DeepSeek gagne les voitures chinoises, les deux-roues restent à confirmer
En Chine, plusieurs constructeurs ont annoncé en février 2025 intégrer les modèles de DeepSeek à leurs véhicules connectés. Cette percée concerne d’abord l’assistant embarqué, pas la conduite autonome ni la batterie. Pour les trottinettes, les promesses circulent, mais les preuves publiques restent limitées.

L’irruption de DeepSeek dans le débat mondial sur l’intelligence artificielle a rapidement gagné l’industrie automobile chinoise. En février 2025, plusieurs constructeurs ont annoncé vouloir intégrer ses modèles dans leurs véhicules connectés. Cette dynamique illustre une évolution importante : l’IA générative ne reste plus cantonnée aux conversations sur un écran, elle devient une brique logicielle que les fabricants cherchent à placer dans l’habitacle.
Il faut toutefois distinguer les annonces de ce qui est déjà démontré. Un grand modèle de langage peut rendre un assistant vocal plus naturel, résumer des informations ou aider à gérer des commandes complexes. Il ne transforme pas, à lui seul, une voiture en véhicule autonome et ne recharge pas physiquement une batterie plus vite. À la date du 3 mars 2025, les promesses autour de DeepSeek dans la mobilité sont donc à lire à la lumière de cette différence essentielle entre l’IA conversationnelle, les systèmes embarqués et les fonctions de sécurité.
Pourquoi DeepSeek intéresse autant les constructeurs chinois
DeepSeek est un laboratoire chinois fondé en 2023, connu pour ses modèles de langage disponibles avec des poids accessibles à la communauté. Son modèle DeepSeek-V3, publié en décembre 2024, puis le modèle de raisonnement DeepSeek-R1, publié en janvier 2025, ont attiré l’attention par leurs performances et par le coût annoncé de leur utilisation.
Un modèle de langage ne se limite pas à répondre à une question générale. Lorsqu’il est relié, avec des garde-fous, aux fonctions non critiques d’une voiture, il peut comprendre une demande formulée en langage courant. Au lieu de dicter une série de commandes rigides, le conducteur pourrait par exemple demander de préparer un itinéraire avec une étape, de résumer un message ou d’expliquer un voyant affiché à bord.
Pour les constructeurs chinois, l’enjeu est double : enrichir l’expérience de leurs voitures connectées et accélérer le développement de leurs propres logiciels. Dans un marché des véhicules électriques très concurrentiel, l’écran central, l’assistant vocal et les services numériques sont devenus des éléments de différenciation aussi visibles que l’autonomie ou la puissance.
Ce que les annonces de février 2025 disent réellement
Au cours du mois de février, BYD, Geely, Great Wall Motor et Leapmotor ont fait partie des constructeurs chinois ayant communiqué sur l’intégration ou l’usage envisagé de DeepSeek dans leurs véhicules. Ces annonces ne décrivent pas toutes le même produit, ni le même niveau de maturité. Elles témoignent surtout d’une course à l’intégration de modèles d’IA dans les cockpits intelligents.
| Acteur | Ce qui a été annoncé en février 2025 | Ce qu’il ne faut pas en déduire |
|---|---|---|
| BYD | L’intégration de DeepSeek à son architecture d’IA embarquée Xuanji | Que tous les modèles vendus disposent déjà de cette fonction |
| Geely | Un rapprochement entre son modèle Xingrui et DeepSeek-R1 pour les usages intelligents du véhicule | Une délégation de la conduite au modèle de langage |
| Great Wall Motor | Un projet d’intégration dans son écosystème de véhicule intelligent Coffee Intelligence | Une amélioration automatiquement mesurée de la batterie |
| Leapmotor | L’intégration de DeepSeek dans les fonctions de cockpit intelligent | La disponibilité immédiate de toutes les fonctions sur l’ensemble de la gamme |
Ces communications doivent être replacées dans leur contexte commercial. Les constructeurs annoncent une capacité technologique, une feuille de route ou une première intégration. Entre une démonstration, une fonction proposée sur un modèle précis et une disponibilité généralisée dans des millions de véhicules, il peut y avoir plusieurs étapes : adaptation au matériel embarqué, tests, mises à jour logicielles, validation de la sécurité et éventuelles limites selon les marchés.
Ce qu’un modèle comme DeepSeek peut faire dans une voiture
Dans l’automobile, les modèles de langage sont particulièrement adaptés aux tâches qui demandent de comprendre ou de produire du texte et de la parole. Leur rôle le plus crédible, en l’état des annonces, est celui d’une interface plus souple entre le conducteur et le véhicule.
Ils peuvent notamment contribuer à :
- comprendre des instructions vocales plus longues et moins formatées ;
- dialoguer avec les fonctions de navigation, de divertissement ou de téléphone ;
- aider à rechercher une information dans le manuel du véhicule ;
- personnaliser certaines réponses de l’assistant embarqué ;
- traiter localement ou via le cloud des requêtes liées aux services du véhicule, selon l’architecture choisie par le constructeur.
En revanche, présenter DeepSeek-V3 comme un système qui optimiserait directement la batterie, garantirait une autonomie supérieure ou réduirait substantiellement le temps de recharge serait excessif sans résultats techniques publiés par les constructeurs. La gestion de l’énergie dépend de calculateurs, de capteurs, de logiciels de contrôle et de la chimie de la batterie. L’IA peut assister l’analyse de données ou la planification d’un trajet, mais elle ne remplace pas ces systèmes industriels.
Il en va de même pour la conduite autonome. Un modèle génératif peut aider à interpréter une demande vocale ou à expliquer une situation au passager. La perception de l’environnement, la décision en temps réel et le contrôle du véhicule exigent d’autres modèles, des capteurs et des mécanismes de sécurité redondants.
Annonces d’intégration et capacités réellement établies
Ce qui est annoncé
- Des constructeurs chinois veulent intégrer DeepSeek à leurs cockpits intelligents.
- Les assistants embarqués doivent mieux comprendre les requêtes formulées naturellement.
- Les modèles peuvent enrichir les fonctions de navigation, de recherche et de commande vocale.
- DeepSeek devient un élément de différenciation dans l’automobile connectée chinoise.
Ce qui reste à démontrer
- Un gain chiffré d’autonomie ou une réduction du temps de recharge attribuable à DeepSeek.
- Une conduite autonome assurée par DeepSeek-V3 ou DeepSeek-R1.
- Un déploiement commercial généralisé sur toutes les gammes annoncées.
- Des fonctions de contrôle moteur ou de détection d’obstacles dans les trottinettes à grande échelle.
Des trottinettes aux deux-roues : un potentiel, mais peu d’éléments vérifiables
L’idée d’installer une IA plus conversationnelle dans une trottinette électrique ou un autre deux-roues léger peut sembler séduisante. Dans les villes chinoises, où les vélos, scooters et cyclomoteurs électriques occupent une place considérable, un appareil connecté pourrait mieux guider son utilisateur, signaler un entretien nécessaire ou adapter certaines informations au trajet.
Mais il convient ici d’être précis sur les termes. En français, une « trottinette électrique » désigne généralement un engin de déplacement personnel debout. En Chine, les communications sur la mobilité électrique peuvent aussi concerner des vélos, des scooters ou des cyclomoteurs électriques, qui répondent à des usages et à des contraintes techniques très différents.
À la date de publication, il n’existe pas d’élément public suffisamment détaillé pour affirmer que DeepSeek ajuste déjà, à grande échelle, la puissance des moteurs de trottinettes selon l’environnement, anticipe les obstacles pour les usagers ou améliore de manière mesurée leur sécurité. De telles fonctions supposeraient des capteurs fiables, un calculateur embarqué, des règles de contrôle en temps réel et une responsabilité clairement établie en cas de défaillance.
L’intérêt est donc plausible, mais les bénéfices doivent être démontrés. Un assistant vocal ou une application connectée est techniquement bien plus simple à ajouter qu’un système qui intervient sur l’accélération ou le freinage. Dans un deux-roues léger, où le coût, l’autonomie et la résistance du matériel sont déterminants, chaque composant supplémentaire doit justifier son utilité.
Une compétition qui dépasse la simple commande vocale
L’adoption rapide de DeepSeek par des acteurs de l’automobile chinoise possède aussi une dimension stratégique. Le secteur automobile est devenu l’un des principaux terrains de compétition entre les entreprises technologiques, les constructeurs et les fournisseurs de puces. La voiture électrique est désormais un produit logiciel : elle reçoit des mises à jour, collecte des données et s’appuie sur des interfaces connectées.
Dans ce contexte, la disponibilité de modèles de langage chinois constitue un atout pour les fabricants locaux. Elle peut réduire leur dépendance à des solutions étrangères, faciliter l’adaptation linguistique et culturelle, et permettre une intégration plus étroite avec les plateformes numériques nationales. Elle nourrit aussi la concurrence avec les entreprises américaines de l’IA, souvent citées comme OpenAI ou Google.
Comparer directement les modèles reste néanmoins délicat. Un benchmark mesure une capacité donnée, dans des conditions données. Il ne dit pas, à lui seul, si un assistant fonctionne bien dans une voiture bruyante, s’il répond assez vite avec une connexion instable, s’il respecte la vie privée des occupants ou s’il résiste à des demandes imprévues. Dans l’automobile, l’expérience dépend autant de l’intégration réalisée par le constructeur que du modèle choisi.
Les données personnelles et la sécurité au centre des enjeux
Plus une voiture ou un deux-roues devient intelligent, plus il peut générer de données : position, trajets, commandes vocales, habitudes d’usage, contacts synchronisés ou informations provenant d’applications. L’arrivée d’un modèle de langage dans l’habitacle soulève donc des questions concrètes de confidentialité.
Les utilisateurs ont intérêt à savoir quelles données restent dans le véhicule, lesquelles sont envoyées vers des serveurs distants, pendant combien de temps elles sont conservées et s’ils peuvent désactiver certains services. La question est particulièrement importante pour la voix : une commande vocale pratique peut aussi contenir des informations sensibles sur les déplacements, le travail ou la vie familiale.
La sécurité informatique est l’autre condition incontournable. Un assistant embarqué connecté ne doit pas devenir une porte d’entrée vers des fonctions sensibles du véhicule. Les constructeurs doivent séparer rigoureusement les systèmes de confort et d’infodivertissement des calculateurs qui interviennent dans la conduite. Ils doivent aussi prévoir des mises à jour, des tests et des mécanismes permettant au conducteur de reprendre la main sans ambiguïté.
Ce qu’il faut surveiller dans les prochains mois
La vague d’annonces de février 2025 montre que DeepSeek est devenu un argument technologique pour les constructeurs chinois. La prochaine étape ne sera pas de multiplier les slogans, mais de rendre publiques des fonctions précises : quels modèles de voiture seront concernés, dans quelles versions logicielles, pour quels marchés et avec quelles limites d’usage.
Il faudra également observer si les intégrations restent confinées au cockpit intelligent ou si elles s’étendent à des services plus larges, tels que l’entretien prédictif, la gestion d’itinéraire et l’assistance après-vente. Dans les deux-roues, l’enjeu sera de distinguer l’ajout d’une application ou d’un assistant, relativement accessible, d’une véritable intervention de l’IA sur la conduite, beaucoup plus exigeante.
La réussite de DeepSeek dans la mobilité ne se mesurera donc pas seulement au nombre de partenariats annoncés. Elle dépendra de la fiabilité des produits, de leur coût, de la protection des données et de la capacité des fabricants à prouver un bénéfice tangible pour les conducteurs. C’est à cette condition que l’IA embarquée pourra devenir autre chose qu’une fonction de démonstration dans la course très disputée aux véhicules connectés.
Questions fréquentes
DeepSeek est-il déjà installé dans les voitures chinoises ?
Plusieurs constructeurs chinois, dont BYD, Geely, Great Wall Motor et Leapmotor, ont annoncé en février 2025 des intégrations ou des projets autour de DeepSeek. Cela ne signifie pas que tous leurs véhicules en circulation possèdent déjà ces fonctions. La disponibilité dépend des modèles, des versions logicielles et du calendrier de chaque constructeur.
DeepSeek peut-il améliorer l’autonomie d’une voiture électrique ?
Un modèle de langage peut aider à présenter des conseils de conduite, à planifier un itinéraire ou à expliquer des informations au conducteur. En revanche, aucune donnée publique ne permet, au 3 mars 2025, d’affirmer que DeepSeek améliore directement et de façon chiffrée l’autonomie, la recharge ou la gestion physique de la batterie d’un véhicule.
DeepSeek rend-il les voitures autonomes ?
Non. DeepSeek-V3 et DeepSeek-R1 sont des modèles de langage conçus pour traiter du texte, du code et des requêtes complexes. La conduite autonome exige des capteurs, des logiciels de perception, des systèmes de décision en temps réel et des dispositifs de sécurité spécifiques. Un assistant conversationnel peut compléter l’expérience à bord, mais il ne remplace pas cet ensemble.
DeepSeek est-il utilisé dans les trottinettes électriques en Chine ?
L’IA peut intéresser les fabricants de deux-roues pour la navigation, l’entretien ou les services connectés. Toutefois, les informations publiques disponibles au 3 mars 2025 ne permettent pas de confirmer un déploiement massif de DeepSeek dans des trottinettes, ni de mesurer des gains de sécurité, de puissance ou d’autonomie liés à cette intégration.
Quels sont les risques de l’IA dans une voiture connectée ?
Les principaux enjeux concernent la confidentialité des données, la cybersécurité et la clarté des responsabilités. Une voiture connectée peut traiter la position, la voix et les habitudes de déplacement de ses occupants. Les constructeurs doivent aussi isoler les fonctions de divertissement des systèmes critiques, afin qu’une erreur ou une attaque ne puisse pas affecter la conduite.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- DeepSeek, dépôt officiel du modèle DeepSeek-V3github.com/deepseek-ai/DeepSeek-V3
- DeepSeek, dépôt officiel du modèle DeepSeek-R1github.com/deepseek-ai/DeepSeek-R1
- Reuters, les constructeurs chinois accélèrent l’intégration de DeepSeek dans les voitures, 10 février 2025www.reuters.com/world/china/chinese-automakers-race-integrate-deepseek-ai-into-cars-2025-02-10
- Site officiel de DeepSeekwww.deepseek.com



