Entreprises et marchés

TSMC accélère grâce à l’IA, pourquoi le fabricant de puces reste incontournable

La demande en puces destinées à l’intelligence artificielle porte les résultats de TSMC, le grand fondeur taïwanais. Au troisième trimestre 2024, son bénéfice net a bondi de 54 %. Derrière ce chiffre se dessine un enjeu majeur : la capacité mondiale à produire les composants les plus avancés.

Technicien en salle blanche surveillant une machine de fabrication de puces pour centres de données d’IA.
Illustration : Actu.ai

Les performances de TSMC sont devenues l’un des indicateurs les plus suivis de la ruée vers l’intelligence artificielle. Quand les entreprises technologiques commandent davantage de processeurs pour entraîner ou faire fonctionner des modèles d’IA, la demande remonte toute une chaîne industrielle. Elle finit notamment dans les salles blanches du groupe taïwanais, où sont gravés les composants les plus sophistiqués du marché.

Le 17 octobre 2024, Taiwan Semiconductor Manufacturing Company a annoncé un bénéfice net trimestriel en nette hausse. Son résultat du troisième trimestre atteint 325,3 milliards de dollars taïwanais, soit une progression de 54 % sur un an. Cette accélération confirme que le cycle de l’IA ne se limite pas aux logiciels conversationnels : il repose d’abord sur une infrastructure matérielle très coûteuse, des centres de données aux puces spécialisées.

Des résultats trimestriels portés par les puces avancées

Pour le troisième trimestre 2024, TSMC a enregistré un chiffre d’affaires de 759,7 milliards de dollars taïwanais. Exprimé en dollars américains, celui-ci a progressé de 39 % sur un an. Le bénéfice net augmente encore plus vite, de 54 %, signe que les produits les plus demandés sont aussi parmi les plus complexes et les plus rentables à fabriquer.

Ces résultats succèdent à un deuxième trimestre déjà très dynamique. Sur cette période, le chiffre d’affaires de TSMC avait progressé d’environ 32 % sur un an, selon le chiffre relayé dans la publication d’origine. La reprise est particulièrement visible dans les ventes mensuelles, qui ont atteint leur rythme de croissance le plus soutenu depuis 2022.

IndicateurTroisième trimestre 2024Évolution ou précision
Chiffre d’affaires759,7 milliards de dollars taïwanais+39 % sur un an, en dollars américains
Bénéfice net325,3 milliards de dollars taïwanais+54 % sur un an
Croissance du chiffre d’affaires au deuxième trimestreEnviron 32 %Comparaison annuelle relayée dans l’article d’archive
Prévision de chiffre d’affaires pour le quatrième trimestre26,1 à 26,9 milliards de dollars américainsPrévision communiquée par TSMC

La croissance ne doit toutefois pas être comprise comme un phénomène mécanique ou garanti. Le secteur des semi-conducteurs est historiquement cyclique : les commandes peuvent fortement progresser lorsque les clients constituent des stocks ou lancent de nouveaux produits, puis ralentir lorsque les capacités installées deviennent suffisantes. À l’automne 2024, la demande pour le calcul IA donne néanmoins une visibilité particulièrement favorable au fondeur.

Que fabrique exactement TSMC ?

TSMC est un fondeur, ou « foundry » en anglais. Cette distinction est essentielle pour comprendre son importance. L’entreprise ne se présente pas d’abord comme un concepteur de processeurs finis : elle produit, dans ses propres usines, les puces imaginées par des sociétés clientes. Ce modèle permet à ces dernières de se concentrer sur l’architecture et les logiciels, sans avoir à financer elles-mêmes des usines dont le coût se chiffre en milliards.

Dans une puce, des milliards de transistors sont dessinés couche après couche sur des tranches de silicium, les wafers. Plus les gravures sont fines, plus il est possible de concentrer de transistors dans une même surface, avec des gains attendus en puissance de calcul et en efficacité énergétique. Les applications d’IA, qui nécessitent de traiter d’immenses volumes de données par des opérations répétitives, tirent particulièrement profit de ces avancées.

La demande actuelle ne porte donc pas sur n’importe quel composant électronique. Elle concerne largement les puces de calcul haut de gamme utilisées dans les serveurs, les accélérateurs destinés à l’entraînement des modèles et les composants associés aux infrastructures de données. Ces produits mobilisent les procédés de fabrication les plus avancés, ainsi que des techniques d’assemblage capables de rapprocher plusieurs puces dans un même ensemble.

L’article d’archive évoquait une part d’environ 90 % des puces utilisées par les technologies d’IA. Cette formule doit être nuancée. TSMC occupe une position extrêmement forte dans la fabrication des puces les plus avancées, mais il n’existe pas de mesure unique permettant d’attribuer au groupe 90 % de toutes les puces liées à l’IA. Le secteur inclut aussi des mémoires, des composants de réseau, des puces moins avancées et de nombreux fournisseurs. Ce qui est certain est que TSMC est un passage incontournable pour une grande part des processeurs de pointe employés dans l’IA.

Concevoir une puce et la fabriquer, deux métiers complémentaires

Le concepteur de puces

  • Imagine l’architecture et les fonctions du processeur.
  • Développe les logiciels et l’écosystème associés.
  • Choisit les procédés industriels adaptés à son produit.
  • Peut ne pas posséder d’usine de fabrication.

Le fondeur comme TSMC

  • Transforme les plans de ses clients en puces physiques.
  • Finance et exploite des usines extrêmement coûteuses.
  • Maîtrise la gravure, les rendements et l’assemblage avancé.
  • Doit répondre à de très grands volumes avec une qualité constante.

Pourquoi l’IA favorise particulièrement TSMC

Un modèle d’IA générative ne se résume pas à quelques lignes de code. Pour être entraîné, il faut relier de très nombreux processeurs dans des centres de données, les alimenter en énergie et les associer à une grande quantité de mémoire. Une fois entraîné, le modèle doit encore être exécuté pour répondre aux utilisateurs : cette phase, appelée inférence, réclame elle aussi des capacités de calcul à mesure que les usages se diffusent.

Cette double exigence explique l’intensité des investissements observés en 2024. Les grands acteurs du numérique et les fournisseurs de services cloud cherchent des puces plus puissantes, mais également plus économes en énergie. Or la capacité à produire ces composants est limitée par la disponibilité des équipements, par la complexité des procédés et par la durée nécessaire à la construction ou à l’extension d’une usine.

TSMC bénéficie ainsi d’un effet de rareté. Concevoir un processeur de pointe est une chose, le fabriquer avec des rendements industriels élevés en est une autre. Un rendement élevé signifie qu’une proportion suffisante des puces gravées sur un wafer est utilisable. C’est une compétence industrielle difficile à reproduire, fondée sur des années d’investissement, de recherche et de relations avec les fournisseurs d’équipements et de matériaux.

La position du groupe dépasse donc la seule hausse ponctuelle des commandes. À mesure que les concepteurs cherchent à améliorer la performance de leurs puces IA, ils ont besoin de nœuds de fabrication de plus en plus avancés et de solutions d’intégration complexes. Ce sont précisément les segments dans lesquels TSMC a construit son avantage.

ASML, un partenaire industriel indispensable

L’essor de TSMC dépend aussi d’entreprises qui se situent en amont de ses usines. Parmi elles, le néerlandais ASML joue un rôle central. Ses machines de lithographie permettent de projeter les motifs qui serviront à former les circuits sur les wafers de silicium. Pour les procédés les plus avancés, la lithographie ultraviolette extrême, connue sous le sigle EUV, est devenue un équipement stratégique.

La relation entre un fondeur comme TSMC et un équipementier comme ASML illustre la forte interdépendance de l’industrie des semi-conducteurs. Les puces qui alimentent l’IA ne sont pas le produit d’un seul acteur : elles résultent d’une chaîne réunissant concepteurs, fabricants d’équipements, producteurs de matériaux, fondeurs, spécialistes de l’assemblage et opérateurs de centres de données.

Cette dépendance mutuelle constitue une force, car elle permet à chaque entreprise de se spécialiser. Elle représente aussi une contrainte : une difficulté d’approvisionnement, un retard dans la livraison d’un outil critique ou une tension géopolitique peut peser sur l’ensemble du calendrier de production. La capacité de TSMC à répondre à la demande ne dépend donc pas uniquement de ses carnets de commandes, mais aussi de l’exécution de cette chaîne mondiale.

Une prévision de fin d’année à lire avec les bonnes devises

La publication d’origine évoquait une fourchette de chiffre d’affaires comprise entre 23,9 et 26,1 milliards d’euros et comparait ce montant à 19,62 milliards d’euros un an plus tôt. Une précision est nécessaire pour éviter toute confusion : TSMC publie ses prévisions de chiffre d’affaires en dollars américains, et ses comptes en dollars taïwanais.

Pour le quatrième trimestre 2024, le groupe a communiqué une prévision comprise entre 26,1 et 26,9 milliards de dollars américains. Le montant de 19,62 milliards correspond au chiffre d’affaires en dollars américains du quatrième trimestre 2023, ce qui permet une comparaison annuelle cohérente. Les conversions en euros peuvent varier selon le taux de change retenu et ne doivent pas être confondues avec les montants publiés par l’entreprise.

Cette prévision traduit la confiance de TSMC dans la poursuite de la demande liée à l’IA à la fin de 2024. Elle ne signifie pas que tous les segments des semi-conducteurs évoluent au même rythme. Les puces pour smartphones, ordinateurs, automobiles ou appareils industriels obéissent à des cycles propres. Mais le poids croissant des composants avancés pour les serveurs et le calcul accéléré modifie l’équilibre du marché en faveur du fondeur taïwanais.

Une domination industrielle qui soulève aussi des questions

La taille de TSMC lui confère un statut à part. À l’automne 2024, l’entreprise est présentée comme la plus importante société cotée d’Asie. Sa place dans la production mondiale de composants avancés lui donne une influence considérable sur l’ensemble de l’économie numérique, depuis les fabricants de téléphones jusqu’aux opérateurs de services cloud.

Cette concentration est efficace sur le plan industriel, mais elle pose aussi une question de résilience. Quand une part très importante de la production mondiale de puces de pointe est concentrée chez un même fondeur et dans une même région, les clients, les États et les autres entreprises de la chaîne cherchent logiquement à sécuriser leurs approvisionnements. La multiplication des investissements dans les capacités de production de semi-conducteurs répond en partie à cette préoccupation.

Il serait pourtant réducteur de présenter TSMC comme le seul bénéficiaire de l’IA. La valeur est répartie entre les entreprises qui conçoivent les processeurs, celles qui fournissent les machines, les producteurs de mémoire, les opérateurs de centres de données et les développeurs de logiciels. TSMC occupe une position centrale parce qu’il se situe au point où les ambitions de calcul doivent devenir une réalité matérielle.

Ce qu’il faut surveiller après le rebond de 2024

La première question sera la durabilité des investissements dans l’IA. Les commandes de puces de pointe resteront fortes tant que les clients continueront à construire des infrastructures et à renouveler rapidement leurs accélérateurs. Le rythme de cette croissance dépendra cependant de la capacité des applications d’IA à générer des usages et des revenus à la hauteur des dépenses engagées.

Il faudra également suivre l’expansion des capacités de production de TSMC et de ses concurrents. Produire davantage ne consiste pas seulement à installer plus de machines : il faut aussi disposer d’ingénieurs qualifiés, d’électricité, d’eau ultra-pure et de fournisseurs capables de livrer les équipements les plus complexes. Dans ce secteur, les annonces d’investissement ne se transforment en volumes de production qu’après plusieurs années.

Enfin, l’évolution technologique restera déterminante. La demande pour l’IA pousse l’industrie à perfectionner simultanément la miniaturisation des transistors, l’assemblage avancé et l’efficacité énergétique. Le bond de 54 % du bénéfice de TSMC au troisième trimestre 2024 montre la vigueur du moment. Sa portée à long terme dépendra de la capacité du groupe à conserver cette avance industrielle dans un marché aussi stratégique que concurrentiel.

Questions fréquentes

Pourquoi TSMC profite-t-il autant de l’essor de l’IA ?

L’IA générative exige de grandes quantités de calcul dans les centres de données. De nombreux processeurs et accélérateurs destinés à ces infrastructures sont fabriqués avec des procédés avancés où TSMC est très présent. La demande ne concerne pas seulement l’entraînement des modèles : leur utilisation quotidienne réclame elle aussi des puces performantes.

TSMC fabrique-t-il vraiment 90 % des puces d’intelligence artificielle ?

Il faut nuancer cette affirmation. TSMC domine la fabrication des puces les plus avancées, qui sont cruciales pour une grande part du calcul IA. En revanche, toutes les puces liées à l’IA ne sortent pas de ses usines : le marché inclut aussi les mémoires, les composants de réseau et des processeurs produits par d’autres entreprises.

Quels sont les résultats de TSMC au troisième trimestre 2024 ?

TSMC a annoncé le 17 octobre 2024 un bénéfice net de 325,3 milliards de dollars taïwanais, en hausse de 54 % sur un an. Son chiffre d’affaires trimestriel s’est élevé à 759,7 milliards de dollars taïwanais. En dollars américains, les revenus ont progressé de 39 % par rapport au troisième trimestre 2023.

Quelles prévisions TSMC a-t-il données pour le quatrième trimestre 2024 ?

TSMC prévoit un chiffre d’affaires compris entre 26,1 et 26,9 milliards de dollars américains au quatrième trimestre 2024. Les chiffres doivent être lus dans leur devise de publication : le groupe communique ses prévisions de revenus en dollars américains, tandis que ses résultats financiers sont aussi présentés en dollars taïwanais.

Pourquoi ASML est-il important pour la production de puces IA ?

ASML fournit des machines de lithographie utilisées pour dessiner les circuits sur les wafers de silicium. Ses équipements, notamment ceux reposant sur la lithographie ultraviolette extrême, sont essentiels à la production des puces les plus miniaturisées. Sans ces outils complexes, les fondeurs auraient plus de difficultés à fabriquer les processeurs de pointe demandés par l’IA.

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. TSMC, espace investisseurs et résultats trimestriels officielsinvestor.tsmc.com/english
  2. TSMC, site officiel du groupewww.tsmc.com/english
  3. ASML, actualités et informations officielles sur la lithographiewww.asml.com/en/news
  4. Reuters, couverture internationale des entreprises et marchéswww.reuters.com