Robotique et matériel

Skypod Next Generation : comment Exotec automatise les commandes du détail au carton

Exotec fait évoluer son système Skypod pour automatiser la préparation de commandes à l’unité comme par cartons. Ses robots circulent en trois dimensions jusqu’à 12 mètres de haut, tandis que le logiciel Deepsky orchestre les flux. L’enjeu : gagner en cadence, en souplesse et en qualité d’exécution dans les entrepôts.

Robots autonomes circulant dans de hauts rayonnages pour apporter des bacs aux postes de préparation.
Illustration : Actu.ai

Dans un entrepôt, préparer une commande ne consiste pas seulement à trouver le bon produit. Il faut aussi le prélever au bon moment, le rapprocher des autres articles du même panier, éviter les erreurs, organiser l’expédition et absorber les pics d’activité. C’est sur cette succession de tâches qu’Exotec veut intervenir avec Skypod Next Generation, une nouvelle version de son système de stockage et de récupération robotisé, dévoilée en ce début de février 2025.

L’entreprise française propose une approche dite de préparation « goods-to-person », ou marchandise vers l’opérateur. Au lieu de demander à un préparateur de parcourir l’entrepôt pour rechercher les références, des robots apportent les bacs contenant les produits aux postes de travail. Skypod Next Generation étend cette logique à deux besoins habituellement distincts : la préparation de commandes au détail et la préparation par cartons.

L’objectif n’est donc pas de remplacer un simple rayonnage par des robots. Il s’agit de faire travailler ensemble le stockage, le déplacement des produits, la préparation, l’emballage et l’expédition. Dans un secteur où les délais de livraison et la disponibilité des références comptent fortement, cette coordination peut devenir un avantage opérationnel important.

Pourquoi la préparation de commandes est un défi logistique

La préparation de commandes, souvent appelée « picking » dans le secteur, est l’étape durant laquelle les articles demandés sont réunis avant leur envoi. Elle paraît élémentaire vue depuis un site de commerce en ligne ou un magasin, mais elle est particulièrement complexe lorsque l’entrepôt abrite des milliers de références, des produits de tailles variées et des commandes très différentes.

Dans une organisation classique, une part importante du temps peut être consacrée aux déplacements : marcher entre les allées, localiser les emplacements, acheminer les produits vers une zone de conditionnement, puis recommencer. L’automatisation cherche à réduire ces trajets et à rendre les flux plus réguliers. Elle doit toutefois rester compatible avec le système informatique qui connaît les stocks et reçoit les commandes.

Une même commande peut par ailleurs nécessiter des pièces vendues à l’unité et des produits conditionnés en cartons. Traiter ces deux formats dans des circuits séparés risque de multiplier les manipulations ou les ruptures de charge. C’est précisément le problème auquel Exotec entend répondre en réunissant ces usages dans la nouvelle génération de Skypod.

Des robots qui exploitent la hauteur de l’entrepôt

Les robots mobiles autonomes Skypod ont une particularité centrale : ils se déplacent en trois dimensions. Ils ne se limitent pas à circuler au sol, puisqu’ils peuvent monter dans la structure de stockage pour accéder aux bacs. Exotec indique qu’ils peuvent atteindre des hauteurs allant jusqu’à 12 mètres.

Cette capacité à travailler verticalement répond à une contrainte bien connue des entrepôts : la surface au sol est limitée et coûteuse, alors que la hauteur du bâtiment peut être sous-utilisée. En allant chercher les contenants dans les niveaux supérieurs, les robots permettent d’exploiter davantage le volume disponible, sans imposer aux préparateurs de monter ou de parcourir chaque allée.

Le principe opérationnel est simple à décrire. Lorsqu’une commande appelle une référence, un robot récupère le bac où elle est stockée et le transporte vers une station. Le préparateur y réalise l’action nécessaire, puis le système réoriente le bac pour son stockage ou pour une autre tâche. La difficulté réelle tient à l’orchestration simultanée de centaines de demandes, de robots, de bacs et de priorités d’expédition.

Élément du systèmeFonction dans l’entrepôtDonnée communiquée par Exotec
Robots SkypodRécupérer et transporter les bacs entre le stockage et les postes de travailDéplacement en trois dimensions, jusqu’à 12 mètres de hauteur
Stations de préparationRéunir les produits et permettre les opérations de préparationJusqu’à 400 lignes par heure par station
Zone de buffer intégréeMettre temporairement des commandes ou contenants en attente afin de synchroniser les fluxFonction ajoutée à Skypod Next Generation
DeepskyOrchestrer les opérations et l’échange avec les logiciels de l’entrepôtConnexion avec différents systèmes de gestion d’entrepôt

Ce que change Skypod Next Generation

La nouvelle version ajoute plusieurs briques destinées à traiter la commande au-delà du seul prélèvement. Exotec cite notamment une zone de buffer intégrée, le séquençage des expéditions et l’optimisation de l’emballage. Ces fonctions répondent à un constat pratique : une commande ne part pas immédiatement dès que chaque article a été identifié.

La zone de buffer joue un rôle de zone d’attente organisée. Elle peut servir à conserver temporairement des bacs ou des commandes pendant que d’autres articles sont préparés, ou jusqu’à ce que le bon créneau d’expédition soit atteint. Dans un flux dense, cette capacité d’attente contrôlée évite que chaque variation se transforme en blocage.

Le séquençage des expéditions vise, lui, à mettre les commandes dans l’ordre requis pour leur départ. Cet ordre dépend de l’organisation propre à chaque entrepôt : tournée de transport, heure limite de départ, priorité client ou destination. Quant à l’optimisation de l’emballage, elle vise à intégrer plus tôt dans le processus la question du conditionnement, souvent décisive pour la fluidité de la chaîne d’expédition.

Ces ajouts sont importants car ils rapprochent l’automatisation du fonctionnement complet de l’entrepôt. Skypod ne sert plus uniquement à faire venir un bac vers un poste : la solution cherche aussi à synchroniser les étapes qui précèdent et suivent la préparation.

Préparation classique et système Skypod

Préparateur vers le produit

  • L’opérateur se déplace dans les allées pour retrouver les références.
  • La surface de circulation occupe une place importante dans l’organisation du site.
  • Le rythme dépend largement des trajets entre les emplacements et les postes.
  • Les étapes de stockage, préparation et expédition peuvent être pilotées séparément.

Produit vers l’opérateur

  • Les robots Skypod apportent les bacs nécessaires aux stations de préparation.
  • Les robots accèdent aux emplacements en hauteur, jusqu’à 12 mètres selon Exotec.
  • Une zone de buffer et le séquençage des expéditions complètent la préparation.
  • Deepsky orchestre les robots et l’échange de données avec le système de gestion d’entrepôt.

Deepsky, le logiciel qui coordonne les opérations

Des robots rapides ne suffisent pas à fluidifier un entrepôt si chacun travaille sans coordination. La performance de Skypod repose donc aussi sur Deepsky, la suite logicielle d’Exotec. Celle-ci orchestre les opérations et assure la liaison avec différents systèmes de gestion d’entrepôt, souvent désignés par le sigle WMS, pour « warehouse management system ».

Un WMS sert généralement à savoir quels produits sont disponibles, où ils sont entreposés et quelles commandes doivent être traitées. Deepsky doit traduire ces informations en actions physiques : déterminer quels bacs sont nécessaires, affecter les missions aux robots, éviter les congestions et alimenter les postes de préparation. La publication d’origine présente cette couche d’orchestration comme une intelligence artificielle facilitant la circulation de l’information dans la chaîne d’approvisionnement.

Cette intégration logicielle est essentielle pour les entreprises qui ne partent pas de zéro. Automatiser un entrepôt signifie rarement remplacer tous les outils informatiques existants. Le système robotisé doit au contraire communiquer avec les logiciels déjà employés pour les stocks, les commandes et, selon les organisations, le transport ou le service après-vente.

Quels résultats Exotec met-il en avant ?

Exotec annonce qu’une station de préparation équipée du système Skypod peut traiter jusqu’à 400 lignes par heure. La solution est aussi conçue pour évoluer : l’entreprise indique qu’il est possible d’augmenter le débit en ajoutant des robots en quelques minutes. Cette modularité est utile pour un entrepôt confronté à une croissance progressive ou à des périodes de forte demande, à condition que les autres maillons, comme les postes de préparation et l’expédition, puissent suivre le rythme.

L’entreprise fait également état de plus d’un million de cycles exécutés chaque jour. Dans la définition donnée, un cycle correspond à la récupération d’un bac par un robot puis à sa livraison à un poste de préparation. Ce chiffre illustre le volume d’opérations visé par les installations Skypod. Il ne doit pas être lu comme la performance d’un seul entrepôt : l’information communiquée ne précise pas la répartition de ces cycles entre les sites équipés.

Le cas de Renault fournit un exemple concret de déploiement. Le partenariat entre les deux entreprises s’appuie sur 191 robots Skypod pour optimiser le traitement des commandes dans la logistique après-vente du constructeur. Selon les résultats mis en avant, ce dispositif a permis une réduction de 30 % de la consommation énergétique dans l’entrepôt concerné.

Ce résultat énergétique mérite d’être replacé dans son contexte. Il concerne cette mise en œuvre précise et ne constitue pas une promesse automatique pour toutes les installations. Les gains réels dépendront notamment de la configuration du bâtiment, de l’activité, de l’équipement remplacé, des horaires d’exploitation et du niveau de remplissage du site.

Productivité, espace et travail : des bénéfices à mesurer site par site

L’intérêt d’un tel système est d’abord de rapprocher les articles des personnes qui les préparent. Cela peut réduire les déplacements, mieux exploiter la hauteur disponible et rendre le flux de bacs plus prévisible. Pour des activités qui manipulent beaucoup de petites commandes ou un assortiment très large, ces bénéfices potentiels répondent à des contraintes quotidiennes très concrètes.

L’automatisation peut également faire évoluer le travail en entrepôt. Les opérateurs passent moins de temps à parcourir de longues distances et davantage de temps à préparer, contrôler ou résoudre les exceptions. Cela ne signifie pas que le travail disparaît : la réception des marchandises, le traitement des produits atypiques, la supervision des opérations et la maintenance restent des fonctions indispensables. L’enjeu est plutôt de redistribuer les tâches entre humain, logiciel et robot.

Il faut aussi distinguer une capacité annoncée d’un résultat garanti. Le débit maximal de 400 lignes par heure dépend du type de commande, de la taille des produits, du nombre de stations, des règles de préparation et de l’ensemble des opérations situées après le prélèvement. De même, l’ajout de robots augmente le potentiel de débit, mais ne résout pas à lui seul un goulot d’étranglement au conditionnement ou au chargement.

Ce qu’il faut surveiller dans l’automatisation des entrepôts

Avec Skypod Next Generation, Exotec affirme vouloir couvrir une portion plus large de la chaîne de préparation : du stockage à l’organisation de l’expédition, en passant par les commandes à l’unité et par cartons. La capacité des robots à circuler jusqu’à 12 mètres, les fonctions de buffer et de séquençage, ainsi que l’orchestration par Deepsky dessinent une plateforme qui se veut évolutive plutôt qu’un équipement isolé.

Pour les entreprises, la question déterminante sera moins de savoir si les robots peuvent déplacer des bacs que de vérifier l’adéquation du système à leur réalité : diversité des références, volumes de commandes, contraintes immobilières, logiciels existants et besoins de leurs équipes. Les indicateurs les plus pertinents seront donc le débit réellement obtenu, le taux d’erreur, la disponibilité de l’installation, l’énergie consommée et la capacité à absorber les variations d’activité.

Le déploiement chez Renault montre qu’une telle automatisation peut s’inscrire dans une logistique après-vente exigeante. La suite dépendra de la capacité d’Exotec à démontrer, sur des configurations variées, que l’intégration entre robots, logiciels et opérateurs apporte des gains durables, sans déplacer les difficultés vers d’autres étapes de l’entrepôt.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que Skypod Next Generation d’Exotec ?

Skypod Next Generation est une solution automatisée de stockage et de préparation de commandes. Elle s’appuie sur des robots mobiles autonomes capables de récupérer des bacs dans des structures de stockage et de les apporter aux postes de travail. Elle traite des commandes au détail comme des commandes préparées par cartons.

Comment fonctionnent les robots Skypod dans un entrepôt ?

Les robots Skypod se déplacent en trois dimensions dans la structure de stockage. Ils peuvent atteindre des emplacements jusqu’à 12 mètres de haut, récupérer un bac puis le livrer à une station de préparation. Un cycle correspond précisément à cette récupération suivie de la livraison du bac au poste concerné.

Quelle est la cadence de préparation du système Skypod ?

Exotec indique qu’une station du système Skypod peut traiter jusqu’à 400 lignes de préparation par heure. Une ligne correspond à une instruction portant sur une référence et une quantité. La cadence effective varie toutefois selon les produits, les commandes, le nombre de postes et les opérations d’emballage ou d’expédition.

Quel est le rôle du logiciel Deepsky d’Exotec ?

Deepsky est la suite logicielle qui orchestre les opérations du système Skypod. Elle relie l’automatisation aux systèmes de gestion d’entrepôt, coordonne les mouvements de robots et aide à faire circuler l’information entre stocks, préparation des commandes et expédition. Son rôle est de synchroniser les flux physiques et numériques.

Quels résultats Renault a-t-il obtenus avec les robots Skypod ?

Dans le cadre de son partenariat avec Exotec pour la logistique après-vente, Renault utilise 191 robots Skypod afin d’optimiser le traitement des commandes. Exotec indique que cette installation a permis une réduction de 30 % de la consommation énergétique dans l’entrepôt concerné. Ce chiffre est propre à ce déploiement précis.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Exotec, site officiel et informations sur les solutions d’automatisation d’entrepôtwww.exotec.com
  2. Renault Group, site officielwww.renaultgroup.com