Des cellules solaires en pérovskite à 26,2 % grâce à l’apprentissage automatique
Une équipe internationale a utilisé l’apprentissage automatique pour accélérer la découverte d’un composant essentiel des cellules solaires en pérovskite. Sa meilleure cellule atteint 26,2 % de rendement, à seulement 0,5 point du record de 26,7 % cité par les chercheurs. Une démonstration concrète du potentiel de l’IA pour la science des matériaux.

Trouver un nouveau matériau photovoltaïque ne consiste pas simplement à mélanger quelques substances dans un laboratoire. Les chercheurs doivent naviguer parmi un nombre immense de molécules possibles, comprendre leurs propriétés électroniques, les synthétiser, puis vérifier leur comportement dans un véritable dispositif. Publiée en 2024 dans la revue Science, une étude internationale montre comment l’apprentissage automatique peut rendre cette exploration beaucoup plus ciblée. Son résultat le plus marquant est une cellule solaire en pérovskite affichant 26,2 % de rendement, un niveau très proche du record de 26,7 % évoqué par les auteurs.
Cette avancée ne signifie pas que l’intelligence artificielle a, seule, inventé une cellule solaire prête à être installée sur un toit. Elle illustre plutôt une transformation de la recherche en matériaux : les algorithmes servent à choisir plus intelligemment quelles pistes chimiques méritent des expériences longues et coûteuses. Dans ce cas précis, ils ont aidé les scientifiques à concevoir un matériau de transport de trous adapté aux cellules en pérovskite.
Pourquoi les cellules solaires en pérovskite intéressent autant la recherche
Une cellule photovoltaïque convertit une partie de la lumière reçue en électricité. Lorsqu’un matériau semi-conducteur absorbe les photons, il fait apparaître des charges électriques : des électrons et des « trous », qui correspondent à l’absence d’un électron. Pour produire un courant utile, ces charges doivent être extraites et dirigées dans les bonnes couches du dispositif sans se perdre en chemin.
Les pérovskites constituent une famille de matériaux qui attire une attention considérable dans le photovoltaïque. Leur intérêt tient notamment à leur potentiel de rendement élevé. Mais pour faire progresser les performances, chaque couche qui entoure le matériau absorbant compte. Une cellule n’est pas uniquement composée de pérovskite : elle associe plusieurs couches aux fonctions complémentaires, dont des couches chargées de recueillir et transporter les charges électriques.
Dans l’étude, les chercheurs se sont concentrés sur les matériaux de transport de trous, souvent désignés par le sigle HTM, pour hole-transport materials. Après absorption de la lumière, ces matériaux doivent faciliter l’acheminement des trous vers l’électrode appropriée. Leur qualité peut influer directement sur l’efficacité de la cellule : un mauvais transport ou des pertes de charges réduisent la part de lumière effectivement convertie en électricité.
Le problème : explorer plus d’un million de molécules possibles
La découverte de matériaux repose traditionnellement sur une combinaison de connaissances chimiques, de simulations et d’essais en laboratoire. Cette méthode a produit de nombreuses avancées, mais elle se heurte à une difficulté majeure : l’espace des molécules envisageables est gigantesque. Tester physiquement chaque idée est irréaliste.
L’équipe à l’origine de l’étude a choisi une démarche dite de conception inverse. Au lieu de partir d’une structure moléculaire connue et de chercher comment l’améliorer par petites touches, les chercheurs ont défini l’objectif, obtenir un matériau de transport de trous performant dans une cellule en pérovskite, puis ont laissé le système aider à repérer des candidats appropriés dans un vaste ensemble de données.
Le point de départ regroupait plus d’un million de molécules. De cet ensemble, les scientifiques ont sélectionné 101 molécules pour les synthétiser et les tester. Ce passage d’un espace chimique immense à une série d’expériences concrètes donne une idée du rôle de l’apprentissage automatique : il ne remplace pas les mesures, mais il aide à décider lesquelles ont le plus de valeur scientifique.
| Étape du flux de travail | Rôle dans la recherche | Résultat cité dans l’étude |
|---|---|---|
| Exploration informatique | Examiner un ensemble très vaste de candidats moléculaires | Plus d’un million de molécules considérées |
| Première sélection | Retenir des molécules à synthétiser et à évaluer dans des cellules | 101 molécules sélectionnées |
| Tests expérimentaux | Construire des cellules, mesurer leurs performances et produire des données | Résultats utilisés pour entraîner l’algorithme |
| Itérations d’apprentissage | Affiner les prédictions à partir des résultats observés | 24 candidats jugés les plus prometteurs |
| Validation finale | Intégrer un matériau identifié dans une cellule en pérovskite | Rendement maximal de 26,2 % |
Comment l’algorithme a appris à sélectionner les bons candidats
L’élément décisif de cette méthode est la boucle entre calcul, synthèse et expérimentation. Les chercheurs ont d’abord fabriqué les matériaux sélectionnés, puis construit et testé des cellules solaires avec ces composants. Les données issues de ces essais ont alimenté l’algorithme d’apprentissage automatique.
Cette étape est essentielle. Un modèle informatique peut repérer des corrélations dans des données moléculaires, mais le comportement réel d’un matériau dépend aussi de son intégration dans une cellule complète. Une molécule théoriquement intéressante peut se révéler difficile à synthétiser ou moins efficace que prévu une fois déposée dans le dispositif. Les tests physiques permettent donc de confronter les prédictions aux contraintes du laboratoire.
À partir de ces résultats, les chercheurs ont entraîné leur algorithme et mené plusieurs itérations. L’outil a finalement proposé 24 candidats considérés comme les plus prometteurs. L’approche ne repose pas sur une prédiction isolée, mais sur un cycle dans lequel les expériences améliorent progressivement la capacité du système à choisir les matériaux suivants.
Les travaux mentionnent également la caractérisation des molécules par des calculs de théorie de la fonctionnelle de la densité, ou DFT. Cette famille de méthodes de chimie quantique permet d’estimer des propriétés électroniques à partir de la structure d’une molécule. L’apprentissage automatique peut exploiter ce type d’informations, ainsi que les résultats expérimentaux, pour faire émerger des candidats susceptibles de convenir à une fonction précise dans une cellule solaire.
Découverte de matériaux : démarche classique et approche guidée par l’apprentissage automatique
Exploration traditionnelle
- S’appuie largement sur des structures moléculaires déjà connues.
- Les essais expérimentaux orientent progressivement les choix suivants.
- Le nombre de candidats réellement testables reste limité.
- L’exploration de très vastes bibliothèques moléculaires est difficile.
Flux de travail de l’étude
- Examine un ensemble initial de plus d’un million de molécules.
- Sélectionne 101 candidats pour la synthèse et les tests.
- Utilise les résultats expérimentaux pour entraîner l’algorithme.
- Fait émerger 24 candidats particulièrement prometteurs.
- Valide le matériau retenu dans une cellule atteignant 26,2 % de rendement.
Une efficacité de 26,2 %, à 0,5 point du record cité
Le matériau de transport de trous issu de cette démarche a été intégré dans des cellules solaires en pérovskite. La meilleure performance rapportée atteint 26,2 % d’efficacité. Le record alors cité pour ce type de cellule est de 26,7 %. L’écart est donc de 0,5 point de pourcentage.
Cette proximité est notable pour deux raisons. D’abord, elle montre que les matériaux sélectionnés par le flux de travail ne sont pas seulement intéressants sur le papier : l’un d’eux a permis d’obtenir une performance très élevée dans une cellule fonctionnelle. Ensuite, elle suggère que l’IA peut contribuer à rivaliser avec les meilleures approches existantes, tout en explorant des options moléculaires qui auraient pu rester invisibles dans une recherche plus conventionnelle.
Il faut toutefois lire ce chiffre avec précision. Un rendement maximal de cellule est un indicateur central de performance, mais il ne résume pas à lui seul toutes les conditions nécessaires au déploiement d’une technologie photovoltaïque. Les résultats doivent aussi pouvoir être reproduits, les matériaux doivent conserver leurs propriétés dans le temps, et les procédés de fabrication doivent pouvoir passer de l’échelle du laboratoire à une production plus large. L’étude porte ici sur l’identification d’un composant performant et sur la validation de cette stratégie de découverte.
Pourquoi l’apprentissage automatique est utile à la science des matériaux
Dans ce type de recherche, l’IA n’est pas employée comme une machine qui fournirait instantanément une formule chimique parfaite. Son avantage est de traiter de grandes quantités de données et de hiérarchiser les possibilités. Chaque expérience évitée représente potentiellement du temps, de la matière et du travail de laboratoire économisés. À l’inverse, les expériences les plus pertinentes servent à améliorer le modèle.
Cette logique est particulièrement adaptée aux matériaux fonctionnels. Une même molécule peut posséder des caractéristiques prometteuses, tout en étant mal adaptée à un usage précis. Dans une cellule solaire en pérovskite, le matériau de transport de trous doit interagir correctement avec les autres couches, favoriser l’extraction des charges et contribuer au bon fonctionnement global de l’architecture. La cible n’est donc pas une propriété abstraite, mais une performance observée dans un dispositif.
L’étude publiée dans Science montre aussi l’intérêt de l’« inverse design », ou conception inverse. La méthode part du résultat recherché et remonte vers les matériaux qui ont le plus de chances de l’atteindre. Elle contraste avec une démarche fondée exclusivement sur l’exploration de familles moléculaires déjà bien connues. Cette ouverture est importante dans un domaine où le nombre des combinaisons possibles dépasse largement ce qu’un laboratoire peut tester sans aide au tri.
Ce que cette méthode ne remplace pas
Aussi sophistiqué soit-il, un algorithme dépend de la qualité des informations qui l’alimentent. Des données de mesure imprécises, des paramètres expérimentaux mal pris en compte ou un ensemble de molécules trop limité peuvent conduire à des recommandations moins pertinentes. Le modèle doit également être capable de distinguer une corrélation observée dans les données d’un mécanisme qui restera valable dans de nouvelles conditions.
La traduction d’une recommandation informatique en résultat concret exige ensuite un savoir-faire expérimental. Il faut synthétiser le composé, vérifier ses caractéristiques, l’incorporer dans une cellule, mesurer ses performances et comprendre les éventuels écarts avec les prédictions. C’est précisément la force du protocole rapporté par les chercheurs : l’apprentissage automatique est associé à une validation dans des cellules réelles, et non utilisé comme un substitut aux expériences.
Cette complémentarité évite deux écueils. Le premier serait de limiter la recherche aux matériaux déjà familiers, faute de pouvoir explorer davantage. Le second serait de croire qu’une prédiction numérique suffit à démontrer l’utilité d’un matériau. Dans cette étude, le modèle oriente les efforts humains vers des candidats plausibles, tandis que le laboratoire apporte la preuve de performance.
Ce qu’il faut surveiller dans la suite des travaux
La performance de 26,2 % place cette démonstration très près du record de 26,7 % cité en décembre 2024. La question qui se pose désormais est moins de savoir si l’apprentissage automatique peut être utile, puisque cette étude en apporte une illustration concrète, que de déterminer jusqu’où cette approche peut être généralisée.
Les prochains travaux pourront notamment vérifier si un flux de travail comparable permet d’identifier d’autres matériaux de transport de trous, ou des composants optimisés pour d’autres fonctions dans les cellules en pérovskite. L’intérêt de la méthode réside dans son caractère itératif : de nouveaux tests peuvent enrichir les données et améliorer les choix proposés par le modèle.
Plus largement, cette recherche rappelle que l’IA appliquée aux sciences ne se mesure pas seulement à la vitesse de calcul. Sa valeur se joue dans sa capacité à raccourcir le chemin entre une hypothèse chimique, une expérience utile et un résultat vérifié. Pour les énergies renouvelables, où chaque gain de performance résulte souvent d’un grand nombre d’ajustements matériels, cette capacité de sélection pourrait devenir un levier important d’innovation.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une cellule solaire en pérovskite ?
C’est une cellule photovoltaïque qui utilise une pérovskite comme matériau semi-conducteur absorbant la lumière. Cette famille de matériaux est étudiée pour son potentiel de rendement élevé. Comme dans toute cellule solaire, plusieurs couches complémentaires sont nécessaires pour extraire les charges électriques créées par l’absorption de la lumière et produire un courant.
Quel rendement ont atteint les cellules en pérovskite de cette étude ?
La meilleure cellule réalisée dans l’étude a atteint un rendement de 26,2 %. Les chercheurs indiquent qu’à cette date, le record pour ce type de cellules était de 26,7 %. Le résultat se situe donc à 0,5 point de pourcentage de ce repère, ce qui témoigne d’une performance très élevée pour le matériau identifié.
Comment l’apprentissage automatique a-t-il aidé les chercheurs ?
L’algorithme a servi à trier et prioriser des candidats moléculaires pour trouver des matériaux de transport de trous efficaces. Les chercheurs sont partis d’un ensemble de plus d’un million de molécules, en ont sélectionné 101 pour des tests, puis ont utilisé les résultats expérimentaux pour entraîner le système et affiner ses recommandations.
À quoi sert un matériau de transport de trous dans une cellule solaire ?
Quand la lumière est absorbée par le semi-conducteur, elle génère des électrons et des trous. Le matériau de transport de trous aide à acheminer ces derniers vers la couche ou l’électrode appropriée. Son efficacité est importante, car des charges mal extraites ou perdues réduisent la quantité d’électricité que la cellule peut produire.
Une efficacité proche du record signifie-t-elle que la pérovskite est prête pour tous les toits ?
Pas à elle seule. Le rendement d’une cellule est un indicateur essentiel, mais le passage de résultats de laboratoire à une technologie largement déployée demande aussi de reproduire les performances, de vérifier la tenue des matériaux dans le temps et de maîtriser leur fabrication. L’étude démontre avant tout une méthode efficace de découverte de matériaux.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Science, revue ayant publié l’étude de Jianchang Wu et ses collègues en 2024www.science.org
- National Renewable Energy Laboratory, tableau de référence sur les rendements des cellules photovoltaïqueswww.nrel.gov



