Robotique et matériel

Samsung prend le contrôle de Rainbow Robotics pour accélérer les robots humanoïdes

Samsung Electronics annonce un investissement de 267 milliards de wons dans Rainbow Robotics, dont il doit devenir l’actionnaire majoritaire. Le groupe sud-coréen veut s’appuyer sur l’expertise de cette entreprise issue du KAIST pour accélérer ses projets de robots humanoïdes, notamment pour l’industrie et la logistique.

Un robot humanoïde dans un laboratoire industriel, observé près d’un poste de logistique automatisé.
Illustration : Actu.ai

Samsung Electronics veut faire de la robotique l’un de ses prochains grands terrains de développement. Le groupe sud-coréen a annoncé un investissement de 267 milliards de wons, soit près de 173 millions d’euros, dans Rainbow Robotics, une entreprise spécialisée dans les robots issue de l’Institut supérieur coréen des sciences et technologies, le KAIST. L’objectif est clair : prendre le contrôle de cette expertise pour accélérer la mise au point de robots humanoïdes capables d’évoluer dans des environnements de travail.

À la date du 2 janvier 2025, l’opération n’est pas encore finalisée. Elle doit l’être en février 2025. Mais Samsung prépare déjà l’étape suivante : l’intégration de Rainbow Robotics comme filiale et la création d’une unité interne dédiée à la robotique du futur. Ce mouvement illustre l’importance croissante accordée aux machines capables de se déplacer, de manipuler des objets et, à terme, de coopérer plus naturellement avec des humains.

Samsung devient l’actionnaire majoritaire de Rainbow Robotics

Avec cette opération, Samsung porte sa participation dans Rainbow Robotics à 35 % et devient son actionnaire majoritaire. Le terme mérite une précision : une participation de 35 % ne correspond pas à une majorité absolue du capital, qui dépasserait 50 %. Dans ce contexte, il signifie que Samsung doit devenir le principal actionnaire de l’entreprise et exercer une influence déterminante sur son orientation.

L’investissement de 267 milliards de wons donne à Samsung un accès plus direct aux compétences, aux équipes et aux technologies de Rainbow Robotics. Plutôt que de développer seul chaque composant de ses futurs robots, le groupe mise donc sur une société déjà implantée dans le domaine. Cette stratégie peut permettre de réduire le temps nécessaire pour passer de la recherche à des prototypes, puis à des produits adaptés à des usages professionnels.

ÉlémentCe qui est annoncé au 2 janvier 2025
Investissement de Samsung267 milliards de wons, près de 173 millions d’euros
Participation détenue35 % de Rainbow Robotics
Statut viséSamsung devient l’actionnaire majoritaire, Rainbow Robotics doit devenir une filiale
Finalisation attendueFévrier 2025
Nouveau dispositif interneCréation du Future Robotics Office
Priorités évoquéesRobots humanoïdes pour l’industrie et la logistique

Rainbow Robotics est au cœur de cette démarche car l’entreprise ne part pas de zéro. Elle possède une expérience propre dans la conception de robots, une compétence difficile à acquérir rapidement tant elle mêle mécanique, électronique, logiciels de contrôle et intelligence artificielle. Pour Samsung, déjà présent dans l’électronique grand public, les composants et de nombreuses technologies industrielles, cette opération est une façon de rapprocher ces savoir-faire.

Pourquoi Samsung mise-t-il sur les robots humanoïdes ?

Un robot humanoïde est une machine dont la forme ou les capacités sont conçues pour évoluer dans des espaces pensés pour les humains. Il peut notamment être doté de deux jambes, de bras et de mains, mais l’enjeu ne se résume pas à reproduire une silhouette humaine. L’objectif est surtout de lui permettre d’ouvrir une porte, saisir un objet, transporter une charge, se déplacer dans un entrepôt ou intervenir auprès d’équipements installés dans des lieux qui n’ont pas été conçus pour des robots traditionnels.

Samsung évoque en particulier les secteurs de l’industrie et de la logistique. Dans une usine ou un entrepôt, de nombreuses opérations restent effectuées par des personnes parce qu’elles exigent de la mobilité, de la dextérité ou une adaptation rapide à un environnement variable. Un bras robotique fixe est très performant lorsqu’une tâche est répétitive et précisément définie. Un robot mobile, et plus encore un robot humanoïde, vise des contextes moins standardisés.

Cela ne veut pas dire qu’un robot humanoïde saura immédiatement remplacer un salarié sur un poste entier. Pour devenir utile, il doit réunir plusieurs capacités à la fois : maintenir son équilibre, comprendre son environnement grâce à des caméras et des capteurs, planifier un mouvement, éviter les obstacles, manipuler des objets sans les abîmer et fonctionner de manière sûre près de personnes. L’intelligence artificielle peut contribuer à la perception et à la prise de décision, mais elle ne supprime pas les contraintes physiques et de sécurité.

Samsung veut donc accélérer la conception de modèles adaptés aux environnements de travail. L’enjeu commercial est important : si des robots polyvalents deviennent suffisamment fiables, ils pourraient accomplir certaines tâches pénibles, répétitives ou difficiles d’accès. L’enjeu technologique l’est tout autant, car ces machines réclament une intégration étroite entre matériel et logiciel.

Rainbow Robotics, une expertise née au KAIST

Fondée en 2011 par des chercheurs du KAIST, Rainbow Robotics s’est fait connaître par ses travaux dans la robotique. L’entreprise a notamment conçu Hubo, un robot destiné à intervenir dans des situations de crise. Cette origine universitaire est significative : la robotique humanoïde est un domaine où les avancées issues de laboratoires doivent encore franchir de nombreuses étapes avant de trouver leur place dans un cadre industriel quotidien.

Le savoir-faire de Rainbow Robotics intéresse Samsung parce qu’un robot n’est pas un simple ordinateur doté d’un corps. Sa structure doit résister à l’usage, ses actionneurs doivent produire des mouvements précis, ses capteurs doivent fournir des informations exploitables et son logiciel doit coordonner l’ensemble en temps réel. Une erreur de quelques millisecondes ou un mouvement mal anticipé peuvent suffire à faire perdre l’équilibre à une machine bipède ou à compromettre une opération de manipulation.

L’entreprise développe différents types de robots, dont des robots industriels, des robots quadrupèdes et des robots humanoïdes. Cette diversité est utile : chaque catégorie répond à des contraintes distinctes. Les robots industriels sont généralement conçus pour des tâches très cadrées. Les quadrupèdes peuvent se déplacer sur des terrains plus irréguliers. Les humanoïdes cherchent, eux, à tirer parti d’espaces, d’outils et de gestes déjà adaptés au corps humain.

Le rapprochement avec Samsung doit apporter à Rainbow Robotics davantage de ressources pour poursuivre ses travaux. De son côté, Samsung obtient un partenaire technologique qu’il peut intégrer plus étroitement à sa stratégie. Le groupe affiche ainsi l’ambition de transformer une expertise de recherche en produits susceptibles d’être déployés à plus grande échelle.

Les atouts de l’opération et les défis du robot humanoïde

Ce que Samsung et Rainbow Robotics réunissent

  • Un investissement de 267 milliards de wons pour renforcer les moyens consacrés à la robotique.
  • L’expérience de Rainbow Robotics, fondée en 2011 par des chercheurs du KAIST.
  • Le robot Hubo et des travaux sur plusieurs catégories de robots.
  • Un Future Robotics Office dirigé par le cofondateur Jun-Ho Oh.
  • Une cible claire : des usages professionnels dans l’industrie et la logistique.

Ce qui reste à démontrer

  • La fiabilité de robots bipèdes dans des environnements de travail variés.
  • La sécurité des interactions entre une machine mobile et des personnes.
  • La capacité à manipuler des objets et accomplir des tâches répétables.
  • Le coût, la maintenance et l’intégration dans les opérations des entreprises.
  • La transformation d’une expertise de recherche en déploiements commerciaux.

Jun-Ho Oh prend la tête du Future Robotics Office

L’un des éléments les plus structurants de l’annonce concerne la gouvernance. Jun-Ho Oh, l’un des fondateurs de Rainbow Robotics, doit devenir conseiller de Samsung. Il doit également diriger le Future Robotics Office, une nouvelle unité consacrée à l’innovation robotique.

Créer une structure spécifique au sein d’un grand groupe est un signal important. Les projets robotiques ne se limitent pas à un laboratoire de recherche : ils doivent faire dialoguer les ingénieurs en mécanique, les spécialistes des capteurs, les développeurs de logiciels, les équipes chargées de l’intelligence artificielle et celles qui connaissent les besoins des clients industriels. Un bureau dédié peut servir à coordonner ces compétences et à définir les priorités de développement.

La présence de Jun-Ho Oh à la direction de cette unité doit aussi assurer une continuité avec l’histoire technique de Rainbow Robotics. Dans les acquisitions technologiques, conserver l’expertise des équipes à l’origine des produits constitue souvent une condition essentielle pour que l’opération dépasse le simple transfert de propriété.

Une course mondiale face à Tesla, OpenAI et Asus

L’annonce de Samsung s’inscrit dans une compétition plus large. Plusieurs grandes entreprises technologiques cherchent à prendre position dans la robotique humanoïde, un secteur encore émergent mais perçu comme prometteur. Samsung entend rivaliser avec des acteurs comme Tesla, OpenAI et Asus.

OpenAI envisage son propre modèle humanoïde, tandis qu’Asus a confirmé le lancement d’un robot humanoïde après le succès de son compagnon Zenbo, lancé en 2016. Tesla fait également partie des entreprises suivies dans ce domaine. Ces acteurs ne disposent pas tous des mêmes atouts : certains sont particulièrement identifiés à l’intelligence artificielle, d’autres à l’électronique, aux véhicules, au matériel informatique ou aux chaînes de production.

Pour Samsung, l’avantage potentiel tient à l’ampleur de ses activités technologiques. Le groupe dispose de compétences dans les composants électroniques, les appareils connectés et l’industrie. L’intégration de Rainbow Robotics lui apporterait une brique supplémentaire, celle de la robotique avancée. La difficulté sera de transformer cet ensemble en machines réellement opérationnelles et suffisamment fiables pour être adoptées par des entreprises.

La compétition ne se jouera pas uniquement sur la capacité à présenter un robot qui marche. Les clients regarderont aussi le coût, la maintenance, l’autonomie, la sécurité, la facilité de programmation et la compatibilité avec leurs outils existants. Dans les entrepôts ou les usines, une machine doit surtout prouver qu’elle peut accomplir une tâche de façon répétable, sans ralentir les opérations ni créer de nouveaux risques.

Des promesses concrètes, mais un déploiement encore exigeant

L’idée de robots humanoïdes travaillant aux côtés de personnes peut sembler relever d’un avenir lointain. Pourtant, elle répond à des besoins concrets : automatiser certaines opérations de manutention, assister des équipes sur des tâches répétitives ou intervenir dans des zones difficiles. La forme humanoïde intéresse particulièrement les entreprises car la plupart des bâtiments, des escaliers, des étagères, des outils et des postes de travail ont été conçus pour des humains.

Mais cette promesse comporte des limites. Une machine bipède est plus complexe à contrôler qu’un robot fixé au sol ou qu’un véhicule autonome circulant sur un itinéraire balisé. Elle doit préserver son équilibre, anticiper les contacts et gérer des objets dont elle ne connaît pas toujours la forme, le poids ou la fragilité. Les capacités d’interaction avec les humains, également mises en avant par Samsung, exigent de surcroît un comportement prévisible et sûr.

Le développement de ces robots pose donc plusieurs questions pratiques : dans quels environnements seront-ils déployés en premier ? Quelles tâches seront suffisamment simples et rentables pour justifier leur usage ? Quel niveau de supervision humaine restera nécessaire ? Les réponses dépendront moins de l’apparence du robot que de sa capacité à effectuer une mission précise avec régularité.

L’annonce de Samsung ne garantit pas l’arrivée rapide de robots humanoïdes généralisés dans les entreprises. Elle confirme en revanche que les grands groupes considèrent désormais cette technologie comme un axe stratégique. En prenant le contrôle de Rainbow Robotics et en créant le Future Robotics Office, Samsung cherche à se donner les moyens de participer à cette transformation.

Ce qu’il faut surveiller après la finalisation prévue en février 2025

La première échéance sera la finalisation de la transaction annoncée pour février 2025. Elle doit acter le passage de Rainbow Robotics au statut de filiale de Samsung et préciser la manière dont les équipes travailleront avec le nouveau Future Robotics Office.

Il faudra ensuite observer les projets rendus publics par Samsung. Le groupe vise des robots adaptés à l’industrie et à la logistique, deux domaines où les besoins sont identifiables mais où les exigences de fiabilité sont élevées. Les démonstrations techniques compteront, mais les éventuels premiers usages en conditions réelles seront plus révélateurs : un robot doit pouvoir s’intégrer au rythme d’une entreprise, respecter les règles de sécurité et fournir une utilité mesurable.

Enfin, cette initiative montre que la robotique devient un terrain de convergence entre intelligence artificielle et matériel. À mesure que les machines gagnent en capacité de perception et d’interaction, le débat portera aussi sur l’organisation du travail. L’enjeu ne sera pas seulement de savoir si les robots peuvent accomplir certaines tâches, mais dans quelles conditions ils viendront assister les équipes humaines et modifier les métiers existants.

Questions fréquentes

Combien Samsung investit-il dans Rainbow Robotics ?

Samsung Electronics annonce un investissement de 267 milliards de wons dans Rainbow Robotics, soit près de 173 millions d’euros. Cette opération porte sa participation à 35 % du capital et doit faire de Samsung l’actionnaire majoritaire de la société sud-coréenne spécialisée dans la robotique.

Quand Rainbow Robotics deviendra-t-elle une filiale de Samsung ?

La finalisation de l’opération est prévue en février 2025. À cette échéance, Rainbow Robotics doit devenir une filiale de Samsung Electronics. Au 2 janvier 2025, l’annonce prépare aussi l’intégration de ses compétences dans la stratégie robotique plus large du groupe sud-coréen.

Quels robots Rainbow Robotics développe-t-elle ?

Rainbow Robotics développe plusieurs catégories de machines, notamment des robots industriels, des robots quadrupèdes et des robots humanoïdes. L’entreprise, fondée en 2011 par des chercheurs du KAIST, a aussi conçu Hubo, un robot destiné à intervenir dans des situations de crise.

Quel est le rôle de Jun-Ho Oh chez Samsung ?

Jun-Ho Oh, cofondateur de Rainbow Robotics, doit devenir conseiller de Samsung. Il est également appelé à diriger le Future Robotics Office, une nouvelle unité consacrée à l’innovation robotique. Cette organisation doit aider Samsung à coordonner et accélérer ses projets dans les robots humanoïdes.

À quoi pourraient servir les robots humanoïdes de Samsung ?

Samsung vise en priorité des environnements de travail, notamment l’industrie et la logistique. Des robots humanoïdes pourraient être conçus pour se déplacer dans des lieux pensés pour les humains, manipuler des objets ou assister sur certaines tâches. Leur adoption dépendra toutefois de leur fiabilité, de leur sécurité et de leur coût.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Samsung Newsroom Global, actualités et communiqués du groupe Samsung Electronicsnews.samsung.com/global
  2. L’Usine Digitale, rubrique Corée du Sudwww.usine-digitale.fr/coree-du-sud
  3. L’Usine Digitale, rubrique OpenAIwww.usine-digitale.fr/openai