Scarlett Johansson dénonce un deepfake contre Kanye West et réclame des garde-fous
Utilisée sans autorisation dans une vidéo générée par IA visant Kanye West, Scarlett Johansson alerte sur un danger qui dépasse son cas personnel. L’actrice, qui condamne fermement l’antisémitisme, estime que les deepfakes menacent la confiance dans les images et appelle à une régulation plus protectrice.

Lorsqu’une personnalité apparaît dans une vidéo, le public suppose spontanément qu’elle a accepté d’y participer. Les outils d’intelligence artificielle générative rendent cette intuition de moins en moins fiable. Le cas de Scarlett Johansson, intégrée sans son accord à une séquence visant Kanye West, illustre ce basculement : une image convaincante peut désormais être fabriquée, diffusée et commentée avant même que la personne imitée puisse réagir.
Le 11 février 2025, l’actrice américaine a publiquement dénoncé l’utilisation de son visage dans cette vidéo. Sa prise de parole ne revient pas à minimiser les propos antisémites associés à Kanye West. Au contraire, elle souligne qu’une réponse à la haine ne devrait pas passer par l’appropriation de l’identité d’autres personnes. Pour Scarlett Johansson, le problème ne se limite donc ni à son statut de star ni au contenu polémique de la séquence : il touche à la possibilité, pour chacun, de distinguer le vrai du faux.
Une vidéo IA qui met en scène des célébrités sans leur accord
La vidéo à l’origine de la polémique a été réalisée par Ori Bejerano et diffusée sur les réseaux sociaux. Elle met en scène des versions générées par IA de nombreuses personnalités connues, parmi lesquelles Scarlett Johansson, Adam Sandler et Steven Spielberg. Plusieurs des personnes représentées sont juives. Elles y portent un même vêtement comportant une image conçue pour dénigrer Kanye West.
La séquence se présente comme une réaction aux déclarations antisémites récentes de Kanye West. Son intention revendiquée ne suffit toutefois pas à résoudre le problème posé par sa fabrication : les personnes dont les traits ont été reproduits n’ont pas donné leur consentement pour apparaître, prendre part à cette mise en scène ou être associées à ce message.
Scarlett Johansson a affirmé que son image avait été utilisée sans son accord et que cette pratique soulevait de graves questions éthiques. Cette précision est essentielle. Dans un contenu de ce type, le public ne voit pas seulement un montage ou une caricature : il peut croire qu’une personne réelle s’est exprimée, a endossé une campagne ou a apporté son soutien à une cause précise.
| Date | Événement | Ce qu’il faut comprendre |
|---|---|---|
| Début février 2025 | Kanye West fait à nouveau l’objet de critiques après des propos antisémites. | Le contexte explique la volonté de la vidéo de répondre à ses déclarations. |
| 10 février 2025 | Une vidéo générée par IA mettant en scène plusieurs célébrités circule sur les réseaux sociaux. | Les visages de personnalités publiques sont employés sans autorisation connue. |
| 11 février 2025 | Scarlett Johansson réagit publiquement. | Elle dénonce le deepfake tout en réaffirmant son rejet de l’antisémitisme. |
| 12 février 2025 | Le débat s’élargit à la régulation de l’IA. | La controverse rappelle les limites des protections actuelles contre les répliques numériques. |
Pourquoi Scarlett Johansson condamne aussi la méthode employée
L’actrice ne place pas sur le même plan l’antisémitisme et la création d’une vidéo truquée. Elle rappelle son opposition sans ambiguïté à toute forme de discours haineux. Mais elle refuse que son identité soit mobilisée à son insu, y compris pour porter un message qu’elle pourrait, sur le fond, partager.
C’est le cœur de son avertissement. Si une technologie permet de mettre des mots, un visage, un geste ou une intention dans la bouche de n’importe qui, son utilisation ne peut pas être jugée uniquement à l’aune de la cause défendue. Une image falsifiée peut soutenir une campagne positive aujourd’hui et servir demain à humilier, escroquer, menacer ou désinformer.
L’actrice a déjà été confrontée publiquement aux détournements permis par les outils génératifs. En 2023, elle s’était opposée à l’utilisation de sa voix dans une publicité produite avec l’IA. Dans sa déclaration de février 2025, elle insiste sur le fait que l’exposition médiatique des célébrités ne doit pas masquer l’enjeu général : la menace concerne aussi des inconnus, dont les moyens de défense sont souvent plus limités.
Deux enjeux que Scarlett Johansson distingue
Le discours visé
- L’actrice affirme n’avoir aucune tolérance envers l’antisémitisme et les discours haineux.
- La vidéo entend répondre aux déclarations antisémites attribuées à Kanye West.
- Le rejet de la haine constitue une position de fond assumée par Scarlett Johansson.
Le procédé contesté
- Son visage a été reproduit par IA sans son consentement.
- Le deepfake lui prête une présence dans une campagne qu’elle n’a pas choisie.
- Selon l’actrice, cette méthode fragilise la confiance collective dans les images.
- Le risque concerne les célébrités comme les citoyens ordinaires.
Qu’est-ce qu’un deepfake, et pourquoi est-il si difficile à encadrer ?
Le mot « deepfake » désigne un contenu audio, visuel ou vidéo modifié ou créé à l’aide de techniques d’intelligence artificielle, de façon à faire croire qu’une personne a prononcé des paroles ou accompli des actes qu’elle n’a jamais réalisés. Les systèmes actuels peuvent générer un visage, synchroniser des lèvres avec une voix artificielle, imiter une voix existante ou insérer une personne dans une scène.
Ces procédés ne sont pas tous illicites par nature. Le cinéma, le doublage, la parodie ou la reconstitution historique peuvent utiliser des techniques voisines, avec l’autorisation des intéressés, dans un cadre contractuel et avec une information adéquate du public. La difficulté commence lorsque l’outil efface le consentement ou entretient volontairement la confusion.
Dans le cas de la vidéo dénoncée par Scarlett Johansson, les risques sont multiples :
- faire croire qu’une célébrité a participé à un message politique ou militant ;
- porter atteinte à son image et à sa réputation ;
- brouiller les repères du public face à un contenu présenté comme crédible ;
- banaliser une méthode réutilisable contre toute personne disposant de photos ou de vidéos accessibles en ligne.
La qualité technique n’est d’ailleurs pas le seul facteur de danger. Même une imitation imparfaite peut être très largement partagée si elle suscite l’indignation, l’amusement ou la polarisation. Une fois reprise, recadrée ou sortie de son contexte, elle peut atteindre un public qui n’a jamais vu le contenu initial ni ses éventuels avertissements.
Un problème qui dépasse largement Hollywood
Le cas de Scarlett Johansson s’inscrit dans une inquiétude plus large chez les artistes et les personnalités publiques. Taylor Swift a notamment été visée, en janvier 2024, par la diffusion massive d’images sexuellement explicites créées sans son consentement. Morgan Freeman a, lui aussi, averti le public contre des contenus en ligne imitant sa voix et son apparence.
Ces affaires ne sont pas identiques. Certaines relèvent de l’exploitation commerciale, d’autres de la désinformation, du harcèlement sexuel, de l’usurpation d’identité ou de la satire politique. Elles ont toutefois un point commun : elles exposent les lacunes d’un environnement numérique dans lequel l’image et la voix d’une personne peuvent être reproduites à faible coût et à grande échelle.
Pour les personnes non célèbres, les conséquences peuvent être particulièrement lourdes. Une fausse vidéo peut nuire à une recherche d’emploi, à une relation familiale ou à une réputation locale. Des imitations vocales sont aussi utilisées dans des tentatives d’arnaque, par exemple lorsqu’un proche semble demander de l’argent dans l’urgence. La célébrité donne davantage de visibilité à une victime, mais elle ne protège pas mécaniquement contre la diffusion initiale du faux.
Quelles protections existent aux États-Unis et en Europe ?
Dans son appel, Scarlett Johansson demande aux autorités américaines de traiter l’encadrement de l’IA comme une priorité. Elle regrette que le gouvernement fédéral ne parvienne pas à adopter des règles capables de protéger l’ensemble des citoyens contre les dangers imminents liés à cette technologie.
Aux États-Unis, la protection de l’image et de l’identité repose en grande partie sur des lois adoptées État par État, ainsi que sur des dispositifs liés au droit à la vie privée, à la diffamation ou au droit de publicité. Cette mosaïque juridique rend les recours difficiles à comprendre et variables selon le lieu, la nature du contenu, son usage commercial ou son caractère parodique.
Au niveau fédéral, des parlementaires ont de nouveau présenté, en janvier 2025, le projet de loi NO FAKES Act, consacré à la protection contre les répliques numériques non autorisées. À la date du 12 février 2025, ce texte demeure une proposition : il ne constitue pas une protection fédérale déjà applicable.
L’Union européenne avance selon une autre logique avec l’AI Act, entré en vigueur le 1er août 2024. Le règlement prévoit notamment des obligations de transparence pour certains contenus artificiellement générés ou manipulés, dont les deepfakes. Pour les obligations de marquage prévues dans ce cadre, l’application est attendue à partir d’août 2026. Ces règles ne dispenseront pas les plateformes, les créateurs et les utilisateurs de respecter les autres droits applicables, notamment ceux relatifs à l’image, aux données et à la dignité des personnes.
Que faire lorsqu’on découvre un contenu falsifié ?
La réaction la plus utile consiste d’abord à éviter de relayer la vidéo, même pour la dénoncer, car chaque partage peut accroître sa visibilité. Il est préférable de conserver des éléments de preuve, comme des captures d’écran, le nom du compte, la date de publication et le contexte de diffusion, puis d’utiliser les outils de signalement proposés par la plateforme.
Lorsqu’un contenu porte atteinte à une personne identifiable, un conseil juridique ou l’aide d’une association compétente peut être nécessaire. Dans les situations d’escroquerie, de menaces ou de diffusion d’images intimes non consenties, le signalement aux autorités compétentes est particulièrement important. La rapidité compte, mais la conservation des preuves l’est tout autant : un contenu supprimé peut laisser des traces de sa circulation.
Le public a aussi un rôle à jouer. Avant de commenter ou partager une vidéo spectaculaire, il faut se demander qui l’a publiée, à quelle fin, si la personne concernée l’a confirmée et si des médias fiables ont établi son authenticité. Cette prudence ne résout pas tout, mais elle limite la portée des manipulations qui reposent sur la viralité.
Ce qu’il faut surveiller après cette affaire
L’intervention de Scarlett Johansson met en lumière une tension appelée à se renforcer : les outils de création deviennent plus accessibles, tandis que le droit, les plateformes et les réflexes du public tentent de suivre leur rythme. Le débat ne porte plus seulement sur la capacité technique de fabriquer un faux. Il porte sur les conditions dans lesquelles une société peut encore accorder sa confiance à ce qu’elle voit et entend.
Trois évolutions seront déterminantes. D’abord, l’adoption ou non de lois protégeant explicitement les voix, visages et répliques numériques aux États-Unis. Ensuite, l’efficacité des dispositifs de transparence et de modération prévus par les plateformes et, en Europe, par l’AI Act. Enfin, la capacité des citoyens à exiger une preuve d’authenticité avant de considérer qu’une vidéo engage réellement la personne qu’elle représente.
L’affaire rappelle une règle simple, mais fondamentale : ni la popularité d’une personne, ni la valeur supposée d’un message ne devraient autoriser quelqu’un à fabriquer son identité numérique sans son consentement.
Questions fréquentes
Scarlett Johansson a-t-elle autorisé la vidéo générée par IA ?
Non. Scarlett Johansson a déclaré ne pas avoir donné son consentement pour que son image soit utilisée dans cette vidéo. Elle a dénoncé une reproduction de son apparence par intelligence artificielle au sein d’un message auquel elle n’avait pas choisi de participer. Sa réaction porte donc d’abord sur l’absence d’autorisation et sur les risques éthiques du procédé.
Pourquoi Scarlett Johansson parle-t-elle de Kanye West dans cette affaire ?
La vidéo qui utilise son image vise Kanye West et se présente comme une réponse à ses déclarations antisémites récentes. Scarlett Johansson affirme elle-même rejeter fermement l’antisémitisme. Mais elle estime qu’employer un deepfake, même au service d’une cause opposée à la haine, reste dangereux car cela utilise l’identité de personnes réelles sans leur accord.
Un deepfake est-il toujours illégal ?
Non, pas automatiquement. Une création synthétique peut relever de la fiction, de la satire ou de la création audiovisuelle, notamment lorsqu’elle est clairement identifiée et réalisée avec les autorisations nécessaires. En revanche, un deepfake peut enfreindre plusieurs droits s’il trompe le public, utilise sans accord l’image ou la voix d’une personne, diffame, harcèle ou sert une escroquerie.
Comment signaler une vidéo deepfake qui usurpe une identité ?
Il faut éviter de la partager, conserver des preuves de sa publication, puis utiliser le mécanisme de signalement de la plateforme qui l’héberge. Les captures d’écran, le nom du compte, la date et l’adresse de la publication peuvent être utiles. En cas d’arnaque, de menace, de harcèlement ou d’images intimes non consenties, il est recommandé d’alerter également les autorités compétentes.
Quelles règles sur les deepfakes sont prévues en Europe en 2025 ?
L’AI Act européen est entré en vigueur le 1er août 2024 et prévoit des obligations de transparence pour certains contenus générés ou manipulés par IA, dont les deepfakes. Les obligations spécifiques de marquage doivent s’appliquer à partir d’août 2026. D’ici là, d’autres règles, notamment sur le droit à l’image, la protection des données et les contenus illicites, continuent de s’appliquer.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- People, déclaration de Scarlett Johansson sur la vidéo IApeople.com
- Commission européenne, cadre réglementaire européen sur l’intelligence artificielledigital-strategy.ec.europa.eu/en/policies/regulatory-framework-ai
- Congrès des États-Unis, base officielle des projets de loi fédérauxwww.congress.gov



