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WGA West : Meredith Stiehm presse les studios d’agir contre l’IA

Aux prix de la Writers Guild of America, la présidente de la WGA West a appelé les studios à attaquer en justice les entreprises d’IA utilisant les œuvres de scénaristes. Meredith Stiehm a aussi défendu une Guilde mobilisée après les grèves de 2023, alors que les créateurs affrontent une conjoncture difficile à Los Angeles.

Des scénaristes réunis lors d’une cérémonie, face aux enjeux de l’IA et des droits d’auteur.
Illustration : Actu.ai

Aux États-Unis, le conflit autour de l’intelligence artificielle ne se joue plus seulement dans les salles d’écriture ou à la table des négociations. À l’occasion des prix de la Writers Guild of America, Meredith Stiehm, présidente de la WGA West, a invité les grands studios à passer à l’offensive contre les entreprises d’IA qui utiliseraient les œuvres de scénaristes pour entraîner leurs systèmes. Une prise de position qui relie directement le débat technologique à la rémunération, au droit d’auteur et à l’avenir du travail créatif à Hollywood.

La dirigeante syndicale a également profité de son discours pour affirmer le rôle de protection de la Guilde dans une période difficile pour ses membres. Après les grèves de 2023, les difficultés de reprise de la production et les conséquences des incendies de forêt dans la région de Los Angeles, son message était celui d’une organisation qui entend faire respecter les droits économiques des auteurs, sans renoncer à une parole publique et politique.

Une demande claire aux studios face aux entreprises d’IA

La formule employée par Meredith Stiehm est sans ambiguïté : les studios devraient, selon elle, poursuivre les entreprises d’intelligence artificielle qui se servent des travaux de scénaristes. Derrière cette demande se trouve une question devenue centrale dans les industries culturelles : peut-on utiliser des textes protégés pour entraîner un système d’IA sans l’accord ni la rémunération de leurs créateurs ou ayants droit ?

Les modèles d’IA générative sont entraînés à partir d’immenses ensembles de données, souvent composés de textes, d’images, de sons ou de vidéos. Ils apprennent des régularités statistiques dans ces contenus afin de produire, à la demande, de nouveaux textes ou de nouvelles images. Lorsqu’il s’agit de scénarios, de dialogues ou de synopsis, cette étape d’entraînement soulève immédiatement la question de la provenance des œuvres et de l’autorisation nécessaire à leur emploi.

Pour les scénaristes, le problème ne se limite donc pas à l’apparition d’un nouvel outil dans les salles d’écriture. Il touche à la valeur même des œuvres déjà créées. Si des contenus protégés servent de matière première à des systèmes commerciaux sans accord, les auteurs peuvent estimer que leur travail a été exploité sans contrepartie.

Meredith Stiehm demande aux studios de ne pas rester spectateurs de ce débat. Son appel vise à les pousser à engager une réponse juridique contre les entreprises concernées. Il déplace aussi le centre de gravité de la discussion : au lieu de faire reposer toute la défense des auteurs sur les syndicats et les créateurs individuellement, la présidente de la WGA West interpelle les groupes qui structurent l’économie de la production audiovisuelle.

Pourquoi le droit d’auteur est au cœur du conflit

Le droit d’auteur protège l’expression originale d’une œuvre, y compris un scénario, ses scènes, ses dialogues ou sa construction particulière. Aux États-Unis, comme dans d’autres pays, la question de l’entraînement des IA met cependant face à face deux lectures : les titulaires de droits estiment que la copie et l’exploitation de leurs œuvres nécessitent une autorisation, tandis que des entreprises technologiques peuvent soutenir que certains usages relèvent d’exceptions ou d’un usage transformatif.

Ce débat juridique est complexe et ne se résume pas à l’usage final d’un outil. Une IA peut ne pas reproduire mot pour mot un scénario tout en ayant été entraînée sur des corpus contenant des œuvres protégées. C’est précisément cette phase d’apprentissage qui concentre les inquiétudes des créateurs et explique l’appel de Stiehm à une action en justice.

Pour un scénariste, plusieurs enjeux se superposent :

  • savoir si son œuvre a servi à entraîner un modèle ;
  • pouvoir donner ou refuser son accord ;
  • obtenir une rémunération lorsque l’usage est autorisé ;
  • éviter que l’automatisation ne dégrade les conditions de travail ou la reconnaissance du métier.

La prise de parole de la présidente de la WGA West rappelle que l’IA générative est devenue une affaire de rapports de force entre créateurs, studios et entreprises technologiques. Les outils peuvent assister certaines tâches, mais leur développement ne règle pas de lui-même les questions d’autorisation, de propriété intellectuelle et de partage de la valeur.

Les grèves de 2023 ont placé l’IA au centre des négociations

Les grèves de 2023 de la WGA et du syndicat d’acteurs SAG-AFTRA ont fait de l’intelligence artificielle l’un de leurs sujets majeurs. Pour les scénaristes, la préoccupation était de voir l’IA utilisée de manière à affaiblir leur statut, à dévaloriser leurs textes ou à modifier les conditions dans lesquelles leur travail est commandé, réécrit et rémunéré.

Lors de son intervention, Meredith Stiehm a rappelé cette lutte. Son discours inscrit l’appel à poursuivre les entreprises d’IA dans la continuité du mouvement syndical : les protections négociées dans le cadre de la relation entre scénaristes et studios ne suffisent pas, selon cette logique, si des acteurs extérieurs peuvent exploiter des œuvres sans autorisation.

La distinction est importante. La négociation collective sert notamment à fixer les règles entre les employeurs du secteur et les travailleurs qu’ils emploient. Une action en justice contre des entreprises d’IA relève d’un autre levier : celui du respect des droits sur les contenus utilisés pour construire ou alimenter ces technologies.

Dossier évoqué par Meredith StiehmCe que la WGA West met en avantEnjeu pour les scénaristes
Entraînement des IAUne action des studios contre les entreprises qui exploitent les œuvresFaire respecter les droits liés aux textes utilisés pour l’IA
Grèves de 2023La nécessité de protections face à l’IAPréserver le rôle, les conditions de travail et la valeur des auteurs
Paiements et droits78 millions de dollars récupérés par le syndicatObtenir les sommes dues aux membres concernés
Production à Los AngelesLa volonté de soutenir une production localeFavoriser l’activité d’une communauté fragilisée

Deux leviers pour défendre les scénaristes

Action de la WGA West

  • Négocier des protections collectives face à l’usage de l’IA.
  • Accompagner les membres qui signalent des paiements insuffisants.
  • Récupérer des droits et arriérés dus aux scénaristes.
  • Soutenir la production locale à Los Angeles dans une période difficile.

Action demandée aux studios

  • Engager des poursuites contre les entreprises d’IA visées par la présidente.
  • Contester l’exploitation non autorisée d’œuvres de scénaristes.
  • Faire du respect du droit d’auteur un enjeu industriel majeur.
  • Ne pas laisser les créateurs assumer seuls le coût du conflit juridique.

Le rôle concret du syndicat : faire respecter les paiements dus

Au-delà de l’IA, Meredith Stiehm a donné un chiffre qui illustre une mission très concrète de la WGA West : le syndicat a récemment récupéré 78 millions de dollars d’arriérés de paiements et de droits dus à des scénaristes. Cette somme rappelle que les conflits de l’industrie ne se limitent pas aux grandes questions technologiques. Ils concernent aussi, très directement, les revenus qui doivent revenir aux auteurs pour l’exploitation de leur travail.

Dans l’audiovisuel américain, les droits et paiements liés à l’exploitation d’une œuvre peuvent se révéler difficiles à suivre pour un individu isolé. La Guilde joue alors un rôle de représentation et de contrôle : elle peut accompagner les membres, identifier des sommes impayées et demander leur versement.

La présidente a lancé un message direct aux scénaristes qui estimeraient ne pas avoir été correctement rémunérés : qu’ils prennent contact avec le syndicat. « Nous récupérerons votre argent », a-t-elle assuré. Cette promesse s’inscrit dans une conception très opérationnelle de l’action syndicale, où la défense des principes se mesure également à la capacité d’obtenir les montants dus.

Une industrie fragilisée à Los Angeles

Le discours de Meredith Stiehm intervient dans une période éprouvante pour la communauté du divertissement. Les scénaristes, déjà touchés par une forte précarité, espéraient une reprise après la pandémie. Or la situation a été aggravée par les incendies de forêt qui ont frappé la région de Los Angeles.

Dans ce contexte, la présidente de la WGA West a souligné l’engagement du syndicat en faveur de la production locale à Los Angeles. L’enjeu dépasse le seul symbole hollywoodien : lorsque les tournages et l’activité d’écriture diminuent ou se déplacent, ce sont des revenus, des emplois et tout un écosystème professionnel qui sont affectés.

Le propos sur l’IA prend alors une dimension sociale. Pour la WGA West, l’arrivée de nouveaux outils ne peut être considérée indépendamment des conditions matérielles dans lesquelles vivent et travaillent les auteurs. Une technologie qui modifie l’organisation de la création arrive dans une industrie déjà confrontée aux interruptions de production, aux incertitudes économiques et aux conséquences de catastrophes locales.

Un discours syndical et politique contre Donald Trump

Meredith Stiehm n’a pas limité son allocution aux droits des scénaristes. Elle a également prononcé une critique politique de Donald Trump et de son administration. Elle a affirmé : « Nous ne nous laissons pas intimider par les tyrans. »

Cette séquence inscrit son intervention dans une tradition de prise de parole publique des organisations artistiques américaines. La présidente de la WGA West a lié la défense des membres à des valeurs de courage, d’empathie et de solidarité. Elle a aussi dénoncé ce qu’elle présente comme l’incapacité du pouvoir à protéger les personnes les plus vulnérables.

Son message n’était pas celui d’une neutralité prudente. En s’adressant à une communauté professionnelle touchée par les difficultés économiques et par les transformations technologiques, Stiehm a défendu l’idée que la mobilisation collective reste nécessaire face aux pressions politiques, industrielles ou financières.

La phrase de fermeture de son intervention résume cette volonté : « L’état de cette union est fort. » Elle a salué le soutien du conseil d’administration et des équipes de la Guilde, tout en présentant l’organisation comme un point d’appui pour les scénaristes confrontés à ces multiples crises.

Ce qu’il faut surveiller après cet appel

L’appel de Meredith Stiehm pose désormais une question précise : les studios suivront-ils la voie qu’elle préconise et engageront-ils des actions contre les entreprises d’IA accusées d’avoir exploité des œuvres de scénaristes ? Une telle décision aurait un poids particulier, car elle ajouterait les grands groupes de production au débat sur la provenance des données utilisées pour entraîner les modèles.

Il faudra aussi observer la façon dont les protections obtenues après les grèves de 2023 seront appliquées dans la pratique. Le développement rapide des outils d’IA oblige les syndicats, les studios et les auteurs à clarifier continuellement ce qui relève de l’assistance technique, de l’exploitation d’une œuvre existante et du remplacement potentiel d’un travail humain.

Enfin, le chiffre de 78 millions de dollars récupérés rappelle que la défense des scénaristes se joue autant dans les dossiers de paiement que dans les grands principes. Pour la WGA West, l’IA, les droits d’auteur, la reprise de la production à Los Angeles et la rémunération des membres forment un même enjeu : maintenir la capacité des auteurs à vivre de leur travail créatif.

Questions fréquentes

Pourquoi Meredith Stiehm demande-t-elle aux studios de poursuivre des entreprises d’IA ?

La présidente de la WGA West estime que des entreprises d’IA exploitent les œuvres de scénaristes pour entraîner leurs systèmes. Elle demande donc aux studios d’engager des actions en justice afin de défendre les droits liés à ces contenus, plutôt que de laisser les créateurs et leur syndicat porter seuls cette bataille.

Quel lien existe entre les grèves de 2023 et l’intelligence artificielle à Hollywood ?

Les grèves de la WGA et de SAG-AFTRA en 2023 ont placé les protections face à l’IA parmi les enjeux essentiels. Les scénaristes craignaient notamment que ces technologies dévalorisent leur travail ou transforment leurs conditions d’emploi. Meredith Stiehm a présenté son appel aux studios comme la continuité de cette mobilisation.

Que représentent les 78 millions de dollars récupérés par la WGA West ?

Selon Meredith Stiehm, la Guilde a récemment récupéré 78 millions de dollars de paiements et de droits dus à des scénaristes. Ce chiffre renvoie au rôle de représentation du syndicat : aider les membres à identifier les sommes qui leur reviennent et à obtenir leur versement lorsque la rémunération n’a pas été correctement effectuée.

Qu’a dit Meredith Stiehm au sujet de Donald Trump ?

Lors de son discours aux prix de la Guilde, Meredith Stiehm a critiqué Donald Trump et son administration. Elle a déclaré que la communauté ne se laisserait pas intimider par les tyrans. Cette séquence politique accompagnait un appel plus large au courage, à l’empathie et à la solidarité au sein de la communauté artistique.

La WGA West représente-t-elle tous les scénaristes américains ?

La WGA West est l’organisation qui représente des scénaristes travaillant principalement dans l’Ouest des États-Unis, notamment à Los Angeles. Elle intervient sur les conditions de travail, les rémunérations et les droits de ses membres. Dans ce discours, Meredith Stiehm parlait au nom de cette communauté syndicale confrontée aux mutations de l’industrie.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Writers Guild of America West, site officielwww.wga.org
  2. Deadline, couverture de l’industrie du divertissement et des WGA Awardsdeadline.com