Le Canada entre au capital de Cohere pour 1,6 milliard de dollars canadiens
Le gouvernement canadien a annoncé le 29 octobre 2026 un investissement en capital pouvant atteindre 1,6 milliard de dollars canadiens dans Cohere, sa principale entreprise d’IA. En échange, la société s’engage à rester au Canada et à y investir. Un modèle d’État actionnaire qui éclaire la course des pays, européens compris, à une IA sous leur contrôle.

Après les subventions et les crédits de calcul, les États passent à l’étape suivante : devenir actionnaires de leurs champions de l’intelligence artificielle. Le 29 octobre 2026, à Montréal, le Premier ministre canadien Mark Carney a annoncé que le gouvernement allait investir jusqu’à 1,6 milliard de dollars canadiens dans Cohere, l’entreprise d’IA de Toronto qui rivalise avec OpenAI et Anthropic auprès des entreprises. Une opération inédite par son ampleur, assortie de conditions strictes.
Cohere, le champion canadien de l’IA pour les entreprises
Fondée en 2019 à Toronto, Cohere compte parmi ses cofondateurs Aidan Gomez, l’un des auteurs de l’article scientifique de 2017 qui a introduit l’architecture Transformer, à la base des grands modèles de langage actuels. Contrairement à OpenAI ou Google, l’entreprise ne vise pas le grand public : elle vend à des entreprises et à des administrations ses modèles de langage, la famille Command, et des outils pour bâtir des assistants et des agents, souvent installés sur leurs propres serveurs pour garder la maîtrise des données.
Ce positionnement l’a rapprochée de l’Europe. En avril 2026, Cohere a annoncé son rapprochement avec l’allemand Aleph Alpha, une autre entreprise spécialisée dans l’IA pour les entreprises et le secteur public. Le groupe Schwarz, propriétaire des enseignes Lidl et Kaufland, s’était alors engagé à mener sa prochaine levée de fonds avec un financement d’environ 500 millions d’euros. Un accord définitif a été signé en septembre 2026 : l’entreprise issue de la fusion gardera le nom de Cohere, avec un double siège à Toronto et à Berlin, et dépassera 1 000 salariés. L’opération doit être finalisée d’ici la fin de l’année, sous réserve des autorisations réglementaires. Le gouvernement canadien présente d’ailleurs cette fusion comme l’union des savoir-faire canadien et allemand.
Un État actionnaire, sous conditions
Il ne s’agit pas d’une subvention mais d’un investissement en capital : l’État achète des actions de Cohere, versées par étapes, et devient actionnaire. L’opération est conduite par la Corporation de développement des investissements du Canada, une société publique qui gère des participations de l’État. En contrepartie, Cohere prend plusieurs engagements :
| Engagement | Échéance |
|---|---|
| Garder son immatriculation et son siège au Canada | Durée de l’investissement |
| Créer au moins 1 000 emplois techniques bien rémunérés au Canada | 2030 |
| Investir au moins 1,7 milliard de dollars canadiens dans de nouvelles capacités de calcul au Canada | 2030 |
| Financer des partenariats de recherche et ouvrir des postes aux étudiants et jeunes diplômés | Non précisé |
| Continuer à collaborer avec l’Institut canadien de sécurité de l’IA | Non précisé |
Les versements dépendront de rapports réguliers sur le respect de ces engagements, notamment en matière d’emploi et d’investissement. Le pourcentage du capital détenu par l’État et le prix des actions n’ont pas été rendus publics.
Une levée de fonds géante menée par le propriétaire de Lidl
L’investissement public s’inscrit dans une levée de fonds de série E qui vise jusqu’à 7 milliards de dollars canadiens, soit environ 4,5 milliards de dollars américains. Cohere n’a annoncé qu’une première clôture, sans préciser les montants déjà engagés. Le tour est mené par les sociétés du groupe allemand Schwarz, aux côtés de NVIDIA, de l’opérateur canadien Bell et de plusieurs fonds. Selon la presse spécialisée, il valoriserait Cohere à 35,7 milliards de dollars canadiens, environ le triple de sa valeur de l’an dernier.
Le groupe Schwarz a un intérêt direct : sa filiale numérique Schwarz Digits exploite STACKIT, un service de cloud présenté comme souverain, sur lequel elle entend faire fonctionner les modèles de Cohere. Son patron, Christian Müller, affiche l’objectif d’ancrer ces capacités de pointe dans cette infrastructure.
Un soutien public qui monte en puissance
Ce n’est pas la première fois qu’Ottawa soutient Cohere. En décembre 2024, le gouvernement avait finalisé une aide pouvant atteindre 240 millions de dollars canadiens pour un projet de l’entreprise visant à acheter des capacités de calcul dans un nouveau centre de données au Canada, un projet de 725 millions de dollars canadiens au total. Cette aide était la première accordée au titre de la stratégie canadienne pour le calcul souverain en IA, dotée de 2 milliards de dollars canadiens.
La différence est de taille. Une aide finance un projet précis, alors qu’une participation au capital donne à l’État une part de la valeur future de l’entreprise, et un intérêt direct à sa réussite. Elle permet aussi de lier le soutien public à des engagements durables, comme le maintien du siège au Canada, que ni une subvention ni un crédit d’impôt ne garantissent. Le pays reconnu pour ses chercheurs pionniers de l’apprentissage profond cherche ainsi à garder les entreprises qui en sont issues.
Pourquoi Ottawa veut garder la main
Mark Carney justifie l’opération par la concentration du secteur entre quelques entreprises américaines et chinoises, une situation qui fait peser selon lui des risques sur les coûts, la résilience et la souveraineté. « L’investissement du Canada dans Cohere est un investissement dans le choix, dans la sécurité et dans notre capacité à vivre comme nous l’entendons », a-t-il déclaré.
Evan Solomon, ministre de l’Intelligence artificielle et de l’Innovation numérique, insiste sur l’enjeu industriel : il ne devrait pas être nécessaire de quitter le Canada pour bâtir une entreprise qui réussit dans le monde entier. Le pays a longtemps vu ses chercheurs et ses jeunes entreprises en IA partir vers les États-Unis ou être rachetés par des groupes américains. Aidan Gomez, patron de Cohere, se dit fier de grandir depuis le Canada en y créant des emplois qualifiés.
L’Europe face au même dilemme
La démarche canadienne fait écho aux débats européens. En France, Mistral AI incarne la même ambition d’une IA maîtrisée localement, et vient de franchir une étape en publiant les poids de Mistral Large 4, son modèle le plus puissant, pour que les organisations puissent l’installer chez elles. La banque publique Bpifrance figure parmi ses premiers investisseurs, mais aucun État européen n’a, à ce jour, engagé une participation de cette ampleur dans une entreprise d’IA.
Deux façons de soutenir un champion de l’IA
Le modèle canadien
- Participation directe de l’État au capital
- Jusqu’à 1,6 milliard de dollars canadiens, versés par étapes
- Conditions chiffrées sur l’emploi et le calcul
- Siège obligatoirement maintenu au Canada
L’approche européenne actuelle
- Financement surtout par des fonds privés
- Banques publiques comme investisseurs minoritaires
- Soutien par des programmes de calcul et de recherche
- Alliances industrielles entre entreprises et clouds
Le rapprochement entre Cohere, Aleph Alpha et le groupe Schwarz montre aussi que la souveraineté se construit désormais par alliances : capitaux canadiens et allemands, puces américaines de NVIDIA, cloud européen. Pour les entreprises et administrations françaises, cela élargit le choix de fournisseurs qui proposent des modèles hébergés en Europe, aux côtés des acteurs nationaux.
Ce que cet investissement va changer
Pour Cohere, l’argent public et privé doit financer l’achat de capacités de calcul et le recrutement, deux postes où ses concurrents américains disposent de moyens bien supérieurs. L’entreprise reste un acteur de taille modeste face à OpenAI ou Anthropic, qui lèvent des dizaines de milliards de dollars, mais elle mise sur un marché précis : les organisations qui veulent garder leurs données chez elles.
Pour le Canada, le pari comporte des risques. Un État actionnaire partage les gains, mais aussi les pertes si l’entreprise ne tient pas face à la concurrence. Les conditions attachées à l’investissement, et le suivi de leur respect, seront scrutés. L’exemple canadien pourrait inspirer d’autres pays dans la course à la souveraineté numérique, alors que le Royaume-Uni vient aussi d’annoncer un fonds public dédié à ses entreprises d’IA.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que Cohere ?
Cohere est une entreprise canadienne d’intelligence artificielle fondée en 2019 à Toronto. Elle développe les modèles de langage Command et des outils pour créer des assistants et des agents destinés aux entreprises et administrations, souvent installés sur leurs propres serveurs. Elle a signé en septembre 2026 un accord de fusion avec l’allemand Aleph Alpha.
Combien le Canada investit-il dans Cohere ?
Le gouvernement canadien a annoncé le 29 octobre 2026 un investissement en capital pouvant atteindre 1,6 milliard de dollars canadiens, soit environ 1,1 milliard de dollars américains, versé par étapes. Il participe à une levée de fonds qui vise jusqu’à 7 milliards de dollars canadiens, menée par le groupe allemand Schwarz.
Quelles conditions Cohere doit-il respecter ?
Cohere doit conserver son immatriculation et son siège au Canada, y créer au moins 1 000 emplois techniques et investir au moins 1,7 milliard de dollars canadiens dans de nouvelles capacités de calcul d’ici 2030. L’entreprise doit aussi financer des partenariats de recherche et rendre compte régulièrement de ses progrès pour recevoir les versements.
Les modèles de Cohere sont-ils disponibles en Europe ?
Oui. Cohere vend ses modèles à des entreprises du monde entier, y compris en Europe, et peut les installer sur l’infrastructure de ses clients. Après sa fusion avec l’allemand Aleph Alpha, le groupe Schwarz prévoit de les faire fonctionner sur STACKIT, son service de cloud européen, présenté comme souverain.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Cabinet du Premier ministre du Canada, Canada announces landmark investment in Cohere to scale secure, sovereign AI, 29 octobre 2026www.pm.gc.ca/en/news/news-releases/2026/10/29/canada-announces-landmark-investment-cohere-scale-secure-sovereign-ai
- Implicator, Canada takes equity stake in Cohere as AI lab opens C$7 billion roundwww.implicator.ai/canada-based-cohere-completes-first-close-round-expects
- Unite.AI, Cohere signs definitive combination agreement with Aleph Alpha, 16 septembre 2026www.unite.ai/cohere-signs-definitive-combination-agreement-with-aleph-alpha



