Culture et médias

Lisa Kudrow alerte sur l’IA derrière Here, le film avec Tom Hanks

Dans le podcast Armchair Expert, Lisa Kudrow a vivement réagi au rajeunissement numérique de Tom Hanks et Robin Wright dans Here. L’actrice redoute qu’une technologie présentée comme un outil de récit réduise, à terme, les occasions offertes aux interprètes, surtout aux nouveaux venus.

Un acteur sur un plateau de capture de mouvement, avec son visage rajeuni sur un écran de contrôle.
Illustration : Actu.ai

Voir Tom Hanks et Robin Wright rajeunis à l’écran n’a rien d’anodin pour Lisa Kudrow. Dans le podcast Armchair Expert, l’actrice a réagi aux procédés numériques utilisés dans Here, le film réalisé par Robert Zemeckis, en y voyant une forme de « promotion explicite de l’IA ». Derrière sa formule, il ne s’agit pas seulement de contester un effet visuel. Elle met en cause ce que cette technique peut changer dans une profession fondée sur la présence, le temps qui passe et l’arrivée de nouveaux visages.

Le débat est particulièrement révélateur à la fin de l’année 2024. Le cinéma a depuis longtemps recours aux effets numériques, au maquillage et à la retouche d’image. Mais les outils capables de transformer de façon crédible l’âge d’un visage rendent une idée autrefois réservée à la science-fiction bien plus concrète : faire jouer longtemps une même vedette, sans confier ses années de jeunesse à un autre interprète. Pour certains, c’est une liberté de mise en scène. Pour d’autres, dont Lisa Kudrow, c’est un risque pour l’écosystème du jeu d’acteur.

Une critique qui dépasse le cas de Here

Dans Here, Tom Hanks et Robin Wright apparaissent à différentes périodes de leur vie grâce à un procédé de rajeunissement numérique associé à la société Metaphysic. C’est cet usage qui a suscité la réaction de Lisa Kudrow. L’actrice ne se borne pas à dire qu’elle préfère les méthodes traditionnelles : elle interroge les conséquences professionnelles d’un cinéma dans lequel une image de star peut être continuellement transformée.

Sa question est directe : « comment les auditions se passent alors lorsque tout est réutilisé ? » Autrement dit, si un même acteur établi peut être montré enfant, jeune adulte puis âgé grâce à la technologie, quel espace reste-t-il aux comédiens qui auraient auparavant pu jouer ces âges, ces souvenirs ou ces versions d’un personnage ?

Kudrow formule aussi une inquiétude plus large : « Que restera-t-il vraiment pour les acteurs ? » Cette phrase vise la valeur même d’une performance. Un acteur n’apporte pas seulement des traits physiques correspondant à un âge. Il apporte une voix, une gestuelle, un rythme, une expérience et une interprétation. Or, plus une production peut conserver l’apparence d’une tête d’affiche à toutes les étapes de sa vie, plus la répartition du travail peut se trouver modifiée.

Il faut toutefois distinguer l’intention prêtée au film de son résultat immédiat. Here n’est pas la démonstration qu’un logiciel pourrait faire disparaître les acteurs de plateau. La préoccupation de Kudrow porte sur le signal envoyé par ce type de production et sur la généralisation possible d’outils qui, projet après projet, pourraient concentrer davantage les rôles autour de quelques visages déjà célèbres.

Ce que permet le rajeunissement numérique dans Here

Le rajeunissement numérique, souvent désigné par l’anglicisme de-aging, consiste à modifier l’apparence d’un interprète filmé afin de le faire paraître plus jeune. Dans le cas cité par Lisa Kudrow, cette technologie permet à Tom Hanks et Robin Wright d’incarner des versions plus jeunes d’eux-mêmes sans qu’il soit nécessaire de confier ces incarnations à de jeunes acteurs.

ÉlémentDans HereLa question soulevée
Interprètes concernésTom Hanks et Robin Wright apparaissent à différents âgesFaut-il recourir à plusieurs interprètes pour un même personnage ?
Technologie citéeLes transformations numériques sont liées à MetaphysicOù s’arrête l’outil visuel et où commence la substitution d’une performance ?
Bénéfice narratif défenduPréserver la continuité d’un même visage au fil du récitCette continuité réduit-elle les rôles accessibles à d’autres artistes ?
Crainte exprimée par KudrowLa réutilisation numérique des vedettes peut peser sur les auditionsComment maintenir des débouchés pour les interprètes émergents ?

Le principe n’est pas totalement nouveau. Les productions audiovisuelles utilisent depuis longtemps le maquillage, les prothèses, les doublures, l’éclairage et les effets visuels pour modifier l’âge apparent d’un comédien. Ce qui change est le degré de précision atteint par les outils numériques modernes et la facilité avec laquelle ils peuvent être intégrés à un récit ambitieux.

Le mot « IA » recouvre ici plusieurs réalités. Un effet de rajeunissement peut associer la captation du jeu de l’acteur, des retouches image par image, des références photographiques et des modèles capables d’estimer ou de reproduire certains traits faciaux. Tout effet visuel numérique n’est donc pas automatiquement une performance générée de manière autonome. Mais, du point de vue de Kudrow, l’enjeu n’est pas uniquement technique : la possibilité nouvelle de maintenir un visage connu à l’écran peut avoir des effets très concrets sur les choix de casting.

Pourquoi les auditions sont au cœur de l’inquiétude

La critique de Lisa Kudrow touche un mécanisme essentiel de l’industrie. Les rôles de versions jeunes d’un personnage, les flashbacks ou les récits couvrant plusieurs décennies constituent traditionnellement des portes d’entrée pour des comédiens moins connus. Ils permettent aussi de multiplier les interprétations d’un même personnage plutôt que de faire reposer toute sa trajectoire sur une seule personne.

Avec le rajeunissement numérique, une production peut choisir une autre voie : conserver la vedette principale et ajuster son apparence. Ce choix peut être cohérent avec la vision d’un réalisateur. Il peut notamment renforcer l’impression de continuité entre les époques d’une histoire. Mais il transforme également un rôle qui aurait pu être distribué à un autre artiste en une extension de la présence d’une vedette déjà engagée.

C’est là que le terme de « promotion » employé par Kudrow prend son sens. Elle ne dénonce pas seulement une prouesse employée dans un film précis. Elle redoute une démonstration susceptible d’encourager d’autres studios à adopter le même réflexe, surtout lorsqu’il s’agit de productions à gros budget centrées sur des noms très identifiés du public.

Le risque évoqué n’est pas seulement celui d’une suppression brutale d’emplois. Il peut aussi prendre une forme plus diffuse : moins d’occasions d’obtenir un premier rôle marquant, moins de diversité dans les visages proposés au public, et davantage de projets construits autour d’une propriété intellectuelle ou d’une célébrité dont l’image serait exploitable sur une durée prolongée.

Deux lectures du rajeunissement numérique

La promesse défendue

  • Conserver le même interprète à tous les âges d’un personnage.
  • Servir une continuité visuelle pensée par le réalisateur.
  • Ajouter un outil aux méthodes de narration existantes.
  • Préserver la performance de l’acteur au cœur du tournage.

Les craintes de Kudrow

  • Réduire certains rôles habituellement confiés à de jeunes acteurs.
  • Rendre les auditions plus difficiles pour les nouveaux talents.
  • Concentrer encore davantage les projets sur des vedettes établies.
  • Banaliser la réutilisation numérique des visages humains.

Tom Hanks et Robert Zemeckis défendent un outil de narration

Tom Hanks et Robert Zemeckis portent un regard très différent sur la technologie employée dans Here. Selon leur défense du projet, l’IA ne remplace pas la créativité humaine : elle constitue un outil de plus pour raconter une histoire. Hanks insiste notamment sur le fait que les transformations ne dispensent pas les acteurs de leur travail, ni de leur présence dans le processus de création.

Robert Zemeckis met, lui, l’accent sur la nécessité narrative. Les technologies modernes, dont celles de Metaphysic, lui permettent de visualiser des versions plus jeunes des acteurs d’une façon qui n’était pas possible auparavant. Dans cette lecture, le procédé n’est pas un raccourci destiné à retirer les interprètes de l’équation. Il sert à rendre possible une continuité de jeu et d’apparence au sein du même récit.

Ces deux positions ne sont pas irréconciliables sur le plan technique. Une technologie peut effectivement donner à un réalisateur de nouveaux moyens de représentation tout en posant, simultanément, un problème de répartition du travail. Le désaccord porte surtout sur ce qui doit être placé au premier plan : la liberté créative permise par l’outil ou les effets cumulatifs de son adoption sur les carrières.

Cette nuance compte. Dire que l’IA est un outil ne répond pas à toutes les questions. Un outil a besoin de règles d’usage, d’un cadre contractuel et d’une réflexion sur les personnes auxquelles il bénéficie. Dans le cinéma, ces règles touchent autant au droit à l’image qu’au consentement, à la rémunération et à la reconnaissance du travail accompli.

Le précédent des répliques numériques et du consentement

La controverse intervient après une période de tensions majeures à Hollywood autour de l’intelligence artificielle. En 2023, les négociations entre le syndicat américain SAG-AFTRA et les studios ont placé les répliques numériques au centre des discussions. Les protections obtenues ont notamment porté sur l’information, le consentement et la rémunération liés à l’usage d’une image numérique d’interprète.

Le cas de Here ne se réduit pas à celui d’une réplique numérique créée sans participation humaine. Les acteurs concernés participent au film et le rajeunissement s’inscrit dans une production identifiée. Mais il montre pourquoi les garanties négociées sont devenues cruciales : l’image d’un artiste peut désormais être modifiée, prolongée et réemployée avec une crédibilité qui oblige à préciser qui décide et dans quelles conditions.

Pour les interprètes, plusieurs questions méritent d’être séparées :

  • L’artiste a-t-il expressément accepté que son image soit transformée ou réutilisée ?
  • La rémunération tient-elle compte de la valeur d’une apparence numérique exploitable au-delà d’un tournage ?
  • Les spectateurs et les professionnels savent-ils clairement quel travail humain a contribué à l’image finale ?
  • Les nouvelles techniques élargissent-elles les possibilités de casting ou renforcent-elles l’avantage des vedettes déjà installées ?

Ce qu’il faut surveiller dans le cinéma à venir

La réaction de Lisa Kudrow ne tranche pas le débat sur Here. Elle oblige plutôt à le poser dans des termes plus précis que la simple fascination ou le rejet de l’IA. Le public peut apprécier la continuité visuelle offerte par le rajeunissement numérique tout en s’interrogeant sur le modèle de production qu’elle encourage.

Dans les prochains projets, plusieurs signaux seront particulièrement importants. Le premier sera la transparence sur les procédés employés : non pour dévaloriser les effets visuels, mais pour reconnaître les artistes, techniciens et interprètes qui ont participé à la fabrication d’une scène. Le deuxième sera la qualité des accords contractuels encadrant l’image et la voix des comédiens. Le troisième concernera la diversité du casting, notamment la capacité des productions à continuer de donner des rôles substantiels à des acteurs émergents.

Enfin, il faudra observer si ces outils ouvrent réellement de nouvelles histoires ou s’ils deviennent avant tout un moyen de prolonger indéfiniment les mêmes figures à l’écran. Robert Zemeckis y voit une ressource pour accomplir une ambition narrative. Lisa Kudrow y perçoit un risque pour l’avenir de sa profession. Entre ces deux lectures, le cinéma devra définir non seulement ce qu’il peut techniquement montrer, mais aussi ce qu’il souhaite préserver de profondément humain dans le jeu d’acteur.

Questions fréquentes

Pourquoi Lisa Kudrow critique-t-elle l’IA dans Here ?

Lisa Kudrow s’inquiète du rajeunissement numérique de Tom Hanks et Robin Wright dans le film de Robert Zemeckis. Sur le podcast Armchair Expert, elle y voit une promotion de l’IA et redoute surtout les conséquences pour les auditions. Selon elle, réutiliser numériquement des vedettes pourrait réduire les occasions offertes aux interprètes émergents.

Here a-t-il remplacé Tom Hanks et Robin Wright par l’IA ?

Non. Le débat ne porte pas sur le remplacement complet de Tom Hanks et Robin Wright par des personnages autonomes. Les deux acteurs jouent dans Here, tandis que leur apparence est numériquement modifiée pour les montrer plus jeunes. La crainte exprimée par Lisa Kudrow concerne plutôt la possibilité que ce procédé évite, dans certains cas, de distribuer ces rôles à d’autres interprètes.

Le rajeunissement numérique est-il forcément de l’IA générative ?

Pas nécessairement. Le rajeunissement numérique peut réunir des effets visuels traditionnels, des retouches, des références photographiques, la captation du jeu et des outils fondés sur l’apprentissage automatique. Le terme IA est souvent employé de façon large. Dans le débat sur Here, l’enjeu essentiel est moins l’étiquette technique que l’effet potentiel de ces méthodes sur le travail et les droits des acteurs.

Quel rôle joue Metaphysic dans le film Here ?

Metaphysic est la société associée à la technologie de rajeunissement numérique utilisée pour montrer Tom Hanks et Robin Wright à différents âges dans Here. Robert Zemeckis présente ces outils comme nécessaires à sa vision du récit. La société est connue pour des technologies de transformation numérique de visages, qui alimentent les débats sur la création, l’identité et le consentement des artistes.

Les acteurs sont-ils protégés contre l’utilisation de leur image par l’IA ?

Des protections commencent à être formalisées, en particulier aux États-Unis. Les accords négociés par SAG-AFTRA en 2023 ont placé le consentement, l’information et la rémunération autour des répliques numériques au centre du cadre professionnel. Ces règles ne résolvent pas toutes les situations, mais elles reconnaissent qu’une image ou une voix numérisée ne peut pas être considérée comme une simple ressource technique.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Armchair Expert, podcast dans lequel Lisa Kudrow évoque Herearmchairexpertpod.com
  2. Metaphysic, entreprise de technologies de transformation numériquewww.metaphysic.ai
  3. SAG-AFTRA, informations officielles sur les contrats et l’intelligence artificiellewww.sagaftra.org
  4. Sony Pictures, site officiel du distributeur de Herewww.sonypictures.com