Disney et NBC Universal attaquent Midjourney, un procès clé pour l’IA d’image
Disney et NBC Universal ont saisi un tribunal fédéral de Los Angeles contre Midjourney. Les studios accusent le générateur d’images par IA d’utiliser et de reproduire leurs créations protégées, dont Dark Vador et les Minions. L’affaire pourrait peser sur les règles du jeu entre IA générative, cinéma et droit d’auteur.

Un générateur d’images peut-il s’inspirer d’un univers de fiction jusqu’à en faire apparaître les personnages les plus reconnaissables, sans l’accord de leurs ayants droit ? C’est la question très concrète que Disney et NBC Universal portent devant la justice américaine contre Midjourney. Le litige ne concerne pas seulement quelques images produites à partir d’une consigne écrite : il met aux prises deux conceptions de l’IA générative, l’une centrée sur l’innovation technologique, l’autre sur la maîtrise des œuvres qui alimentent cette innovation.
Déposée devant un tribunal fédéral de Los Angeles, la plainte accuse l’éditeur de Midjourney d’avoir utilisé des contenus protégés appartenant aux deux groupes sans autorisation préalable. Les studios affirment aussi que l’outil permet aux utilisateurs de générer un nombre potentiellement illimité de représentations non autorisées de leurs personnages et univers. Parmi les exemples mis en avant figurent Dark Vador, associé à Disney, et les Minions, associés à NBC Universal.
Ce que Disney et NBC Universal reprochent à Midjourney
Les deux entreprises ne contestent pas l’existence même de l’intelligence artificielle appliquée à la création d’images. Leur grief vise l’exploitation qu’elles jugent non autorisée de leur catalogue et les images que le service serait capable de produire à la demande. Selon elles, Midjourney tirerait un avantage commercial d’œuvres créées, financées et protégées par les studios, sans licence ni accord de rémunération.
La plainte repose donc sur deux dimensions étroitement liées. La première concerne l’utilisation présumée de contenus protégés pour développer ou faire fonctionner le système. La seconde porte sur le résultat offert aux utilisateurs : des images qui peuvent, selon les plaignants, reproduire ou imiter de très près des personnages connus. Pour Disney et NBC Universal, cette capacité revient à fabriquer des copies non autorisées de leurs créations.
Les studios indiquent avoir tenté de convaincre Midjourney de mettre fin à ce qu’ils présentent comme une exploitation déloyale de leurs œuvres. Faute d’accord, ils ont choisi la voie judiciaire. À ce stade, il s’agit d’accusations formulées dans une plainte : le tribunal n’a pas encore déterminé si une violation du droit d’auteur était établie ni quelles œuvres seraient concernées.
| Repère | Ce que l’on sait au 13 juin 2025 |
|---|---|
| Plaignants | Disney et NBC Universal |
| Société visée | Midjourney, éditeur d’un générateur d’images par IA |
| Tribunal saisi | Tribunal fédéral de Los Angeles |
| Exemples cités | Dark Vador et les Minions |
| Revenus évoqués | Une estimation de 300 millions de dollars pour Midjourney en 2024 |
| Réparation demandée | Jusqu’à 150 000 dollars par œuvre en violation, ainsi que la restitution de revenus allégués |
| État de la procédure | Plainte en cours, sans décision connue à cette date |
Pourquoi un générateur d’images soulève une question de droit d’auteur
Un outil comme Midjourney produit une image à partir d’une instruction écrite, souvent appelée prompt. L’utilisateur peut décrire une scène, une ambiance, un matériau, un cadrage ou un personnage. Le système synthétise alors une nouvelle image en s’appuyant sur les régularités qu’il a apprises pendant son entraînement.
C’est justement cette phase d’apprentissage qui cristallise une grande part des contentieux actuels. Pour apprendre à associer des mots, des formes, des textures et des compositions, un modèle a besoin d’accéder à de très nombreuses images. Les titulaires de droits cherchent à savoir si leurs œuvres ont été utilisées, dans quelles conditions, et si une licence aurait dû être conclue.
L’autre difficulté concerne les résultats visibles. Une IA ne fonctionne pas nécessairement comme une base de données qui restituerait simplement un fichier à l’identique. Mais elle peut générer une image qui évoque fortement un personnage, un costume, une silhouette ou un univers visuel précisément identifié. Pour les studios, la possibilité de demander directement des figures protégées, puis d’obtenir des variantes à volonté, risque de concurrencer leurs propres licences, produits dérivés et usages éditoriaux.
La ressemblance ne suffit pas automatiquement à démontrer une contrefaçon. Le droit d’auteur examine notamment ce qui est effectivement repris, le degré de proximité entre les œuvres et les conséquences économiques de l’usage. Dans le cas de personnages extrêmement connus, la frontière est toutefois particulièrement sensible : leur valeur repose aussi sur leur reconnaissance immédiate par le public.
Les sommes en jeu expliquées simplement
Disney et NBC Universal demandent que Midjourney restitue les revenus qui auraient été générés grâce à l’utilisation contestée de leurs contenus. La plainte mentionne également une estimation selon laquelle l’entreprise aurait pu atteindre 300 millions de dollars de revenus en 2024, deux ans après son lancement. Ce chiffre est avancé pour illustrer, selon les studios, l’ampleur économique d’un service fondé sur la génération d’images.
Les plaignants réclament aussi des dommages et intérêts pouvant aller jusqu’à 150 000 dollars par œuvre en violation. Aux États-Unis, le droit d’auteur prévoit, dans certaines situations et sous certaines conditions, des dommages statutaires : le juge peut fixer une somme sans exiger que chaque préjudice économique soit démontré au dollar près. Le plafond élevé est généralement invoqué lorsque les ayants droit considèrent que l’atteinte a été volontaire.
Il faut donc éviter de multiplier mécaniquement ce montant par tous les personnages, films ou images évoqués. Le nombre exact d’œuvres retenues, l’éventuelle responsabilité de Midjourney et le niveau des réparations dépendraient d’une analyse judiciaire détaillée. La plainte donne une direction aux demandes des studios, elle ne préjuge pas du montant qui pourrait être accordé à l’issue du dossier.
Le cœur du litige
Ce que les studios allèguent
- Leurs œuvres auraient été utilisées par Midjourney sans autorisation préalable.
- Le service permettrait de générer des images de Dark Vador, des Minions et d’autres créations protégées.
- Ces images concurrenceraient des contenus que les studios exploitent sous licence.
- Les démarches des plaignants pour faire cesser ces usages n’auraient pas abouti.
Ce que le tribunal devra apprécier
- Les utilisations dénoncées constituent-elles une violation du droit d’auteur américain ?
- Quels contenus protégés ont été employés et dans quelles conditions ?
- Les images générées reprennent-elles des éléments protégés de manière juridiquement significative ?
- L’utilisation équitable peut-elle s’appliquer à tout ou partie des pratiques contestées ?
L’utilisation équitable peut-elle protéger les entreprises d’IA ?
De nombreuses jeunes entreprises de l’IA générative font valoir la notion américaine d’utilisation équitable, ou fair use. Cette doctrine peut, dans certains cas, permettre l’emploi d’une œuvre protégée sans autorisation. Elle n’est cependant pas une exemption générale accordée aux entreprises technologiques, ni une règle automatique applicable à tous les modèles d’IA.
Les juridictions américaines apprécient habituellement plusieurs éléments. Elles examinent notamment la finalité de l’usage, son caractère commercial ou non, la nature de l’œuvre employée, la quantité de contenu reprise et l’effet de cet usage sur le marché de l’œuvre originale. Une utilisation peut être qualifiée de transformative lorsqu’elle apporte une finalité ou une expression nouvelle, mais cet argument ne suffit pas à lui seul à régler le débat.
Dans le dossier ouvert par Disney et NBC Universal, l’enjeu est particulièrement aigu parce que les plaignants mettent en avant des personnages issus de franchises commerciales majeures. Ils estiment que Midjourney ne se limite pas à analyser des images pour créer un service nouveau : l’outil donnerait aux utilisateurs les moyens de produire des représentations concurrentes de contenus que les studios monétisent déjà par des licences et des exploitations variées.
Au 13 juin 2025, Midjourney n’a pas communiqué publiquement de réponse aux accusations rapportées dans la plainte. Il serait donc prématuré de lui attribuer une ligne de défense précise. Plus largement, les arguments liés à l’utilisation équitable seront au cœur de nombreux procès similaires, car ils déterminent l’équilibre entre la possibilité d’entraîner les modèles et les droits des créateurs.
Pourquoi l’industrie créative durcit sa position
L’action des deux studios intervient dans un climat de mobilisation croissante des secteurs culturels face à l’IA générative. Musiciens, auteurs, médias et entreprises de divertissement ont engagé ou envisagé des procédures contre des entreprises technologiques pour des motifs voisins : l’utilisation d’œuvres protégées pour entraîner des systèmes capables de générer de nouveaux contenus.
Le Syndicat américain des auteurs, la Writers Guild of America ou WGA, a récemment encouragé les studios à prendre position face aux acteurs de l’IA générative qui exploiteraient illégalement des créations. Cette prise de parole traduit une inquiétude qui dépasse le seul cas des images. Les professionnels de l’écriture, de l’illustration, de la musique et de l’audiovisuel s’interrogent sur la manière dont leurs œuvres peuvent servir de matière première à des outils qui automatisent ensuite une partie de la production créative.
Pour les détenteurs de grands catalogues, l’enjeu est aussi celui du contrôle de la marque et de la cohérence des personnages. Une image de Dark Vador ou des Minions créée hors de tout cadre peut circuler, être intégrée à une publicité ou donner lieu à des produits non officiels. Les studios cherchent donc à protéger à la fois leurs revenus, la rareté de leurs licences et la relation de confiance avec le public.
Que peut-il se passer pendant la procédure ?
Le dépôt d’une plainte ouvre une procédure civile, mais ne tranche pas le fond de l’affaire. Le tribunal devra d’abord examiner les arguments des parties, les œuvres concernées, les usages reprochés et les moyens par lesquels les images litigieuses auraient été obtenues. La question de savoir quels contenus ont servi à entraîner le système, et avec quel niveau de traçabilité, pourrait être déterminante.
Les débats pourraient également porter sur les mesures techniques prises ou non par Midjourney pour empêcher certaines générations d’images. Lorsqu’un utilisateur saisit le nom d’un personnage célèbre, un service peut-il bloquer la demande, la modifier ou limiter le résultat ? De tels dispositifs ne répondraient pas à eux seuls à la question de l’entraînement, mais ils pourraient compter dans l’appréciation de la capacité du produit à faciliter des usages contestés.
L’affaire peut se conclure de plusieurs façons : une décision du tribunal, un accord entre les parties ou une modification du service. Aucune de ces issues n’est acquise. Le caractère emblématique des plaignants donne toutefois au dossier une portée symbolique forte, car Disney et NBC Universal disposent de catalogues parmi les plus influents de l’industrie mondiale du divertissement.
Ce qu’il faut surveiller
Les prochains développements ne se résumeront pas à la question de savoir si un utilisateur peut générer l’image d’un personnage connu. Ils pourraient aider à préciser des règles plus larges pour les outils de création assistée par IA.
Quatre points seront particulièrement importants :
- la manière dont le tribunal distinguera l’entraînement d’un modèle et les images générées à la demande ;
- le poids donné aux effets économiques sur les licences et les marchés des studios ;
- l’éventuelle place de l’utilisation équitable dans un service commercial de génération d’images ;
- les mesures que les plateformes pourraient être incitées à prendre pour limiter la reproduction de créations protégées.
Quelle que soit son issue, cette plainte rappelle que la performance technique d’un générateur d’images ne règle pas la question de sa légitimité juridique. À mesure que les outils deviennent plus accessibles et plus capables de reproduire des codes visuels célèbres, les accords de licence, la transparence sur les données et les garde-fous destinés aux utilisateurs devraient devenir des sujets centraux pour toute l’industrie de l’IA générative.
Questions fréquentes
Pourquoi Disney et NBC Universal poursuivent-ils Midjourney ?
Les deux studios accusent Midjourney d’avoir utilisé leurs créations protégées sans autorisation et de permettre la production d’images non autorisées de personnages célèbres. Ils estiment que cette pratique porte atteinte à leurs droits d’auteur et à la valeur commerciale de leurs licences, notamment lorsque les utilisateurs obtiennent des images de Dark Vador ou des Minions.
Midjourney a-t-il été condamné dans l’affaire Disney et NBC Universal ?
Non. Au 13 juin 2025, Disney et NBC Universal ont déposé une plainte devant un tribunal fédéral de Los Angeles, mais aucune décision n’avait été rendue. Les accusations exposées dans une plainte doivent encore être examinées par la justice, qui pourra entendre les arguments de Midjourney et apprécier les éléments produits par les parties.
Que signifient les 150 000 dollars réclamés par œuvre ?
Les studios demandent jusqu’à 150 000 dollars de dommages et intérêts pour chaque œuvre dont une violation serait reconnue. Ce montant n’est ni automatique ni déjà dû. Il s’agit d’un plafond prévu par le droit américain dans certaines situations, et le juge devrait déterminer les œuvres concernées, la responsabilité éventuelle de Midjourney et le niveau de réparation approprié.
Qu’est-ce que l’utilisation équitable dans les procès sur l’IA ?
L’utilisation équitable, ou fair use, est une doctrine du droit américain qui peut parfois autoriser l’emploi d’une œuvre protégée sans accord préalable. Les tribunaux évaluent notamment le but de l’usage, son caractère commercial, la quantité reprise et ses effets sur le marché de l’œuvre. Elle ne constitue pas une autorisation générale pour l’IA générative.
Cette plainte peut-elle changer les générateurs d’images par IA ?
Oui, si elle aboutit à une décision marquante ou à un accord détaillé. Elle pourrait influencer les pratiques d’entraînement des modèles, les licences négociées avec les titulaires de droits et les filtres mis en place pour empêcher certaines générations d’images. Son issue sera suivie par le cinéma, l’édition, la musique et l’ensemble des entreprises d’IA générative.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Registre PACER des tribunaux fédéraux américains, accès aux dossiers judiciairespacer.uscourts.gov
- U.S. Copyright Office, travaux sur l’intelligence artificielle et le droit d’auteurwww.copyright.gov/ai
- U.S. Copyright Office, ressources sur l’utilisation équitablewww.copyright.gov/fair-use
- Writers Guild of Americawww.wga.org



