Cybersécurité

Cyprien face aux fausses pubs IA : pourquoi il envisage de porter plainte

Des publicités truquées imitent la voix et le visage de Cyprien pour promouvoir des applications mobiles douteuses. Dans son court-métrage Ne croyez pas la vidéo, vu près de 2 millions de fois, le vidéaste alerte sur ces deepfakes, appelle les internautes à la prudence et annonce vouloir engager des poursuites.

Un créateur analyse sur son téléphone une fausse publicité vidéo manipulée par intelligence artificielle.
Illustration : Actu.ai

Les arnaques publicitaires ne se contentent plus d’usurper un nom ou une photo. Elles peuvent désormais donner l’impression qu’une personnalité parle elle-même à la caméra. C’est ce que dénonce Cyprien : des vidéos générées par intelligence artificielle reprennent son visage et sa voix pour faire la promotion d’applications mobiles qu’il ne cautionne pas. Face à ces contenus, le youtubeur annonce vouloir poursuivre les responsables et invite son public à ne pas se laisser convaincre par une vidéo, même très réaliste.

Le problème dépasse le cas d’un créateur connu. Les faux contenus mettant en scène des célébrités constituent un moyen efficace de capter l’attention, puis de donner une apparence de fiabilité à des offres douteuses. Quand le procédé prend la forme d’un faux journal télévisé ou d’un témoignage vidéo simulé, la frontière entre publicité, information et escroquerie devient particulièrement difficile à identifier pour un internaute pressé.

Des vidéos qui imitent sa voix et son visage

Selon Cyprien, ces fausses publicités circulent depuis au moins cinq mois. Elles le font apparaître comme le promoteur d’applications mobiles douteuses, certaines avançant des promesses de gains et pouvant être associées à des jeux de casino. Or le vidéaste n’a pas donné son accord pour ces campagnes.

Le mécanisme repose sur des techniques couramment désignées sous le nom de deepfake. Elles permettent de produire ou de modifier un contenu visuel et sonore afin de faire croire qu’une personne a tenu certains propos ou participé à une scène. Selon les cas, le résultat peut être créé à partir d’images, d’enregistrements vocaux et de séquences publiques disponibles en ligne.

Pour les fraudeurs, l’intérêt est évident : l’image d’une personnalité connue apporte instantanément une forme de caution. Pour la personne imitée, le dommage est double. Son image peut être associée à une activité qu’elle ne soutient pas, tandis que les victimes éventuelles peuvent croire à tort que la recommandation est authentique.

Cyprien n’est pas un cas isolé. La publication d’origine cite également Kylian Mbappé et Guillaume Canet parmi les personnalités visées par des contenus comparables. La multiplication de ces imitations révèle un changement d’échelle : il ne s’agit plus seulement de fausses pages ou de montages grossiers, mais de vidéos conçues pour sembler plausibles au premier regard.

« Ne croyez pas la vidéo », une alerte adressée à son public

Pour rendre le phénomène visible, Cyprien a publié sur sa chaîne un court-métrage intitulé Ne croyez pas la vidéo. Au 18 janvier 2025, la vidéo a été visionnée par près de 2 millions de personnes. Le titre résume l’idée centrale de sa démarche : à l’ère des outils génératifs, l’apparence d’une vidéo ne suffit plus à en garantir l’authenticité.

Le créateur y explique que les contenus frauduleux « sont générés par une IA » et utilisent son identité sans son consentement. Il décrit aussi leur mise en scène : « Ces arnaques fonctionnent sur le modèle d’un faux journal télévisé. » Ce format est particulièrement trompeur, car il emprunte les codes de médias reconnus, avec un présentateur, une présentation d’information et une recommandation qui semble vérifiée.

Son intervention a deux objectifs. Le premier est de protéger les personnes susceptibles de cliquer sur une publicité parce qu’elles pensent suivre son conseil. Le second consiste à rappeler qu’une célébrité, un créateur ou un journaliste visible dans une vidéo n’est pas forcément à l’origine du message diffusé.

La prudence est d’autant plus importante que la qualité visuelle ou vocale ne constitue pas une preuve. Une voix familière, des mouvements de lèvres convaincants ou un décor ressemblant à un plateau de télévision peuvent tous être simulés ou assemblés à partir d’éléments authentiques.

Comment repérer une publicité possiblement truquée ?

Aucun indice isolé ne permet de trancher à tous les coups. En revanche, l’accumulation de signaux doit inciter à interrompre son geste, plutôt qu’à télécharger une application ou à communiquer des données.

Signal à vérifierPourquoi il doit alerterRéflexe utile
Une célébrité recommande soudainement une application inconnueSa notoriété peut être utilisée comme une caution artificielleChercher si la recommandation apparaît sur ses canaux officiels
La vidéo imite un journal téléviséCe décor donne une apparence d’information à une publicitéVérifier le nom du média et l’existence du sujet en dehors de la publicité
Une promesse de gains importants est mise en avantLes promesses financières spectaculaires sont un levier fréquent des arnaquesNe pas installer l’application et ne transmettre aucune information personnelle
Le message pousse à agir immédiatementL’urgence réduit le temps consacré à la vérificationFermer la publicité, puis prendre le temps de contrôler la source
La voix ou les lèvres paraissent légèrement étrangesCes défauts peuvent révéler une génération ou une manipulationNe pas se fier uniquement à ce détail, mais vérifier l’ensemble du contexte

Il faut aussi garder à l’esprit qu’un faux contenu peut être techniquement imparfait tout en restant persuasif. Les publicités sont souvent visionnées sans le son, sur un petit écran ou pendant quelques secondes. Dans ces conditions, la ressemblance avec une personnalité peut suffire à déclencher un clic.

Publicité authentique ou imitation : les repères à comparer

Un partenariat crédible

  • La recommandation est relayée sur les canaux officiels de la personnalité concernée.
  • L’identité de l’annonceur et la nature commerciale du message sont identifiables.
  • Le message ne repose pas uniquement sur la notoriété de la personne mise en scène.
  • L’offre peut être vérifiée avant tout téléchargement ou inscription.

Une publicité possiblement truquée

  • Une célébrité semble promouvoir sans contexte une application inconnue.
  • Le contenu emprunte les codes d’un faux journal télévisé ou d’une annonce urgente.
  • La vidéo met en avant des promesses de gains pour pousser à agir rapidement.
  • La publication ne peut pas être retrouvée sur les canaux officiels de la personnalité.

Une plainte envisagée, mais des auteurs parfois difficiles à atteindre

Cyprien affirme vouloir engager des poursuites contre les personnes qui réalisent ou diffusent ces arnaques. « Je vais poursuivre les arnaqueurs, même si cela prendra du temps », déclare-t-il. Sa formulation souligne une réalité fréquente dans les fraudes numériques : identifier les responsables, établir la chaîne de diffusion et agir contre eux peut être complexe, notamment lorsqu’ils se trouvent à l’étranger.

Porter plainte ne garantit pas à lui seul le retrait immédiat de toutes les publicités. Les contenus peuvent être copiés, rediffusés et adaptés rapidement. Mais la démarche permet de formaliser les faits, de préserver les éléments disponibles et de demander que les responsabilités soient recherchées.

En France, l’essor des deepfakes ne signifie pas qu’il n’existe aucune protection. Le droit à l’image et le respect de la vie privée peuvent être invoqués lorsqu’une personne est représentée sans autorisation. L'usurpation d’identité peut aussi être sanctionnée lorsqu’elle est utilisée pour troubler la tranquillité d’une personne ou porter atteinte à son honneur ou à sa considération. Selon les circonstances, les règles visant les pratiques commerciales trompeuses peuvent également entrer en jeu.

La difficulté tient moins à une absence totale de textes qu’à leur application dans un environnement très rapide et transnational. Une fausse publicité peut circuler sur plusieurs plateformes, être gérée depuis un autre pays et renvoyer vers des services qui changent régulièrement de nom ou d’adresse.

Ce que l’Europe prévoit pour les contenus générés par IA

Le règlement européen sur l’intelligence artificielle, souvent appelé AI Act, est entré en vigueur le 1er août 2024. Il prévoit notamment des obligations de transparence pour certains contenus artificiels ou manipulés, dont les deepfakes. L’objectif est que les personnes exposées à une image, un son ou une vidéo artificiellement générés ou modifiés puissent en être informées.

Toutefois, au 18 janvier 2025, ces règles spécifiques de transparence pour les deepfakes ne sont pas encore applicables. Elles doivent s’appliquer à partir du 2 août 2026. Elles ne remplaceront ni les recours existants en cas d’arnaque ni le travail d’enquête nécessaire pour retrouver les auteurs d’une campagne frauduleuse.

Le cas de Cyprien illustre donc une période de transition. Les outils capables d’imiter une voix et un visage sont déjà accessibles, alors que les mécanismes de détection, de modération et de réparation doivent encore gagner en efficacité. Pour les plateformes, l’enjeu est de retirer vite les contenus signalés. Pour les créateurs, il s’agit de prévenir leur communauté. Pour les internautes, la première défense reste le réflexe de vérification.

Ce qu’il faut surveiller

La riposte aux fausses publicités ne peut pas reposer sur une seule personne, même lorsqu’elle dispose d’une large audience. Les créateurs peuvent signaler les imitations et avertir leur public. Les plateformes ont un rôle décisif dans la détection et le retrait des campagnes trompeuses. Les internautes, eux, peuvent éviter de relayer le contenu, signaler la publicité et vérifier toute recommandation sur les comptes officiels de la personne présentée.

L’affaire rappelle surtout qu’il faut distinguer la preuve vidéo de la preuve d’authenticité. Pendant longtemps, voir et entendre quelqu’un a été perçu comme une confirmation. Les contenus générés par IA fragilisent ce réflexe. La réponse ne consiste pas à soupçonner chaque image, mais à adopter une méthode simple lorsque de l’argent, une application inconnue ou des données personnelles sont en jeu : s’arrêter, vérifier la source et ne pas agir sous la pression.

La procédure que Cyprien dit vouloir engager sera suivie comme un test concret de la capacité à protéger les identités numériques face à des campagnes organisées. Au-delà de sa situation personnelle, elle pose une question qui concerne tous les internautes : comment préserver la confiance dans les contenus en ligne lorsque l’imitation devient facile à produire et difficile à retracer ?

Questions fréquentes

Pourquoi Cyprien envisage-t-il de porter plainte contre des publicités IA ?

Cyprien dénonce l’utilisation non autorisée de son visage et de sa voix dans des publicités générées par intelligence artificielle. Ces vidéos le présentent comme le promoteur d’applications mobiles douteuses, alors qu’il ne les cautionne pas. Il annonce vouloir poursuivre les arnaqueurs, tout en reconnaissant que les procédures peuvent prendre du temps.

Comment reconnaître une fausse publicité deepfake avec une célébrité ?

Il faut vérifier si la recommandation est reprise par les comptes officiels de la personnalité, identifier clairement l’annonceur et se méfier des promesses de gains ou de l’urgence. Un faux journal télévisé, une application inconnue ou une vidéo qui paraît légèrement artificielle sont des indices utiles, mais seule la vérification de la source permet de confirmer.

Les deepfakes sont-ils interdits en France ?

Un deepfake n’est pas interdit par nature. Son usage peut toutefois être illégal lorsqu’il sert à usurper l’identité d’une personne, à utiliser son image sans autorisation, à nuire à sa réputation ou à tromper des consommateurs. Les faits précis, l’intention des auteurs et le préjudice subi déterminent les recours possibles.

Que faire après avoir vu ou cliqué sur une fausse publicité ?

Ne relayez pas le contenu et utilisez les outils de signalement de la plateforme. Évitez d’installer l’application ou de transmettre des informations personnelles ou bancaires. Si vous avez déjà fourni des données ou effectué un paiement, conservez les preuves disponibles, notamment les captures d’écran et les échanges, puis demandez rapidement conseil aux services compétents.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Chaîne YouTube officielle de Cyprien, notamment la vidéo Ne croyez pas la vidéowww.youtube.com/@Cyprien
  2. Règlement européen sur l’intelligence artificielle, règlement UE 2024/1689eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/1689/oj
  3. Service-Public.fr, droit à l’image et respect de la vie privéewww.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F32103
  4. Légifrance, Code pénal françaiswww.legifrance.gouv.fr/codes/texte_lc/LEGITEXT000006070719