En Chine, la compétition automobile et l’IA accélèrent l’innovation technologique
Du salon automobile de Shanghai aux studios virtuels d’iQiyi, les entreprises chinoises multiplient les applications de l’intelligence artificielle. Dans un contexte de rivalités commerciales avec les États-Unis, cette dynamique repose sur une compétition locale intense, des investissements industriels et un soutien public renforcé.

La Chine ne se contente plus de produire à grande échelle des technologies conçues ailleurs : ses groupes industriels et numériques cherchent à accélérer le rythme de l’innovation sur leurs propres marchés. À la fin d’avril 2025, les annonces dans l’automobile électrique, la conduite autonome, l’intelligence artificielle et la création audiovisuelle dessinent un même mouvement. La concurrence y est très vive, et les entreprises disposent d’un vaste terrain d’expérimentation auprès de consommateurs déjà habitués aux services numériques.
Cette accélération ne signifie pas que tous les défis sont levés. Les incertitudes commerciales avec les États-Unis, le coût des technologies les plus avancées et la nécessité de transformer des démonstrations en activités rentables pèsent sur les acteurs chinois. Mais le bulletin The China Connection de CNBC met en évidence une stratégie de multiplication des usages : intégrer l’IA dans les voitures, les médias, le commerce en direct et les plateformes de services, tout en développant des capacités locales.
Le salon de Shanghai, vitrine d’une industrie automobile sous pression
La foire automobile de Shanghai, organisée du 23 au 25 avril 2025 selon le bulletin, a illustré la rapidité avec laquelle les constructeurs chinois enrichissent leurs gammes. L’enjeu n’est plus seulement de vendre un véhicule électrique. Il consiste à proposer une expérience complète, avec logiciels embarqués, aides à la conduite, stationnement automatisé et, de plus en plus, fonctions d’intelligence artificielle.
Dès l’ouverture du rendez-vous, BYD a lancé cinq nouveaux modèles. Le constructeur est l’un des symboles de l’ampleur prise par l’industrie chinoise du véhicule électrifié. Zeekr a, de son côté, présenté le 9X, un SUV hybride. Quant à Pony.ai, entreprise spécialisée dans les véhicules autonomes, elle a dévoilé trois nouveaux modèles.
| Entreprise | Annonce mise en avant à Shanghai | Enjeu technologique ou industriel |
|---|---|---|
| BYD | Cinq nouveaux modèles | Renouveler rapidement l’offre sur un marché très concurrentiel |
| Zeekr | SUV hybride 9X | Étendre les options de motorisation électrifiée dans le haut de gamme |
| Pony.ai | Trois nouveaux modèles autonomes | Diminuer le coût de déploiement de la conduite autonome |
| Huawei | Système d’assistance incluant le stationnement automatique | Fournir des logiciels avancés aux fabricants de véhicules électriques |
La multiplication de ces annonces est révélatrice d’un changement de nature du marché. Le véhicule devient une plateforme logicielle autant qu’un objet mécanique. Pour les constructeurs, la différence se joue sur la batterie, l’autonomie et le prix, mais aussi sur la fluidité du logiciel embarqué, la perception de sécurité et la fréquence des améliorations.
Pourquoi le coût de la conduite autonome est central
L’annonce de Pony.ai ne porte pas uniquement sur de nouveaux véhicules. L’entreprise indique que cette évolution pourrait permettre une réduction de 70 % des coûts de conduite autonome, une baisse qui la rapprocherait de la rentabilité. Ce chiffre montre la difficulté économique du secteur : concevoir un véhicule capable de percevoir son environnement et de prendre des décisions demande du matériel, des capteurs, des logiciels et des opérations de maintenance coûteux.
Réduire ce coût est donc aussi important que d’améliorer les capacités de conduite. Sans modèle économique viable, une technologie autonome reste limitée à quelques démonstrations ou zones pilotes. Les entreprises cherchent au contraire à la rendre compatible avec un déploiement plus large, notamment dans des flottes et des services de mobilité.
Huawei illustre une autre facette de cette évolution. Son système d’assistance à la conduite, destiné aux fabricants de véhicules électriques, propose notamment un stationnement automatique comparable à un service de voiturier. Cette approche place le groupe non seulement comme fournisseur de composants ou de télécommunications, mais aussi comme acteur des logiciels automobiles. Pour les constructeurs, l’intégration de telles briques peut accélérer la mise sur le marché de fonctionnalités recherchées par les clients.
L’IA s’installe dans les studios et les plateformes numériques
L’automobile n’est pas le seul terrain d’application de l’IA chinoise. iQiyi, souvent présenté comme le « Netflix de Chine », développe des outils visant à réduire les coûts de production et à améliorer la qualité des scénarios. Pour une plateforme audiovisuelle, l’intérêt de ces outils est double : raccourcir certaines étapes de fabrication et tester de nouvelles formes de création susceptibles de retenir l’attention du public.
La société a notamment présenté un studio virtuel montrant comment l’IA peut adapter le style d’une émission mettant en scène des personnes vers une animation 3D. Cette capacité ne remplace pas mécaniquement l’écriture, la réalisation ou le jeu des artistes. Elle peut toutefois fournir aux équipes un moyen de visualiser plus vite une idée, de décliner un contenu ou de modifier son apparence pour différents formats.
Les promesses doivent être distinguées des résultats finis. Le bulletin relève que des défis demeurent, notamment pour atteindre une cohérence équivalente à celle d’une production réelle. Dans l’audiovisuel, une image convaincante ne suffit pas : la narration, la continuité des personnages, le rythme et les attentes culturelles du public restent décisifs. L’IA peut accélérer certaines tâches, mais elle ne résout pas à elle seule les exigences créatives.
Des plateformes en concurrence pour capter les usages quotidiens
La rivalité ne se limite pas aux voitures ou aux grands modèles d’IA. Dans la livraison et le commerce en ligne, la compétition entre JD.com et Meituan rappelle les premières grandes batailles de l’internet chinois, marquées par l’essor d’acteurs comme Alibaba. Ces affrontements commerciaux sont coûteux, mais ils peuvent pousser les plateformes à améliorer leurs services, leurs outils logistiques et leur capacité à attirer de nouveaux utilisateurs.
Dans ce contexte, l’IA devient aussi un instrument commercial. Baidu utilise un outil d’humain virtuel propulsé par l’IA pour vendre des produits en livestreaming. Le principe est de faire intervenir un avatar numérique lors d’une diffusion commerciale en direct, un format où les vendeurs présentent des produits et interagissent avec les internautes.
Un humain virtuel peut aider une entreprise à maintenir une présence plus longue ou plus régulière en direct, tout en limitant certains coûts. Mais le dispositif ne garantit pas à lui seul l’intérêt des consommateurs. La qualité de la démonstration, la pertinence du produit, la confiance dans le vendeur et la capacité à répondre aux questions restent déterminantes pour convertir une audience en achats.
Le soutien public structure l’écosystème technologique
La dynamique chinoise s’appuie également sur une intervention publique active. Les autorités ont renforcé les initiatives destinées à rapprocher les start-up de fournisseurs locaux et de sources de financement. Cette logique vise à éviter que de jeunes entreprises innovantes ne restent isolées entre un prototype prometteur et une production à grande échelle.
Les politiques d’attraction des talents jouent un rôle complémentaire. Des aides financières importantes sont notamment envisagées pour les diplômés en ingénierie et en sciences naturelles. Dans les secteurs de l’IA, des semi-conducteurs, de l’énergie ou de la robotique, la disponibilité d’ingénieurs et de chercheurs est une ressource stratégique. Financer les entreprises sans former ni attirer les compétences nécessaires ne permettrait pas de bâtir un écosystème durable.
Ce soutien ne supprime pas les risques. Les start-up doivent toujours trouver des clients, maîtriser leurs coûts et se différencier dans un marché où les concurrents sont nombreux. Il peut en revanche réduire certains obstacles initiaux et favoriser l’émergence de chaînes d’approvisionnement locales dans les technologies jugées prioritaires.
Les deux moteurs de l’accélération technologique chinoise
Une concurrence locale intense
- Les constructeurs renouvellent rapidement leurs gammes de véhicules électrifiés.
- Les plateformes de livraison et de commerce se disputent les utilisateurs.
- Les fonctions logicielles deviennent un facteur de différenciation automobile.
- Les entreprises testent l’IA dans les médias, la vente et la mobilité.
Un écosystème soutenu par les pouvoirs publics
- Les start-up sont mises en relation avec des fournisseurs locaux.
- Les mécanismes de financement accompagnent les secteurs technologiques prioritaires.
- Des aides ciblent les diplômés en ingénierie et sciences naturelles.
- La recherche d’alternatives locales répond aux contraintes extérieures.
Les droits de douane poussent les entreprises à s’adapter
Les tensions commerciales avec les États-Unis constituent l’arrière-plan de cette effervescence. Elles entretiennent des incertitudes pour les entreprises technologiques chinoises, en particulier lorsqu’elles dépendent de marchés, de composants ou de technologies étrangers. Le bulletin souligne pourtant que le secteur ne montre pas de signe de ralentissement évident : les groupes continuent de lancer des produits et d’adapter leurs stratégies.
L’usage d’outils numériques pour le livestreaming ou l’automatisation commerciale illustre cette capacité d’adaptation. Il serait excessif de considérer l’IA comme une réponse unique aux droits de douane. Elle peut toutefois améliorer l’efficacité de certaines opérations, diversifier les canaux de vente et aider les entreprises à défendre leurs marges dans un environnement moins prévisible.
Le cas de DeepSeek est également emblématique de l’ambition locale. L’entreprise a récemment lancé un modèle d’IA et un chatbot gratuit présentés comme des concurrents de ChatGPT. Au-delà de la comparaison entre deux services, l’épisode souligne la volonté de développer des alternatives chinoises dans les logiciels d’IA générative, malgré les restrictions externes auxquelles le pays est confronté.
Des marchés attentifs à l’innovation et à l’énergie
Sur les marchés financiers, les signaux restent contrastés. Le CSI 300 est demeuré stable, tandis que l’indice Hang Seng a gagné 0,22 %. Ces évolutions rappellent que les annonces technologiques, aussi visibles soient-elles, ne suffisent pas à faire disparaître les préoccupations des investisseurs sur la conjoncture, le commerce international ou la rentabilité future des entreprises.
L’innovation technologique est aussi reliée aux choix énergétiques. Les projets de développement de l’énergie nucléaire et de l’hydrogène, ainsi que l’objectif de réduire la dépendance aux combustibles fossiles, renforcent l’idée d’une stratégie industrielle qui dépasse les seuls logiciels et smartphones. Les véhicules électrifiés, les centres de données et l’industrie lourde ont tous besoin d’une énergie abondante et fiable.
La cohérence entre politique énergétique, industrie automobile, plateformes numériques et recherche en IA pourrait donc compter autant que la performance d’une application isolée. C’est cette articulation qui permet à un pays de transformer des innovations ponctuelles en capacités industrielles durables.
Ce qu’il faut surveiller dans les prochains mois
Plusieurs indicateurs permettront de mesurer la solidité de cet essor. Le premier sera la capacité des constructeurs à convertir la profusion de modèles présentés en ventes rentables, sans déclencher une guerre des prix destructrice. Le deuxième concernera les progrès réels de la conduite autonome : la baisse annoncée des coûts devra s’accompagner d’un niveau de fiabilité suffisant pour permettre des déploiements plus larges.
Il faudra également observer l’intégration de l’IA dans les activités quotidiennes des plateformes. Les outils d’iQiyi, les avatars commerciaux de Baidu et les nouveaux modèles conversationnels ne produiront un effet durable que s’ils apportent un avantage clair aux créateurs, aux entreprises et aux utilisateurs.
Enfin, l’évolution des relations commerciales internationales restera décisive. La Chine dispose d’un marché intérieur considérable, d’acteurs industriels puissants et d’un soutien public marqué. Mais l’accès aux technologies, aux capitaux et aux marchés mondiaux continuera de peser sur la trajectoire de ses champions. L’accélération actuelle est réelle, mais son ampleur dépendra de la capacité des entreprises chinoises à faire de l’innovation rapide une croissance durable.
Questions fréquentes
Quelles innovations ont été présentées au salon automobile de Shanghai en avril 2025 ?
Le bulletin met notamment en avant cinq nouveaux modèles lancés par BYD, le SUV hybride 9X présenté par Zeekr et trois nouveaux modèles dévoilés par Pony.ai. Huawei a aussi présenté un système d’assistance à la conduite capable d’effectuer un stationnement automatique comparable à un service de voiturier.
Pourquoi Pony.ai annonce-t-elle une baisse de 70 % des coûts de conduite autonome ?
Pony.ai estime que ses nouveaux modèles pourraient réduire de 70 % les coûts liés à la conduite autonome. Cet objectif est crucial, car la rentabilité dépend autant du coût des véhicules, des capteurs et du logiciel que de leurs capacités techniques. Une baisse des coûts pourrait faciliter des déploiements plus larges.
Comment l’intelligence artificielle est-elle utilisée par iQiyi en Chine ?
iQiyi développe des outils d’IA destinés à réduire certains coûts de production et à améliorer le travail sur les scénarios. La plateforme a aussi montré un studio virtuel capable d’adapter le style d’une émission avec des personnes vers une animation 3D. Des défis persistent cependant pour assurer une cohérence comparable à une production réelle.
Comment les entreprises chinoises utilisent-elles les avatars IA en livestreaming ?
Baidu utilise un humain virtuel alimenté par l’IA pour vendre des produits lors de livestreams. Ces avatars peuvent contribuer à automatiser ou prolonger les présentations commerciales en direct. Leur efficacité dépend toutefois aussi de la qualité de l’offre, de la confiance des consommateurs et de la capacité à créer une interaction pertinente.
Quel soutien le gouvernement chinois apporte-t-il aux start-up technologiques ?
Les autorités chinoises ont lancé des initiatives pour connecter les start-up à des fournisseurs locaux et faciliter leur accès au financement. Elles mènent aussi des politiques d’attraction des talents, avec des aides financières destinées notamment aux diplômés en ingénierie et en sciences naturelles, des compétences essentielles pour l’IA et l’industrie avancée.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- CNBC, couverture internationale et bulletin The China Connectionwww.cnbc.com/world
- Auto Shanghai, site officiel du salon automobile de Shanghaiwww.autoshanghai.org
- DeepSeek, site officielwww.deepseek.com
- iQiyi, plateforme de streamingwww.iqiyi.com



