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CES 2025 : l’IA s’invite partout, des promesses utiles aux gadgets

Du 7 au 10 janvier 2025, le CES de Las Vegas a fait de l’intelligence artificielle son principal argument. Barbecue autonome, berceau connecté, chaussures créées avec Stable Diffusion et robots conversationnels : ces démonstrations révèlent autant les promesses de l’IA que les questions qu’elle pose sur l’utilité, les données et la place de l’humain.

Au CES 2025, des objets connectés, un robot domestique et des créations de mode illustrent l’omniprésence de l’IA.
Illustration : Actu.ai

Au CES 2025, l’intelligence artificielle n’était plus seulement une technologie réservée aux laboratoires, aux assistants conversationnels ou aux logiciels professionnels. Elle s’est affichée dans les allées de Las Vegas comme une couche censée améliorer presque tous les objets du quotidien. Du 7 au 10 janvier 2025, les visiteurs ont ainsi croisé des appareils capables de proposer des recettes, de suivre des habitudes de sommeil, de générer des créations de mode ou d’entretenir une conversation.

Cette omniprésence raconte un moment particulier de l’industrie technologique. L’IA est devenue un argument de présentation à part entière, parfois parce qu’elle apporte une automatisation ou une personnalisation concrète, parfois parce que son ajout semble répondre davantage à la recherche de nouveauté qu’à un besoin clairement établi. Le salon américain met donc en scène une question simple, mais essentielle : à quel moment une fonction d’IA rend-elle vraiment un produit plus utile ?

Le CES 2025, vitrine de l’IA dans tous les objets

Le Consumer Electronics Show, ou CES, est traditionnellement le rendez-vous où fabricants, start-up et grands groupes présentent leurs orientations pour l’année à venir. En 2025, l’IA a servi de fil conducteur à des catégories très variées : électroménager, parentalité, création, robotique, bien-être et informatique.

Cette diffusion tient à plusieurs évolutions. Les systèmes capables d’analyser des données, de reconnaître des éléments dans leur environnement ou de générer du texte et des images deviennent plus accessibles aux entreprises. En parallèle, la promesse de traitements réalisés localement, sans envoyer systématiquement les données vers le cloud, occupe une place croissante dans les discours industriels. Nvidia a notamment mis en avant des technologies visant à faire fonctionner et optimiser des modèles d’IA sans dépendre uniquement de serveurs distants.

Mais le terme « IA » recouvre des réalités techniques différentes. Une fonction qui régule automatiquement une cuisson à partir de capteurs n’a pas le même rôle qu’un outil de génération d’images, ni qu’un robot qui mène une conversation. Pour le public, cette diversité peut rendre difficile l’évaluation des promesses annoncées.

DomaineExemple présenté au CES 2025Rôle attribué à l’IAQuestion soulevée
CuisineBrisk It Zelos 450Automatiser la cuisson et proposer des recettesL’assistance améliore-t-elle vraiment l’expérience de cuisine ?
ParentalitéBerceau Revol présenté par BoschAnalyser le sommeil et les rythmes vitaux des bébésComment garantir fiabilité, confidentialité et juste place des parents ?
ModeCollaboration IMKI et JonakConcevoir des modèles avec Stable DiffusionQuel impact sur le travail de création et de design ?
RobotiqueMi-Mo de JizaiSe déplacer en reconnaissant son environnementQuelle utilité quotidienne au-delà de la démonstration ?
Bien-êtreRomi de MixiOffrir une interaction conversationnelle de soutienUn robot peut-il accompagner sans se substituer à un humain ?

Du barbecue au berceau, l’IA s’installe dans la maison

Parmi les démonstrations les plus parlantes figure le Zelos 450 de la société Brisk It. Ce barbecue intelligent automatise la cuisson et propose des recettes personnalisées. Sur le principe, l’intérêt est facile à comprendre : une aide logicielle peut guider une personne peu expérimentée, surveiller des paramètres de cuisson et réduire le risque de rater une préparation.

Le produit pose aussi une question plus large sur la place de l’automatisation dans les loisirs domestiques. Cuisiner ne consiste pas uniquement à atteindre une température ou un temps de cuisson corrects. Pour beaucoup, c’est un apprentissage, un savoir-faire et un moment partagé. La bonne question n’est donc pas de savoir s’il faut refuser toute assistance, mais si celle-ci laisse à l’utilisateur la possibilité de garder la main, de comprendre ce qui se passe et de choisir son niveau d’intervention.

Autre objet plus sensible : le berceau Revol, présenté par Bosch. Le dispositif surveille le sommeil des bébés grâce à une technologie d’IA destinée à analyser leurs rythmes vitaux. L’ambition répond à une préoccupation légitime des parents : mieux suivre le repos d’un nourrisson et recevoir des informations sur son bien-être.

Le domaine impose toutefois une prudence particulière. Un dispositif de suivi ne doit pas créer une illusion de certitude, ni encourager les familles à considérer une application comme une garantie absolue de sécurité. Les données recueillies sont par ailleurs parmi les plus sensibles qui soient, puisqu’elles concernent un enfant. Les fabricants doivent donc expliquer clairement ce qui est mesuré, ce que le produit peut ou ne peut pas détecter, où sont stockées les informations et qui peut y accéder.

L’intérêt potentiel d’un objet de ce type dépend autant de la qualité de ses alertes que de sa capacité à éviter les alertes inutiles. Trop de notifications peuvent accroître l’anxiété, tandis qu’une confiance excessive dans un appareil peut détourner l’attention de recommandations de santé ou de la vigilance humaine.

Quand l’IA participe à la création de mode

L’IA ne s’est pas limitée aux objets connectés. La start-up française IMKI et la marque Jonak ont présenté une collaboration autour de chaussures conçues à l’aide de Stable Diffusion, un système de génération d’images à partir de descriptions. Les modèles reprennent le style de Jonak tout en faisant intervenir l’outil dans le processus créatif.

Ce type de démarche illustre une évolution déjà visible dans plusieurs industries créatives. Une IA générative peut proposer rapidement de nombreuses pistes visuelles, aider à explorer des formes, des textures ou des associations inédites, et accélérer les premières étapes d’idéation. Elle ne transforme pas automatiquement une image générée en produit : une chaussure doit encore répondre à des contraintes de fabrication, de confort, de matériaux et de cohérence avec une collection.

Le débat porte surtout sur la valeur accordée au travail humain. Les designers ne se limitent pas à produire des images séduisantes. Ils formulent une intention, connaissent les contraintes techniques, sélectionnent, corrigent et donnent une direction à une collection. Dans ce cadre, l’IA peut être vue comme un outil d’exploration. Elle soulève néanmoins des interrogations sur les conditions dans lesquelles les modèles sont entraînés, sur la reconnaissance du travail créatif et sur le risque d’uniformisation esthétique.

Création assistée par IA : outil pour le designer ou risque d’uniformisation ?

Ce que l’IA peut apporter

  • Générer rapidement de nombreuses pistes visuelles à explorer.
  • Aider à tester des associations de formes et d’inspirations.
  • Accélérer la phase initiale de recherche créative.
  • Laisser au designer un rôle de sélection, de correction et de direction.

Ce qu’elle ne règle pas

  • Les contraintes de confort, de fabrication et de matériaux.
  • La question de la reconnaissance du travail créatif humain.
  • Les interrogations sur les données ayant servi à entraîner les modèles.
  • Le risque de reproduire des styles homogènes ou attendus.

Robots domestiques et compagnons conversationnels, une frontière délicate

La robotique a également apporté sa part de fascination. Mi-Mo, le robot de la société Jizai, évoque par son apparence une lampe animée et familière. Capable de se déplacer en reconnaissant son environnement, il illustre la volonté de rendre les machines moins intimidantes et plus expressives dans l’espace domestique.

Un robot mobile qui perçoit son environnement peut, en théorie, trouver des usages dans l’assistance, la surveillance de certaines tâches ou l’interaction dans les lieux de vie. Mais une démonstration de salon ne répond pas, à elle seule, à la question décisive de l’usage. Quel problème concret résout-il ? À quel coût ? Avec quelle autonomie ? Et comment se comporte-t-il dans un logement encombré, face à des animaux, des enfants ou des imprévus ?

La start-up Mixi a de son côté présenté Romi, un robot conversationnel décrit comme un robot psychologue et destiné à apporter un soutien émotionnel. L’attrait de ces objets est compréhensible : ils sont disponibles, ne jugent pas explicitement leur interlocuteur et peuvent encourager une personne isolée à verbaliser son ressenti.

Il faut cependant distinguer une conversation simulant l’écoute d’un accompagnement humain ou médical. Un robot conversationnel peut formuler des réponses empathiques, mais il ne possède ni expérience vécue, ni responsabilité clinique, ni capacité garantie à évaluer une situation de détresse. Des services d’écoute humaine existent, à l’image de S.O.S. Amitié, et restent une alternative essentielle pour les personnes en difficulté.

L’enjeu central : l’utilité avant l’étiquette IA

Le CES révèle un phénomène courant dans la technologie grand public : lorsqu’une innovation devient très visible, elle tend à être intégrée dans des produits de plus en plus nombreux. Cela peut faire émerger de véritables améliorations. Une assistance à la cuisson, une interface plus intuitive ou une analyse de données locale peuvent répondre à des besoins concrets.

À l’inverse, certains ajouts d’IA risquent de compliquer un appareil simple, de multiplier les données collectées ou de créer une dépendance à un abonnement, à une application ou à une connexion. L’innovation ne se mesure donc pas au seul fait qu’un objet incorpore un algorithme.

Pour évaluer un produit présenté comme « intelligent », quelques critères peuvent aider :

  • le bénéfice annoncé est-il précis et vérifiable dans la vie quotidienne ?
  • l’objet conserve-t-il des commandes simples et utilisables sans IA ?
  • quelles données sont collectées, et l’utilisateur peut-il les contrôler ?
  • l’entreprise indique-t-elle clairement les limites de la fonction automatisée ?
  • le produit reste-t-il utile si les services en ligne évoluent ou disparaissent ?

Ces questions sont particulièrement importantes lorsque l’IA intervient dans l’enfance, la santé, les émotions ou l’intimité du foyer. Dans ces domaines, la qualité d’une expérience ne se réduit pas à la sophistication d’une démonstration.

Des calculs plus proches de l’utilisateur

Les annonces autour de Nvidia rappellent que l’IA ne se résume pas aux objets visibles sur les stands. Son développement dépend aussi de l’infrastructure : puces, capacités de calcul et logiciels capables d’exécuter des modèles efficacement.

Le calcul local, parfois appelé traitement « sur l’appareil », est présenté comme une piste majeure. Au lieu d’envoyer chaque demande vers un centre de données, un appareil peut exécuter tout ou partie des calculs lui-même. Cela peut offrir plusieurs avantages : une réponse plus rapide, un fonctionnement possible avec une connectivité réduite et, dans certains cas, moins de données envoyées à distance.

Cette promesse ne dispense pas d’exigences de transparence. Un traitement local peut limiter certains transferts, mais ne signifie pas automatiquement qu’aucune donnée n’est collectée. Tout dépend de la conception du produit, des mises à jour logicielles, des services associés et des réglages proposés. Pour les utilisateurs, la localisation du traitement est un élément utile à connaître, mais elle ne remplace pas une politique de confidentialité compréhensible.

Ce qu’il faut surveiller après le CES 2025

Le CES 2025 laisse entrevoir une année où l’IA devrait devenir moins visible en tant que technologie isolée, mais plus présente dans les appareils ordinaires. Cette banalisation peut être positive si elle apporte des fonctions fiables, compréhensibles et réellement choisies par les utilisateurs.

Le premier enjeu sera celui de la preuve. Entre un prototype montré à Las Vegas et un produit vendu, mis à jour et utilisé quotidiennement, il existe une différence considérable. Les fabricants devront démontrer la robustesse de leurs fonctions, expliquer leurs limites et proposer une assistance durable.

Le deuxième enjeu concerne les données. Plus les objets observent les habitudes, la maison, le sommeil ou les conversations, plus les garanties de confidentialité et de sécurité doivent être élevées. Enfin, la place de l’humain restera centrale. Dans la cuisine, la création, le soin ou le soutien émotionnel, l’IA peut assister. Elle ne doit pas devenir un prétexte pour effacer l’autonomie, l’expertise et les relations humaines qui donnent leur sens à ces activités.

Questions fréquentes

Quelles innovations IA ont marqué le CES 2025 ?

Le CES 2025 a notamment mis en avant le barbecue intelligent Zelos 450 de Brisk It, le berceau Revol présenté par Bosch, des chaussures issues d’une collaboration entre IMKI et Jonak avec Stable Diffusion, le robot mobile Mi-Mo de Jizai et Romi de Mixi, un robot conversationnel de soutien émotionnel.

Quand et où s’est tenu le CES 2025 ?

Le CES 2025 s’est tenu à Las Vegas, aux États-Unis, du 7 au 10 janvier 2025. Ce salon annuel rassemble des fabricants, des start-up et de grands acteurs de la technologie autour de produits électroniques grand public, de l’informatique, de la mobilité, de la robotique et des objets connectés.

Le barbecue Zelos 450 de Brisk It utilise-t-il vraiment l’intelligence artificielle ?

Le Zelos 450 de Brisk It est présenté comme un barbecue intelligent capable d’automatiser la cuisson et de proposer des recettes personnalisées. L’intérêt d’un tel système est d’accompagner l’utilisateur dans la préparation. Son utilité dépendra toutefois de la fiabilité de l’automatisation et de la liberté laissée au cuisinier.

Un robot comme Romi peut-il remplacer un psychologue ?

Non. Romi, présenté par Mixi comme un robot de soutien émotionnel, peut proposer une interaction conversationnelle et accompagner certains moments de solitude. Il ne remplace ni un professionnel de santé mentale, ni une relation humaine, ni un service d’écoute. En cas de mal-être important, il est préférable de se tourner vers des interlocuteurs humains compétents.

Pourquoi l’IA dans les objets connectés pose-t-elle des questions de vie privée ?

Les objets enrichis par l’IA peuvent traiter des informations sur les habitudes, le domicile, le sommeil, la voix ou les interactions de leurs utilisateurs. Lorsqu’un produit concerne des bébés ou le bien-être émotionnel, ces données sont particulièrement sensibles. Il faut vérifier les informations collectées, leur stockage, leurs destinataires et les réglages de contrôle disponibles.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Consumer Technology Association, site officiel du CESwww.ces.tech
  2. Brisk It, présentation du barbecue Zelos 450briskitgrills.com
  3. Nvidia, actualités et annonces officiellesnvidianews.nvidia.com
  4. Bosch, technologies et innovationswww.bosch.com