Données et IA : comment limiter l’usage de vos publications par les plateformes
Publications, commentaires, e-mails ou échanges avec des assistants : les données produites sur les plateformes peuvent contribuer à leurs systèmes d’IA. Au 16 novembre 2024, les outils pour s’y opposer restent très inégaux. Voici les réglages à vérifier, les droits à connaître et les limites à garder en tête.

Chaque publication laisse une trace : un commentaire sous une vidéo, une photo légendée, un article LinkedIn, un prompt envoyé à un chatbot ou un e-mail traité par une fonction intelligente. Ces données peuvent servir à personnaliser un service, à détecter des abus, mais aussi à développer des outils d’intelligence artificielle. Pour les internautes, la difficulté est double : comprendre quels contenus sont concernés et trouver, lorsque cette possibilité existe, le réglage qui permet de s’y opposer.
Au 16 novembre 2024, aucune règle simple ne permet de retirer d’un seul geste toutes ses contributions de l’entraînement des IA. Chaque plateforme applique ses propres conditions, distingue les contenus publics des échanges privés et propose, ou non, une procédure de refus. La première protection consiste donc à savoir ce que couvre réellement chaque paramètre.
Pourquoi vos publications intéressent les systèmes d’IA
Les systèmes d’IA générative apprennent à repérer des régularités dans de très grandes quantités de textes, d’images, de sons ou de conversations. Les contenus produits par les utilisateurs présentent un intérêt évident pour les plateformes : ils sont nombreux, actuels, rédigés dans des langues et des styles variés, et associés à des usages réels.
Dans ce contexte, une plateforme peut prévoir dans ses règles l’utilisation de certaines données pour améliorer ses algorithmes ou ses fonctions d’IA. Cela ne signifie pas nécessairement qu’un message précis sera reproduit mot pour mot par un assistant. L’entraînement consiste généralement à ajuster un très grand nombre de paramètres mathématiques afin que le système puisse générer des réponses ou accomplir une tâche. Mais cette explication technique ne résout pas la question centrale : l’utilisateur a-t-il été clairement informé et peut-il refuser facilement ?
Le mot « consentement » mérite ici d’être manié avec prudence. Accepter les conditions générales d’un service ou continuer à l’utiliser ne correspond pas toujours, au sens juridique, à un consentement explicite et libre pour chaque finalité. Certaines entreprises s’appuient plutôt sur d’autres bases prévues par leurs politiques ou par la législation applicable. Pour l’internaute, le résultat est souvent le même : l’option de refus est difficile à identifier, parfois activée par défaut, et rarement accompagnée d’une explication simple.
Quels types de données peuvent être concernés ?
La réponse dépend du service et de ses paramètres. Les contenus publiés publiquement, comme les posts, commentaires, légendes ou articles, sont les plus susceptibles d’être visés dans les politiques relatives à l’amélioration des produits. Certaines plateformes utilisent aussi les interactions avec leurs assistants, par exemple les questions posées à un chatbot, pour évaluer et améliorer ses réponses.
Il faut distinguer trois situations qui sont souvent confondues :
- L’utilisation pour faire fonctionner un service, par exemple afficher un fil d’actualité, classer des messages indésirables ou proposer une réponse automatique.
- La personnalisation, qui sert à adapter des recommandations ou des fonctions à l’activité d’un compte.
- L’amélioration et l’entraînement de systèmes d’IA, qui peuvent faire intervenir des ensembles plus larges de contenus et d’interactions.
Un réglage désactivé dans l’une de ces catégories ne bloque pas automatiquement les deux autres. Il ne signifie pas non plus qu’un compte disparaît des systèmes de sécurité, de modération ou de sauvegarde nécessaires au fonctionnement de la plateforme.
Les études consacrées aux pratiques de collecte des grands services numériques ont souligné ce manque de lisibilité : les utilisateurs reçoivent rarement une vue complète des données mobilisées, de leur durée de conservation et des moyens concrets de s’y opposer. Cette opacité explique pourquoi il est utile de vérifier régulièrement ses paramètres, au lieu de se contenter des options choisies lors de la création du compte.
Les réglages à vérifier plateforme par plateforme
La démarche n’est pas identique partout. Le tableau ci-dessous résume les principaux cas à surveiller à cette date et l’action la plus concrète à effectuer.
| Service ou usage | Situation à connaître au 16 novembre 2024 | Action à privilégier |
|---|---|---|
| Meta, Facebook et Instagram | Les procédures liées aux données et à l’IA passent par les espaces de confidentialité et, selon les cas, par des formulaires d’opposition. | Vérifier le Centre de confidentialité et utiliser la procédure officielle proposée pour son pays et son compte. |
| L’utilisation des données pour l’amélioration de l’IA générative est activée par défaut pour les membres concernés. | Désactiver le réglage dédié dans les paramètres de confidentialité. | |
| Gmail | Les fonctions intelligentes peuvent traiter le contenu des e-mails afin de proposer des outils pratiques. | Désactiver les fonctionnalités intelligentes et la personnalisation dans les paramètres Gmail. |
| Chatbots intégrés aux applications | Les échanges peuvent être conservés ou examinés pour améliorer le produit, selon les règles du service. | Limiter les informations partagées et consulter les options de confidentialité du chatbot. |
| YouTube et Reddit | Il n’existe pas nécessairement de bouton individuel, clair et universel pour exclure chaque publication de l’entraînement des IA. | Examiner les règles du service, réduire la visibilité de futurs contenus et exercer ses droits lorsque c’est possible. |
Cette liste doit servir de point de départ, non de garantie définitive. Les intitulés changent, les applications mobiles n’affichent pas toujours les mêmes menus que les versions sur navigateur, et les droits peuvent varier selon le pays de résidence.
Meta : pourquoi une publication de refus ne suffit pas
Sur Facebook et Instagram, des messages invitent régulièrement les utilisateurs à publier une formule déclarant qu’ils « interdisent » à Meta d’employer leurs photos ou leurs données. Ces publications n’ont aucune valeur juridique ou technique : elles ne modifient ni le contrat accepté avec la plateforme, ni les paramètres du compte, ni les traitements déjà prévus par ses politiques.
La voie utile est plus administrative. Il faut consulter les espaces consacrés à la confidentialité et à l’IA, puis repérer la procédure correspondant à son territoire. Lorsqu’un formulaire d’opposition est disponible, il convient d’indiquer clairement la demande, de conserver une copie de l’envoi et de surveiller la réponse reçue par e-mail ou dans l’application.
Dans certaines démarches, Meta peut réclamer des éléments permettant d’identifier les données concernées, notamment des captures d’écran ou des informations montrant que des données personnelles apparaissent dans un contenu ou une réponse. Cette exigence rend l’exercice frustrant : un internaute ne sait pas toujours quelles données ont été collectées, ni comment elles ont circulé dans les systèmes de l’entreprise.
Il est également important de ne pas confondre opposition à un usage futur et effacement général. Demander qu’un traitement cesse ne garantit pas que chaque trace déjà collectée, chaque sauvegarde ou chaque élément potentiellement utilisé pour améliorer un modèle puisse être retiré instantanément.
Réglage du compte ou demande formelle : deux protections différentes
Un réglage de confidentialité
- S’effectue directement dans l’application ou sur le site du service.
- Peut limiter un usage défini, comme l’amélioration d’une fonction d’IA.
- Produit généralement ses effets pour les traitements à venir.
- Ne supprime pas automatiquement les contenus, le compte ou les sauvegardes.
Une demande d’exercice des droits
- S’adresse officiellement à l’entreprise responsable du traitement.
- Peut porter sur l’accès, l’opposition, l’effacement ou la rectification.
- Exige d’identifier clairement le compte et la demande formulée.
- Peut nécessiter un suivi et ne garantit pas le retrait de données déjà utilisées.
LinkedIn : désactiver l’option d’amélioration de l’IA générative
LinkedIn a mis à jour ses politiques afin d’utiliser des données de ses membres pour améliorer des fonctions d’IA générative. L’option correspondante est activée par défaut, ce qui impose une action volontaire aux personnes qui ne souhaitent pas y participer.
Pour la désactiver, il faut ouvrir son profil, accéder à « Paramètres et confidentialité », puis chercher la rubrique intitulée « Données pour l’amélioration de l’IA générative ». Le réglage doit être basculé sur désactivé. Avant de fermer la page, mieux vaut vérifier que la modification a bien été enregistrée.
Ce geste est simple, mais sa portée doit être comprise avec précision. Il vise à empêcher l’utilisation des données du compte pour l’amélioration de l’IA générative dans le cadre indiqué par LinkedIn. Il ne transforme pas le profil en compte anonyme, ne supprime pas les informations nécessaires au service et ne donne pas automatiquement un effet rétroactif sur les données déjà traitées.
Une bonne pratique consiste à effectuer une capture du réglage après modification, avec la date visible si possible. Ce document peut s’avérer utile en cas de question ultérieure ou de demande auprès du support.
Gmail, chatbots, YouTube et Reddit : des protections moins directes
Dans Gmail, les fonctions dites intelligentes, comme les suggestions de rédaction, peuvent s’appuyer sur le contenu des e-mails pour proposer des outils et une personnalisation. Pour les désactiver, rendez-vous dans les paramètres de Gmail et recherchez « Fonctionnalités intelligentes et personnalisation ». Désactiver cette option revient à renoncer à certaines facilités, telles que des suggestions contextuelles, mais permet de limiter ce traitement particulier.
Cela ne veut pas dire que les e-mails sont automatiquement versés dans un vaste jeu de données d’entraînement d’IA générative. Les paramètres couvrent des fonctionnalités précises. Ils ne remplacent pas les réglages généraux du compte Google et ne suppriment pas les messages stockés dans la boîte mail.
Les chatbots intégrés aux applications appellent une vigilance différente. Toute conversation avec un assistant peut contenir des informations personnelles, parfois sans que l’utilisateur y prête attention : nom, adresse, projet professionnel, état de santé, données bancaires ou éléments de localisation. Même lorsqu’un service propose un réglage de confidentialité, la protection la plus robuste reste de ne pas transmettre d’information sensible qui n’est pas indispensable à la demande.
Sur YouTube et Reddit, l’absence d’outil clairement identifié permettant d’exclure chaque publication de l’entraînement de systèmes d’IA complique la démarche. Avant de publier, il est donc utile de se demander si le contenu doit être public, s’il peut être anonymisé ou s’il vaut mieux le réserver à un espace privé. Modifier la visibilité de futures publications peut réduire leur exposition, sans effacer nécessairement ce qui a déjà été partagé.
Ce que le RGPD permet de demander en Europe
Les résidents de l’Union européenne bénéficient du Règlement général sur la protection des données, le RGPD. Ce cadre ne fournit pas un bouton universel de désinscription, mais il donne des leviers importants face aux entreprises qui traitent des données personnelles.
Selon la situation, une personne peut notamment exercer :
- un droit d’accès, afin de demander quelles données sont traitées et pour quelles finalités ;
- un droit de rectification, si les informations sont inexactes ;
- un droit à l’effacement, dans les cas prévus par le règlement ;
- un droit d’opposition, particulièrement pertinent lorsqu’un traitement repose sur l’intérêt légitime invoqué par une entreprise ;
- un droit à recevoir une réponse claire sur la suite donnée à sa demande.
Ces droits ne sont pas absolus. Une entreprise peut parfois conserver certaines données pour des raisons légales, de sécurité ou de défense de ses droits. De même, le droit à l’effacement ne signifie pas automatiquement qu’il est techniquement possible d’extraire une donnée donnée d’un modèle déjà entraîné. En revanche, une demande structurée oblige l’organisation à expliquer sa position et peut permettre de stopper certains usages futurs.
Pour être utile, la demande doit identifier le compte concerné, le service visé et la nature de la requête : opposition à l’utilisation pour l’IA, accès aux données, effacement ou explication d’un traitement. Conservez la demande et l’accusé de réception. En l’absence de réponse satisfaisante, l’autorité de protection des données compétente dans votre pays peut être saisie.
Ce qu’il faut surveiller
La question ne se limite pas à trouver un interrupteur dans les paramètres. Elle concerne aussi la transparence des plateformes : leurs utilisateurs comprennent-ils quelles données sont utilisées, pour quelle IA, pendant combien de temps et avec quelle possibilité de recours ?
Les réglages peuvent évoluer à la faveur d’une mise à jour, d’un changement de politique ou d’un lancement de produit. Une vérification périodique est donc préférable, surtout après l’apparition d’un nouvel assistant dans une messagerie ou un réseau social. Il faut également se méfier des messages viraux qui promettent une protection instantanée : seule une procédure officielle, liée au compte et confirmée par la plateforme, peut avoir un effet concret.
Enfin, la protection des données ne repose pas uniquement sur le refus. Réduire l’exposition publique d’un profil, effacer les informations inutiles, choisir des pseudonymes lorsque cela est pertinent et éviter de confier des données sensibles à un chatbot constituent des mesures simples. Elles ne mettent pas fin à toute collecte, mais elles diminuent la quantité d’informations disponibles pour les plateformes et leurs systèmes d’IA.
Questions fréquentes
Comment empêcher LinkedIn d’utiliser mes données pour améliorer son IA ?
Ouvrez votre profil LinkedIn, puis accédez à « Paramètres et confidentialité ». Recherchez la section « Données pour l’amélioration de l’IA générative » et désactivez le réglage. Cette option étant activée par défaut, il faut intervenir manuellement. Conservez une capture de la confirmation, car les menus et les politiques peuvent évoluer.
Un message publié sur Instagram peut-il empêcher Meta d’utiliser mes données ?
Non. Une publication annonçant votre refus ne modifie ni les paramètres de votre compte ni les règles applicables au service. Pour agir, consultez les espaces de confidentialité de Meta et utilisez, si elle est disponible dans votre pays, la procédure officielle d’opposition liée aux données et à l’IA. Une demande formelle est plus utile qu’un message public.
Puis-je demander la suppression de mes données d’un modèle d’IA déjà entraîné ?
Vous pouvez demander l’effacement de données personnelles ou vous opposer à certains traitements, notamment dans le cadre du RGPD. En revanche, cela ne garantit pas qu’une plateforme puisse retirer immédiatement une donnée précise d’un modèle déjà entraîné. Les données peuvent aussi exister dans des sauvegardes ou avoir été traitées avant votre demande.
Comment désactiver les fonctions intelligentes dans Gmail ?
Dans les paramètres de Gmail, cherchez « Fonctionnalités intelligentes et personnalisation » et désactivez les options proposées. Ce choix limite le traitement du contenu des e-mails pour ces fonctions, comme certaines suggestions contextuelles. Il ne supprime pas vos e-mails et ne remplace pas les autres réglages de confidentialité de votre compte Google.
Les conversations avec un chatbot sont-elles utilisées pour l’entraîner ?
Cela dépend du chatbot, de l’application et de ses règles de confidentialité. Certaines conversations peuvent être conservées ou utilisées pour évaluer et améliorer le service. Consultez les paramètres spécifiques de l’assistant, mais évitez surtout de transmettre des informations sensibles, telles que des données bancaires, médicales ou des identifiants, lorsqu’elles ne sont pas nécessaires.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Federal Trade Commission, rapport sur les pratiques de données des réseaux sociaux et services vidéowww.ftc.gov/reports/look-behind-screens-examining-data-practices-social-media-video-streaming-services
- Centre de confidentialité de Metawww.facebook.com/privacy/center
- Centre d’aide LinkedInwww.linkedin.com/help/linkedin
- Centre d’aide Gmailsupport.google.com/mail
- Règlement général sur la protection des données, texte officiel de l’Union européenneeur-lex.europa.eu/eli/reg/2016/679/oj



