Robotique et matériel

Drones autonomes : l’inventaire en entrepôt gagne en précision et en continuité

Dans les entrepôts, les drones autonomes promettent de relever les stocks sans immobiliser durablement les opérations. Caméras, vision artificielle et connexion au logiciel de gestion permettent de repérer les marchandises et les écarts plus vite. Cette automatisation exige toutefois un déploiement rigoureux et des données fiables.

Un drone autonome scanne des palettes sur de hauts rayonnages dans un entrepôt en activité.
Illustration : Actu.ai

Au 20 décembre 2024, l’inventaire demeure l’une des tâches les plus coûteuses en temps dans un entrepôt. Il faut savoir ce qui est réellement présent, à quel emplacement et dans quelle quantité, tout en évitant de ralentir la préparation des commandes. Les drones autonomes s’attaquent précisément à cette difficulté : ils parcourent les rayonnages, relèvent les identifiants des articles et remontent les données vers les outils de gestion, sans demander qu’un opérateur inspecte chaque niveau de stockage.

L’idée ne consiste pas à remplacer l’ensemble du travail logistique par un aéronef. Ces appareils visent surtout les opérations répétitives de contrôle, souvent réalisées en hauteur et sur de très grandes surfaces. Bien déployés, ils peuvent rendre l’état des stocks plus fréquent et plus proche de la réalité physique. Mais leur intérêt dépend autant de leur capacité de vol que de leur dialogue avec le système informatique de l’entrepôt.

Pourquoi l’inventaire reste un point sensible en entrepôt

Un stock inscrit dans un logiciel n’est utile que s’il correspond aux marchandises effectivement rangées dans les allées. Une erreur de localisation, une étiquette illisible, un article déplacé ou une saisie manuelle erronée peuvent créer un écart. Les conséquences se répercutent ensuite sur la préparation des commandes, le réapprovisionnement et la promesse faite aux clients.

Les méthodes traditionnelles demandent généralement à des équipes de circuler dans les zones de stockage, de compter, de scanner et de vérifier les emplacements. Ce travail est indispensable, mais il peut être long, particulièrement lorsque les produits sont placés sur de hauts rayonnages. Il peut également imposer une réduction temporaire de l’activité, voire l’arrêt de certaines zones, afin que les comptages soient fiables et que les personnes puissent travailler en sécurité.

Les drones autonomes ont vocation à effectuer ces relevés de façon plus régulière. Ils ne modifient pas, à eux seuls, la quantité de marchandise disponible. En revanche, ils apportent une observation physique supplémentaire, susceptible de révéler plus tôt une différence entre le terrain et le logiciel.

Comment un drone autonome repère-t-il les marchandises ?

Un drone destiné à l’inventaire combine plusieurs briques techniques. Sa caméra haute résolution lit les codes-barres ou les étiquettes visibles sur les palettes et les emplacements. Des algorithmes d’intelligence artificielle et de vision artificielle l’aident à reconnaître son environnement, à suivre un itinéraire et à conserver une distance adaptée avec les rayonnages.

Dans un entrepôt, le GPS n’est généralement pas l’outil le plus fiable pour se repérer. Les structures métalliques, le toit et la densité des rayonnages compliquent son usage. Les appareils concernés s’appuient donc sur des capteurs et sur une représentation de l’environnement obtenue lors d’un premier parcours. Cette approche leur permet de circuler sans dépendre nécessairement de marquages au sol, de balises ou de repères réfléchissants.

Le terme « autonome » ne signifie pas pour autant que le drone improvise sa mission. Il reçoit un périmètre, des règles de circulation et un objectif de relevé. Lorsqu’il a fini son parcours ou que sa batterie baisse, il rejoint une station de charge. Les données obtenues peuvent alors être envoyées sans délai au logiciel de gestion d’entrepôt.

La nature de l’identifiant compte aussi. Un code-barres se lit par image, à condition que l’étiquette soit visible et suffisamment nette. La RFID repose, elle, sur des ondes radio : pour lire ces étiquettes, le drone doit disposer d’un lecteur RFID adapté. Toutes les solutions ne proposent donc pas exactement les mêmes capacités de relevé.

Des comptages plus rapides, sans immobiliser longtemps l’activité

Le principal argument de cette automatisation est le rythme des relevés. Le scénario présenté met en avant un inventaire réalisé en quelques heures, contre des semaines pour des méthodes traditionnelles sur de très grands sites. Cet écart potentiel est considérable, mais il dépend de la surface à couvrir, de la densité des racks, de la lisibilité des étiquettes, du nombre de drones et de l’organisation de l’entrepôt.

L’avantage ne se mesure pas seulement à la vitesse d’un inventaire général. Des passages fréquents permettent aussi de réaliser des contrôles ciblés, par exemple sur une zone à forte rotation ou après un incident signalé. L’entreprise peut ainsi passer d’un contrôle ponctuel, lourd à organiser, à une vérification plus continue.

Étape de contrôleRelevé manuel classiqueRelevé par drone autonome
Accès aux emplacements hautsIntervention d’opérateurs, parfois avec des équipements de manutentionPrise de vue ou lecture depuis les allées et les hauteurs de rayonnage
Lecture des identifiantsScan et saisie réalisés par une personneLecture automatisée des codes visibles, ou de la RFID avec l’équipement approprié
Mise à jour des donnéesRisque de délai entre le comptage et la saisieTransmission possible vers le WMS à l’issue du relevé
Vérification des écartsRecherche manuelle d’une anomalie signaléeComparaison des relevés avec les données attendues par le système

Inventaire manuel et inventaire par drone : ce qui change

Inventaire manuel

  • Les opérateurs se déplacent dans les allées et accèdent physiquement aux emplacements à contrôler.
  • Le comptage peut mobiliser longtemps les équipes sur les très grandes surfaces.
  • La saisie ou le report des résultats peuvent créer un délai supplémentaire.
  • Les vérifications en hauteur peuvent nécessiter des équipements de manutention.

Inventaire par drone

  • Le drone suit un parcours programmé et lit les identifiants des articles.
  • Les relevés peuvent être effectués en quelques heures dans le scénario présenté.
  • Les données peuvent être synchronisées avec le WMS après le scan.
  • La détection d’écarts aide les équipes à cibler leurs contrôles physiques.

Le WMS, le maillon indispensable entre le vol et le stock réel

Le WMS, pour Warehouse Management System, est le système qui organise et suit les opérations d’un entrepôt. Il indique notamment les emplacements de stockage, les mouvements de produits et les quantités attendues. Un drone peut produire de nombreuses images et lectures, mais ces informations n’ont de valeur opérationnelle que si elles sont rapprochées des données de ce système.

Lorsqu’un drone identifie un produit à un emplacement donné, le logiciel peut comparer cette observation avec la référence qui devrait s’y trouver. Une divergence peut alors être signalée : article absent, emplacement incorrect, étiquette non lue ou quantité à contrôler. Le drone ne tranche pas seul la cause de l’écart. Il fournit une alerte et des éléments de vérification aux équipes.

Cette interopérabilité limite également les ressaisies. Sans elle, un opérateur devrait encore reporter les informations collectées dans un autre outil, ce qui réintroduirait une source d’erreur et de délai. Avant un déploiement, il est donc essentiel de vérifier la compatibilité entre la solution de drones et le WMS existant, ainsi que les règles de synchronisation des données.

Sécurité : une aide pour les équipes, pas un dispositif sans règles

Les inventaires en hauteur exposent les salariés à des contraintes particulières, notamment lorsqu’ils exigent l’usage de chariots élévateurs ou d’autres équipements de manutention. En réalisant une partie des scans depuis les allées, les drones peuvent réduire le nombre de manipulations nécessaires pour de simples vérifications visuelles.

Les systèmes présentés sont conçus pour évoluer à proximité de salariés et de machines, y compris des chariots élévateurs. Ils disposent de mécanismes de détection et d’évitement des obstacles, afin d’adapter leur trajectoire à un environnement qui change. Cette capacité est centrale dans un entrepôt actif, où une palette, une personne ou un engin peut se trouver sur le parcours prévu.

Elle ne dispense toutefois pas de préparer l’exploitation. Les équipes doivent connaître les périodes de vol, les zones concernées et la conduite à tenir en cas d’incident. Les responsables du site doivent aussi définir des règles claires sur les trajectoires, le décollage, l’atterrissage et la cohabitation avec les engins de manutention. L’autonomie du drone réduit l’intervention constante d’un pilote, elle ne supprime ni la supervision humaine ni les exigences de prévention.

Que faut-il installer avant de déployer des drones d’inventaire ?

La promesse d’une autonomie sans infrastructure signifie ici qu’il n’est pas forcément nécessaire d’ajouter des balises, des marquages au sol ou des repères spéciaux dans toutes les allées. Cela ne veut pas dire qu’aucune préparation n’est requise. Le déploiement commence par un mappage de l’entrepôt : le drone doit connaître les rayonnages, les zones de circulation et les emplacements qu’il devra inspecter.

Des stations de charge sont également nécessaires afin que les appareils puissent enchaîner les missions. Il faut ensuite tester la qualité de lecture des codes, définir les créneaux de passage et connecter les données au WMS. Dans la configuration évoquée, une mise en service peut être réalisée en environ une semaine dans un entrepôt de 1 million de pieds carrés, soit environ 92 903 m². Ce délai constitue un repère, non une garantie universelle : la complexité du site, son activité et les interfaces informatiques peuvent modifier le calendrier.

Un projet sérieux débute donc par un diagnostic très concret : quels produits doivent être scannés, à quelle fréquence, sur quels rayonnages et avec quel niveau de fiabilité attendu ? Il faut également prévoir une procédure pour les exceptions, notamment les étiquettes illisibles ou les emplacements inaccessibles à la caméra.

Une réduction des coûts à évaluer sur l’ensemble du projet

En automatisant une grande partie du parcours de comptage, les drones peuvent réduire le temps que les équipes consacrent aux inventaires. Les salariés peuvent alors se concentrer sur le traitement des écarts, la résolution des problèmes de rangement, la préparation des commandes ou d’autres tâches à plus forte valeur ajoutée.

Pour autant, le bénéfice économique ne se résume pas à soustraire des heures de travail manuel. Il faut prendre en compte l’acquisition ou l’abonnement à la solution, les stations de charge, l’intégration logicielle, la maintenance, la formation et le suivi opérationnel. Un inventaire très rapide sera peu utile si les informations ne remontent pas correctement dans le WMS ou si les étiquettes ne permettent pas une lecture fiable.

La bonne mesure de la performance est donc double : le temps gagné pour obtenir une vision des stocks, mais aussi la capacité réelle à réduire les erreurs et à corriger les anomalies avant qu’elles ne perturbent l’activité.

Ce qu’il faut surveiller

L’adoption des drones autonomes devrait progresser à mesure que les entrepôts cherchent à concilier rapidité, précision et continuité des opérations. Leur rôle pourrait s’étendre d’un inventaire général à des contrôles réguliers, déclenchés selon les besoins de l’activité. Les données collectées ouvrent aussi la voie à des analyses plus fines des emplacements et des écarts récurrents.

La perspective d’un stock entièrement automatisé reste néanmoins conditionnée par des fondamentaux très matériels : des marchandises correctement identifiées, des rayonnages cartographiés, un WMS à jour et des procédures de sécurité respectées. Le drone est un capteur mobile particulièrement utile dans un environnement vaste. Son efficacité ne se juge pas seulement à la qualité de son vol, mais à sa capacité à produire une information exploitable au bon moment par les équipes logistiques.

Questions fréquentes

Comment fonctionnent les drones autonomes pour l’inventaire en entrepôt ?

Ils parcourent les allées selon un itinéraire préparé, repèrent les rayonnages grâce à leurs capteurs et lisent les identifiants des marchandises. Les données collectées sont ensuite comparées aux informations du système de gestion d’entrepôt. Les équipes peuvent ainsi vérifier les écarts de localisation, de présence ou de quantité signalés.

Un drone d’inventaire peut-il lire les codes-barres et les étiquettes RFID ?

Un code-barres peut être lu par une caméra si l’étiquette est visible et nette. Pour lire une étiquette RFID, le drone doit embarquer un lecteur compatible, car cette technologie repose sur des ondes radio. Les capacités précises varient donc selon l’équipement retenu et le type d’identifiants utilisé dans l’entrepôt.

Combien de temps faut-il pour installer des drones d’inventaire ?

Le déploiement exige l’installation de stations de charge, un premier mappage de l’entrepôt, des essais de lecture et une connexion au WMS. Le scénario présenté évoque environ une semaine pour un site de 1 million de pieds carrés. Ce délai peut varier selon la configuration des rayonnages et les interfaces logicielles.

Les drones d’inventaire peuvent-ils voler avec des salariés et des chariots élévateurs ?

Les solutions concernées sont conçues avec des systèmes de détection et d’évitement d’obstacles pour évoluer dans un entrepôt actif. Leur utilisation doit néanmoins être encadrée : zones de vol, horaires, procédures d’incident et information des équipes sont nécessaires. L’autonomie technique ne remplace pas les règles de sécurité du site.

Les drones détectent-ils automatiquement les erreurs de stock ?

Ils peuvent relever une différence entre ce qu’ils observent, par exemple un code présent à un emplacement, et ce que le WMS attend à cet endroit. Ils signalent alors une anomalie à vérifier. Le drone ne détermine pas nécessairement l’origine de l’écart : erreur de rangement, étiquette illisible ou donnée informatique obsolète.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. GS1 France, ressources sur les standards d’identification et la traçabilité des produitswww.gs1.fr
  2. INRS, ressources sur la prévention des risques professionnels en entreprisewww.inrs.fr
  3. Corvus Robotics, solutions de drones pour l’inventaire d’entrepôtwww.corvus-robotics.com