Gaokao 2025 : la Chine coupe des fonctions d’IA pour contenir la triche
Pendant le gaokao 2025, les autorités chinoises ont combiné l’interdiction des smartphones, des restrictions sur certaines IA et une surveillance renforcée. Face aux assistants capables d’analyser une photo et de répondre instantanément, l’enjeu est de protéger l’équité d’un examen décisif pour 13,4 millions de candidats.

À l’heure où un assistant conversationnel peut résoudre une équation, commenter un texte ou extraire une réponse d’une photographie en quelques secondes, les examens surveillés doivent s’adapter. En Chine, la session 2025 du gaokao a donné lieu à une réponse particulièrement ferme : les téléphones ont été exclus des salles et plusieurs services d’intelligence artificielle ont limité des fonctions pouvant faciliter la triche.
La mesure ne vise pas à interdire l’IA dans la vie quotidienne des élèves. Elle répond à une situation très précise : empêcher qu’un sujet photographié pendant une épreuve puisse être transmis à un outil capable d’en proposer une solution immédiate. Pour environ 13,4 millions de candidats attendus cette année, la fiabilité du gaokao reste un enjeu scolaire, social et professionnel considérable.
Le gaokao, un examen qui pèse sur l’avenir universitaire
Le gaokao, contraction de l’expression chinoise désignant l’examen national d’entrée dans l’enseignement supérieur, est souvent comparé au baccalauréat français en raison de son importance symbolique. La comparaison a ses limites : le gaokao joue surtout un rôle central dans l’accès aux universités et dans l’orientation future des élèves.
La session 2025 s’est tenue du 7 au 10 juin. Pour les lycéens qui s’y présentent, le résultat peut peser fortement sur l’établissement qu’ils pourront intégrer et, par conséquent, sur leurs perspectives d’études puis d’emploi. Dans un système où un même examen concerne un nombre aussi élevé de candidats, le soupçon d’une inégalité d’accès aux réponses prend une dimension collective.
La lutte contre la fraude n’est donc pas nouvelle. Les téléphones portables sont déjà interdits pendant les épreuves, car ils peuvent servir à communiquer avec l’extérieur, à consulter des documents ou à accéder au web. L’essor de l’IA générative ajoute toutefois un risque spécifique : il ne s’agit plus seulement de trouver une information, mais de demander à une machine de l’interpréter et de formuler une réponse adaptée à la question.
Pourquoi l’IA change la nature de la triche aux examens
Des services comme ChatGPT, Gemini ou Mistral AI ont rendu l’assistance conversationnelle familière à une partie du grand public. Ils peuvent expliquer un raisonnement, résumer un texte, traduire une phrase ou produire une rédaction. Hors d’une salle d’examen, ces usages peuvent servir à réviser, à comprendre une leçon ou à s’entraîner.
Pendant une épreuve individuelle et surveillée, le cadre est tout autre. Le candidat est censé démontrer ses propres connaissances et sa capacité à raisonner sans aide extérieure. Une réponse fournie en temps réel par une IA ferait disparaître cette distinction, même si l’outil se trompe parfois ou fournit une explication incomplète.
Le risque ne se résume pas aux réponses parfaitement exactes. Une IA peut aussi donner une piste de résolution, rappeler une formule, proposer un plan ou reformuler une question difficile. Dans un concours ou un examen à fort enjeu, quelques indications peuvent suffire à créer un avantage entre un élève qui contourne les règles et celui qui les respecte.
C’est pourquoi l’interdiction matérielle des smartphones et le blocage de certaines fonctions logicielles répondent à deux scénarios distincts. Le premier cherche à empêcher l’entrée de l’outil dans la salle. Le second réduit son utilité potentielle si une personne tente malgré tout de transmettre une image du sujet à une application.
Des fonctions de photo temporairement limitées dans des applications d’IA
Pendant la période du gaokao, certaines applications chinoises d’IA ont empêché l’envoi de photos ou limité des fonctions susceptibles d’être détournées. Les services cités comprennent notamment Qwen, Doubao et DeepSeek. YuanBao est également mentionné parmi les applications affectées par les restrictions liées à l’examen.
Concrètement, l’objectif était d’empêcher un utilisateur de photographier un sujet et de demander à l’outil de le résoudre. Lorsqu’une demande s’apparentait à une sollicitation de réponses pour l’examen, les applications renvoyaient un message indiquant que cette utilisation contrevenait à leurs conditions d’utilisation.
Cette décision est importante à distinguer d’une coupure générale de l’intelligence artificielle. Les autorités et les entreprises concernées n’ont pas supprimé l’existence de ces assistants. Elles ont cherché à neutraliser temporairement, dans le contexte très particulier des épreuves, la fonction la plus directement exploitable pour tricher : l’analyse d’une photographie de sujet.
| Risque pendant une épreuve | Réponse mise en avant lors du gaokao 2025 | Limite à garder en tête |
|---|---|---|
| Un candidat consulte une IA depuis son téléphone | Les smartphones sont interdits dans les salles | L’interdiction doit être effectivement contrôlée à l’entrée et pendant l’épreuve |
| Une photo de sujet est envoyée à un assistant | Des applications ont restreint l’envoi ou l’analyse de photos liées à l’examen | Le blocage ne couvre pas nécessairement tous les services et tous les détournements possibles |
| Des candidats communiquent discrètement | Des outils de surveillance cherchent des signaux suspects | Un comportement inhabituel n’est pas automatiquement une preuve de fraude |
La démarche repose ainsi sur une forme de responsabilité partagée. Les organisateurs doivent sécuriser les lieux d’examen, les candidats respecter les règles et les fournisseurs d’outils numériques éviter que leurs produits ne servent directement à contourner un contrôle académique.
Caméras intelligentes et micros : une surveillance renforcée dans les salles
Les restrictions appliquées aux logiciels ne constituent qu’un volet de la réponse chinoise. Dans plusieurs provinces, les autorités ont également déployé des caméras intelligentes et des micros pour repérer des communications inhabituelles entre candidats.
Ces dispositifs visent notamment les murmures, les échanges ou les comportements visuels jugés trop fréquents. L’ambition est d’identifier rapidement une situation qui pourrait révéler une fraude, afin que les surveillants puissent intervenir. Dans des salles accueillant de nombreux candidats, la technologie est présentée comme un moyen d’étendre la capacité d’observation humaine.
Il faut néanmoins distinguer détection et décision. Une caméra ou un micro peut signaler un événement, par exemple une conversation présumée ou un mouvement répété. Il ne peut pas, à lui seul, établir avec certitude l’intention d’un candidat. Le jugement humain demeure essentiel pour éviter qu’un geste banal, un regard ou un bruit ambiant ne soient interprétés trop vite comme une tentative de triche.
Cette nuance est particulièrement importante dans le cadre du gaokao. Pour les élèves, l’examen est déjà associé à une forte pression. Ajouter des outils capables de relever chaque comportement suspect peut renforcer le sentiment d’être observé en permanence, y compris chez des candidats qui respectent scrupuleusement les règles.
Deux leviers contre la triche assistée par l’IA
Prévention numérique
- Bloque ou limite l’envoi de photos à certaines applications d’IA.
- Réduit la possibilité d’obtenir une réponse automatisée depuis un sujet photographié.
- Agit avant qu’une réponse ne soit transmise au candidat.
- Peut refuser par précaution des demandes pourtant légitimes.
Surveillance en salle
- S’appuie sur des caméras intelligentes et des micros dans plusieurs provinces.
- Cherche des communications, murmures ou comportements inhabituels.
- Peut alerter les surveillants face à une situation suspecte.
- N’établit pas seule qu’une fraude a réellement été commise.
Une réponse préventive, mais aussi dissuasive
La Chine cherche ici moins à traiter une fraude après coup qu’à la rendre plus difficile avant qu’elle ne se produise. L’interdiction du téléphone réduit l’accès au matériel. La limitation de l’envoi de photos réduit la possibilité d’utiliser une IA comme correcteur clandestin. Enfin, les caméras et les micros visent à décourager les échanges entre candidats.
Cette superposition de mesures répond à un constat simple : aucune barrière, prise isolément, n’est infaillible. Un règlement peut être enfreint, un appareil peut être dissimulé et une nouvelle application peut apparaître. L’efficacité dépend donc de l’articulation entre les règles, la surveillance des centres d’examen et la coopération des plateformes technologiques.
Le revers de cette stratégie est la pression accrue qu’elle peut faire peser sur les élèves. Le stress est inhérent à un examen aussi déterminant. La perception d’une surveillance renforcée peut rendre l’expérience encore plus éprouvante, notamment lorsque les systèmes automatisés cherchent des signaux de comportements inhabituels.
Les frustrations exprimées par certains utilisateurs d’applications d’IA illustrent aussi une difficulté pratique. Pendant la période de restriction, des personnes ont pu voir des demandes sans rapport avec une fraude refusées par les chatbots. Un mécanisme de précaution conçu pour bloquer les sujets d’examen peut en effet manquer de contexte et traiter avec excès certaines requêtes légitimes.
L’équité des examens face à l’innovation rapide
Le cas du gaokao met en lumière une question qui dépasse la Chine : comment définir une évaluation juste à l’ère des assistants génératifs ? Si un devoir à la maison peut être préparé avec une IA, faut-il l’interdire, l’encadrer ou demander aux élèves de déclarer son usage ? Et lorsqu’il s’agit d’un examen surveillé, comment empêcher l’aide numérique sans multiplier des contrôles disproportionnés ?
La réponse dépend du type d’épreuve. Un exercice qui mesure la mémorisation, une dissertation qui évalue l’argumentation et un problème scientifique qui teste le raisonnement ne posent pas exactement les mêmes questions. L’IA pousse les établissements à préciser ce qu’ils veulent réellement mesurer : la restitution de connaissances, la méthode, l’esprit critique, l’originalité ou la capacité à utiliser des outils.
Dans le cas du gaokao, le choix est clair pour les épreuves de juin 2025 : l’examen doit refléter les compétences propres du candidat, sans assistance extérieure. Les restrictions temporaires imposées aux applications d’IA s’inscrivent dans cette logique d’égalité de traitement entre tous les participants.
Ce qu’il faut surveiller après le gaokao 2025
La question centrale sera celle de l’efficacité à long terme. Les outils d’IA évoluent vite, tout comme les méthodes de contournement possibles. Empêcher le dépôt d’une photo dans quelques applications peut réduire un risque immédiat, mais ne supprime pas automatiquement toutes les voies d’accès à une assistance numérique.
Les autorités éducatives devront aussi évaluer la fiabilité des dispositifs de surveillance. Un système utile doit pouvoir aider à repérer une fraude sans multiplier les alertes injustifiées ni faire peser une suspicion excessive sur les candidats. La transparence sur le rôle exact de ces technologies et sur l’intervention humaine sera déterminante pour leur acceptation.
Enfin, l’épisode rappelle que l’éducation ne peut pas seulement répondre à l’IA par l’interdiction. En dehors des examens, élèves et enseignants auront besoin de règles compréhensibles pour apprendre à utiliser ces outils avec discernement. Préserver l’intégrité d’une épreuve et former à un usage responsable de l’IA ne sont pas deux objectifs contradictoires : ce sont les deux faces d’une même transformation de l’école.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le gaokao en Chine ?
Le gaokao est l’examen national chinois qui joue un rôle déterminant dans l’accès à l’enseignement supérieur. Il est souvent rapproché du baccalauréat français, mais il sert surtout de référence majeure pour l’admission universitaire. En 2025, environ 13,4 millions de candidats étaient attendus pour le passer du 7 au 10 juin.
Pourquoi la Chine a-t-elle limité certaines IA pendant le gaokao 2025 ?
Les restrictions visaient à empêcher qu’un candidat photographie une question d’examen et l’envoie à une IA pour obtenir une réponse ou une piste de résolution. Les autorités cherchent ainsi à préserver l’égalité entre les élèves. La mesure concernait des fonctions précises et temporaires, pas une interdiction générale de l’intelligence artificielle.
Quelles applications d’IA ont été touchées par les restrictions du gaokao ?
Qwen, Doubao et DeepSeek sont citées parmi les applications ayant limité des usages susceptibles de faciliter la triche, notamment l’envoi de photos liées à l’examen. YuanBao est aussi mentionné parmi les services affectés. Les applications pouvaient afficher un message indiquant qu’une demande contrevenait à leurs conditions d’utilisation.
Les téléphones sont-ils autorisés pendant le gaokao ?
Non. Les smartphones sont interdits dans les salles d’examen afin de réduire les possibilités de communication, de consultation de documents ou d’accès à une IA générative. Cette interdiction constitue la première barrière contre la triche numérique, tandis que les limitations imposées à certaines applications ajoutent une protection complémentaire.
Les caméras intelligentes peuvent-elles prouver qu’un élève triche ?
Non, elles peuvent surtout repérer des signaux qui méritent une vérification, comme des murmures, des échanges ou des comportements inhabituels. Une alerte technique ne démontre pas à elle seule une fraude. L’intervention et l’appréciation de surveillants humains restent nécessaires pour interpréter correctement une situation.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Ministère chinois de l’Éducation, portail officielwww.moe.gov.cn
- Reuters, couverture internationale des restrictions d’IA pendant le gaokao 2025www.reuters.com
- DeepSeek, site officiel du service d’intelligence artificiellewww.deepseek.com



