Entreprises et marchés

France-Taïwan : semi-conducteurs et économie circulaire au cœur des coopérations

Les entreprises françaises et taïwanaises disposent de complémentarités dans les semi-conducteurs, les technologies durables et l’économie circulaire. Un projet cité entre Veolia et SCI vise notamment à récupérer 85 % des solvants usés. Ces coopérations restent à structurer par des partenaires, des financements et des cadres clairs.

Ingénieurs examinant des puces et un procédé de recyclage industriel dans une usine technologique.
Illustration : Actu.ai

Les grands modèles d’intelligence artificielle, les objets connectés et les systèmes industriels automatisés reposent tous sur une même base matérielle : les composants électroniques. C’est dans ce contexte que les coopérations entre entreprises françaises et taïwanaises gagnent en importance. Elles ne se limitent pas à la vente de produits ou à l’exportation de savoir-faire. Elles peuvent associer recherche, industrialisation, recyclage de matières et déploiement de solutions plus sobres.

Les pistes évoquées en mars 2025 couvrent surtout les semi-conducteurs, l’économie circulaire, les bâtiments intelligents et les technologies numériques. Elles dessinent une complémentarité possible : Taïwan occupe une place centrale dans les chaînes de valeur mondiales de l’électronique, tandis que la France dispose d’atouts en recherche et développement, en ingénierie industrielle, en logiciels et dans les technologies environnementales.

Cette dynamique ne doit toutefois pas être confondue avec un grand accord commercial déjà opérationnel. La coopération économique se construit projet par projet, autour d’entreprises capables d’identifier un besoin précis, un partenaire local et un cadre de financement adapté.

Pourquoi les semi-conducteurs sont-ils au centre des discussions ?

Un semi-conducteur est un matériau dont les propriétés électriques permettent de fabriquer des puces. Ces composants se retrouvent dans les smartphones, les serveurs, les voitures, les équipements médicaux, les réseaux de télécommunications et les machines industrielles. Ils sont aussi indispensables à l’IA : sans processeurs, mémoires et puces spécialisées, ni entraînement de modèles ni exécution de services d’IA à grande échelle ne sont possibles.

Taïwan est l’un des pôles mondiaux les plus importants de cette industrie. Son écosystème rassemble des compétences de fabrication, d’assemblage, de test et une dense chaîne de sous-traitants. Pour les acteurs français, l’enjeu n’est donc pas seulement d’acheter des composants. Il consiste aussi à sécuriser des relations industrielles, à développer des applications à forte valeur ajoutée et à mieux comprendre les contraintes d’une chaîne d’approvisionnement internationale.

La France peut, de son côté, apporter des expertises en R&D, dans l’électronique embarquée, les équipements industriels, les logiciels, la cybersécurité ou encore la gestion de l’énergie. Dans ce type de partenariat, la valeur se situe souvent à l’interface : un composant conçu ou produit dans une chaîne internationale doit être intégré à un produit final, certifié, sécurisé et adapté aux besoins d’un marché.

Domaine de coopérationApport potentiel des entreprises taïwanaisesApport potentiel des entreprises françaisesEnjeu pour l’IA et l’industrie
Semi-conducteursÉcosystème électronique et capacités industriellesRecherche, conception d’applications, ingénierieDisposer de composants pour les serveurs, objets connectés et équipements intelligents
Économie circulaireDéploiement local de procédés industrielsTraitement, gestion environnementale, optimisation des ressourcesRéduire l’empreinte matérielle de la production numérique
Bâtiments intelligentsFabrication et intégration de solutions électroniquesGestion technique, efficacité énergétique, servicesPiloter énergie, maintenance et usages grâce aux données
Technologies numériquesDéveloppement de matériels et d’écosystèmes électroniquesLogiciels, analyse de données et usages sectorielsTransformer des composants en services et outils concrets

Une coopération industrielle, pas une dépendance à sens unique

Les perturbations mondiales observées ces dernières années dans les approvisionnements électroniques ont rappelé la vulnérabilité de nombreuses filières. Automobile, santé, électroménager, défense, télécommunications : dès qu’un composant manque, une ligne de production peut ralentir ou s’arrêter. Cette réalité explique l’attention portée par l’Union européenne, Taïwan et d’autres économies asiatiques au renforcement de chaînes de valeur plus résilientes.

La publication d’origine mentionne des intérêts convergents entre le Japon, Taïwan et l’Union européenne dans les semi-conducteurs. Cette géographie est cohérente avec la nature même du secteur : aucune région ne maîtrise seule l’ensemble du parcours, de la recherche sur les matériaux à la fabrication, puis au conditionnement et à l’intégration dans un appareil.

Pour une entreprise française, collaborer avec un acteur taïwanais ne signifie pas nécessairement transférer toute sa production ou renoncer à ses actifs technologiques. Une coopération bien structurée peut prendre plusieurs formes : mise au point conjointe d’un produit, qualification d’un fournisseur, programme de recherche, adaptation d’une solution au marché asiatique ou création d’un consortium sur un enjeu industriel précis.

Le point décisif reste la répartition des rôles. Les partenaires doivent définir la propriété intellectuelle, les responsabilités de chacun, les exigences de confidentialité, les normes applicables et les étapes d’industrialisation. Dans l’électronique comme dans l’IA, une idée techniquement convaincante ne devient une activité viable que si son passage à l’échelle est organisé.

L’économie circulaire, un terrain de coopération concret

La coopération franco-taïwanaise ne concerne pas uniquement les puces et le numérique. La publication d’origine cite un partenariat entre Veolia et le groupe taïwanais SCI, consacré au recyclage des solvants. L’objectif annoncé est de récupérer 85 % des solvants usés.

Les solvants sont employés dans de nombreuses activités industrielles. Leur traitement présente un double intérêt : limiter les déchets et réintroduire des matières récupérées dans un cycle de production, lorsque cela est techniquement possible. Cet exemple illustre le principe de l’économie circulaire, qui cherche à prolonger l’usage des ressources plutôt qu’à les éliminer après une seule utilisation.

L’enjeu est particulièrement pertinent pour les filières technologiques. La production d’équipements électroniques mobilise des produits chimiques, des métaux, de l’eau, de l’énergie et des matériaux dont la gestion pèse sur le bilan environnemental global. Les gains d’efficacité ne viennent donc pas seulement de puces moins gourmandes en énergie. Ils peuvent aussi provenir de procédés de fabrication plus propres, de la récupération de substances et d’une meilleure valorisation des déchets.

La publication d’origine met également en avant les bâtiments intelligents et les technologies durables. Ces bâtiments s’appuient sur des capteurs, des logiciels de gestion et des systèmes de contrôle pour mieux suivre les consommations d’énergie, la ventilation, l’éclairage ou la maintenance. La promesse est d’optimiser l’exploitation d’un site. Mais elle suppose de protéger les données collectées et de vérifier que les économies annoncées se matérialisent réellement dans les usages.

De l’intention au projet opérationnel

Les promesses d’une coopération

  • Accéder à des expertises complémentaires en électronique, logiciels et procédés industriels.
  • Associer innovation technologique et objectifs de durabilité mesurables.
  • Faire émerger des consortiums franco-taïwanais autour de la R&D.
  • Renforcer la résilience de certaines chaînes d’approvisionnement.

Les conditions à réunir

  • Identifier un partenaire dont le rôle industriel ou commercial est clairement défini.
  • Encadrer la propriété intellectuelle, les données et la confidentialité par contrat.
  • Vérifier l’éligibilité, le calendrier et le financement de chaque appel à projets.
  • Mesurer les résultats techniques, économiques et environnementaux obtenus.

Que prévoit l’appel à manifestation d’intérêt ?

Un appel à manifestation d’intérêt, souvent désigné par l’acronyme AMI, est une procédure destinée à repérer des projets et des partenaires potentiels. Il ne s’agit pas nécessairement d’un financement automatique. Les organisations intéressées doivent généralement présenter une idée, expliquer son intérêt, démontrer la complémentarité des participants et préciser le type d’accompagnement recherché.

Dans le dispositif évoqué, les entreprises françaises, quelle que soit leur taille, sont invitées à identifier des partenaires taïwanais et à bâtir des projets communs. La démarche vise notamment les demandes d’assistance technique ou financière pour des activités de recherche et développement. L’ambition est de faire émerger des consortiums associant plusieurs compétences plutôt que de limiter les échanges à une relation bilatérale entre deux fournisseurs.

Pour une PME, le premier obstacle est souvent l’accès au bon interlocuteur. Un partenaire local ne doit pas seulement disposer d’une technologie voisine : il doit pouvoir contribuer au projet avec une capacité industrielle, une connaissance réglementaire, un réseau commercial ou une expertise qui manque au porteur français. La préparation d’un dossier suppose donc de clarifier plusieurs questions :

  • quel problème technique ou environnemental le projet résout-il ;
  • quelle contribution précise revient à chaque organisation ;
  • quels résultats sont attendus à la fin de la phase de R&D ;
  • quelles ressources financières et humaines sont nécessaires ;
  • comment seront protégés les savoir-faire et les données échangées.

La publication d’origine ne détaille ni le budget, ni le calendrier, ni l’organisme porteur de cet AMI. Les candidats potentiels doivent donc vérifier les conditions officielles du programme concerné avant d’engager des dépenses ou de communiquer sur une aide supposée acquise.

Un accord économique peut-il accélérer les échanges ?

La publication d’origine indique que des discussions au Forum d’innovation entre Taïwan et l’Union européenne ont exprimé la volonté d’établir un Accord de partenariat économique, ou APE. Un tel cadre pourrait, en théorie, faciliter les échanges technologiques et les collaborations dans les semi-conducteurs et l’énergie verte.

Il importe de distinguer une intention politique d’un instrument juridiquement applicable. Un accord économique complet implique habituellement des négociations, des règles sur l’accès aux marchés, les investissements, les normes, la propriété intellectuelle et parfois le règlement des différends. Tant que ses modalités, son calendrier et son entrée en vigueur ne sont pas précisément établis, les entreprises ne peuvent pas le traiter comme un avantage acquis.

Cela ne bloque pas les collaborations. Les partenariats d’entreprise, les programmes de recherche, les événements de mise en relation et les accords sectoriels peuvent avancer indépendamment d’un accord global. En revanche, un cadre plus prévisible réduirait certaines incertitudes et donnerait davantage de visibilité aux projets de long terme, notamment dans des secteurs où les investissements industriels sont importants.

Les conditions d’une coopération réussie entre la France et Taïwan

La technologie n’efface pas les différences de méthode de travail. Un projet franco-taïwanais doit prendre en compte la langue, la distance, les rythmes de décision, les pratiques commerciales et les exigences réglementaires. Ces sujets peuvent sembler secondaires face à une innovation de rupture, mais ils déterminent souvent la capacité d’un consortium à livrer un résultat dans les délais.

Les entreprises doivent aussi regarder au-delà de l’annonce d’un partenariat. Dans les semi-conducteurs, les questions clés sont la disponibilité des composants, les volumes, la qualité, la traçabilité et la continuité de l’approvisionnement. Dans l’économie circulaire, il faut mesurer les flux réellement récupérés, l’énergie nécessaire au traitement et les débouchés pour les matières valorisées. Dans les bâtiments intelligents, l’interopérabilité des systèmes et la sécurité des données sont essentielles.

La coopération peut être plus robuste lorsqu’elle s’appuie sur un objectif mesurable. Le cas Veolia-SCI, avec son objectif de 85 % de récupération des solvants usés, montre l’intérêt d’un indicateur concret. Pour d’autres projets, il pourrait s’agir d’un délai de production, d’un niveau de consommation énergétique, d’un taux de réemploi ou d’une étape de validation technologique. L’essentiel est de pouvoir évaluer le résultat, pas uniquement l’intention.

Ce qu’il faut surveiller

À la date du 8 mars 2025, l’intérêt d’un rapprochement entre la France et Taïwan tient à la convergence de trois besoins : disposer de chaînes technologiques solides, accélérer l’innovation et réduire l’impact environnemental de l’industrie. L’IA rend cette convergence encore plus visible, car elle accroît les besoins en calcul, en électronique et en énergie, tout en pouvant contribuer à optimiser des procédés industriels.

Les annonces de coopération devront désormais être jugées à l’aune de réalisations tangibles : projets de R&D effectivement lancés, partenaires identifiés, financements attribués, solutions industrialisées et résultats environnementaux vérifiables. Pour les entreprises françaises, l’opportunité est réelle dans les domaines évoqués. Mais elle dépendra moins d’une formule générale sur l’innovation que de la capacité à construire des alliances précises, équilibrées et durables avec des acteurs taïwanais.

Questions fréquentes

Quels secteurs offrent des opportunités entre entreprises françaises et taïwanaises ?

Les pistes mises en avant concernent d’abord les semi-conducteurs, les technologies numériques, l’économie circulaire, les bâtiments intelligents et les solutions liées à l’énergie verte. Les opportunités sont particulièrement fortes lorsque les compétences sont complémentaires : recherche et logiciels côté français, écosystème électronique et industrialisation côté taïwanais.

Pourquoi Taïwan est-il important pour les semi-conducteurs ?

Taïwan occupe une place majeure dans les chaînes de valeur mondiales de l’électronique et des semi-conducteurs. Or ces composants sont essentiels aux serveurs, aux télécommunications, aux véhicules, aux objets connectés et à l’intelligence artificielle. Pour les entreprises françaises, l’intérêt est donc autant industriel que technologique et stratégique.

Que signifie l’objectif de récupération de 85 % des solvants usés ?

L’objectif cité pour le partenariat entre Veolia et le groupe taïwanais SCI est de récupérer 85 % des solvants usés. Il s’inscrit dans une logique d’économie circulaire : traiter les substances employées dans l’industrie afin d’en limiter le rejet et, lorsque c’est possible, de les réintroduire dans un cycle de production.

Comment une PME française peut-elle trouver un partenaire à Taïwan ?

Une PME peut s’appuyer sur des programmes de coopération, des appels à manifestation d’intérêt, des événements de mise en relation et des organismes d’accompagnement économique. Elle doit surtout définir son besoin avant la recherche : technologie à développer, marché visé, capacité de production attendue et règles de partage de la propriété intellectuelle.

Un accord de partenariat économique entre l’Union européenne et Taïwan est-il déjà en vigueur ?

Le texte évoque une volonté de progresser vers un Accord de partenariat économique exprimée lors d’un forum d’innovation entre Taïwan et l’Union européenne. Il ne fournit toutefois ni modalités, ni calendrier, ni indication d’une entrée en vigueur. Les entreprises doivent donc vérifier les cadres officiels applicables à leurs projets.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. Bureau français de Taipei, représentation de la France à Taïwantw.ambafrance.org
  2. Ministère taïwanais des Affaires économiques, informations économiques officielleswww.moea.gov.tw/MNS/english/home/English.aspx
  3. Veolia, informations institutionnelles sur les activités du groupewww.veolia.com/en
  4. Commission européenne, relations commerciales et économiques avec Taïwanpolicy.trade.ec.europa.eu/eu-trade-relationships-country-and-region/countries-and-regions/taiwan_en