Kanye West et le t-shirt à croix gammée : la vidéo IA qui brouille les réactions
Après une publicité diffusée autour du Super Bowl, Kanye West a mis en avant un t-shirt à croix gammée, suscitant de vives condamnations. Une vidéo générée par IA, montrant notamment Scarlett Johansson et David Schwimmer, a amplifié la controverse. Mais le procédé soulève aussi une question centrale : peut-on combattre un discours haineux avec des images fabriquées de personnes réelles ?

Une publicité associée à Kanye West, diffusée à l’occasion du Super Bowl du 9 février 2025, a déclenché une nouvelle vague d’indignation. Le renvoi vers la promotion d’un t-shirt à croix gammée a provoqué des réactions dans le monde du spectacle et bien au-delà. Dans le même temps, une vidéo générée par intelligence artificielle montrant des célébrités, dont Scarlett Johansson et David Schwimmer, est devenue virale. Son message condamne l’antisémitisme, mais ses images artificielles imposent une distinction essentielle : les personnes dont le visage apparaît à l’écran ne doivent pas être considérées, par défaut, comme les auteures ou les participantes de cette vidéo.
Cette affaire concentre deux sujets qui dépassent le seul cas de Kanye West, aussi connu sous le nom de Ye. D’un côté, elle interroge la responsabilité d’une personnalité disposant d’une audience mondiale lorsqu’elle mobilise un symbole associé au nazisme. De l’autre, elle montre comment l’IA générative peut rendre une campagne de protestation extrêmement visible tout en brouillant la frontière entre une déclaration réelle et une séquence fabriquée.
Ce qui a provoqué la polémique autour du Super Bowl
Le Super Bowl est l’un des événements télévisés les plus regardés aux États-Unis. La publicité qui y est associée représente donc une vitrine exceptionnelle, y compris lorsqu’elle sert surtout à diriger le public vers un site de vente. Dans ce cas, la controverse est liée à la mise en avant d’un t-shirt comportant une croix gammée, un emblème indissociable du régime nazi dans ce contexte.
La séquence survient après de nouvelles publications de Kanye West sur X. Selon les éléments rapportés, l’artiste a tenu pendant 12 heures une série de propos comprenant une apologie d’Adolf Hitler et a affirmé qu’il ne souhaitait plus travailler avec des personnes juives. Il a ensuite minimisé la gravité de ses déclarations, les présentant comme une forme de « coup de génie social ». Ces propos et la commercialisation du vêtement ont nourri une indignation particulièrement forte.
| Repère | Événement rapporté | Enjeu soulevé |
|---|---|---|
| 9 février 2025 | Une publicité liée à Kanye West est diffusée durant le Super Bowl et renvoie vers la promotion de son activité commerciale. | L’événement offre une exposition considérable à la démarche. |
| Après la diffusion | Un t-shirt à croix gammée est mis en avant, provoquant des condamnations immédiates. | La banalisation d’un symbole nazi dans une opération commerciale. |
| Février 2025 | Une vidéo générée par IA utilisant l’apparence de célébrités circule sur les réseaux sociaux. | Le message antiraciste est mêlé aux risques de confusion propres aux deepfakes. |
| Février 2025 | Des personnalités et des professionnels du divertissement prennent publiquement leurs distances avec Kanye West. | La question des conséquences professionnelles et de la modération des plateformes est relancée. |
La croix gammée possède une histoire antérieure au nazisme dans plusieurs cultures, mais son emploi dans une communication liée à l’imagerie nazie ne peut être dissocié de cette charge historique. Le régime hitlérien a orchestré l’extermination de six millions de Juifs d’Europe pendant la Shoah. Dans ce contexte, la reprise commerciale de ce signe ne relève pas d’une provocation abstraite : elle s’inscrit dans une histoire de persécution, de haine et de violence de masse.
Une vidéo IA devenue virale, mais pas une tribune authentique des stars
C’est dans ce climat qu’a circulé une vidéo conçue avec l’intelligence artificielle et attribuée à Ori Bejerano, présenté comme un spécialiste israélien de l’IA. Le clip fait apparaître plusieurs figures connues, parmi lesquelles Scarlett Johansson, David Schwimmer et Sacha Baron Cohen. Elles y portent des t-shirts dont le message visuel s’oppose à celui promu par Kanye West.
L’intention du créateur est explicite : dénoncer ce qu’il décrit comme une provocation délibérée contre les Juifs et alerter sur la normalisation possible de symboles nazis. La rapidité de diffusion du montage démontre l’efficacité d’un tel format. Quelques secondes d’images, des visages immédiatement reconnaissables et un message visuel simple suffisent à attirer l’attention sur les réseaux sociaux.
Mais cette efficacité est aussi sa faiblesse. Une vidéo générée par IA peut donner au public l’impression qu’une personnalité a tourné une séquence, approuvé son montage ou prononcé un message, alors que son image a simplement été reproduite artificiellement. Dans une affaire aussi sensible, la précision n’est pas un détail technique : elle conditionne la confiance accordée au message.
Scarlett Johansson, dont l’apparence est utilisée dans le clip, a d’ailleurs dénoncé l’emploi non autorisé de son image par IA dans une déclaration relayée par la presse. Sa position met en lumière un paradoxe : la vidéo entend combattre l’antisémitisme, mais elle le fait en prêtant une présence et une expression à des personnes réelles sans que leur participation au projet soit établie.
Vidéo IA et prises de position réelles : ce que les images permettent d’affirmer
Ce que le clip généré par IA montre
- Des versions synthétiques de célébrités connues, créées pour porter un message antiraciste.
- Une mise en scène visuelle opposée au t-shirt promu par Kanye West.
- Une volonté de rendre la protestation immédiatement visible et partageable sur les réseaux sociaux.
- Le point de vue de son créateur, Ori Bejerano, sur la banalisation de symboles nazis.
Ce que le clip ne prouve pas
- Que les célébrités représentées ont tourné, validé ou diffusé elles-mêmes la vidéo.
- Que leurs paroles, gestes ou vêtements dans le montage correspondent à une déclaration authentique.
- Que toutes les personnes dont le visage apparaît ont donné leur consentement.
- Que le caractère antiraciste du message efface les questions de droit à l’image et de transparence.
Pourquoi la distinction entre vidéo IA et réactions réelles est décisive
Un deepfake est un contenu synthétique qui utilise des outils d’intelligence artificielle pour imiter l’apparence, la voix ou les gestes d’une personne. Les technologies génératives peuvent aujourd’hui produire des montages très convaincants à partir d’images accessibles publiquement. Le résultat ne doit pourtant jamais être traité comme une preuve qu’une personne a parlé, agi ou donné son accord.
Dans cette affaire, il convient donc de séparer deux plans. Le premier est celui du message politique et moral porté par le montage : le refus de l’antisémitisme et de la banalisation de l’imagerie nazie. Le second est celui du procédé : l’utilisation d’identités visuelles de célébrités pour donner de la force à ce message.
Cette nuance ne revient pas à relativiser la gravité des propos reprochés à Kanye West. Elle rappelle qu’une mobilisation contre la haine gagne à être transparente sur ses moyens. Employer l’image d’une personne sans son autorisation peut entraîner de la confusion, détourner la discussion vers la fabrication du clip et exposer la personne imitée à des associations qu’elle n’a pas choisies.
La question juridique dépend ensuite de nombreux paramètres, notamment du pays concerné, de la manière dont le contenu est diffusé, de son caractère trompeur et de l’atteinte potentielle au droit à l’image ou à la réputation. Il serait imprudent d’en tirer une réponse automatique à partir du seul mot « deepfake ». L’enjeu éthique, lui, est immédiat : une technologie capable de simuler une adhésion publique exige une vigilance renforcée de la part de ses créateurs, des plateformes et des internautes.
Des condamnations réelles à Hollywood et dans l’industrie
La vidéo IA n’est pas la seule source de protestation. Des prises de position authentiques ont été exprimées par plusieurs personnalités du monde du cinéma et de la télévision. Isla Fisher a fait part de son dégoût sur Instagram et a appelé à ne pas tolérer ce type de comportement. Son intervention s’inscrit dans une série de réactions publiques face aux déclarations antisémites de Kanye West.
David Schwimmer a également dénoncé les propos de l’artiste, notamment son auto-identification comme nazi. L’acteur a demandé à X de suspendre le compte de Kanye West, soulignant que les discours de haine peuvent avoir des conséquences concrètes pour les personnes visées. Son message, résumé par la formule « Le silence est complicité », appelle les plateformes comme le public à ne pas traiter ces déclarations comme une simple polémique de célébrité.
Le monde professionnel a aussi réagi. L’agence de talents 33 & West a annoncé ne plus représenter Kanye West. Son agent, Daniel McCartney, a expliqué sur Instagram ne plus pouvoir soutenir des propos haineux. Cette décision rappelle que les controverses liées à des discours de haine peuvent avoir des effets directs sur les relations commerciales, la représentation artistique et la capacité d’un artiste à conserver des partenaires.
Il ne faut pas pour autant réduire ces réactions à une opposition entre célébrités. Les enjeux sont plus larges : les propos de personnalités très suivies peuvent modifier ce qui paraît acceptable dans l’espace public, encourager des comportements hostiles ou faire peser un sentiment d’insécurité sur les groupes ciblés.
Les plateformes face à la diffusion de la haine et des contenus synthétiques
L’épisode met les plateformes numériques devant une double responsabilité. Elles doivent d’abord décider comment appliquer leurs règles face aux propos haineux tenus par des comptes très suivis. L’appel de David Schwimmer à une suspension sur X pose directement la question de la cohérence de la modération : les règles doivent-elles s’appliquer avec la même fermeté aux vedettes qu’aux autres utilisateurs ?
Elles doivent aussi mieux encadrer les contenus générés par IA. Une mention claire signalant qu’une séquence est synthétique ne résout pas tous les problèmes, mais elle limite le risque que le public confonde un montage militant avec une intervention authentique. Cette transparence est d’autant plus importante lorsque le contenu représente des personnes connues, dont l’image crée instantanément un effet de crédibilité.
Pour les internautes, plusieurs réflexes sont utiles avant de partager une vidéo frappante : vérifier qui l’a publiée, chercher si les personnes montrées l’ont relayée elles-mêmes, repérer les indices de génération artificielle et privilégier les déclarations publiées par les intéressés ou leurs représentants. Il ne s’agit pas de nier l’émotion suscitée par une séquence, mais d’éviter que la viralité ne transforme une imitation en faux témoignage.
Ce qu’il faut surveiller après cette affaire
Au 12 février 2025, trois éléments méritent une attention particulière. Le premier concerne les suites professionnelles et commerciales de la controverse pour Kanye West, après la rupture annoncée avec 33 & West. Le deuxième porte sur les choix de modération de X et des autres plateformes lorsque des propos antisémites sont tenus par des personnalités disposant d’une audience massive.
Le troisième est plus large : il concerne l’usage de l’IA dans le débat public. Les outils capables de créer de faux visages, de fausses voix et de fausses scènes peuvent servir à informer, satiriser ou mobiliser. Ils peuvent aussi rendre l’origine d’un message impossible à discerner au premier regard. Cette affaire rappelle que la lutte contre la haine ne dispense pas de l’exigence de vérité sur les images que l’on produit et que l’on partage.
La réponse à l’antisémitisme passe par des condamnations claires, des règles appliquées avec constance et une meilleure culture de l’information. À l’ère des contenus synthétiques, elle passe également par une question simple, mais décisive : qui parle réellement dans la vidéo que nous regardons ?
Questions fréquentes
La publicité du Super Bowl montrait-elle directement le t-shirt à croix gammée ?
La controverse rapportée est liée à une publicité associée à Kanye West, diffusée pendant le Super Bowl du 9 février 2025, qui renvoyait vers la promotion de son activité commerciale. Le point central est la mise en avant du t-shirt à croix gammée qui a suivi ce renvoi. Il faut donc distinguer le contenu précis du spot et le produit promu via le site.
Les célébrités de la vidéo contre Kanye West ont-elles réellement participé au clip ?
Non, leur apparition dans une vidéo générée par IA ne constitue pas une preuve de participation. Le montage attribué à Ori Bejerano utilise notamment l’apparence de Scarlett Johansson, David Schwimmer et Sacha Baron Cohen. Scarlett Johansson a dénoncé l’usage non autorisé de son image. Une vidéo virale doit donc être distinguée des prises de parole directes et vérifiables des personnes montrées.
Quelles célébrités ont réellement réagi aux propos de Kanye West ?
Isla Fisher a exprimé son rejet sur Instagram et appelé à ne pas tolérer ce comportement. David Schwimmer a aussi condamné les propos de Kanye West et demandé à X de suspendre son compte, estimant que les discours de haine ont des effets réels. Ces prises de position publiques sont distinctes de leurs éventuelles représentations dans des contenus générés par IA.
Un deepfake de célébrité est-il forcément illégal ?
Pas automatiquement. La légalité dépend notamment du pays, du consentement de la personne imitée, de la façon dont le contenu est présenté, de son potentiel trompeur et du préjudice éventuel. Même lorsqu’un montage poursuit un objectif militant, il peut soulever des questions de droit à l’image, de réputation et de transparence. L’enjeu éthique existe avant même qu’un tribunal ne se prononce.
Pourquoi cette affaire concerne-t-elle autant l’intelligence artificielle ?
L’IA a permis de fabriquer rapidement une vidéo capable de donner l’impression que plusieurs stars s’expriment ensemble. Cette capacité augmente la portée d’un message, mais fragilise aussi les repères du public. Dans le cas présent, l’outil sert à dénoncer l’antisémitisme tout en créant un risque de confusion sur l’identité des personnes qui parlent réellement.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Reuters, couverture de l’actualité internationale et des réactions liées à Kanye West en février 2025www.reuters.com
- NBC News, informations sur la déclaration de Scarlett Johansson concernant la vidéo générée par IAwww.nbcnews.com
- Anti-Defamation League, ressources sur l’antisémitisme et les symboles de hainewww.adl.org
- CNIL, ressources françaises sur l’intelligence artificielle et les données personnelleswww.cnil.fr/fr/intelligence-artificielle



