Culture et médias

Es Devlin reçoit le prix Eugene McDermott des Arts du MIT

L’artiste et designer britannique Es Devlin reçoit le prix Eugene McDermott des Arts du MIT, une distinction de 100 000 dollars assortie d’une résidence au printemps 2025. Réputée pour ses installations et ses décors scéniques monumentaux, elle fait dialoguer art public, biodiversité, langage et intelligence artificielle.

Une installation monumentale mêlant végétaux, structures mobiles et projections devant un public réuni.
Illustration : Actu.ai

Le Massachusetts Institute of Technology, plus connu sous le nom de MIT, récompense Es Devlin, l’une des artistes et designers les plus visibles de la création contemporaine. Le prix Eugene McDermott des Arts, doté de 100 000 dollars, distingue une pratique qui circule entre architecture, sculpture, scénographie et installations à grande échelle. Pour l’artiste née à Londres en 1971, cette reconnaissance ouvre aussi une période d’échanges avec une institution où les sciences, les technologies et les arts se rencontrent régulièrement.

La distinction ne salue pas seulement une carrière déjà internationale. Elle met en avant les questions que le travail d’Es Devlin place au cœur de ses œuvres : notre rapport collectif aux paysages vivants, aux langues, aux récits, ainsi qu’aux outils numériques capables de produire des textes ou des images. Sa résidence au MIT, prévue au printemps 2025, doit ainsi faire de l’artiste une interlocutrice de la communauté universitaire, au-delà du seul monde de l’art.

Un prix du MIT pour les artistes qui déplacent les frontières

Le prix Eugene McDermott des Arts est décerné par le MIT depuis 1974. Il s’adresse à des artistes dont l’œuvre se distingue par son ambition, son originalité et sa capacité à faire dialoguer plusieurs disciplines. Sa dotation de 100 000 dollars s’accompagne d’une résidence, un aspect essentiel du dispositif : le ou la lauréate n’est pas seulement honorée, mais invitée à partager sa démarche avec des étudiants, des enseignants et des chercheurs.

Es Devlin recevra ce prix lors d’un gala organisé en son honneur. La reconnaissance la place aux côtés de créateurs déjà distingués, parmi lesquels figurent notamment Santiago Calatrava et Olafur Eliasson. Ces noms donnent une idée du périmètre du prix : il ne se limite ni à la peinture, ni au spectacle vivant, ni au design, mais valorise des pratiques capables de transformer l’espace et l’expérience du public.

RepèreCe qu’il faut savoir
1974Création du prix Eugene McDermott des Arts au MIT
6 janvier 2025Annonce de l’attribution du prix à Es Devlin
Printemps 2025Début prévu de sa résidence au MIT
1er mai 2025Présentation publique annoncée de son œuvre au MIT

Le vice-président chargé des affaires académiques du MIT, Philip S. Khoury, a souligné l’intérêt de cette rencontre entre la pratique de Devlin et les réflexions de l’institut sur les arts et l’intelligence artificielle. Le choix de l’artiste intervient dans un contexte où l’IA générative, capable notamment de produire du texte, des images ou du son à partir d’instructions, nourrit autant l’expérimentation créative que les débats sur le rôle humain dans la création.

Es Devlin, de la scène au musée et à l’espace public

La carrière d’Es Devlin échappe aux catégories habituelles. Elle est notamment connue pour ses scénographies cinétiques, c’est-à-dire des décors dont le mouvement, la lumière ou les transformations participent activement au spectacle. Dans ce type de création, le décor n’est plus un simple arrière-plan : il devient un élément narratif à part entière, qui organise le regard et les déplacements du public.

Son travail a été présenté dans des institutions telles que la Tate Modern. Elle a également conçu des œuvres pour le Metropolitan Opera, le Super Bowl et les Jeux olympiques. Cette diversité de commandes révèle l’ampleur de son terrain de jeu, du musée à l’opéra, de l’événement sportif à la performance de masse.

Ses installations et œuvres d’art public ont en commun de proposer des environnements immersifs. Le visiteur ou le spectateur ne se contente pas de regarder une forme achevée : il la parcourt, l’habite momentanément, parfois avec d’autres. Es Devlin décrit d’ailleurs son public comme une « société temporaire ». Cette idée résume une part importante de son approche : ses œuvres cherchent à faire émerger une expérience collective, même brève, entre des personnes réunies au même endroit.

L’artiste est aussi l’autrice de An Atlas of Es Devlin, ouvrage monographique consacré à son univers. Son travail a par ailleurs fait l’objet d’une exposition rétrospective au Cooper Hewitt Smithsonian Design Museum de New York. Son parcours a déjà été distingué par plusieurs récompenses, dont la London Design Medal et un Tony Award.

Une résidence au printemps 2025 pour dialoguer avec le MIT

La résidence d’Es Devlin au MIT commencera au printemps 2025. Elle doit lui permettre de rencontrer les membres de l’université et de présenter ses réflexions créatives dans un cadre très différent de celui d’une exposition ou d’une représentation. Une présentation publique de son œuvre est annoncée le 1er mai 2025.

L’intérêt d’une telle résidence tient au profil même du MIT. L’établissement rassemble des spécialistes de domaines très divers, dont l’informatique, les sciences du vivant, l’architecture, le design et les sciences sociales. Pour une artiste qui travaille autant sur les formes que sur les idées qu’elles transportent, ces rencontres peuvent nourrir des échanges concrets sur les technologies employées, les récits collectifs ou les transformations environnementales.

Le MIT mène également une réflexion sur les effets de l’IA générative dans la société. L’œuvre d’Es Devlin entre en résonance avec cette préoccupation, notamment par son intérêt pour la poésie produite à l’aide de l’intelligence artificielle. Il ne s’agit pas de présenter l’IA comme un substitut mécanique à l’artiste, mais de questionner ce que ces outils font à notre rapport au langage, à l’imagination et à l’auteur.

Biodiversité, langues et poésie générée par l’IA : les thèmes de son travail

Les créations d’Es Devlin abordent la biodiversité, la diversité linguistique et la poésie générée par l’IA. Ces thèmes peuvent sembler éloignés les uns des autres, mais ils renvoient tous à la variété des formes de vie et des formes d’expression, ainsi qu’à leur fragilité.

La biodiversité désigne la diversité du vivant, qu’il s’agisse des espèces, de leurs milieux ou de leur patrimoine génétique. Lorsqu’un artiste s’en empare, l’enjeu n’est pas nécessairement de produire un discours scientifique. L’art peut plutôt rendre perceptible l’échelle d’un phénomène, créer une expérience sensible ou encourager le public à se sentir concerné par des réalités parfois difficiles à saisir dans des données ou des rapports.

La diversité linguistique pose une question comparable du côté des cultures humaines. Les langues structurent les manières de raconter, de transmettre et de nommer le monde. Les intégrer à une œuvre revient à rappeler que la création ne repose pas sur un langage unique, ni sur une vision uniforme de l’expérience humaine.

Enfin, la poésie générée par l’intelligence artificielle interroge directement les frontières de la création. Les systèmes génératifs peuvent assembler des mots selon des modèles appris à partir de grandes quantités de textes. Le résultat peut imiter certains codes poétiques, mais il soulève aussi des questions : qui choisit les données, qui formule la demande, qui sélectionne le résultat et qui lui attribue un sens ? Dans une installation artistique, ces interrogations peuvent devenir une matière de réflexion partagée plutôt qu’un simple débat technique.

Pourquoi cette distinction compte dans le dialogue entre art et technologie

Le prix du MIT souligne une évolution importante : les institutions scientifiques et technologiques ne considèrent plus les arts comme un simple supplément culturel. Les artistes peuvent aider à poser des questions que les indicateurs techniques ne suffisent pas à trancher : comment un public perçoit-il une technologie ? Quels imaginaires accompagne-t-elle ? Quelles expériences humaines risque-t-elle de standardiser ou, au contraire, de renouveler ?

Dans le cas d’Es Devlin, ce dialogue est particulièrement cohérent avec une pratique qui mêle dispositifs techniques et ambition collective. Ses décors monumentaux, ses sculptures et ses installations ne sont pas conçus uniquement pour impressionner. Ils organisent une relation entre les personnes, l’espace et les récits que l’œuvre fait circuler.

La reconnaissance du MIT ne signifie pas que l’intelligence artificielle devient le centre exclusif de son travail. Les thèmes environnementaux et linguistiques restent tout aussi structurants. Mais elle confirme qu’une réflexion artistique sur l’IA peut trouver sa place dans une institution de recherche, non comme une illustration décorative de l’innovation, mais comme un moyen d’en examiner les effets sociaux et culturels.

Ce qu’il faut surveiller au printemps 2025

La résidence d’Es Devlin permettra de voir comment ces axes se traduiront dans ses échanges avec la communauté du MIT. La date du 1er mai 2025, annoncée pour une présentation publique, constituera le principal rendez-vous pour découvrir la manière dont l’artiste articule sa pratique avec les sujets explorés au sein de l’institut.

Il faudra notamment observer la place donnée à la participation du public, élément central de son travail, et la façon dont seront abordées la biodiversité, la diversité des langues et l’IA générative. À l’heure où les outils de génération automatisée deviennent accessibles à un public toujours plus large, l’apport d’une artiste comme Es Devlin est d’inviter à ne pas réduire l’innovation à sa seule performance technique. Ses installations rappellent que les technologies produisent aussi des espaces, des émotions, des récits et des manières d’être ensemble.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le prix Eugene McDermott des Arts du MIT ?

Créé en 1974, le prix Eugene McDermott des Arts du MIT récompense des artistes dont le travail se distingue par son innovation et son caractère interdisciplinaire. Pour Es Devlin, il comprend une dotation de 100 000 dollars ainsi qu’une résidence au sein du Massachusetts Institute of Technology, prévue au printemps 2025.

Pourquoi Es Devlin a-t-elle reçu le prix du MIT ?

Es Devlin est récompensée pour une œuvre qui mêle design scénique, installations, sculpture, architecture et art public. Le MIT met aussi en avant les thèmes qu’elle explore, parmi lesquels la biodiversité, la diversité linguistique et la poésie générée par l’intelligence artificielle, en résonance avec ses réflexions sur l’IA générative.

Quand Es Devlin sera-t-elle en résidence au MIT ?

La résidence d’Es Devlin au MIT doit débuter au printemps 2025. L’institut a annoncé une présentation publique de son œuvre le 1er mai 2025. Cette résidence doit lui permettre d’échanger avec les étudiants, les enseignants et les chercheurs de différentes disciplines réunis au sein du MIT.

Quels sont les travaux les plus connus d’Es Devlin ?

Es Devlin est connue pour ses installations artistiques et pour ses scénographies monumentales, notamment des décors cinétiques. Son parcours comprend des réalisations pour la Tate Modern, le Metropolitan Opera, le Super Bowl et les Jeux olympiques. Son travail est aussi documenté dans le livre An Atlas of Es Devlin et par une rétrospective au Cooper Hewitt à New York.

Quel lien existe entre Es Devlin et l’intelligence artificielle ?

L’intelligence artificielle n’est pas le seul sujet de son œuvre, mais Es Devlin s’intéresse à la poésie générée par l’IA et aux questions culturelles qu’elle soulève. Sa résidence intervient alors que le MIT examine les effets sociétaux de l’IA générative, notamment ses conséquences sur les pratiques créatives et les récits collectifs.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. MIT Arts, informations institutionnelles sur le prix Eugene McDermott des Artsarts.mit.edu
  2. Site officiel d’Es Devlinesdevlin.com
  3. Cooper Hewitt, Smithsonian Design Museumwww.cooperhewitt.org