Oracle et NVIDIA placent les GPU au centre d’une IA d’entreprise intégrée
Oracle renforce sa collaboration avec NVIDIA pour rapprocher la puissance de calcul, les données et les outils d’IA dans un même environnement. Au cœur de l’annonce d’octobre 2025, le cluster OCI Zettascale10 promet jusqu’à 16 zettaflops, tandis qu’Oracle veut permettre aux entreprises d’exploiter l’IA sans déplacer leurs données sensibles.

L’intelligence artificielle en entreprise ne se résume pas au choix d’un modèle conversationnel. Pour qu’un assistant puisse analyser des contrats, des données clients, des dossiers de maintenance ou des indicateurs financiers, il faut aussi des serveurs capables de traiter ces informations rapidement, des logiciels pour relier les outils entre eux et des garde-fous pour éviter que les données ne sortent d’un cadre maîtrisé. C’est sur cet ensemble qu’Oracle et NVIDIA ont choisi de renforcer leur collaboration, annoncée lors d’Oracle AI World en octobre 2025.
L’ambition affichée est de proposer une chaîne plus intégrée, allant des GPU, les processeurs spécialisés dans le calcul parallèle, jusqu’à la base de données et aux interfaces utilisées par les équipes métier. L’annonce combine ainsi un très grand cluster de calcul dans Oracle Cloud Infrastructure, des fonctions d’IA directement intégrées à la base de données Oracle et des outils destinés à faciliter le déploiement de services NVIDIA.
Oracle et NVIDIA veulent rapprocher trois briques essentielles
Dans de nombreux projets d’IA, les entreprises doivent faire cohabiter trois univers qui n’ont pas toujours été pensés ensemble : l’infrastructure de calcul, les données internes et les applications. Cette fragmentation peut compliquer les déploiements. Il faut déplacer de gros volumes d’informations, connecter des environnements distincts, adapter les logiciels et contrôler précisément les accès.
Oracle et NVIDIA mettent en avant une approche plus unifiée. Oracle apporte son environnement cloud, ses bases de données et ses outils d’entreprise. NVIDIA fournit les GPU et des briques logicielles conçues pour accélérer le développement et l’exécution d’applications d’IA. L’objectif n’est donc pas uniquement d’entraîner de très grands modèles : il s’agit aussi de rendre l’IA exploitable dans des processus opérationnels où les données sont souvent sensibles et déjà stockées dans les systèmes de l’entreprise.
| Brique annoncée | Rôle dans l’offre Oracle et NVIDIA | Enjeu pour les organisations |
|---|---|---|
| OCI Zettascale10 | Cluster de calcul alimenté par des GPU NVIDIA | Fournir la puissance nécessaire aux charges de travail d’IA à très grande échelle |
| NVIDIA Spectrum-X Ethernet | Réseau destiné à faire circuler les données entre les ressources de calcul | Réduire les temps d’attente liés aux échanges de données entre GPU |
| Oracle AI Database 26ai | Fonctions d’IA exécutées au sein de l’environnement de données | Éviter autant que possible de déplacer les données vers un système séparé |
| Oracle AI Data Platform | Outil de traitement et de préparation des données intégrant un GPU NVIDIA | Accélérer le travail des spécialistes des données sans réécriture annoncée du code |
| Oracle AI Hub | Point d’accès aux outils et microservices d’IA | Simplifier le déploiement de composants NVIDIA dans les applications |
Cette logique répond à une préoccupation concrète : une infrastructure très puissante ne suffit pas si les données restent difficiles à mobiliser, ou si les équipes doivent réorganiser intégralement leurs applications pour l’utiliser.
OCI Zettascale10 : que représente l’annonce de 16 zettaflops ?
La pièce matérielle la plus spectaculaire de l’annonce est le cluster OCI Zettascale10. Oracle le présente comme une infrastructure conçue pour les charges de travail d’IA qui dépassent les capacités de serveurs classiques. Alimenté par des GPU NVIDIA, il affiche un potentiel annoncé de 16 zettaflops.
Un flops correspond à une opération en virgule flottante par seconde, une mesure utilisée pour exprimer la vitesse de calcul des systèmes de haute performance. Un zettaflops représente 10^21 opérations de ce type par seconde. Le chiffre de 16 zettaflops donne donc une indication de l’échelle visée par Oracle. Il ne constitue toutefois pas une promesse de vitesse identique pour chaque entreprise ou chaque application : les performances réellement observées dépendent notamment du modèle utilisé, du volume de données, de la qualité du code, de la mémoire disponible et de l’organisation du réseau.
Dans un cluster d’IA, le réseau est aussi important que les processeurs. Les GPU doivent échanger continuellement des données, par exemple lorsqu’un modèle est réparti sur un grand nombre de machines. Si ces échanges sont trop lents, les GPU attendent au lieu de calculer. Oracle met donc en avant l’interconnexion NVIDIA Spectrum-X Ethernet, destinée à fluidifier ces transferts et à limiter les périodes d’inactivité des processeurs graphiques.
L’enjeu est particulièrement élevé lorsque l’infrastructure mobilise des volumes considérables de ressources. La présentation évoque l’optimisation de l’usage de millions de processeurs. À cette échelle, une amélioration du réseau ou de l’orchestration peut avoir un effet important sur le temps nécessaire pour entraîner un modèle, analyser une masse de documents ou répondre à des requêtes complexes.
Pourquoi déplacer les modèles plutôt que les données ?
La collaboration ne porte pas seulement sur la puissance brute. Oracle place l’Oracle AI Database 26ai au centre de sa stratégie logicielle. L’idée mise en avant est d’inverser une pratique fréquente dans les projets d’IA : au lieu d’exporter les données vers un outil de modèles, l’entreprise peut faire venir les capacités d’IA au plus près de sa base de données.
Cette approche répond à plusieurs difficultés. Copier les données d’un environnement à l’autre ajoute des étapes, peut créer des versions divergentes d’une même information et élargit le nombre de systèmes à sécuriser. Conserver le traitement dans l’environnement de données peut aussi faciliter l’application des droits d’accès déjà en place.
Oracle annonce ainsi la possibilité d’exécuter des flux de travail d’IA directement dans la base de données. Des agents d’IA peuvent traiter des informations sensibles tout en respectant les règles de sécurité de l’organisation. Dans ce contexte, un agent désigne un logiciel capable d’enchaîner des étapes, comme rechercher des informations, les comparer, les synthétiser et renvoyer un résultat à une application ou à un utilisateur.
La base intègre également une fonction baptisée Recherche Vecteur Hybride Unifiée. La recherche vectorielle transforme les contenus en représentations mathématiques, appelées vecteurs, afin d’identifier des informations proches par le sens plutôt que par la seule présence de mots identiques. Le caractère hybride renvoie à l’association de cette recherche sémantique avec des méthodes plus traditionnelles. L’objectif est d’interroger de façon contextuelle des données de formats différents.
Prenons le cas d’une entreprise qui souhaite retrouver des éléments relatifs à un incident technique. Une recherche classique exige souvent les termes exacts. Une recherche vectorielle peut rapprocher des formulations différentes mais proches par leur signification. Associée aux données structurées de l’entreprise, elle peut aider à faire émerger des réponses plus pertinentes, à condition que les autorisations et la qualité des données soient correctement gérées.
Une architecture qui rapproche l’IA des données
Approche fragmentée
- Les données sont copiées ou exportées vers des outils d’IA distincts.
- Les connexions entre base, modèle et application doivent être construites séparément.
- Les contrôles de sécurité sont répartis entre plusieurs environnements.
- Les équipes peuvent devoir adapter leur code et leurs pipelines existants.
Approche intégrée annoncée
- Les flux de travail d’IA sont exécutés au sein de l’environnement de base de données.
- Les GPU NVIDIA et le réseau Spectrum-X Ethernet apportent la couche de calcul.
- Oracle AI Hub centralise l’accès aux outils et aux microservices NVIDIA NIM.
- La sécurité des données en transit et au repos est intégrée à l’architecture présentée.
Une promesse de sécurité face à des risques déjà identifiés
L’IA d’entreprise pose une question simple, mais décisive : quelles informations un modèle ou un agent est-il autorisé à lire, à traiter et à restituer ? Lorsque les données concernent des clients, des salariés, des opérations industrielles ou des résultats financiers, la performance ne peut pas être le seul critère.
Oracle indique que le nouveau système adopte des algorithmes résistants aux attaques quantiques pour protéger les données en transit et au repos. Les données en transit sont celles qui circulent sur un réseau. Les données au repos sont celles qui sont stockées dans une base, un serveur ou un espace de sauvegarde.
Cette orientation vise notamment le risque dit harvest now, decrypt later, littéralement « collecter maintenant, déchiffrer plus tard ». Le scénario consiste pour un attaquant à intercepter et conserver aujourd’hui des données chiffrées dans l’espoir de disposer, à l’avenir, de moyens de calcul capables de briser les protections actuelles. La résistance aux attaques quantiques cherche à anticiper cette menace en employant des mécanismes cryptographiques conçus pour rester robustes face à de futures capacités de calcul.
Il ne faut pas confondre cette protection avec une sécurité automatique. Même avec des algorithmes de chiffrement adaptés, la sécurité dépend toujours de nombreux paramètres : contrôle des identités, définition des droits d’accès, surveillance des usages, protection des interfaces et gouvernance des données. L’intérêt de l’approche présentée est de placer ces enjeux au sein même de l’architecture qui héberge les traitements d’IA, plutôt que de les traiter après coup.
Oracle AI Data Platform et AI Hub : réduire la complexité du déploiement
Les infrastructures de calcul très puissantes restent difficiles à exploiter sans spécialistes. C’est pourquoi Oracle complète son annonce matérielle par l’Oracle AI Data Platform, qui intègre un GPU NVIDIA. La plateforme vise les scientifiques des données, qui préparent les jeux de données, conçoivent les analyses et mettent les modèles en production.
La promesse mise en avant est d’accélérer le traitement sans exiger de modification du code existant. C’est un point important pour les organisations qui disposent déjà de scripts, de pipelines de données et d’applications élaborés au fil des années. Réécrire ces éléments représente souvent une part importante du coût et du délai d’un projet d’IA.
Les différents composants sont regroupés dans l’Oracle AI Hub. Cet espace doit fournir un accès centralisé aux solutions d’IA et permettre le déploiement simplifié de microservices NVIDIA NIM. Un microservice est une fonction logicielle ciblée, utilisable par une application sans que celle-ci ait à reconstruire toute l’infrastructure sous-jacente. Dans le cas présent, le but est de rendre les capacités NVIDIA plus accessibles dans l’environnement Oracle, via une interface annoncée comme sans code.
Cette couche d’intégration peut compter autant que les GPU eux-mêmes. Pour une entreprise, la difficulté n’est pas seulement d’obtenir du calcul. Elle consiste à connecter ce calcul à des données fiables, à des processus identifiés et à des équipes qui ne sont pas toutes expertes en infrastructure ou en programmation spécialisée.
Quels usages peuvent en tirer les entreprises ?
L’architecture présentée couvre des besoins variés, dès lors qu’ils nécessitent de traiter rapidement de grands volumes de données. Les GPU NVIDIA dans OCI sont notamment adaptés à des cas tels que la reconnaissance d’images, le traitement automatique du langage, l’analyse prédictive ou encore les recherches documentaires contextuelles.
Dans un contexte d’entreprise, ces capacités peuvent servir à classer des documents, assister l’analyse de dossiers, faire remonter des tendances depuis des bases de données ou répondre à des questions formulées en langage naturel. Le bénéfice attendu n’est pas d’automatiser indistinctement toutes les décisions, mais d’accélérer certaines tâches d’analyse et de recherche.
La question de la taille de l’entreprise reste néanmoins importante. Oracle présente ses solutions comme évolutives, afin qu’elles puissent être utilisées sans déployer une infrastructure disproportionnée. Dans les faits, la pertinence dépendra du cas d’usage, de la maturité des données, des compétences disponibles et des coûts associés à l’exploitation d’un environnement cloud et de GPU.
Ce qu’il faut surveiller après cette annonce
L’annonce d’octobre 2025 illustre une tendance structurante : l’IA d’entreprise devient une affaire d’intégration complète. Les acteurs ne se distinguent plus uniquement par la qualité d’un modèle ou la puissance d’une puce. Ils cherchent à maîtriser le chemin entier, de la donnée stockée à l’application qui fournit une réponse, en passant par le réseau, la sécurité et les outils de déploiement.
Pour Oracle et NVIDIA, le défi sera de démontrer que cette intégration tient ses promesses dans des environnements concrets. Les entreprises évalueront notamment la simplicité de mise en œuvre, les performances effectivement obtenues pour leurs charges de travail, la maîtrise des coûts et la capacité à maintenir des contrôles de sécurité rigoureux.
À retenir : avec OCI Zettascale10, Oracle AI Database 26ai et AI Hub, les deux groupes ne proposent pas seulement davantage de puissance de calcul. Ils défendent une manière d’adopter l’IA où les GPU, les modèles et les données d’entreprise sont conçus pour fonctionner dans un même cadre technique et de sécurité.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le cluster OCI Zettascale10 d’Oracle ?
OCI Zettascale10 est un cluster de calcul annoncé par Oracle pour les charges de travail d’intelligence artificielle à très grande échelle. Il s’appuie sur des GPU NVIDIA et sur l’interconnexion NVIDIA Spectrum-X Ethernet. Oracle lui attribue un potentiel pouvant atteindre 16 zettaflops, une mesure de puissance de calcul théorique extrêmement élevée.
Pourquoi Oracle utilise-t-il des GPU NVIDIA pour l’IA d’entreprise ?
Les GPU sont adaptés aux calculs parallèles requis par l’entraînement et l’exécution des modèles d’IA, ainsi qu’au traitement de grands volumes de données. Dans l’offre annoncée, les GPU NVIDIA constituent la couche de calcul, tandis qu’Oracle les relie à son cloud, à sa base de données et à ses outils d’entreprise.
Que permet Oracle AI Database 26ai ?
Oracle AI Database 26ai vise à intégrer des fonctions d’IA dans l’environnement où les données sont gérées. Les flux de travail et les agents d’IA peuvent ainsi traiter des informations sensibles sans que celles-ci aient nécessairement à être déplacées vers un système distinct. La base comprend aussi une Recherche Vecteur Hybride Unifiée pour des recherches contextuelles.
Que signifie le risque harvest now, decrypt later ?
Cette expression décrit une stratégie où un attaquant collecte aujourd’hui des données chiffrées afin d’essayer de les déchiffrer plus tard avec des moyens de calcul plus puissants. Oracle met en avant des algorithmes résistants aux attaques quantiques pour protéger les données en transit et au repos face à ce type de menace future.
À quoi sert Oracle AI Hub avec les microservices NVIDIA NIM ?
Oracle AI Hub est présenté comme un point d’accès centralisé aux outils d’IA de l’écosystème Oracle. Il doit permettre de déployer plus facilement des microservices NVIDIA NIM, des composants logiciels réutilisables pour intégrer des capacités d’IA dans une application. L’objectif est de réduire la complexité technique du déploiement, notamment via une interface sans code annoncée.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Oracle Cloud Infrastructure, présentation officielle des services cloud d’Oraclewww.oracle.com/cloud
- NVIDIA Data Center, présentation officielle des infrastructures et GPU NVIDIAwww.nvidia.com/en-us/data-center



