Cybersécurité

Fausses pubs IA : pourquoi Cyprien porte plainte contre une usurpation numérique

Une vidéo truquée fait croire que Cyprien promeut une application capable de faire gagner des milliers d’euros par jour. Le youtubeur dénonce une usurpation d’identité numérique et annonce porter plainte. Son cas illustre l’essor des fausses publicités conçues pour exploiter la confiance accordée aux personnalités connues.

Internaute face à une fausse publicité vidéo utilisant une voix et un visage générés par IA.
Illustration : Actu.ai

Les publicités frauduleuses ont trouvé dans l’intelligence artificielle un moyen particulièrement efficace de gagner en crédibilité. Un visage familier, une voix qui semble authentique, quelques promesses financières très alléchantes et un faux décor de journal télévisé peuvent suffire à faire tomber la méfiance. C’est précisément le mécanisme dénoncé par Cyprien, confronté depuis plusieurs mois à une vidéo qui utilise son image sans son autorisation.

Dans ce contenu, le célèbre youtubeur est présenté comme le promoteur d’une application mobile qui permettrait de gagner des milliers d’euros par jour. L’affirmation est fausse. Cyprien n’a pas lancé cette application et ne fait pas la promotion du jeu mobile en question. Face à la persistance de cette fausse publicité, il a choisi de porter plainte.

L’affaire dépasse la simple imitation ou le détournement humoristique. Une publicité qui prête à une personne connue des propos qu’elle n’a jamais tenus peut abîmer sa réputation, mais aussi exposer le public à une arnaque. Elle illustre surtout un changement d’échelle : fabriquer un contenu trompeur convaincant ne requiert plus forcément des moyens techniques considérables.

Une fausse publicité qui détourne l’image de Cyprien

Dans un court-métrage diffusé sur sa chaîne YouTube, Cyprien alerte son audience sur les vidéos qui circulent en son nom. Il précise que les paroles associées à son visage dans la publicité litigieuse sont générées par une intelligence artificielle. Autrement dit, la vidéo ne se limite pas à reprendre une ancienne séquence sortie de son contexte : elle lui fait dire des choses qu’il n’a pas dites.

Le procédé vise une promesse classique des escroqueries en ligne : obtenir des gains rapides et très élevés, sans effort apparent. La présence supposée d’une personnalité reconnue sert de caution. Pour une partie des internautes, voir Cyprien parler face caméra peut sembler plus convaincant qu’une bannière anonyme ou qu’un compte nouvellement créé.

Le youtubeur décrit une situation devenue insupportable et annonce engager une action judiciaire. Il s’agit à la fois de contester l’usage de son image, de défendre sa réputation et de rappeler publiquement qu’il n’est associé ni à l’application ni à la promesse financière présentée dans la publicité.

Qu’est-ce qu’un deepfake et comment peut-il servir une arnaque ?

Le mot « deepfake » désigne couramment un contenu visuel ou sonore manipulé à l’aide de techniques d’intelligence artificielle pour imiter ou modifier l’apparence, la voix ou les paroles d’une personne. Le terme recouvre des situations très différentes, de la parodie clairement identifiable à l’usurpation délibérée destinée à tromper.

Dans le cas d’une fausse publicité, les fraudeurs cherchent moins à produire une vidéo parfaite qu’à créer assez de vraisemblance pour provoquer un clic, une inscription ou un paiement. Un court extrait visionné sur un réseau social, accompagné d’un lien et d’une promesse pressante, laisse peu de temps à l’internaute pour examiner les détails.

Une vidéo trompeuse peut combiner plusieurs techniques :

  • l’utilisation d’images ou d’extraits vidéo réels d’une personnalité ;
  • la génération ou l’imitation d’une voix ;
  • la synchronisation approximative des lèvres avec un texte inventé ;
  • un habillage empruntant les codes d’une publicité, d’une émission ou d’un journal télévisé ;
  • des commentaires, comptes ou témoignages fictifs conçus pour renforcer artificiellement la confiance.

Tous les contenus manipulés ne reposent pas nécessairement sur une technologie sophistiquée. Un montage conventionnel, une voix de synthèse et une diffusion ciblée peuvent déjà être efficaces. L’intelligence artificielle abaisse toutefois la barrière technique : elle facilite la création de variantes nombreuses, adaptées à des publics ou à des plateformes différentes.

Mbappé, Canet : des personnalités utilisées comme caution fictive

Cyprien souligne que le phénomène ne le vise pas seul. Il cite également Kylian Mbappé et Guillaume Canet parmi les personnalités dont l’image a été exploitée dans de fausses publicités. Selon lui, une opération d’arnaque utilise notamment les codes d’un faux journal télévisé pour promouvoir une application de casino douteuse.

Cette multiplication des noms n’est pas anodine. Les escrocs sélectionnent généralement des figures immédiatement reconnaissables, auxquelles le public accorde spontanément de l’attention. Le choix d’un sportif, d’un acteur ou d’un créateur de contenu permet d’atteindre des audiences très différentes avec un même ressort : faire croire à une recommandation personnelle.

Il faut distinguer deux préjudices. La personnalité dont l’identité est usurpée risque de voir son nom associé à des pratiques douteuses. L’internaute, lui, peut être encouragé à communiquer ses coordonnées, à déposer de l’argent ou à télécharger une application sans rapport avec la personne mise en avant.

L’usage d’un faux journal télévisé ajoute une autre couche de tromperie. Les codes visuels de l’information, comme un présentateur, un bandeau ou un décor de plateau, peuvent donner l’illusion qu’un sujet a été vérifié par une rédaction. Or leur présence dans une vidéo ne prouve rien : ces éléments peuvent être reproduits ou imités.

Pourquoi identifier les auteurs est-il si difficile ?

Porter plainte est une étape importante, mais elle ne garantit pas une résolution immédiate. Cyprien explique être confronté à une difficulté majeure : les personnes à l’origine des vidéos se trouvent à l’étranger. Dans les fraudes numériques, les contenus peuvent être produits dans un pays, mis en ligne depuis un autre, diffusés par des comptes éphémères et renvoyer vers des services hébergés ailleurs encore.

Cette dispersion complique l’identification des responsables et les procédures judiciaires. Elle n’empêche pas nécessairement l’action, mais elle rend la coopération entre plateformes, autorités et services situés dans plusieurs juridictions plus nécessaire. Entre-temps, les fraudeurs peuvent modifier la vidéo, changer de compte ou déplacer leurs liens.

Le retrait d’une publication reste donc crucial, mais il ne suffit pas toujours. Une même publicité peut être copiée, rediffusée, réencodée ou adaptée à une autre personnalité. C’est pourquoi l’alerte publique lancée par une victime joue aussi un rôle de prévention : elle permet à son audience de savoir que la promotion n’émane pas d’elle.

Comment reconnaître une publicité probablement frauduleuse ?

Les fausses publicités reposent souvent sur une accumulation de signaux. Aucun indice isolé ne prouve systématiquement la fraude, mais plusieurs incohérences doivent conduire à interrompre le parcours plutôt qu’à cliquer.

Les promesses de gains importants et rapides constituent le premier avertissement. Une application qui assurerait des revenus quotidiens de plusieurs milliers d’euros sans risque ni compétence particulière doit être considérée avec une extrême prudence. Les messages qui demandent de se décider immédiatement, qui annoncent une offre « réservée » ou qui prétendent que les médias cherchent à cacher une opportunité relèvent du même registre.

Il convient aussi d’observer l’origine réelle de la publicité. Le nom du compte diffuseur, l’adresse affichée après un clic, la qualité de la page de destination et la présence de mentions légales cohérentes donnent souvent davantage d’informations que la vidéo elle-même. Une personnalité authentique communique généralement ses partenariats par ses canaux identifiés, pas à travers une publicité opaque renvoyant vers un site inconnu.

Publicité authentique ou fausse pub générée par IA : les indices à comparer

Une promotion à vérifier

  • Le partenariat est mentionné sur les canaux officiels de la personnalité ou de la marque.
  • L’offre explique clairement son fonctionnement, ses conditions et les risques éventuels.
  • Le site de destination correspond à une organisation identifiable et présente des informations cohérentes.
  • La publicité ne repose pas sur une promesse de gains rapides, garantis ou sans risque.

Une publicité suspecte

  • La vidéo attribue des propos surprenants à une célébrité sans preuve de partenariat officiel.
  • Elle promet des milliers d’euros par jour, une fortune facile ou une offre urgente.
  • Elle imite les codes d’un journal télévisé ou d’un média pour se donner une apparence d’autorité.
  • Le lien mène vers un site inconnu, demande des données sensibles ou pousse à verser de l’argent immédiatement.

Avant de croire à une recommandation, une vérification simple consiste à consulter les comptes officiels de la personne citée. L’absence totale de mention du produit ne démontre pas, à elle seule, que la publicité est frauduleuse, mais elle doit inciter à suspendre toute décision. Il ne faut ni transmettre de données bancaires, ni installer une application inconnue, ni verser d’argent sous l’effet de l’urgence.

Que faire après avoir vu ou relayé une fausse pub ?

Pour les internautes, le premier réflexe est de ne pas interagir avec le lien et de signaler la publicité sur la plateforme où elle est diffusée. Conserver des éléments utiles peut aussi aider : captures d’écran, nom du compte, date de consultation, intitulé de la publicité et adresse de la page vers laquelle elle renvoie. Ces informations sont précieuses si la publication disparaît ensuite ou si plusieurs signalements doivent être rapprochés.

Lorsqu’une personne a déjà communiqué des informations personnelles ou bancaires, elle doit agir sans attendre : contacter son établissement bancaire si un paiement ou des coordonnées de carte sont concernés, modifier les mots de passe éventuellement transmis et surveiller ses comptes. Les dispositifs publics d’assistance aux victimes de cybermalveillance peuvent orienter les personnes confrontées à une escroquerie numérique.

Pour une personnalité, un créateur ou une entreprise victime d’une usurpation, la réponse combine généralement plusieurs leviers : documenter les contenus, demander leur retrait, alerter son public et envisager une action juridique. Il est utile de conserver les preuves avant tout signalement, car les comptes et vidéos frauduleux sont susceptibles de disparaître rapidement.

Un cadre juridique qui évolue face aux contenus générés par IA

En France, l’utilisation non autorisée de l’image ou des paroles d’une personne peut relever de plusieurs qualifications selon les circonstances. La diffusion d’une publicité frauduleuse peut aussi soulever des questions d’usurpation d’identité, de tromperie ou d’atteinte au droit à l’image. L’appréciation dépend toutefois du contenu, de son intention, de sa diffusion et du préjudice subi.

Le cadre français a été renforcé par la loi du 19 février 2024 visant à sécuriser et à réguler l’espace numérique. Elle prévoit notamment une infraction spécifique visant la diffusion au public, sans consentement, d’un contenu visuel ou sonore généré par traitement algorithmique qui représente l’image ou les paroles d’une personne, lorsque le caractère artificiel du contenu n’apparaît pas clairement ou n’est pas explicitement mentionné. Les sanctions prévues peuvent atteindre un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende, et être aggravées lorsque les faits sont commis via une plateforme en ligne.

À l’échelle européenne, le Parlement européen a adopté le 13 mars 2024 le règlement sur l’intelligence artificielle, souvent appelé AI Act. Son déploiement ne résoudra pas instantanément les arnaques déjà en circulation, ni les difficultés liées à des auteurs établis hors de France. Il traduit néanmoins une prise de conscience : les contenus synthétiques réalistes doivent pouvoir être identifiés et leur diffusion abusive mieux combattue.

Ce qu’il faut surveiller

L’affaire dénoncée par Cyprien montre que la lutte contre les deepfakes frauduleux ne repose pas sur une seule mesure. Les plateformes doivent pouvoir réagir rapidement aux signalements, les autorités doivent disposer de moyens d’enquête adaptés aux réseaux internationaux, et les internautes doivent apprendre à ne plus confondre visibilité et fiabilité.

Le point central est celui de la confiance. Pendant longtemps, une vidéo d’une personnalité parlant face caméra a été perçue comme une preuve forte. En avril 2024, cette intuition n’est plus suffisante. Il devient nécessaire de vérifier l’origine d’une publicité, la cohérence de son offre et la réalité du partenariat qu’elle prétend montrer.

Pour Cyprien, la plainte doit permettre de faire reconnaître le préjudice causé par l’utilisation de son image et de ses paroles fabriquées. Pour le public, son avertissement rappelle une règle simple : lorsqu’une publicité promet des gains exceptionnels grâce au soutien apparent d’une célébrité, la prudence doit primer sur la tentation de cliquer.

Questions fréquentes

Pourquoi Cyprien porte-t-il plainte contre de fausses publicités IA ?

Cyprien dénonce une vidéo qui utilise son image et des paroles générées par intelligence artificielle pour lui attribuer la promotion d’une application qu’il n’a pas lancée. Cette publicité promettrait de gagner des milliers d’euros par jour. Le youtubeur estime être victime d’une usurpation d’identité numérique et d’une atteinte à sa réputation.

Comment savoir si une publicité avec une célébrité est un deepfake ?

Il faut se méfier des promesses de gains très élevés, des messages urgents et des liens vers des sites inconnus. Vérifiez si la personnalité évoque réellement le partenariat sur ses comptes officiels. Observez aussi les incohérences dans la voix, les lèvres ou le montage, sans considérer qu’une vidéo techniquement propre est forcément authentique.

Les fausses pubs générées par IA sont-elles illégales en France ?

Selon les circonstances, elles peuvent relever de plusieurs infractions, notamment lorsqu’elles usurpent l’identité d’une personne ou servent à tromper le public. La loi du 19 février 2024 prévoit spécifiquement des sanctions pour certains contenus visuels ou sonores générés par algorithme représentant une personne sans son consentement et sans indication claire de leur caractère artificiel.

Que faire si j’ai cliqué sur une fausse publicité ou donné mes coordonnées ?

Cessez tout échange avec le site ou le compte concerné et conservez les éléments disponibles, comme des captures d’écran et l’adresse de la page. Si des données bancaires ont été communiquées ou qu’un paiement a eu lieu, contactez rapidement votre banque. Changez aussi les mots de passe transmis et signalez la publicité à la plateforme.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Chaîne YouTube officielle de Cyprienwww.youtube.com/@Cyprien
  2. Légifrance, textes législatifs français et loi visant à sécuriser et réguler l’espace numériquewww.legifrance.gouv.fr
  3. Cybermalveillance.gouv.fr, conseils et assistance face aux arnaques numériqueswww.cybermalveillance.gouv.fr
  4. Parlement européen, informations sur l’adoption du règlement sur l’intelligence artificiellewww.europarl.europa.eu/portal/fr