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Stargate : pourquoi Elon Musk met en doute les 500 milliards de dollars du projet

Elon Musk estime que Stargate, le vaste projet d’infrastructures d’IA porté par OpenAI et SoftBank, ne dispose pas des fonds annoncés. Au-delà de cette attaque, les divergences sur le pilotage et le rythme de construction interrogent la faisabilité d’un programme chiffré à 500 milliards de dollars.

Chantier d’un vaste centre de données destiné aux calculs d’intelligence artificielle et à ses besoins électriques.
Illustration : Actu.ai

Le chiffre a de quoi donner le vertige : 500 milliards de dollars pour construire, sur quatre ans, les infrastructures nécessaires à la prochaine génération d’intelligence artificielle. Annoncé en janvier 2025 par OpenAI, SoftBank et leurs partenaires sous le nom de Stargate, le programme symbolise la course mondiale aux centres de données, aux puces et à l’électricité. Mais, en juillet 2025, une question domine : les promoteurs ont-ils réellement les moyens de leurs ambitions ?

Elon Musk répond clairement par la négative. L’entrepreneur estime que Stargate ne dispose pas des financements nécessaires. Cette critique ne porte pas seulement sur un chiffre spectaculaire : elle vise la capacité des partenaires à transformer une promesse d’investissement de long terme en bâtiments, réseaux électriques, équipements de calcul et contrats industriels concrets. Les tensions rapportées entre OpenAI et SoftBank sur la conduite du programme renforcent les interrogations sur son calendrier.

Stargate, un projet de 500 milliards de dollars qui doit encore être financé

Stargate est avant tout un projet d’infrastructure de calcul pour l’IA. Il ne s’agit pas d’un nouveau modèle comparable à ChatGPT, mais de l’ensemble physique indispensable à l’entraînement et à l’utilisation de modèles de plus en plus gourmands : terrains, centres de données, serveurs, accélérateurs de calcul, réseaux, systèmes de refroidissement et approvisionnement électrique.

Lors de son lancement, Stargate a été présenté comme un investissement pouvant atteindre 500 milliards de dollars sur quatre ans. OpenAI, SoftBank, Oracle et MGX figuraient parmi les financeurs annoncés. SoftBank devait assurer la responsabilité financière du projet, tandis qu’OpenAI devait en assurer la responsabilité opérationnelle. Une première enveloppe de 100 milliards de dollars avait également été évoquée pour démarrer les travaux.

Ce vocabulaire mérite d’être précisé. Une annonce de 500 milliards de dollars ne signifie pas que cette somme est déjà disponible sur un compte bancaire. Dans les très grands projets industriels, elle peut réunir des fonds propres, de la dette, des financements de projets, des engagements conditionnels, des contrats de location d’infrastructures et des dépenses étalées dans le temps. La solidité de Stargate dépend donc moins du montant affiché que de la capacité de ses promoteurs à réunir et à débloquer ces ressources au fil des chantiers.

Éléments annoncés ou envisagésCe qu’ils indiquent
500 milliards de dollars sur quatre ansL’ambition totale annoncée pour les infrastructures de Stargate
100 milliards de dollars au lancementLe niveau de financement initialement présenté pour amorcer le programme
Campus texan de 875 acresL’échelle foncière prévue pour l’un des projets phares
Centre de données de 200 mégawattsLa première étape de capacité électrique évoquée au Texas
Objectif de 1,2 gigawattsUne capacité six fois supérieure à 200 mégawatts, si l’extension est menée à terme

Ce qu’Elon Musk reproche au projet Stargate

La mise en cause d’Elon Musk est directe : selon lui, les entreprises associées à Stargate « n’ont tout simplement pas l’argent ». Autrement dit, le montant annoncé ne suffirait pas à démontrer que les capitaux nécessaires sont effectivement mobilisables.

Cette réserve a un poids médiatique considérable, car Musk est à la fois l’un des visages les plus influents de la tech et l’un des cofondateurs historiques d’OpenAI. Elle doit toutefois être replacée dans son contexte. Elon Musk et OpenAI sont engagés dans un conflit judiciaire et public portant notamment sur la mission, la gouvernance et l’évolution commerciale de l’entreprise. Sa critique n’est donc pas celle d’un observateur extérieur au débat.

Elle met néanmoins le doigt sur une difficulté réelle du secteur. Construire des capacités de calcul à très grande échelle coûte extrêmement cher, et les dépenses doivent précéder les revenus espérés. Les entreprises d’IA parient sur une demande future de services capables d’amortir des investissements massifs. Si cette demande progresse moins vite que prévu, si le coût de l’énergie augmente ou si les partenaires hésitent à financer les étapes suivantes, l’économie du projet se fragilise.

La question centrale n’est pas de savoir si une entreprise peut acheter quelques milliers de puces. Elle est de savoir si une alliance peut financer pendant plusieurs années une chaîne industrielle entière, en concurrence avec les grandes plateformes américaines et chinoises déjà engagées dans une expansion accélérée de leurs centres de données.

Pourquoi les désaccords entre OpenAI et SoftBank comptent autant

Les informations disponibles en juillet 2025 font état de divergences importantes entre OpenAI et SoftBank sur la direction opérationnelle de Stargate. Les discussions entre Sam Altman, dirigeant d’OpenAI, et Masayoshi Son, fondateur de SoftBank, auraient compliqué l’avancement d’un projet pourtant présenté comme prioritaire.

Dans une coentreprise de cette taille, la répartition des rôles est décisive. Le financeur veut maîtriser son exposition, le rythme des décaissements et la rentabilité attendue. L’opérateur, lui, cherche à disposer rapidement de capacités de calcul pour répondre à ses besoins technologiques. Or, ces deux priorités ne conduisent pas toujours aux mêmes décisions : faut-il ouvrir plusieurs sites en même temps, concentrer les moyens sur un campus pilote, acheter des équipements immédiatement ou attendre de meilleurs prix, privilégier la rapidité ou la réduction des risques ?

Les tensions rapportées ont alimenté l’idée d’un programme plus resserré à court terme. Alors qu’une montée en puissance très rapide était initialement envisagée, seule une installation plus modeste dans l’Ohio était désormais évoquée parmi les possibilités immédiates. Cela ne signifie pas nécessairement l’abandon de l’objectif de 500 milliards de dollars, mais cela souligne l’écart qui peut exister entre une ambition pluriannuelle et les chantiers effectivement décidés.

Le Texas, première vitrine d’une infrastructure hors norme

Le Texas occupe une place centrale dans les ambitions de Stargate. Un campus de 875 acres doit accueillir une première phase comprenant un centre de données de 200 mégawatts, avec la perspective d’atteindre à terme 1,2 gigawatts. Ces chiffres illustrent le changement d’échelle à l’œuvre dans l’IA générative.

L’entraînement des grands modèles de langage réclame en effet des grappes de processeurs et d’accélérateurs fonctionnant en parallèle. Leur consommation électrique, mais aussi la chaleur dégagée, imposent des installations conçues comme de véritables infrastructures industrielles. Le choix d’un territoire dépend donc de nombreux critères : disponibilité du foncier, accès au réseau électrique, production d’énergie, raccordement à la fibre optique, eau ou solutions de refroidissement, main-d’œuvre spécialisée et soutien des autorités locales.

Le défi est double. D’un côté, un campus de cette taille peut offrir à OpenAI et à ses partenaires une capacité de calcul difficile à reproduire rapidement par des concurrents. De l’autre, chaque retard de construction, chaque difficulté de raccordement ou chaque incertitude sur le financement peut repousser la mise en service. Dans l’IA, un centre de données ne constitue un avantage que s’il est opérationnel à temps et suffisamment équipé.

AMD et Arm, deux pièces importantes de l’écosystème matériel

La réussite de Stargate ne dépend pas uniquement d’OpenAI et de SoftBank. Elle repose sur une chaîne d’acteurs matériels dominée par les fabricants de puces, les concepteurs d’architectures, les fournisseurs de serveurs et les exploitants de centres de données.

Face à la forte demande pour les puces de Nvidia, AMD apparaît comme une alternative importante. Ses accélérateurs Instinct sont conçus pour les charges de travail intensives liées à l’IA. Oracle et OpenAI se tournent vers ces processeurs dans ce contexte, ce qui met en lumière un enjeu stratégique : disposer de plusieurs fournisseurs réduit la dépendance à un seul acteur et peut faciliter le déploiement de très grandes capacités de calcul.

Arm Holdings entend également renforcer son rôle. Lors d’un récent appel consacré à ses résultats financiers, son dirigeant Rene Haas a souligné la collaboration avec OpenAI et SoftBank autour de l’infrastructure de données. L’architecture Arm, très présente dans les appareils mobiles et de plus en plus utilisée dans les serveurs, est appelée à jouer un rôle dans la base technologique de ces installations à grande échelle.

Cette diversification ne règle pas à elle seule le problème du financement. Elle peut toutefois améliorer la résilience industrielle du projet. Une infrastructure de calcul dépend d’équipements rares, de calendriers de livraison, de logiciels adaptés et de capacités de production mondiales. Avoir accès à plusieurs technologies est un avantage, à condition de pouvoir financer les commandes et intégrer ces composants efficacement.

Stargate : l’ambition annoncée et les premiers freins

Le projet tel qu’annoncé

  • Jusqu’à 500 milliards de dollars d’investissements sur quatre ans.
  • Une enveloppe initiale de 100 milliards de dollars présentée au lancement.
  • Un réseau de centres de données conçu pour les besoins de l’IA à très grande échelle.
  • Un site texan visant une capacité finale de 1,2 gigawatts.
  • SoftBank en responsabilité financière et OpenAI en responsabilité opérationnelle.

Les questions soulevées en juillet 2025

  • Elon Musk doute que les partenaires disposent des fonds nécessaires.
  • Des divergences entre OpenAI et SoftBank compliqueraient le pilotage du programme.
  • Le rythme de déploiement immédiat paraît plus modeste que l’ambition initiale.
  • Une installation en Ohio est évoquée parmi les projets à court terme.
  • L’accès aux puces, à l’énergie et au financement reste déterminant.

Une promesse d’investissement face aux contraintes du réel

Le débat autour de Stargate révèle une caractéristique majeure de l’IA en 2025 : l’innovation logicielle est désormais inséparable de l’investissement matériel. Produire un assistant conversationnel ou un modèle génératif performant exige des ressources de calcul considérables. Les entreprises qui veulent rester à la pointe doivent donc sécuriser des équipements, de l’énergie et des centres de données avant même de savoir précisément quels usages généreront les revenus les plus importants.

Pour SoftBank, le pari est particulièrement ambitieux. Le groupe de Masayoshi Son mise depuis longtemps sur les technologies de rupture et sur les entreprises susceptibles de structurer l’économie numérique. Stargate lui offre l’occasion de se positionner au cœur de l’infrastructure de l’IA. Mais ce rôle l’expose aussi à un besoin de capitaux exceptionnel, dans un contexte où les coûts du matériel et de l’énergie demeurent élevés.

Pour OpenAI, l’enjeu est tout aussi stratégique. L’entreprise a besoin de puissance de calcul pour entraîner ses modèles, servir ses utilisateurs et réduire le risque de dépendre d’un nombre limité de fournisseurs. Participer à la construction de nouvelles capacités peut lui donner davantage de contrôle. En contrepartie, la gouvernance d’un projet financé avec des partenaires aussi puissants devient plus complexe.

Ce qu’il faut surveiller dans les prochains mois

La crédibilité de Stargate se jouera moins dans les déclarations publiques que dans des éléments concrets. Plusieurs signaux permettront de mesurer si le projet se rapproche de son objectif initial ou s’il entre dans une phase plus prudente.

Il faudra d’abord observer la matérialisation des financements : nouveaux apports en capital, emprunts, partenariats, contrats de location ou engagements d’achat. Il faudra ensuite suivre l’avancée des sites, en particulier au Texas, et déterminer si les capacités annoncées sont effectivement construites et mises sous tension.

Les relations entre OpenAI et SoftBank seront tout aussi déterminantes. Une clarification de la gouvernance, des responsabilités et du calendrier réduirait l’incertitude. À l’inverse, des désaccords prolongés sur le contrôle opérationnel pourraient ralentir les décisions, même si les partenaires restent convaincus du potentiel de l’IA.

Enfin, la place d’AMD, d’Arm, d’Oracle et des autres partenaires techniques montrera si Stargate parvient à bâtir une chaîne d’approvisionnement suffisamment diversifiée. La critique d’Elon Musk porte sur l’argent, mais la réussite d’un projet de cette ampleur dépend d’un équilibre plus large : capital disponible, énergie accessible, matériel livré à temps et gouvernance capable de tenir le cap.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le projet Stargate d’OpenAI et SoftBank ?

Stargate est un programme d’infrastructures destiné à fournir une immense capacité de calcul pour l’intelligence artificielle. Il réunit notamment OpenAI, SoftBank, Oracle et MGX. Son objectif n’est pas de lancer un modèle d’IA précis, mais de financer des centres de données, des équipements informatiques et l’énergie nécessaires aux futurs modèles.

Pourquoi Elon Musk dit-il que Stargate n’a pas l’argent nécessaire ?

Elon Musk considère que les montants annoncés ne prouvent pas que les partenaires disposent déjà des capitaux mobilisables pour réaliser le programme. Son propos vise la faisabilité financière d’un projet évalué à 500 milliards de dollars. Cette critique intervient aussi dans un contexte de conflit judiciaire et public entre Musk et OpenAI.

Les 500 milliards de dollars de Stargate sont-ils déjà disponibles ?

Non, un objectif d’investissement sur quatre ans ne correspond pas nécessairement à une somme déjà réunie et immédiatement dépensable. Un programme de cette ampleur peut combiner apports en capital, dette, financements de projets et dépenses progressives. La question est donc de savoir à quel rythme les fonds seront effectivement engagés.

Pourquoi Stargate a-t-il besoin d’autant d’électricité ?

Les grands modèles d’IA exigent de très nombreux accélérateurs de calcul qui fonctionnent simultanément, parfois en continu. Ils consomment de l’électricité et produisent beaucoup de chaleur, ce qui impose également des systèmes de refroidissement. Le projet texan évoque 200 mégawatts au départ et une capacité potentielle de 1,2 gigawatts.

Quel rôle jouent AMD et Arm dans le projet Stargate ?

AMD propose des accélérateurs Instinct destinés aux calculs intensifs d’IA, une option importante dans un marché où les puces Nvidia sont très demandées. Arm fournit une architecture de processeurs très répandue et cherche à renforcer sa collaboration avec OpenAI et SoftBank. Ces acteurs peuvent aider à diversifier l’approvisionnement matériel du projet.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. OpenAI, annonce officielle du projet Stargate, janvier 2025openai.com/index/announcing-the-stargate-project
  2. SoftBank Group, annonces et communiqués officielsgroup.softbank/en/news
  3. The Wall Street Journal, couverture des entreprises technologiques et de Stargatewww.wsj.com/tech
  4. Arm Holdings, relations investisseurs et résultats financiersinvestors.arm.com