Lisa Kudrow alerte sur l’IA dans Here, le film de Robert Zemeckis
Le recours au rajeunissement numérique dans Here, avec Tom Hanks et Robin Wright, inquiète Lisa Kudrow. L’actrice y voit moins une prouesse isolée qu’un symbole des risques de l’IA pour l’emploi, les droits et la place des interprètes dans le cinéma.

Lisa Kudrow ne critique pas seulement un effet visuel. En décembre 2024, l’actrice américaine a fait de Here, le nouveau film de Robert Zemeckis, le point de départ d’une interrogation beaucoup plus vaste : que devient le travail des comédiens lorsque leur visage peut être rajeuni, modifié ou réemployé par des outils numériques fondés sur l’intelligence artificielle ?
Le long métrage, qui réunit Tom Hanks et Robin Wright, s’appuie sur un rajeunissement numérique pour montrer ses personnages à différentes périodes de leur existence. Une possibilité technique qui fascine une partie du public et de l’industrie. Pour Lisa Kudrow, elle est aussi le signe d’un basculement : une prouesse présentée comme un outil de narration peut, selon elle, contribuer à normaliser une dépendance à l’IA au détriment des interprètes humains.
Une réaction qui vise le modèle industriel, pas seulement un film
La position de Lisa Kudrow ne porte pas sur la seule qualité artistique de Here. Dans une intervention rapportée en décembre 2024, elle a exprimé son trouble devant la démonstration technique offerte par le film. Elle a notamment relevé que les acteurs avaient tourné une scène puis pu voir immédiatement leur apparence rajeunie : « Ils ont filmé une scène et ont pu visionner les images de leur jeunesse immédiatement ».
L’actrice associe cette démonstration à une forme de « support pour l’IA ». Le terme est important : elle ne décrit pas le film comme une expérience isolée, mais comme une vitrine susceptible d’encourager de futurs usages dans une industrie déjà très attentive aux moyens de réduire les coûts, d’accélérer la production ou de prolonger la valeur commerciale d’un visage connu.
Sa préoccupation essentielle est celle de l’emploi. Si une star peut être numériquement ramenée à ses 20 ans, 30 ans ou 40 ans, quelles occasions resteront aux jeunes artistes qui auraient pu incarner ces rôles ? Lisa Kudrow redoute un système dans lequel les nouveaux venus seraient moins souvent choisis pour leur interprétation, au profit de licences permettant d’exploiter l’apparence d’interprètes déjà célèbres.
Il ne s’agit donc pas d’opposer mécaniquement cinéma et technologie. Les effets visuels accompagnent le septième art depuis longtemps. La question soulevée est plutôt celle du pouvoir de décision : qui possède une image, qui autorise sa transformation, qui est payé lorsque cette image est réutilisée et quelle place reste-t-il à une génération d’acteurs qui n’a pas encore acquis la notoriété des vedettes installées ?
Here, un récit construit autour du temps qui passe
Réalisé par Robert Zemeckis, Here adapte l’œuvre de Richard McGuire. Le film retrouve Tom Hanks et Robin Wright, déjà associés au réalisateur dans Forrest Gump, sur un récit qui traverse les générations depuis un même point d’observation. Le scénario est signé par Robert Zemeckis et Eric Roth.
Dans ce cadre, faire évoluer visiblement l’âge des personnages n’est pas un détail décoratif. C’est l’un des ressorts du récit. Le rajeunissement numérique permet à Tom Hanks et Robin Wright d’incarner eux-mêmes différentes étapes de la vie de leurs personnages, sans remplacer systématiquement les acteurs par de plus jeunes comédiens.
| Élément | Ce que l’on sait en décembre 2024 | Ce que cela implique |
|---|---|---|
| Film | Here est réalisé par Robert Zemeckis et réunit Tom Hanks et Robin Wright | Le récit suit des personnages et un lieu à travers plusieurs périodes |
| Technique | Le film emploie le rajeunissement numérique, associé à des outils d’IA | Les visages des interprètes peuvent apparaître à différents âges |
| Intérêt artistique | Les mêmes acteurs peuvent conserver leurs personnages au fil du temps | La continuité de jeu est privilégiée |
| Critique de Lisa Kudrow | Elle y voit une normalisation inquiétante de l’IA | Le débat se déplace vers l’emploi, le consentement et les droits des artistes |
Pour l’équipe du film, cette approche peut se comprendre comme un choix de mise en scène. Elle évite de confier chaque période de la vie d’un personnage à un acteur différent et permet de garder les mêmes interprètes à l’écran. Mais Lisa Kudrow rappelle que l’intention artistique ne fait pas disparaître les conséquences possibles d’une technologie lorsqu’elle se diffuse largement.
Rajeunissement numérique et IA : de quoi parle-t-on exactement ?
Le terme « IA » recouvre des réalités différentes dans le cinéma. Un effet de rajeunissement peut combiner le travail de maquillage, la captation sur le plateau, des effets visuels traditionnels et des algorithmes capables d’ajuster les traits d’un visage. Il ne faut donc pas confondre automatiquement ce procédé avec la création, à partir de rien, d’un personnage ou d’une performance synthétique.
Cette distinction est essentielle pour comprendre le débat. Dans Here, Tom Hanks et Robin Wright ne disparaissent pas derrière un personnage imaginaire : ils jouent leurs rôles. L’outil numérique intervient pour adapter leur apparence à l’âge que réclame l’histoire. C’est précisément cette capacité qui provoque l’inquiétude de Lisa Kudrow : une fois qu’elle est techniquement possible et économiquement attractive, elle pourrait être appliquée dans des projets dont l’ambition artistique serait bien moindre.
La frontière peut aussi devenir difficile à percevoir pour le spectateur. Un effet visuel ponctuel servant une scène, une modification du visage utilisée sur tout un film et la reproduction d’une personne sans sa participation ne soulèvent pas les mêmes enjeux. Pourtant, ces pratiques reposent parfois sur des briques technologiques proches et participent au même débat sur la valeur d’une présence humaine à l’écran.
Lisa Kudrow ne remet pas en cause le fait qu’un réalisateur puisse chercher de nouvelles solutions pour raconter une histoire. Elle demande plutôt ce qui arrivera quand la logique de réutilisation des apparences prendra le pas sur le recrutement, la découverte et la direction de nouveaux talents.
La crainte centrale : moins de rôles pour les interprètes émergents
La question formulée par l’actrice est brutale, mais concrète : « Que restera-t-il vraiment pour les acteurs montants ? » Dans sa projection, les artistes pourraient être « réduits à des modèles de licences plutôt qu’à des interprètes uniques ». Autrement dit, le risque ne résiderait pas seulement dans le remplacement d’un acteur par une image de synthèse, mais dans la transformation de la personne en actif exploitable et réutilisable.
Cette inquiétude touche particulièrement les débuts de carrière. Les rôles de versions jeunes d’un personnage, les scènes de flashback ou les récits couvrant plusieurs décennies constituent traditionnellement des occasions de révéler de nouveaux visages. Si les productions choisissent systématiquement de rajeunir numériquement leurs têtes d’affiche, ces opportunités peuvent se réduire.
Le sujet dépasse aussi les seuls premiers rôles. Autour d’un comédien, une production mobilise des doublures, des maquilleurs, des équipes de postproduction et de nombreux techniciens. L’IA ne produit pas automatiquement un film sans humains, mais elle peut redistribuer le travail, modifier les compétences demandées et concentrer davantage de valeur entre les mains des détenteurs de droits sur les images et les données.
Rajeunissement numérique : outil de récit ou risque pour le métier ?
Ce que permet Here
- Faire incarner plusieurs âges d’un même personnage par Tom Hanks et Robin Wright.
- Préserver la continuité de jeu au sein d’un récit qui traverse les générations.
- Mettre des effets numériques au service d’une intention de mise en scène.
- Explorer plus librement le passage du temps à l’écran.
Ce que Lisa Kudrow redoute
- Réduire les rôles qui pourraient révéler de jeunes interprètes.
- Transformer durablement le visage des artistes en actif sous licence.
- Banaliser l’usage de l’IA sans garanties suffisantes pour les personnes filmées.
- Privilégier la réutilisation de vedettes connues plutôt que le renouvellement des talents.
Des garanties existent, mais elles ne ferment pas le débat
Les inquiétudes de Lisa Kudrow résonnent avec les revendications portées par les acteurs américains lors des conflits sociaux de 2023. Dans l’accord télévision et cinéma conclu par le syndicat SAG-AFTRA, des protections concernant les répliques numériques ont été intégrées. Le principe est clair : l’usage numérique de l’image ou de la voix d’un artiste ne peut pas être traité comme un simple détail technique sans conséquences contractuelles.
Ces dispositions renforcent notamment les exigences de consentement et de rémunération pour certaines utilisations de répliques numériques. Elles constituent une réponse au scénario dans lequel une production capturerait la ressemblance d’un interprète pour la réemployer ensuite sans contrôle réel de sa part.
Mais un accord collectif ne résout pas tout. Les situations diffèrent selon le statut des artistes, les pays de production, les contrats signés et la nature exacte des transformations. Il reste notamment à déterminer comment informer clairement un interprète de l’usage futur de son image, comment négocier une autorisation réellement libre et comment rémunérer une réutilisation qui peut durer bien au-delà du tournage initial.
La question posée par Lisa Kudrow est aussi sociale. Elle s’interroge sur la viabilité d’un modèle qui substituerait progressivement des solutions automatisées à des emplois créatifs : « Y aura-t-il des allocations pour les artistes, ou un autre type de soutien financier pour compenser cette désintégration ? » Cette interrogation ne prédit pas que l’ensemble des acteurs sera remplacé. Elle pointe l’absence de réponse satisfaisante si les gains de productivité ne sont pas partagés avec les personnes dont les visages, les voix et le travail nourrissent ces systèmes.
Une question d’authenticité, mais aussi de diversité
Le débat est souvent présenté comme une opposition entre authenticité humaine et artifices numériques. La réalité est plus nuancée : le cinéma est depuis toujours un art de l’illusion, du montage, des décors fabriqués et des effets spéciaux. Un visage rajeuni ne rend pas, à lui seul, une interprétation moins sincère ou un film moins émouvant.
L’alerte de Lisa Kudrow porte plutôt sur le risque d’uniformisation. Si les producteurs ont la possibilité de conserver longtemps les mêmes visages célèbres, la tentation peut être forte de miser sur des propriétés connues et des apparences déjà rentables. Or, le renouvellement des interprètes participe à la diversité des récits, des accents, des générations et des sensibilités représentées à l’écran.
La valeur d’un acteur ne se limite pas non plus à ses traits. Une performance repose sur une voix, un regard, un mouvement, une hésitation, une relation avec les partenaires et une direction artistique. Une technologie peut modifier l’apparence, mais elle ne devrait pas faire oublier que l’interprétation est un travail à part entière.
Ce qu’il faut surveiller dans le cinéma à l’ère de l’IA
En décembre 2024, Here ne tranche pas le débat sur l’IA au cinéma. Le film fournit plutôt un cas particulièrement visible, parce qu’il associe une technologie récente à des acteurs très connus et à un réalisateur dont la filmographie a marqué l’histoire hollywoodienne. Sa réception illustre la coexistence de deux lectures : pour certains, le rajeunissement numérique élargit les possibilités narratives ; pour d’autres, il accélère une logique de remplacement et de contrôle des images.
Les prochaines discussions devront porter sur des critères précis : l’acteur a-t-il donné son consentement éclairé ? Peut-il refuser certaines réutilisations ? Est-il rémunéré lorsque son apparence est modifiée ou exploitée au-delà de la production initiale ? Le public sait-il quand une performance a été substantiellement transformée ? Et les outils employés élargissent-ils réellement les possibilités de création, ou servent-ils surtout à recycler les mêmes visages ?
C’est à cette dernière question que Lisa Kudrow apporte une réponse inquiète. Pour elle, la fascination devant une vedette rajeunie ne doit pas faire oublier celles et ceux qui n’auront peut-être jamais l’occasion de devenir les vedettes de demain.
Questions fréquentes
Pourquoi Lisa Kudrow critique-t-elle Here de Robert Zemeckis ?
Lisa Kudrow s’inquiète du recours au rajeunissement numérique associé à l’IA dans Here. Elle ne cible pas seulement le film, mais ce qu’il représente selon elle : la normalisation de procédés susceptibles de réduire les opportunités pour les jeunes acteurs et de transformer l’image des artistes en ressource exploitable sous licence.
Lisa Kudrow joue-t-elle dans le film Here ?
Non. Lisa Kudrow ne figure pas parmi les interprètes de Here. Le film de Robert Zemeckis réunit notamment Tom Hanks et Robin Wright. Sa prise de parole est donc celle d’une actrice observant les conséquences possibles de ces outils sur sa profession et sur les générations d’interprètes à venir.
Here utilise-t-il vraiment l’intelligence artificielle ?
Here recourt au rajeunissement numérique pour faire apparaître Tom Hanks et Robin Wright à différents âges. Ce type de procédé peut intégrer des outils fondés sur l’IA, aux côtés de techniques classiques d’effets visuels et du jeu capté sur le plateau. Il ne signifie pas que les acteurs sont entièrement créés par ordinateur.
Le rajeunissement numérique peut-il remplacer les acteurs ?
Le rajeunissement numérique permet surtout à un interprète de jouer une version plus jeune ou plus âgée de lui-même. Il ne remplace pas automatiquement le jeu d’acteur. Lisa Kudrow redoute toutefois qu’une généralisation de cette solution réduise certains rôles, notamment ceux qui auraient pu être confiés à de nouveaux talents.
Quelles protections existent pour les acteurs face aux répliques numériques ?
Aux États-Unis, l’accord télévision et cinéma conclu par SAG-AFTRA en 2023 comporte des règles sur les répliques numériques. Elles renforcent les exigences de consentement et de rémunération dans certaines situations. Les protections concrètes dépendent néanmoins des contrats, du statut de l’artiste, de l’usage prévu et du pays de production.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Armchair Expert, entretien avec Lisa Kudrowarmchairexpertpod.com
- Sony Pictures, page officielle du film Herewww.sonypictures.com/movies/here
- SAG-AFTRA, accords télévision et cinéma et ressources contractuelleswww.sagaftra.org/contracts-industry-resources/contracts/tv-theatrical-agreements



