Entreprises et marchés

TSMC dépasse les attentes, portée par la ruée vers les puces d’IA

Le géant taïwanais de la fabrication de semi-conducteurs TSMC a terminé 2024 au-delà des attentes du marché. Son bénéfice net trimestriel a bondi de 57 %, tandis que la demande de puces pour l’intelligence artificielle a propulsé le calcul haute performance au premier rang de ses activités.

Une usine de semi-conducteurs reliée visuellement à des serveurs de calcul dédiés à l’intelligence artificielle.
Illustration : Actu.ai

L’intelligence artificielle ne transforme pas seulement les logiciels et les usages numériques : elle bouleverse aussi l’économie des usines de puces. Le 16 janvier 2025, Taiwan Semiconductor Manufacturing Company, plus connue sous le nom de TSMC, a publié des résultats de quatrième trimestre qui illustrent avec force ce déplacement de la demande. Le fabricant taïwanais a bénéficié de l’appétit des géants technologiques pour les processeurs capables d’entraîner et de faire fonctionner les modèles d’IA.

TSMC n’est pas, à proprement parler, une marque de processeurs vendus au grand public. Son rôle est pourtant central : l’entreprise fabrique, dans ses usines, des puces conçues par de nombreux clients du secteur. Lorsque les besoins explosent pour les accélérateurs d’IA, les processeurs graphiques et les composants de serveurs, ses capacités de production avancées deviennent un maillon décisif de la chaîne technologique mondiale.

Des résultats trimestriels au-dessus du consensus

Au quatrième trimestre 2024, TSMC a enregistré un chiffre d’affaires de 868,46 milliards de dollars taïwanais, soit environ 26,36 milliards de dollars américains selon la conversion communiquée. Ce montant dépasse les 850,08 milliards de dollars taïwanais attendus par les analystes.

Le bénéfice net a atteint 374,68 milliards de dollars taïwanais, là encore supérieur au consensus de 366,61 milliards. Surtout, il progresse de 57 % sur un an, pendant que les revenus avancent de 38,8 % par rapport au quatrième trimestre 2023.

IndicateurQuatrième trimestre 2024Attente du marchéÉvolution annuelle
Chiffre d’affaires868,46 milliards de dollars taïwanais850,08 milliards de dollars taïwanais+38,8 %
Bénéfice net374,68 milliards de dollars taïwanais366,61 milliards de dollars taïwanais+57 %
Part du calcul haute performance53 % des revenusNon communiqué+19 % sur un trimestre

L’écart avec les estimations est significatif sans être anecdotique : le chiffre d’affaires a dépassé le consensus d’environ 18,38 milliards de dollars taïwanais. Dans une industrie où les marchés scrutent de très près la capacité des fabricants à répondre aux commandes, ce dépassement conforte l’idée que la demande liée à l’IA est restée particulièrement soutenue en fin d’année.

TSMC avait, de son côté, prévu des revenus compris entre 26,1 et 26,9 milliards de dollars américains pour le trimestre. Cette fourchette est différente du consensus des analystes, exprimé ici en dollars taïwanais. Pour interpréter les résultats, la comparaison la plus directe reste donc celle entre les 868,46 milliards effectivement réalisés et les 850,08 milliards attendus par le marché.

Pourquoi l’IA profite autant à TSMC

Pour créer des services d’IA générative, les entreprises ont besoin d’une puissance de calcul considérable. L’entraînement des grands modèles, puis leur utilisation par des millions de personnes, reposent sur des centres de données équipés de puces spécialisées. Ces composants sont conçus pour effectuer en parallèle un grand nombre de calculs, une propriété essentielle pour manipuler les données et les réseaux de neurones.

TSMC se situe au cœur de cette dynamique parce que ses clients lui confient la fabrication de puces de pointe. Son activité repose sur le modèle de la fonderie : l’entreprise ne conçoit pas nécessairement le produit final, mais met à disposition son savoir-faire industriel, ses procédés de gravure et ses usines pour produire des composants très complexes à grande échelle.

Les accélérateurs d’IA constituent le segment le plus visible de cette course à la puissance. Ils ne représentent cependant pas à eux seuls toute l’activité de TSMC. Les puces destinées aux smartphones, aux automobiles, aux objets connectés et à de multiples équipements électroniques restent également importantes. Les chiffres du trimestre montrent surtout que le redémarrage et l’expansion du calcul destiné aux serveurs modifient la répartition des revenus.

Le calcul haute performance devient le principal moteur

La catégorie du calcul haute performance, souvent désignée par l’acronyme HPC, a généré 53 % des revenus de TSMC au quatrième trimestre 2024. Ce segment a progressé de 19 % par rapport au trimestre précédent. Il inclut les composants destinés aux applications exigeantes en puissance de calcul, parmi lesquelles figurent l’intelligence artificielle et la 5G.

Ce poids de 53 % ne signifie pas que plus de la moitié du chiffre d’affaires de TSMC provient exclusivement de l’IA. Il indique en revanche que les puces pour les infrastructures de calcul, les serveurs et les usages avancés dominent désormais les ventes du groupe. C’est un signal majeur pour une entreprise longtemps très dépendante du rythme de renouvellement des smartphones et de l’électronique grand public.

Wendell Huang, directeur financier de TSMC, a souligné que les accélérateurs d’IA avaient représenté une part considérable des revenus en 2024, autour d’un pourcentage situé au milieu de la dizaine. L’entreprise anticipe surtout une nouvelle accélération : les revenus liés à ces accélérateurs devraient doubler en 2025 par rapport à 2024.

Les atouts de l’IA face aux risques qui pèsent sur TSMC

Ce qui soutient la croissance

  • Le calcul haute performance représente 53 % des revenus trimestriels.
  • Les revenus de ce segment ont augmenté de 19 % sur un trimestre.
  • Les accélérateurs d’IA devraient générer deux fois plus de revenus en 2025.
  • Le chiffre d’affaires annuel 2024 atteint un record d’environ 2 900 milliards de dollars taïwanais.

Ce qui peut freiner la trajectoire

  • Les contrôles américains limitent certaines exportations de puces avancées vers la Chine.
  • La politique commerciale de la future administration Trump reste incertaine.
  • Les chaînes d’approvisionnement sont soumises à une surveillance accrue des utilisateurs finaux.
  • L’expansion internationale exige des investissements, du temps et des compétences rares.

Une année 2024 record depuis l’entrée en Bourse

Les chiffres publiés pour décembre achèvent une année exceptionnelle. Les revenus annuels de TSMC ont atteint environ 2 900 milliards de dollars taïwanais en 2024, un niveau inédit depuis l’introduction en Bourse de l’entreprise en 1994.

Ce record reflète un changement plus large dans le secteur des semi-conducteurs. Pendant plusieurs années, les téléphones mobiles ont constitué la principale locomotive des puces les plus avancées. L’IA générative a ajouté un nouveau cycle d’investissement, porté par les fournisseurs de cloud, les entreprises de logiciels et les fabricants de serveurs qui veulent développer leurs propres infrastructures de calcul.

Cette perspective a également séduit les investisseurs. Le titre TSMC a gagné 81 % en 2024, signe de la confiance du marché dans sa capacité à capter une part importante de la croissance des infrastructures d’IA. Lors d’une récente séance boursière, l’action a encore progressé de 3,75 %.

La hausse boursière ne constitue pas une garantie pour l’avenir. Elle traduit néanmoins l’idée que les marchés voient TSMC comme l’un des principaux bénéficiaires industriels de la vague actuelle d’investissements dans l’intelligence artificielle. Les résultats trimestriels apportent des éléments concrets à cette thèse, avec une croissance à la fois des ventes et du bénéfice.

Des ambitions industrielles sous contrainte géopolitique

La position de TSMC est stratégique, mais elle expose aussi l’entreprise aux tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine. Washington a renforcé les restrictions sur l’exportation de certaines technologies et de puces avancées vers la Chine, au nom de préoccupations de sécurité nationale. Ces règles peuvent affecter les fabricants, leurs clients et les circuits de distribution internationaux.

Les autorités américaines ont notamment demandé à Nvidia d’examiner ses ventes de processeurs graphiques dédiés à l’IA vers la Chine, selon les informations rapportées. Pour TSMC, l’enjeu est délicat : l’entreprise doit répondre à la demande mondiale tout en appliquant les règles commerciales et les contrôles à l’exportation imposés par les pays concernés.

La vigilance du groupe s’est déjà manifestée dans un dossier lié à Huawei. TSMC a interrompu la fourniture de puces à un client après avoir découvert que les composants étaient intégrés dans un produit du groupe chinois. Cet épisode rappelle que les relations entre clients, sous-traitants et utilisateurs finaux font désormais l’objet d’une attention renforcée dans l’industrie des semi-conducteurs.

L’incertitude est aussi politique aux États-Unis. Au 16 janvier 2025, Donald Trump vient d’être élu président et doit prendre ses fonctions quelques jours plus tard. Ses futures orientations commerciales, notamment sur les droits de douane et les relations avec la Chine, constituent un paramètre que TSMC et l’ensemble du secteur doivent intégrer.

Nvidia, États-Unis et Europe : diversifier la production

TSMC poursuit en parallèle sa stratégie d’expansion internationale. Sa relation avec Nvidia illustre l’importance des coopérations entre concepteurs et fabricants de puces : les deux entreprises travaillent à l’établissement d’une fabrication avancée de composants d’IA sur le sol américain.

Cette orientation répond à plusieurs objectifs. Produire plus près des clients américains peut sécuriser certains approvisionnements, soutenir la politique de réindustrialisation des États-Unis et réduire une partie des risques liés à la concentration de la production en Asie. Mais construire et exploiter une usine de puces avancées représente des investissements colossaux, des délais longs et un besoin permanent d’ingénieurs qualifiés.

L’Europe fait également partie des marchés stratégiques envisagés par TSMC pour de futures implantations. Cette expansion ne se résume pas à une ouverture de sites : elle suppose de bâtir autour des usines un écosystème de fournisseurs, de compétences techniques, d’énergie fiable et de clients industriels. Dans le secteur des semi-conducteurs, la localisation des capacités de production est devenue un enjeu économique autant que géopolitique.

Ce qu’il faut surveiller en 2025

La prévision d’un doublement des revenus issus des accélérateurs d’IA place la barre haut pour 2025. Elle suppose que les grands clients continueront à investir dans les centres de données et que TSMC sera en mesure de fournir les volumes demandés sans compromettre la rentabilité de ses procédés les plus avancés.

Trois éléments seront particulièrement déterminants. D’abord, le rythme réel des commandes de puces d’IA, qui dépend des dépenses des entreprises technologiques. Ensuite, l’évolution des contrôles américains vers la Chine et de la politique commerciale de la nouvelle administration américaine. Enfin, la capacité de TSMC à développer ses implantations internationales tout en conservant son avance industrielle.

Les résultats du quatrième trimestre 2024 montrent en tout cas que l’IA est déjà devenue un levier financier tangible pour le fabricant taïwanais. La prochaine étape consistera à vérifier si cette demande peut se maintenir à un niveau suffisamment élevé pour justifier les anticipations ambitieuses de l’entreprise et celles des investisseurs.

Questions fréquentes

Quels sont les résultats de TSMC au quatrième trimestre 2024 ?

TSMC a réalisé 868,46 milliards de dollars taïwanais de chiffre d’affaires au quatrième trimestre 2024, contre 850,08 milliards attendus par les analystes. Son bénéfice net a atteint 374,68 milliards de dollars taïwanais, au-dessus du consensus de 366,61 milliards. Ce bénéfice est en hausse de 57 % sur un an.

Pourquoi la demande d’IA fait-elle progresser TSMC ?

Les modèles d’intelligence artificielle nécessitent d’immenses capacités de calcul dans les centres de données. TSMC fabrique les puces avancées conçues par de nombreux acteurs du secteur. L’essor des accélérateurs d’IA et des processeurs pour serveurs stimule donc ses commandes, en particulier dans son segment de calcul haute performance.

TSMC fabrique-t-elle ses propres puces d’intelligence artificielle ?

TSMC est avant tout une fonderie. Cela signifie que l’entreprise fabrique des puces conçues par ses clients, plutôt que de commercialiser principalement ses propres processeurs sous une marque grand public. Son expertise porte sur les procédés de fabrication avancés, indispensables pour produire des composants complexes destinés notamment aux serveurs et à l’IA.

Quelle part des revenus de TSMC vient du calcul haute performance ?

Le calcul haute performance a représenté 53 % des revenus de TSMC au quatrième trimestre 2024. Ce segment a progressé de 19 % par rapport au trimestre précédent. Il comprend des applications liées notamment à l’intelligence artificielle et à la 5G, mais ce chiffre ne correspond pas exclusivement aux revenus des puces d’IA.

Quels risques TSMC doit-elle affronter en 2025 ?

TSMC doit composer avec les restrictions américaines sur certaines exportations de puces avancées vers la Chine et avec l’incertitude entourant la future politique commerciale américaine. L’entreprise doit aussi sécuriser ses relations avec les clients et utilisateurs finaux, tout en menant des projets industriels coûteux aux États-Unis et en Europe.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. TSMC, portail officiel des relations investisseurs et résultats trimestrielsinvestor.tsmc.com/english
  2. TSMC, site institutionnelwww.tsmc.com
  3. Reuters, rubrique technologiewww.reuters.com/technology