Robotaxis en Europe : Bolt choisit NVIDIA pour 25 000 voitures Lucid, premiers essais à Madrid
Le service de VTC estonien Bolt a choisi le logiciel de conduite autonome de NVIDIA pour équiper au moins 25 000 futures voitures Lucid, avec une première collecte de données à Madrid en 2027. Annoncé le 21 octobre 2026 à Berlin, l’accord s’inscrit dans une vague d’annonces européennes. Voici ce qui est prévu, et ce qui reste incertain.

Les robotaxis, ces voitures qui transportent des passagers sans personne au volant, circulent déjà dans plusieurs villes américaines et chinoises. L’Europe, elle, reste à l’écart. Le 21 octobre 2026, lors de sa conférence GTC organisée à Berlin, NVIDIA a présenté une série de partenariats censés combler ce retard. Le plus frappant concerne Bolt, le service de VTC d’origine estonienne, qui a choisi le logiciel de conduite du fabricant de puces pour une flotte d’au moins 25 000 voitures. Les premiers véhicules rouleront à Madrid en 2027, mais d’abord pour apprendre, sans passagers.
Ce que Bolt et NVIDIA ont annoncé
Selon le communiqué de Bolt, l’entreprise a sélectionné Alpamayo Stack, l’ensemble logiciel de conduite autonome de NVIDIA, pour son programme européen de VTC sans chauffeur. Ce logiciel fonctionne sur Hyperion, l’architecture de référence de NVIDIA qui associe un ordinateur embarqué et un ensemble de capteurs (caméras, radars, lidars), et s’appuie sur Halos, les outils de sécurité qui surveillent et évaluent le comportement de conduite.
Les voitures seront fournies par Lucid, constructeur américain de véhicules électriques haut de gamme, qui livrera au moins 25 000 véhicules prêts pour le niveau 4 et équipés d’Hyperion. Bolt et NVIDIA adapteront le logiciel aux routes européennes, avec l’objectif de l’intégrer ensuite à des véhicules d’autres constructeurs. Lucid et Bolt avaient signé leur accord en septembre 2026 sans préciser quel logiciel piloterait les voitures : c’est désormais chose faite.
Bolt, présent dans plus de 50 pays et 850 villes, revendique plus de 200 millions de clients et 4,5 millions de chauffeurs et livreurs. L’accord avec NVIDIA s’inscrit dans un objectif plus large : déployer 100 000 véhicules autonomes d’ici 2035 en Europe et dans la région de la Commission économique des Nations unies pour l’Europe (CEE-ONU), qui fixe une partie des règles techniques automobiles. Bolt travaille aussi avec le chinois Pony.ai et avec Stellantis.
Quand pourra-t-on monter dans un robotaxi Bolt ?
Pas tout de suite. Le programme commencera à Madrid en 2027, sous réserve d’une autorisation réglementaire, et consistera d’abord à collecter des données de conduite réelles. La région de Madrid prépare un cadre avec les autorités nationales espagnoles, selon Bolt. L’Allemagne et la France sont citées comme les prochains marchés clés, sans calendrier.
Plusieurs inconnues demeurent. Bolt n’a pas précisé quel modèle de Lucid sera utilisé à Madrid. Selon Electrek, l’accord de septembre reposait sur la future plateforme intermédiaire de Lucid, dont le premier véhicule a été repoussé à 2027 ; si elle n’est pas prête, les premiers essais pourraient se faire avec les modèles actuels de la marque. Aucune date n’a été donnée pour un service commercial sans conducteur.
Niveaux d’autonomie : de quoi parle-t-on ?
Les annonces du secteur s’appuient sur une échelle de six niveaux définie par SAE International, une organisation d’ingénieurs de l’automobile. Elle permet de distinguer une simple aide à la conduite d’une voiture réellement sans conducteur.
| Niveau | Ce que fait le véhicule | Rôle du conducteur |
|---|---|---|
| 0 | Aucune automatisation, au mieux des alertes | Conduit en permanence |
| 1 | Aide ponctuelle, par exemple régulateur adaptatif | Conduit et surveille |
| 2 | Direction et vitesse gérées ensemble | Surveille en permanence, mains prêtes |
| 3 | Conduit seul dans certaines conditions | Doit reprendre la main sur demande |
| 4 | Conduit seul dans une zone définie | Aucun, dans cette zone |
| 5 | Conduit seul partout | Aucun |
Les robotaxis visés par Bolt relèvent du niveau 4 : ils roulent sans conducteur, mais seulement dans un périmètre et des conditions définis à l’avance, par exemple certains quartiers d’une ville. Le niveau 5, une voiture capable de rouler partout comme un humain, n’existe pas encore.
Mercedes, Volvo, Volkswagen : une vague d’annonces européennes
Bolt n’était pas seul à Berlin. NVIDIA a égrené une longue liste de partenaires européens qui s’appuient sur sa plateforme :
- Mercedes-Benz étend sa collaboration aux niveaux 3 et 4. Son aide à la conduite MB.DRIVE ASSIST PRO, développée avec NVIDIA, devrait bientôt obtenir en Allemagne une autorisation pour la conduite assistée de point à point en ville.
- Volvo Cars adopte Hyperion, Halos et Alpamayo Stack pour la conduite automatisée.
- Volkswagen Véhicules utilitaires présente sa plateforme autonome ID. Buzz AD sur Hyperion.
- Einride, spécialiste suédois du fret, construit son système de conduite pour camions autonomes sur cette base.
- TIER IV et l’université technique de Munich prévoient d’intégrer Hyperion à des transports publics autonomes en Allemagne.
- Porsche pilote pour les marques du groupe Volkswagen une chaîne de traitement des données qui, selon NVIDIA, réduirait jusqu’à 90 % les essais physiques répétés.
Les équipementiers Aptiv, Valeo et Schaeffler développent aussi des calculateurs fondés sur Hyperion, que les constructeurs pourront intégrer à leurs véhicules. Pour Jensen Huang, patron de NVIDIA, « les robotaxis sont la première application grand public de la robotique et de l’IA physique », une conviction qu’il défend depuis plusieurs années, comme il l’expliquait déjà en présentant les voitures autonomes comme le prochain géant de l’IA.
Comment l’IA conduit ces voitures
La conduite autonome repose sur des modèles d’IA qui doivent percevoir l’environnement, comprendre la scène et planifier une trajectoire, le tout en une fraction de seconde. NVIDIA met en avant Alpamayo 2 Edge, un modèle de 2 milliards de paramètres conçu pour fonctionner directement dans la voiture : il analyse la scène et planifie les mouvements dix fois par seconde, sur l’ordinateur embarqué DRIVE AGX Thor.
Ces modèles ont besoin d’énormes quantités de données, y compris de situations rares et dangereuses qu’on ne peut pas provoquer sur route. NVIDIA s’appuie pour cela sur Cosmos, ses modèles capables de générer des scènes de conduite synthétiques réalistes. Le cadre Halos SAFE, présenté à Berlin, combine simulation et essais physiques pour produire des preuves de sécurité traçables, que les autorités pourront examiner avant d’autoriser un véhicule.
Robotaxis en Europe : ce qui est acquis, ce qui reste incertain
Ce qui est annoncé
- Le logiciel Alpamayo Stack de NVIDIA pour la flotte de Bolt
- Au moins 25 000 futures Lucid équipées pour le niveau 4
- Une collecte de données à Madrid à partir de 2027
- L’Allemagne et la France comme prochains marchés
Ce qui reste à préciser
- L’autorisation des autorités espagnoles pour Madrid
- Le modèle de Lucid utilisé pour les premiers essais
- La date d’un service commercial sans conducteur
- Les tarifs et les quartiers desservis
Les enjeux pour l’Europe
Ces annonces doivent être lues avec prudence. NVIDIA précise lui-même que plusieurs produits sont à différents stades de développement et que les calendriers peuvent changer. Le passage d’une flotte de test à un service ouvert au public dépendra des autorisations, pays par pays, et des performances réelles sur des routes européennes, souvent plus étroites et plus anciennes que celles des villes américaines.
Le cadre juridique progresse toutefois. L’Union européenne s’est dotée en 2022 d’un règlement qui fixe les conditions d’homologation des systèmes de conduite entièrement automatisés, et l’Allemagne autorise depuis 2021 des véhicules de niveau 4 dans des zones définies. En France, le niveau 3 et certains services de transport automatisés sur des parcours définis sont permis depuis septembre 2022. L’arrivée d’acteurs comme Bolt, qui connaissent les villes et la réglementation locale, pourrait accélérer les choses.
Reste la question de la dépendance technologique. En confiant la conduite à un logiciel américain, Bolt, Volvo ou Mercedes gagnent du temps face aux leaders américains et chinois, mais une part croissante de la valeur de la voiture de demain se jouera dans ces logiciels d’IA. Les articles de la page véhicules autonomes d’Actu.ai suivent cette course mondiale.
Questions fréquentes
Quand les robotaxis Bolt arriveront-ils en France ?
Aucune date n’est fixée. Bolt cite l’Allemagne et la France comme prochains marchés clés après Madrid, où le programme démarrera en 2027 par une collecte de données, sans passagers et sous réserve d’autorisation. Un service commercial suppose ensuite des tests concluants et l’accord des autorités françaises, ce qui prendra vraisemblablement plusieurs années.
Qu’est-ce qu’un véhicule autonome de niveau 4 ?
Un véhicule de niveau 4 conduit seul, sans intervention humaine, mais uniquement dans une zone et des conditions définies à l’avance, comme certains quartiers d’une ville. Hors de ce périmètre, il ne peut pas circuler de façon autonome. C’est le niveau des robotaxis actuels. Le niveau 5, une voiture capable de rouler partout seule, n’existe pas encore.
Quel rôle joue NVIDIA dans les voitures autonomes ?
NVIDIA fournit à la fois l’ordinateur embarqué, une architecture de référence avec ses capteurs appelée Hyperion, et le logiciel de conduite Alpamayo Stack, qui repose sur des modèles d’IA chargés d’analyser la scène et de planifier la trajectoire. Ses outils Cosmos génèrent des données de conduite synthétiques et Halos aide à démontrer la sécurité du système.
Les robotaxis sont-ils autorisés en Europe ?
Ils peuvent l’être, mais au cas par cas. Un règlement européen de 2022 encadre l’homologation des systèmes de conduite entièrement automatisés, l’Allemagne autorise depuis 2021 le niveau 4 dans des zones définies, et la France permet depuis 2022 certains services automatisés sur parcours définis. Chaque déploiement nécessite toutefois une autorisation des autorités nationales ou locales.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Bolt, communiqué Bolt picks NVIDIA Alpamayo Stack to drive its autonomous vehicles across Europe, 21 octobre 2026www.prnewswire.com/news-releases/bolt-picks-nvidia-alpamayo-stack-to-drive-its-autonomous-vehicles-across-europe-302915420.html
- NVIDIA, European mobility leaders build safe vehicles and robotaxi fleets on NVIDIA Hyperion, 21 octobre 2026nvidianews.nvidia.com/news/european-mobility-leaders-build-safe-vehicles-and-robotaxi-fleets-on-nvidia-hyperion
- Electrek, Lucid’s 25,000 Bolt robotaxis will run on Nvidia’s self-driving software, 21 octobre 2026electrek.co/2026/10/21/lucid-bolt-robotaxi-nvidia-alpamayo-madrid-2027



