Runway et Lionsgate veulent intégrer l’IA générative au cœur du cinéma
Runway et Lionsgate ouvrent une nouvelle étape dans l’usage de l’IA générative au cinéma. L’ambition annoncée, financer 100 productions, illustre les promesses de la vidéo synthétique, mais aussi les limites créatives, juridiques et humaines d’un cinéma assisté par algorithmes.

L’intelligence artificielle générative ne se limite plus à produire des images isolées ou de courtes démonstrations spectaculaires. Elle ambitionne désormais de s’insérer dans la chaîne de fabrication des films. En ce mois de septembre 2024, la startup Runway et le studio Lionsgate annoncent un partenariat qui place cette évolution au centre de la production hollywoodienne, avec une ambition affichée de financement de 100 productions intégrant ces nouveaux outils.
L’enjeu n’est pas de remplacer d’un seul coup les équipes d’un tournage par un logiciel. Il s’agit plutôt d’utiliser des modèles capables de générer ou de transformer des images vidéo pour accélérer certaines tâches, tester des idées de mise en scène et élargir la palette visuelle disponible aux créateurs. Une promesse séduisante pour les studios, mais qui fait immédiatement surgir des questions de contrôle artistique, de rémunération et de propriété intellectuelle.
Un partenariat entre une startup de l’IA et un studio hollywoodien
Runway s’est fait connaître par ses outils de génération et de modification de vidéos à partir de texte, d’images ou de séquences existantes. Son approche consiste à mettre à la disposition des créateurs des interfaces capables de produire des plans, de prolonger une image, de changer un décor ou d’expérimenter rapidement des effets visuels.
Lionsgate, de son côté, est un acteur installé de la production et de la distribution de films et de séries. Son rapprochement avec Runway témoigne de l’intérêt grandissant des studios pour des modèles d’IA conçus à partir de leurs propres ressources créatives et de leurs besoins de production.
Le partenariat est présenté comme un moyen d’explorer un modèle d’IA spécifique au studio. En pratique, l’objectif est d’offrir aux équipes créatives des outils capables de générer des contenus vidéo à l’apparence cinématographique, avec une utilisation plus modulable que les logiciels d’effets visuels classiques.
Que signifie l’objectif de 100 productions ?
L’annonce évoque le financement de 100 productions cinématographiques faisant appel à l’IA générative. Cette ambition recouvre des formats variés, des courts-métrages aux longs-métrages, avec une attention portée aux possibilités narratives et visuelles ouvertes par la technologie.
Le montant total prévu pour soutenir ces projets n’est pas communiqué. Il n’est donc pas possible, à ce stade, de déterminer le budget attribué à chaque production ni la part exacte des dépenses consacrée à l’IA. Le chiffre de 100 donne toutefois une indication claire de l’échelle visée : Runway et Lionsgate ne présentent pas cette collaboration comme une simple expérimentation ponctuelle.
Les projets devraient être choisis selon leur originalité, leur usage créatif de l’IA générative et leur potentiel de diffusion. La sélection ne se résume pas à vérifier qu’un film a employé un outil automatisé. Pour être pertinent, le recours à l’IA doit servir un parti pris de récit, de décor, de montage ou d’effets visuels.
| Élément annoncé | Ce que cela implique pour les productions | Ce qui reste à préciser en septembre 2024 |
|---|---|---|
| Financement de 100 productions | Une volonté de soutenir un volume important de projets utilisant l’IA | La répartition entre courts-métrages, longs-métrages et autres formats |
| Collaboration Runway-Lionsgate | L’accès à des outils de vidéo générative au sein d’un environnement de studio | Les œuvres et équipes qui en bénéficieront effectivement |
| Modèle adapté aux besoins du studio | Des possibilités de génération visuelle plus proches d’usages professionnels | Les conditions précises d’entraînement, d’accès et d’utilisation |
| Objectif de maîtrise des coûts | L’automatisation potentielle de certaines étapes techniques | Les économies réellement obtenues sur un film terminé |
L’article accompagnant cette initiative évoque également un marché de l’IA générative qui pourrait atteindre 100 milliards de dollars d’ici 2028. Cette estimation donne la mesure des attentes économiques autour du secteur, sans constituer à elle seule une prévision des recettes ou des budgets du cinéma.
Comment l’IA générative peut-elle être utilisée dans un film ?
Dans un cadre professionnel, l’IA générative peut intervenir à plusieurs moments, bien avant le tournage comme après celui-ci. Le réalisateur, le directeur artistique, les artistes des effets visuels et les monteurs restent au centre des décisions. L’outil sert à fabriquer des essais, des matériaux visuels ou des variantes à soumettre à leur jugement.
En préproduction, elle peut aider à visualiser l’ambiance d’une scène, à créer des animatiques, c’est-à-dire des versions simplifiées et montées d’une séquence, ou à explorer plusieurs décors avant de construire le moindre plateau. Pendant la post-production, elle peut être envisagée pour des retouches, des extensions de décors, des transformations d’images ou des effets qui auraient autrement demandé de longues manipulations.
La notion de « vidéo modulaire » est importante dans la promesse de Runway. L’idée est de ne pas demander à une machine de générer un film complet et définitif. Les équipes peuvent plutôt travailler plan par plan, modifier un élément précis, essayer une autre composition ou combiner le résultat avec des images tournées de manière classique.
Production traditionnelle et production assistée par IA
Chaîne de production classique
- Les décors, maquettes et effets sont créés ou filmés avec des moyens physiques et numériques établis.
- Les essais visuels demandent souvent des équipes spécialisées et des délais de fabrication importants.
- Chaque modification majeure peut entraîner de nouvelles prises, des retouches ou des rendus coûteux.
- Les rôles, crédits et droits d’utilisation s’inscrivent dans des cadres professionnels déjà connus.
Production assistée par IA générative
- Des variations de plans, d’ambiances ou de décors peuvent être générées rapidement à partir d’instructions.
- La prévisualisation et certains essais d’effets visuels peuvent être accélérés.
- Les résultats nécessitent une sélection, des corrections et une intégration humaine dans le film.
- Les droits sur les données, les images et les contributions artistiques exigent un encadrement précis.
Une promesse de rapidité, pas une recette magique pour faire des films moins chers
La réduction des coûts constitue l’un des arguments avancés pour l’IA générative. Certains essais visuels peuvent être réalisés plus vite qu’avec une chaîne de production traditionnelle. Pour un créateur indépendant comme pour un grand studio, il devient alors possible de tester davantage d’idées avant de choisir une direction artistique.
Mais l’équation économique est plus complexe qu’elle n’en a l’air. Générer une séquence ne garantit pas qu’elle sera utilisable dans un film. Il faut rédiger des instructions, évaluer les résultats, corriger les incohérences, intégrer les images au montage, assurer la continuité entre les plans et vérifier les droits attachés aux éléments employés. Ces opérations nécessitent du temps, de l’expertise et un regard artistique.
La qualité reste également une question centrale. Les outils de vidéo générative ont progressé rapidement, mais ils peuvent encore produire des détails instables, des mouvements peu naturels ou des erreurs de cohérence d’un plan à l’autre. Dans le cinéma, où chaque image peut être observée sur grand écran, une séquence convaincante demande souvent un travail humain de sélection et de finition.
Droits d’auteur : la question incontournable pour les studios
Le recours à l’IA dans le cinéma ne soulève pas seulement des enjeux techniques. Il remet aussi au premier plan la question des droits. Un studio qui développe ou utilise un modèle doit savoir sur quelles données celui-ci s’appuie, quels contenus peuvent être réemployés et qui détient les droits sur les images finales.
Le partenariat entre Runway et Lionsgate s’inscrit précisément dans une logique de modèle lié aux ressources du studio. Pour un détenteur de catalogue, l’intérêt est de mieux encadrer l’usage de ses propres propriétés intellectuelles, de ses personnages, de ses univers et de ses archives. Cela ne règle pas automatiquement toutes les difficultés, notamment lorsque des contributions extérieures, des artistes ou des interprètes sont concernés.
L’authenticité de l’œuvre constitue un autre sujet. Une image générée peut être techniquement impressionnante sans exprimer une intention claire. Le défi pour les cinéastes sera d’employer ces outils comme une extension de leur langage visuel, et non comme une succession d’effets automatisés qui uniformiserait les productions.
Enfin, les contrats et les conditions de travail sont au cœur du débat. Les grèves qui ont mobilisé scénaristes et interprètes à Hollywood en 2023 ont déjà montré que l’IA était devenue un sujet majeur de négociation. Les professionnels cherchent des garanties sur l’utilisation de leur travail, de leur image et de leur voix, ainsi que sur la place qui restera aux compétences humaines dans les productions.
Quels métiers du cinéma pourraient évoluer ?
L’impact de l’IA ne sera probablement pas uniforme. Certains métiers pourraient gagner en rapidité grâce à de nouveaux outils, tandis que d’autres verront certaines tâches répétitives se transformer ou diminuer. Les artistes de concept, les équipes de prévisualisation, les spécialistes des effets visuels et les monteurs sont particulièrement concernés, car leur travail repose déjà en partie sur des logiciels numériques sophistiqués.
L’évolution la plus vraisemblable est celle d’une production hybride. Des images filmées avec des acteurs et des décors réels pourraient être complétées par des éléments générés, retravaillés puis validés par des équipes de post-production. Dans ce scénario, la valeur des professionnels ne disparaît pas, mais se déplace vers la supervision, la direction artistique, la vérification et l’intégration des outils.
Le risque serait de réduire l’IA à un levier de compression des budgets, au détriment du temps de création et de la diversité des emplois. À l’inverse, elle peut permettre à des équipes plus petites de concrétiser des projets jusque-là hors de portée. La différence dépendra des règles adoptées par les studios, des contrats négociés et de la transparence sur les usages réels de ces technologies.
Ce qu’il faut surveiller
Le projet porté par Runway et Lionsgate sera surtout jugé sur les œuvres qui en sortiront. L’annonce d’un modèle dédié et d’un objectif de 100 productions marque une étape importante, mais elle ne dit pas encore comment ces films seront reçus par le public, les créateurs et les professionnels du secteur.
Plusieurs points devront être observés : la nature des projets financés, la place réelle de l’IA dans leur fabrication, les économies effectivement réalisées et les garanties apportées aux artistes. Il faudra aussi voir si d’autres studios choisissent de développer leurs propres modèles, en s’appuyant sur leurs catalogues, ou s’ils préfèrent recourir à des outils généralistes.
L’avenir du cinéma ne se jouera pas uniquement dans la capacité d’un modèle à fabriquer une image spectaculaire. Il dépendra de la manière dont les studios préserveront la singularité des récits, rémunéreront les créateurs et donneront au public une information claire sur l’usage de ces technologies. C’est à ces conditions que l’IA générative pourra devenir un véritable outil de création, plutôt qu’un simple effet d’annonce.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le partenariat entre Runway et Lionsgate ?
Runway et Lionsgate collaborent pour intégrer des outils d’IA générative dans la création et la production audiovisuelle. Le partenariat s’appuie sur l’idée d’un modèle adapté aux besoins du studio, afin d’aider les équipes à générer, tester ou transformer des séquences visuelles. L’objectif annoncé inclut le soutien à 100 productions utilisant ces technologies.
Runway va-t-il produire 100 films entièrement créés par intelligence artificielle ?
Non, l’ambition concerne 100 productions intégrant l’IA générative, et non 100 films réalisés automatiquement par une machine. L’IA peut servir à la prévisualisation, aux décors, aux effets visuels ou à certaines retouches. La fabrication d’un film reste un travail collectif qui mobilise notamment auteurs, réalisateurs, interprètes, monteurs et techniciens.
Comment l’IA générative peut-elle réduire les coûts d’un film ?
Elle peut accélérer la création d’essais visuels, la préparation de certaines séquences et des retouches en post-production. Cela peut limiter certains délais et dépenses techniques. Toutefois, les gains ne sont pas garantis : il faut des équipes pour guider l’outil, vérifier les résultats, assurer la cohérence du film et gérer les droits liés aux images utilisées.
Quels sont les risques de l’IA générative dans le cinéma ?
Les principaux risques concernent les droits d’auteur, l’utilisation de catalogues ou de créations sans autorisation, ainsi que la protection de l’image et de la voix des artistes. Les professionnels s’interrogent aussi sur l’évolution de l’emploi. Enfin, une utilisation trop standardisée pourrait appauvrir la diversité esthétique et narrative des films.
Pourquoi Lionsgate s’intéresse-t-il à un modèle d’IA spécifique ?
Un modèle conçu pour les besoins d’un studio peut théoriquement mieux s’intégrer à ses méthodes de travail et à ses propriétés intellectuelles. Lionsgate cherche ainsi à expérimenter des outils compatibles avec sa production de films et de séries. Cette approche vise aussi à mieux maîtriser les usages de contenus liés à son propre catalogue.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Runway, actualités et annonces officiellesrunwayml.com/news
- Lionsgate, site officiel du studiowww.lionsgate.com
- Writers Guild of America, informations officielles sur les accords et contratswww.wga.org



