Les règles peuvent prendre des formes diverses : téléphone éteint et rangé, dépôt dans une pochette ou un casier, interdiction pendant certains temps de la journée, exceptions prévues pour des besoins de santé ou d’accessibilité.

Cette évolution oblige à être précis. Une interdiction peut réduire les interruptions visibles, mais elle ne dispense pas de travailler l’éducation aux médias, aux réseaux sociaux et à l’attention. Les élèves utilisent ces services en dehors de l’établissement. Les aider à comprendre leurs mécanismes reste donc une mission éducative à part entière.

ChatGPT fait évoluer le métier enseignant, au-delà de la crainte de la triche

L’arrivée de systèmes comme ChatGPT a d’abord suscité une inquiétude immédiate dans les salles de classe : comment garantir qu’un devoir a bien été rédigé par l’élève ? Cette préoccupation demeure légitime. Un outil capable de produire rapidement un texte, un plan, une explication ou du code remet en question certaines évaluations réalisées à domicile, surtout lorsqu’elles reposent uniquement sur un rendu écrit.

Mais réduire l’IA générative à un outil de contournement serait passer à côté de son impact réel. En ce début de 2025, elle s’installe progressivement comme un instrument de préparation et d’assistance, utilisé notamment par les enseignants. La création de plans de cours, de grilles d’évaluation, d’exercices ou de premières versions de documents peut être accélérée. Les enseignants peuvent ainsi consacrer davantage de temps à l’accompagnement, aux échanges avec les élèves et à l’adaptation de leurs séquences.

Il faut néanmoins conserver une règle simple : un résultat généré par une IA n’est pas automatiquement exact, approprié au niveau d’une classe ni exempt de biais. L’outil prédit des formulations plausibles à partir de grandes quantités de données. Il ne vérifie pas les faits comme le ferait un enseignant, ne connaît pas nécessairement le contexte de l’élève et peut inventer une référence ou fournir une explication erronée avec assurance.

C’est pourquoi les usages les plus solides ne consistent pas à déléguer une tâche sans contrôle. Ils reposent sur une relecture, une vérification et une consigne claire. L’IA peut servir de point de départ, de partenaire de reformulation ou de générateur de variantes, mais la responsabilité pédagogique demeure humaine.

Usage de l’IA à l’écoleIntérêt possibleVigilance indispensable
Préparer un plan de coursProduire rapidement une première structureVérifier la pertinence, les faits et l’adaptation au programme
Créer une grille d’évaluationGagner du temps sur une base de travailAjuster les critères au travail réellement demandé
Aider un élève à reformulerProposer plusieurs explications ou exemplesNe pas confondre aide et réalisation intégrale du devoir
Enseigner le fonctionnement de l’IADévelopper l’esprit critique face aux réponses généréesExpliquer les erreurs, les biais et les limites de l’outil

L’enjeu devient donc aussi éducatif : apprendre aux élèves à interroger une réponse, à demander des sources, à comparer les formulations et à reconnaître ce qu’ils peuvent faire eux-mêmes. Les leçons consacrées à l’IA se diffusent parce que la technologie est déjà accessible dans la vie quotidienne. Les ignorer ne la ferait pas disparaître des pratiques des élèves.

Numérique à l’école : deux réponses adaptées à deux enjeux

Téléphones portables

  • Souvent considérés comme une source immédiate de distraction en classe.
  • Leur intérêt pédagogique diminue lorsque chaque élève dispose d’un ordinateur scolaire.
  • Des restrictions plus fortes sont attendues dans plusieurs territoires en 2025.
  • Les règles doivent prévoir des exceptions pour les besoins légitimes, notamment de santé.

IA générative

  • Elle pose des questions d’intégrité académique et de fiabilité des contenus.
  • Elle peut alléger certaines tâches de préparation pour les enseignants.
  • Son usage appelle des consignes, une vérification humaine et une formation critique.
  • Elle pousse les établissements à repenser certaines méthodes d’évaluation.

De l’interdiction à l’intégration encadrée, deux réflexes face au numérique

La comparaison entre téléphone et IA révèle une évolution importante. Dans les deux cas, les établissements cherchent à protéger l’apprentissage. Mais les objets et les risques diffèrent. Le téléphone personnel est souvent limité parce qu’il détourne immédiatement l’attention et échappe largement au contrôle de l’école. L’IA générative, elle, ne peut pas être pensée uniquement comme un objet à confisquer : elle est accessible depuis de nombreux appareils et commence à modifier les pratiques professionnelles.

La solution n’est donc pas uniforme. Pour les téléphones, la clarté des règles collectives est centrale. Pour l’IA, l’établissement doit définir des usages autorisés, les situations où son emploi doit être déclaré, les types d’évaluation qui permettent de constater réellement les acquis, ainsi que les précautions concernant les données personnelles. Dans les deux situations, les politiques les plus compréhensibles sont celles qui expliquent leur objectif plutôt que de multiplier les interdictions sans cadre.

TikTok, un réseau social qui conserve un usage professionnel

TikTok illustre une autre facette de cette transformation. La plateforme est régulièrement au cœur de débats sur son influence, la circulation des contenus et les appels à l’interdire. Pourtant, certains enseignants y voient un espace de développement professionnel. Ils y partagent des méthodes de classe, des idées d’activités, des explications courtes ou des retours d’expérience avec leurs pairs.

Cet usage ne suppose pas que TikTok devienne une salle de classe universelle. Une vidéo brève peut faire circuler une idée, mais elle ne remplace ni une progression pédagogique, ni un échange approfondi, ni la vérification d’une information. Les formats courts favorisent aussi une consommation rapide qui peut simplifier excessivement des sujets complexes.

Son intérêt, pour les professionnels qui choisissent de l’utiliser, tient plutôt à la découverte de pratiques et à la mise en réseau. Les enseignants peuvent y trouver des exemples concrets, puis les évaluer et les adapter à leur public. Même si les restrictions visant l’application se poursuivent, l’hypothèse d’un usage professionnel durable mérite d’être prise en compte : les communautés éducatives investissent souvent les espaces où elles peuvent échanger rapidement.

Pourquoi la cybersécurité devient une priorité scolaire

Chaque nouvel outil numérique ajoute des comptes, des données et parfois des points d’accès à protéger. Dossiers d’élèves, coordonnées des familles, travaux scolaires, outils de communication, services administratifs et environnements d’apprentissage en ligne constituent un ensemble sensible. Une cyberattaque peut interrompre les cours, empêcher l’accès à des systèmes essentiels ou exposer des informations personnelles.

Les établissements font face à une hausse des cybermenaces. Moody’s Ratings a signalé une aggravation des risques de cybersécurité au cours des deux années précédentes. Cette pression s’explique notamment par la dépendance accrue aux outils connectés et par les ressources parfois limitées dont disposent les équipes informatiques scolaires.

La sécurité ne repose pas sur un logiciel unique. Elle exige une approche continue, qui combine moyens techniques, procédures et formation. Les personnels comme les élèves doivent pouvoir repérer les tentatives d’hameçonnage, choisir des mots de passe robustes, protéger leurs identifiants et savoir à qui signaler un message suspect. Une école peut disposer d’équipements récents, mais rester vulnérable si un faux courriel suffit à obtenir l’accès à un compte.

Les principes prioritaires sont connus :

  • limiter les accès au strict nécessaire selon le rôle de chacun ;
  • mettre à jour les logiciels et les appareils ;
  • sauvegarder les données essentielles et vérifier que les sauvegardes peuvent être restaurées ;
  • déployer, lorsque c’est possible, une authentification renforcée ;
  • former régulièrement la communauté scolaire aux bons réflexes.

L’IA ajoute un défi supplémentaire. Elle peut aider certains outils à détecter des comportements inhabituels, mais elle peut aussi faciliter la production de messages frauduleux plus crédibles. Former à la vigilance devient donc d’autant plus nécessaire.

E-rate, un financement américain à adapter aux nouveaux besoins

Aux États-Unis, le programme fédéral E-rate a été créé pour aider les écoles et les bibliothèques à accéder à des services de télécommunications et à des connexions internet. Son rôle est crucial dans un système éducatif où la qualité de l’accès au réseau conditionne de nombreux usages : travail sur ordinateur, ressources en ligne, plateformes pédagogiques et communication.

Or, l’environnement technologique a changé depuis la création de ce mécanisme. Connecter un établissement ne suffit plus. Il faut aussi protéger les réseaux et les équipements. Les discussions relatives à la modernisation du programme font ainsi émerger la question d’un financement élargi aux besoins de cybersécurité. Des propositions évoquent également le soutien à des solutions de connexion, y compris des points d’accès Wi-Fi dans les bus scolaires.

Le sujet est également politique et réglementaire, car les règles encadrant les financements technologiques peuvent évoluer. Si E-rate était fragilisé ou si ses possibilités restaient trop éloignées des besoins actuels, les établissements les moins équipés risqueraient d’être les premiers touchés. À l’inverse, une modernisation pourrait aider les écoles à ne pas opposer connectivité et sécurité, deux dimensions désormais indissociables.

Ce qu’il faut surveiller en 2025

Les tendances de 2025 dessinent moins une révolution unique qu’un effort de mise en cohérence. L’IA générative devrait continuer à se banaliser dans la préparation des cours et dans les débats sur l’évaluation. Le point décisif sera la qualité des règles d’usage, de la formation et de l’accompagnement, plutôt qu’une opposition abstraite entre enthousiasme et interdiction.

Les téléphones portables, eux, devraient faire l’objet de politiques plus fermes dans de nombreux établissements. Leur efficacité dépendra de leur lisibilité, de leur application équitable et de leur articulation avec une véritable éducation au numérique. Un règlement ne remplace pas une discussion sur l’attention, les réseaux sociaux et la vie privée.

Enfin, la cybersécurité ne peut plus rester un sujet traité seulement après un incident. Elle devient une condition de fonctionnement de l’école connectée. Les choix budgétaires, notamment autour d’infrastructures comme E-rate aux États-Unis, montreront si les systèmes éducatifs sont capables de financer durablement à la fois l’accès aux outils et leur protection. C’est à cette condition que la technologie pourra servir l’apprentissage sans accroître inutilement les risques.

Questions fréquentes

Pourquoi les écoles restreignent-elles davantage les téléphones portables en 2025 ?

Les établissements cherchent principalement à limiter les distractions liées aux notifications, aux messageries et aux réseaux sociaux. Les inquiétudes sur le bien-être des jeunes et l’usage intensif des plateformes renforcent aussi cette tendance. Lorsque des ordinateurs sont fournis aux élèves, l’argument du téléphone comme outil pédagogique devient par ailleurs moins central.

Comment ChatGPT peut-il aider les enseignants sans encourager la triche ?

ChatGPT peut servir à préparer une première version de plan de cours, une grille d’évaluation ou des exercices. Il ne doit toutefois pas remplacer le jugement de l’enseignant : les réponses exigent une vérification. Pour les élèves, des consignes explicites et des évaluations adaptées permettent de distinguer une aide déclarée d’un travail intégralement délégué.

Quels sont les principaux risques de cybersécurité dans les écoles ?

Les écoles gèrent de nombreux comptes, données personnelles, plateformes de cours et outils administratifs. Elles peuvent être visées par des tentatives d’hameçonnage, des vols d’identifiants ou des attaques qui bloquent l’accès aux systèmes. La prévention repose sur les mises à jour, les sauvegardes, des accès limités et la formation régulière des personnels et des élèves.

Qu’est-ce que le programme E-rate aux États-Unis ?

E-rate est un programme fédéral américain qui aide les écoles et les bibliothèques à financer des services de télécommunications et des connexions internet. En 2025, son évolution est particulièrement suivie, car les besoins ne concernent plus seulement l’accès au réseau : ils incluent aussi la protection des infrastructures et des données contre les cybermenaces.

TikTok peut-il vraiment servir aux enseignants ?

Certains enseignants utilisent TikTok comme espace de développement professionnel, pour découvrir des idées de cours, partager des méthodes ou échanger avec des collègues. Cet usage ne remplace pas une formation ni une ressource pédagogique vérifiée. Il peut néanmoins favoriser la circulation rapide de pratiques, malgré les débats et les restrictions qui entourent la plateforme.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Federal Communications Commission, présentation du programme E-ratewww.fcc.gov/general/e-rate-schools-libraries-usf-program
  2. Moody’s Ratings, analyses et publications sur le risque de crédit et la cybersécuritératings.moodys.com
  3. UNESCO, ressources sur l’usage des smartphones à l’écolewww.unesco.org/gem-report/en/technology