Régulation et éthique

Facebook et Instagram : comment refuser l’usage de vos données pour l’IA de Meta

Meta prévoit d’utiliser des contenus partagés sur Facebook et Instagram afin d’entraîner ses systèmes d’intelligence artificielle. Textes, photos, vidéos et interactions sont concernés, à l’exclusion des messages privés selon l’entreprise. Voici ce que recouvre ce traitement, ce qu’il implique pour la vie privée et comment exercer son droit d’opposition.

Une personne consulte les paramètres de confidentialité d’un réseau social sur son smartphone.
Illustration : Actu.ai

Une publication sur Facebook, une légende Instagram ou une vidéo partagée avec ses proches ne servent pas seulement à alimenter un fil d’actualité. Meta, maison mère des deux plateformes, prévoit de s’appuyer sur certains de ces contenus pour développer ses systèmes d’intelligence artificielle. Cette évolution soulève une question très concrète pour les utilisateurs : quelles informations sont concernées, et comment signaler son refus ?

La mise à jour de la politique de confidentialité évoquée par Meta est annoncée pour le 26 juin 2024. Elle concerne l’utilisation d’informations issues des produits et services du groupe pour l’entraînement de ses modèles d’IA. Au 5 janvier 2025, le sujet reste sensible, notamment parce que l’accès au mécanisme d’opposition ne semble pas se présenter de façon identique à tous les utilisateurs.

Ce que Meta peut utiliser pour entraîner son intelligence artificielle

L’entraînement d’une intelligence artificielle consiste à exposer un modèle à de très nombreux exemples. Pour un système capable de comprendre ou de générer du texte, des légendes de photos et des conversations publiques peuvent aider à repérer des formulations, des langues ou des liens entre des mots. Pour un outil qui traite les images, les photos et leurs descriptions constituent des exemples utiles. Ce procédé ne signifie pas nécessairement qu’un contenu est reproduit tel quel par la suite, mais il implique bien que ce contenu entre dans un vaste processus d’analyse informatique.

Selon les éléments communiqués par Meta, les données destinées à l’entraînement proviennent principalement des publications et des interactions réalisées sur ses produits et services. Le périmètre inclut donc les contenus déposés par les utilisateurs sur Facebook et Instagram.

Type d’informationPeut être concerné par l’entraînement de l’IA selon Meta ?Ce qu’il faut comprendre
Textes publiésOuiCela comprend les publications et les commentaires partagés sur les plateformes.
PhotosOuiLes images publiées peuvent être exploitées dans le cadre de l’entraînement.
VidéosOuiLes contenus vidéo partagés font partie des contenus visés.
Légendes de photosOuiElles associent du texte à une image et constituent des informations exploitables pour un modèle.
Interactions avec les produits et services MetaOuiMeta indique que les interactions sur ses services peuvent également contribuer à l’entraînement.
Messages privésNon, selon MetaL’entreprise affirme qu’ils ne sont pas inclus dans l’entraînement de ses modèles.

La précision sur les messages privés est importante, mais elle ne doit pas masquer l’étendue des autres données potentiellement traitées. Une publication n’a pas besoin d’être particulièrement élaborée ou destinée à un large public pour contenir des informations personnelles : prénoms, lieux, relations familiales, centres d’intérêt ou éléments visibles sur une photo peuvent en faire partie.

Pourquoi les plateformes ont-elles besoin de ces contenus ?

Les grands modèles d’intelligence artificielle ont besoin d’importants volumes de données pour apprendre à reconnaître des motifs et à produire des réponses. Les plateformes sociales disposent précisément d’un flux continu de textes, d’images, de vidéos et d’interactions. Pour Meta, ces informations peuvent contribuer au développement de fonctionnalités d’IA plus capables de comprendre les demandes des utilisateurs, de générer du contenu ou de proposer des interactions personnalisées dans ses applications.

Cette logique industrielle se heurte toutefois à une limite essentielle : les contenus publiés sur un réseau social ne sont pas de simples matériaux techniques. Ils reflètent une vie sociale, des goûts, des opinions, parfois des informations sur des enfants, des proches ou des lieux fréquentés. Leur usage pour l’IA pose donc la question du contrôle réel laissé aux personnes concernées.

Il faut également distinguer deux mécanismes souvent confondus. L’entraînement d’un modèle d’IA vise à améliorer ses capacités générales. Le ciblage publicitaire, lui, repose sur des données et des paramètres utilisés pour sélectionner une publicité destinée à une personne ou à un groupe. Les deux activités peuvent s’appuyer sur l’écosystème de données de Meta, mais elles ne désignent pas le même traitement et ne produisent pas les mêmes effets.

Le droit d’opposition, un levier prévu pour les utilisateurs

Meta met à disposition des utilisateurs de Facebook et d’Instagram une possibilité de s’opposer à l’utilisation de leurs informations personnelles pour l’entraînement de son IA. Ce recours répond aux exigences de protection des données applicables en Europe, notamment au cadre du RGPD.

Dans le vocabulaire du RGPD, le droit d’opposition permet à une personne de demander qu’un organisme cesse un traitement de ses données dans certaines situations. Il ne faut pas le confondre automatiquement avec le retrait d’un consentement : les deux démarches ont le même objectif pratique, reprendre la main sur l’usage de ses informations, mais ne reposent pas nécessairement sur le même fondement juridique.

L’enjeu est concret. Sans démarche d’opposition, les contenus visés par la politique de Meta peuvent continuer à être pris en compte dans l’amélioration de ses systèmes d’intelligence artificielle. En remplissant le formulaire prévu, l’utilisateur exprime au contraire son refus de voir ses données employées à cette fin.

L’opposition à l’IA de Meta : ce qu’elle permet et ses limites

Ce qu’elle permet

  • Demander à Meta de ne pas utiliser ses informations personnelles pour entraîner ses systèmes d’intelligence artificielle.
  • Exercer un droit prévu par le cadre européen de protection des données.
  • Signaler explicitement son refus via les formulaires dédiés à Facebook et Instagram.
  • Compléter une démarche plus large de contrôle des paramètres de confidentialité.

Ce qu’elle ne règle pas à elle seule

  • Elle ne fournit pas un rapport détaillé sur l’utilisation passée de chaque photo, texte ou vidéo.
  • Elle peut être difficile à exercer lorsque le formulaire n’apparaît pas dans les paramètres.
  • Elle ne permet pas de contrôler directement les contenus publiés ou les identifications réalisés par d’autres personnes.
  • Elle ne remplace pas une vérification régulière de la visibilité de ses propres publications.

Comment s’opposer à l’utilisation de ses données sur Instagram et Facebook

La démarche passe par un formulaire spécifique proposé par Meta. Sur Instagram, il est accessible depuis les réglages de l’application, dans la partie consacrée aux paramètres et à l’activité. Facebook propose également un formulaire dédié. Les adresses des deux formulaires sont répertoriées à la fin de cet article.

Pour éviter les erreurs, il est préférable de procéder méthodiquement :

  1. Connectez-vous au compte concerné. Une opposition doit être déposée depuis, ou en lien avec, le compte Facebook ou Instagram dont les données sont en cause.
  2. Ouvrez les paramètres de confidentialité et d’activité. Recherchez la rubrique liée à l’intelligence artificielle, aux informations personnelles ou au droit d’opposition.
  3. Accédez au formulaire Meta dédié. Lisez attentivement l’objet de la demande avant de la soumettre, afin de vérifier qu’il concerne bien l’usage des données pour l’IA.
  4. Complétez les informations demandées et validez. Conservez une trace de la confirmation affichée ou reçue, si la plateforme en fournit une.
  5. Vérifiez vos paramètres de partage. L’opposition est une démarche spécifique, qui ne remplace pas un examen des publications visibles, des identifications et des autorisations accordées aux applications.

La procédure peut néanmoins se révéler frustrante. Des utilisateurs français indiquent ne pas voir le formulaire d’opposition, alors même qu’ils souhaitent exercer ce droit. Ce problème d’affichage ou d’accès rend la démarche moins lisible. Dans ce cas, consulter à nouveau les paramètres de l’application et le formulaire dédié peut être nécessaire, notamment à l’approche de l’entrée en application de la politique annoncée.

Peut-on savoir si une publication a déjà été utilisée ?

C’est l’une des principales limites pour les utilisateurs. Meta ne fournit pas de rapport individuel indiquant si une photo précise, une vidéo donnée ou un commentaire particulier a servi à l’entraînement de ses modèles. Il n’existe donc pas de tableau de bord permettant de suivre contenu par contenu cette utilisation.

Cette absence de traçabilité individualisée est liée à la nature même de l’entraînement des modèles : les données sont traitées à grande échelle, au sein d’ensembles très vastes. Mais elle nourrit aussi un problème de transparence. Une personne peut exercer son droit d’opposition pour l’avenir sans pouvoir reconstituer facilement le parcours de ses données avant cette démarche.

Les conditions décrites ne précisent pas non plus, au cas par cas, quels contenus anciens ou récents ont été intégrés à ces traitements. Face à cette incertitude, l’opposition et une gestion attentive des publications restent les outils les plus directement accessibles aux utilisateurs.

Même sans compte, peut-on être concerné ?

Oui. Meta souligne que le traitement d’informations personnelles peut avoir lieu même lorsqu’une personne ne possède pas de compte ou n’utilise pas activement ses services. Le cas le plus simple est celui d’une personne identifiée dans une publication, ou apparaissant sur une photo ou une vidéo partagée par quelqu’un d’autre.

Cette situation rappelle une réalité souvent oubliée des réseaux sociaux : la maîtrise des informations personnelles ne dépend pas uniquement de ses propres réglages. Un proche peut publier une image de groupe, ajouter une légende contenant un nom ou identifier une personne. Celle-ci peut alors être concernée sans avoir elle-même choisi de publier le contenu.

Cela ne signifie pas que toute personne apparaissant dans une image est automatiquement analysée de la même manière. En revanche, le fait que Meta envisage le traitement de données relatives à des non-utilisateurs montre que la question de la vie privée dépasse largement les titulaires d’un compte Facebook ou Instagram.

Transparence, vie privée et responsabilité de Meta

La politique d’utilisation des données pour l’IA illustre une tension désormais centrale dans le numérique. D’un côté, les entreprises technologiques cherchent des données nombreuses et variées afin d’améliorer leurs modèles. De l’autre, les personnes veulent comprendre ce qui est fait de leurs publications, pouvoir choisir et obtenir des voies de recours simples.

Le débat ne porte donc pas seulement sur l’existence d’un formulaire. Il concerne aussi la clarté de l’information fournie, l’accessibilité effective des outils d’opposition et la capacité des régulateurs à vérifier les pratiques des plateformes. Le respect du RGPD ne se mesure pas uniquement à la présence d’une option dans les paramètres : cette option doit être compréhensible et utilisable par les personnes concernées.

Pour les internautes, quelques principes demeurent utiles : réfléchir avant de publier des informations intimes, demander l’accord de ses proches avant de les identifier ou de diffuser leur image, et examiner régulièrement les réglages de confidentialité. Ces précautions ne remplacent pas les obligations des plateformes, mais elles réduisent l’exposition de données sensibles.

Ce qu’il faut surveiller

Au début de l’année 2025, plusieurs points méritent une attention particulière. Le premier est l’accès effectif aux formulaires d’opposition pour les utilisateurs français. Le deuxième concerne les explications apportées par Meta sur les catégories de données utilisées et les garanties appliquées aux personnes qui refusent ce traitement.

Il faudra aussi suivre la réaction des autorités chargées de la protection des données. L’entraînement de l’IA à partir de contenus issus des réseaux sociaux constitue un test important pour les règles européennes : il oblige à concilier l’innovation technologique avec des droits individuels qui ne doivent pas rester théoriques.

Enfin, cette affaire dépasse le seul cas de Facebook et Instagram. À mesure que les outils d’IA se généralisent, les utilisateurs devront être attentifs à une question devenue fondamentale : lorsqu’un service gratuit exploite les contenus déposés par ses membres, quels usages nouveaux peuvent en être faits, et quel pouvoir de refus est réellement offert à chacun ?

Questions fréquentes

Facebook et Instagram utilisent-ils mes messages privés pour entraîner leur IA ?

Selon Meta, les contenus des messages privés ne sont pas inclus dans l’entraînement de ses modèles d’intelligence artificielle. En revanche, l’entreprise indique pouvoir utiliser les publications partagées sur Facebook et Instagram, notamment les textes, photos, vidéos, légendes et certaines interactions avec ses produits et services.

Quelles données Meta peut-il utiliser pour entraîner son intelligence artificielle ?

Les contenus visés comprennent les publications partagées sur Facebook et Instagram : textes, photos, vidéos et légendes. Meta mentionne aussi les interactions réalisées sur ses produits et services. Ces données peuvent contenir des informations personnelles, y compris lorsque celles-ci apparaissent indirectement dans une image, une identification ou un commentaire.

Comment refuser que Meta utilise mes données pour son IA ?

Meta propose un formulaire d’opposition pour Facebook et un autre pour Instagram. Sur Instagram, la démarche est indiquée dans les paramètres et la section consacrée à l’activité. Il faut se connecter au compte concerné, accéder au formulaire dédié, compléter les informations demandées et conserver une preuve de l’envoi lorsque cela est possible.

Pourquoi le formulaire d’opposition Meta n’apparaît-il pas sur mon compte ?

L’accès au formulaire peut varier selon les utilisateurs. Certains utilisateurs français ne le voient pas apparaître dans leurs paramètres, malgré leur souhait de s’opposer au traitement. Il est alors utile de vérifier à nouveau les rubriques relatives à la confidentialité, à l’intelligence artificielle et aux informations personnelles, ou de consulter le formulaire dédié ultérieurement.

Mes données peuvent-elles être traitées si je n’ai pas de compte Facebook ou Instagram ?

Oui, selon Meta, des informations personnelles peuvent être traitées même sans compte actif. Cela peut se produire lorsqu’une autre personne publie une photo ou une vidéo où vous apparaissez, vous identifie dans un contenu ou mentionne des informations vous concernant. La protection de la vie privée dépend donc aussi de ce que partagent les autres utilisateurs.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Instagram, formulaire d’opposition concernant l’utilisation des informations pour l’IAhelp.instagram.com/contact/233964459562201
  2. Facebook, formulaire d’opposition concernant l’utilisation des informations pour l’IAwww.facebook.com/help/contact/712876720715583?wtsid=rdr_1eBCJUUaVI0T3wAm1&paipv=0&eav=AfY0PwQ5nHAiKoU4W06rPcKufKQay3KBwMRYxbOFKl-wg4LTIQ5bKlJluj9U_-HB-q8&_rdr