Régulation et éthique

Disney et Universal poursuivent Midjourney, accusé de reproduire leurs personnages

Disney et Universal ont saisi un tribunal fédéral de Los Angeles contre Midjourney. Les studios accusent le générateur d’images par IA de reproduire sans autorisation des personnages comme Darth Vader, Elsa ou les Minions. Cette procédure place au premier plan la question du droit d’auteur face aux modèles entraînés sur des contenus en ligne.

Dossier judiciaire sur une table et écran de génération d’images par IA dans une salle d’audience.
Illustration : Actu.ai

Le conflit entre les grandes plateformes d’intelligence artificielle et les détenteurs de catalogues culturels franchit un nouveau seuil aux États-Unis. Disney et Universal ont porté plainte le 11 juin 2025 contre Midjourney, un outil populaire de génération d’images à partir de descriptions textuelles. Les studios estiment que le service permet de produire, puis de diffuser, des représentations non autorisées de certains de leurs personnages les plus connus.

Déposée devant un tribunal fédéral de Los Angeles, cette action ne vise pas seulement quelques images isolées créées par des internautes. Disney et Universal mettent directement en cause le fonctionnement et la stratégie de la société californienne Midjourney, fondée en 2021. Ils l’accusent d’avoir utilisé leurs œuvres sans permission et d’avoir laissé son générateur produire des visuels qui enfreignent leurs droits.

L’issue du dossier n’est pas connue au 13 juin 2025. Mais la plainte est importante par le poids des plaignants et par les questions qu’elle soulève : une IA peut-elle être entraînée à partir de contenus protégés trouvés sur Internet ? Jusqu’où un éditeur d’outil doit-il empêcher ses utilisateurs de générer des personnages ou des univers immédiatement reconnaissables ?

Ce que reprochent Disney et Universal à Midjourney

Dans leur plainte, les deux groupes décrivent Midjourney comme un « puits sans fond de plagiat ». Ils soutiennent que le service a illégalement utilisé et distribué d’innombrables copies de personnages issus de leurs franchises, en particulier Darth Vader de Star Wars, Elsa de La Reine des neiges et les Minions de Moi, moche et méchant.

Les studios ont joint à leur démarche des exemples d’images générées par l’outil. Ils y signalent notamment des représentations de Yoda avec un sabre laser, de Bart Simpson sur une planche à roulettes, d’Iron Man volant dans le ciel ou encore de Buzz Lightyear en plein vol. Le fait qu’une image soit fabriquée à la demande par un logiciel plutôt que copiée manuellement ne suffit pas, selon leur argumentation, à la soustraire aux règles du droit d’auteur.

Il convient de distinguer ici une accusation d’une décision judiciaire. Les exemples présentés sont les éléments invoqués par Disney et Universal pour étayer leur dossier. Il appartiendra au tribunal de déterminer si les images litigieuses constituent bien des contrefaçons et si Midjourney peut en être tenu juridiquement responsable.

Élément au cœur du dossierPosition de Disney et UniversalCe qui reste à trancher
Données utilisées par l’IALes studios estiment que leurs œuvres ont été utilisées sans autorisation.La légalité précise de cette utilisation au regard du droit américain.
Images créées à la demandeDes personnages protégés pourraient être reproduits par le générateur.Le degré de ressemblance nécessaire pour caractériser une violation.
Mesures de protectionMidjourney aurait refusé d’installer des garde-fous suffisants.Les obligations concrètes qui peuvent être imposées à un service d’IA.
Préjudice subiLes plaignants demandent réparation pour l’atteinte alléguée à leurs droits.Le montant éventuel des dommages-intérêts et les mesures ordonnées.

La plainte affirme également que Midjourney n’aurait pas donné suite aux demandes des studios visant à faire cesser ces violations ou à déployer des moyens techniques capables d’empêcher la création d’images contrevenantes. C’est un point central : les plaignants ne contestent pas uniquement l’existence d’images problématiques, ils reprochent à l’entreprise de ne pas avoir mis en place les limitations nécessaires pour éviter leur répétition.

Comment fonctionne un générateur d’images comme Midjourney ?

Les générateurs d’images par IA créent un visuel à partir d’une instruction écrite, souvent appelée « prompt ». L’utilisateur peut demander un décor, une composition, un personnage, une technique ou une ambiance. Le système produit alors une image nouvelle en s’appuyant sur les régularités apprises pendant son entraînement à partir de vastes ensembles de données.

Cette explication ne permet pas, à elle seule, de résoudre la question du droit. Les modèles ne sont généralement pas présentés comme de simples bases de données qui ouvriraient un fichier source à la demande. Ils génèrent de nouvelles images. Toutefois, si le résultat reprend des caractéristiques très précises d’un personnage, d’un costume ou d’un univers protégé, les titulaires de droits peuvent considérer qu’il reproduit une œuvre sans autorisation.

Le débat est encore plus sensible lorsque l’entraînement a pu mobiliser des contenus accessibles en ligne. David Holz, directeur général de Midjourney, avait auparavant indiqué que la base de données de son entreprise avait été compilée grâce à un « grand extracteur d’Internet ». Pour les créateurs et les studios, cette expression résume l’inquiétude principale : de nombreux contenus circulent publiquement sur le Web, sans que cela signifie automatiquement qu’ils peuvent être réutilisés librement pour entraîner un système commercial.

Le droit d’auteur protège l’expression originale d’une œuvre, et non les idées générales. Un pirate de l’espace, une princesse ou un héros volant sont des idées en elles-mêmes très larges. En revanche, la représentation concrète d’un personnage, ses traits distinctifs et son univers peuvent bénéficier d’une protection. C’est précisément sur cette frontière, entre inspiration générale et reprise reconnaissable, que se situent nombre des litiges liés à l’IA générative.

Pourquoi les personnages de fiction sont au centre du litige

Les personnages cités dans la plainte ne sont pas de simples figures décoratives. Ils appartiennent à des franchises exploitées dans les films, les séries, les produits dérivés, les parcs à thème, les jeux et les campagnes publicitaires. Leur valeur repose aussi sur le contrôle exercé par les studios sur leur apparence et leurs usages.

Pour Disney et Universal, la possibilité de générer très facilement des représentations de ces personnages crée un risque à plusieurs niveaux. Un visuel peut être publié sur les réseaux sociaux, intégré à une publicité, servir à vendre un produit ou être réemployé dans une vidéo. La diffusion peut donc être massive, y compris sans lien direct avec les studios qui possèdent les droits.

Les groupes soulignent aussi les investissements considérables nécessaires à la création de leurs œuvres. Horacio Gutierrez, directeur juridique de Disney, a déclaré que l’entreprise envisageait avec optimisme le potentiel de l’IA pour soutenir la créativité, tout en affirmant que le plagiat reste du plagiat, quelle que soit la technologie employée. Kim Harris, avocate générale de NBCUniversal, a de son côté présenté l’action comme une démarche de protection des artistes et des investissements engagés dans la création de contenus.

Ces déclarations montrent que les plaignants ne rejettent pas nécessairement l’IA en bloc. Leur position est plutôt qu’une technologie innovante ne doit pas permettre de contourner le consentement des auteurs et des ayants droit. Cette nuance est devenue fréquente dans les débats culturels : le différend oppose moins la création humaine à toute forme d’automatisation que les conditions d’accès aux œuvres et de partage de la valeur qu’elles produisent.

Ce que demandent les studios au tribunal de Los Angeles

Disney et Universal souhaitent que le juge ordonne une injonction préliminaire. Il s’agit d’une mesure provisoire demandée au cours de la procédure, avant qu’un jugement définitif ne soit rendu sur l’ensemble du fond du dossier. Dans ce cas, les plaignants veulent empêcher Midjourney de reproduire leurs œuvres protégées.

Ils demandent aussi que le service ne puisse pas proposer de génération d’images, et potentiellement de vidéos, sans protections adéquates contre les violations de droits d’auteur. L’objectif recherché n’est donc pas seulement une compensation financière après coup : les studios veulent modifier le fonctionnement du produit ou imposer des restrictions à son usage.

Le montant des dommages-intérêts demandés n’était pas précisé dans les informations disponibles au 13 juin 2025. Il serait prématuré d’en déduire un chiffre ou de prédire la sanction éventuelle. Dans ce type de procédure, la réparation peut dépendre du nombre d’atteintes retenues, de leur nature, de la connaissance qu’en avait l’entreprise poursuivie et des règles appliquées par le tribunal.

Une injonction peut avoir des effets très concrets sur un outil numérique. Elle pourrait par exemple conduire à filtrer certaines requêtes, à bloquer des résultats trop proches de personnages protégés ou à revoir les données et mécanismes employés par le service. Mais aucune de ces mesures n’a été décidée à ce stade.

Une plainte qui s’inscrit dans une bataille plus large sur l’IA

Le dossier Midjourney s’inscrit dans une multiplication des conflits opposant des titulaires de droits à des entreprises d’IA générative. Avant cette action, des litiges avaient déjà porté sur des textes et sur la musique. OpenAI, créateur de ChatGPT, a notamment été poursuivi dans des affaires liées à l’utilisation présumée non autorisée d’articles de presse.

La particularité de la démarche de Disney et Universal tient à la nature des œuvres concernées. Les images et les personnages sont immédiatement visibles, identifiables par le grand public et très fortement associés à des marques culturelles mondiales. Cela rend la démonstration visuelle particulièrement accessible : les studios peuvent montrer les résultats qu’ils jugent litigieux plutôt que de débattre uniquement de données d’entraînement abstraites ou de suites de mots.

Pour les artistes indépendants, illustrateurs, auteurs et photographes, ces affaires sont suivies avec attention. Beaucoup dénoncent l’utilisation de leurs travaux sans consentement ni rémunération pour développer des outils capables de produire des images concurrentes. À l’inverse, les entreprises technologiques défendent souvent l’idée que l’apprentissage sur de larges corpus est nécessaire pour développer des modèles utiles et innovants. La difficulté consiste à construire des règles qui ne réduisent pas les créateurs à de simples fournisseurs invisibles de données.

Ce qu’il faut surveiller dans les prochains mois

La première étape sera la réponse de Midjourney aux accusations. L’entreprise n’avait pas immédiatement commenté la plainte. Sa défense pourrait porter sur les données d’entraînement, sur le caractère génératif de ses résultats, sur les usages de ses utilisateurs ou sur la portée des protections revendiquées par les studios.

Le tribunal devra aussi examiner la demande d’injonction préliminaire. Pour les plaignants, obtenir une telle mesure serait une manière de limiter rapidement les images qu’ils estiment contrefaisantes. Pour Midjourney, une décision restrictive pourrait exiger des changements techniques et commerciaux significatifs avant même le jugement au fond.

Au-delà de ce seul outil, l’affaire est susceptible d’être observée par l’ensemble du secteur de l’IA. Les développeurs de modèles d’images devront mesurer les risques liés à leurs corpus d’entraînement, aux requêtes formulées par les utilisateurs et aux dispositifs de filtrage proposés. Les détenteurs de catalogues, eux, y verront un test de leur capacité à conserver le contrôle de personnages conçus bien avant l’essor de l’IA générative.

Pour le public, ce procès rappelle enfin une réalité souvent masquée par la facilité d’utilisation de ces outils : une image obtenue en quelques secondes peut mobiliser des décennies de création, de travail artistique et d’investissements. L’enjeu des prochains mois sera de savoir comment concilier cette nouvelle capacité de production avec une reconnaissance effective des droits attachés aux œuvres qui ont nourri l’imaginaire collectif.

Questions fréquentes

Pourquoi Disney et Universal poursuivent-ils Midjourney ?

Disney et Universal accusent Midjourney de violation de droits d’auteur. Selon leur plainte déposée le 11 juin 2025 à Los Angeles, le générateur d’images peut produire sans autorisation des représentations de leurs personnages protégés, notamment Darth Vader, Elsa et les Minions. Les studios reprochent aussi à l’entreprise de ne pas avoir adopté de protections techniques suffisantes.

Quels personnages sont cités dans la plainte contre Midjourney ?

Les studios mentionnent notamment Darth Vader de Star Wars, Elsa de La Reine des neiges et les Minions de Moi, moche et méchant. Parmi les exemples d’images présentés figurent aussi Yoda avec un sabre laser, Bart Simpson sur une planche à roulettes, Iron Man dans le ciel et Buzz Lightyear en plein vol.

Que demandent Disney et Universal dans leur action contre Midjourney ?

Les plaignants demandent au tribunal fédéral une injonction préliminaire pour empêcher Midjourney de reproduire leurs œuvres. Ils souhaitent également que le service ne propose pas de génération d’images, et potentiellement de vidéos, sans garde-fous adaptés. Des dommages-intérêts sont réclamés, mais leur montant n’était pas précisé au 13 juin 2025.

Midjourney a-t-il utilisé des œuvres protégées pour entraîner son IA ?

C’est l’une des questions soulevées par Disney et Universal, mais elle n’était pas tranchée au 13 juin 2025. David Holz, directeur général de Midjourney, avait expliqué que la base de données de l’entreprise avait été compilée grâce à un « grand extracteur d’Internet ». Le tribunal devra apprécier les conséquences juridiques de ces pratiques.

Cette affaire peut-elle changer les règles pour les IA d’images ?

Elle pourrait influencer les pratiques du secteur, sans créer automatiquement une règle générale à elle seule. Si le tribunal ordonnait des restrictions ou retenait la responsabilité de Midjourney, d’autres services pourraient être incités à renforcer leurs filtres et à réexaminer l’origine de leurs données. L’issue dépendra toutefois des faits et du droit américain applicable.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Dossier de procédure fédérale, consultation des affaires via PACERpcl.uscourts.gov/pcl/index.jsf
  2. U.S. Copyright Office, rapport sur l’IA générative et l’entraînement des modèles, mai 2025www.copyright.gov
  3. Midjourney, site officiel du générateur d’imageswww.midjourney.com