Amazon et Nvidia prêts à élargir le mix énergétique des data centers d’IA
Face à l’appétit électrique des centres de données, Amazon et Nvidia défendent une approche ouverte à toutes les sources d’énergie, y compris le gaz naturel. Les deux groupes maintiennent leurs engagements climatiques, mais soulignent que les renouvelables, le nucléaire et la capture du carbone ne peuvent pas, à eux seuls, répondre immédiatement à la hausse de la demande.

L’intelligence artificielle ne repose pas seulement sur des puces et des algorithmes. Elle dépend aussi d’une ressource très concrète : une électricité abondante, stable et disponible là où sont construits les centres de données. Or, face à l’accélération des besoins, Amazon et Nvidia ne veulent pas fermer la porte aux combustibles fossiles, notamment au gaz naturel, même si les deux entreprises affichent aussi des ambitions de décarbonation.
Cette position, exprimée par leurs représentants lors d’un échange avec des cadres des secteurs pétrolier et gazier, illustre le dilemme qui gagne toute l’industrie numérique. D’un côté, les groupes technologiques achètent massivement de l’électricité renouvelable et investissent dans de nouvelles solutions bas carbone. De l’autre, leurs infrastructures d’IA doivent pouvoir fonctionner sans interruption, alors que les nouvelles centrales, les réseaux électriques et les technologies de stockage ne se déploient pas au même rythme que les projets de data centers.
L’IA fait de l’électricité un enjeu industriel majeur
Les centres de données hébergent les serveurs qui entraînent et font fonctionner les modèles d’intelligence artificielle. Leur consommation dépend du nombre de machines installées, mais aussi de la puissance des accélérateurs de calcul et des équipements nécessaires pour les refroidir. L’IA générative concentre en particulier de nombreux processeurs dans un même site, ce qui augmente les besoins électriques locaux.
Le défi ne consiste donc pas uniquement à acheter une certaine quantité d’électricité sur une année. Un exploitant doit aussi disposer, à chaque instant, d’une puissance suffisante pour faire tourner ses installations. Il doit composer avec les capacités de production existantes, les files d’attente pour raccorder de nouveaux sites au réseau, les délais de construction des centrales et la variabilité de certaines sources renouvelables.
C’est dans ce contexte que Kevin Miller, vice-président d’Amazon chargé des centres de données mondiaux, a défendu une stratégie reposant sur « toutes les options ». Selon lui, le besoin immédiat de nouvelles capacités implique aussi le recours à une génération thermique. En pratique, cette expression désigne une électricité produite en brûlant un combustible, dont le gaz naturel fait partie.
| Repère | Ce qu’il signifie pour les infrastructures d’IA |
|---|---|
| 2027 | Jack Clark, cofondateur d’Anthropic, évoque un besoin potentiel de 50 gigawatts de nouvelles capacités électriques. |
| 50 gigawatts | Cet ordre de grandeur équivaut approximativement à la puissance de 50 réacteurs nucléaires d’un gigawatt chacun. |
| Années 2030 | Les technologies telles que le nucléaire avancé et la capture du carbone sont présentées comme des pistes dont le déploiement à grande échelle prendra du temps. |
| 2040 | Amazon vise le zéro carbone net pour ses activités, selon son engagement climatique de long terme. |
Ces chiffres ne décrivent pas la consommation d’un seul acteur ni une prévision universelle pour tous les pays. Ils donnent cependant la mesure du changement d’échelle anticipé par les entreprises du secteur. Ajouter 50 gigawatts ne revient pas à installer quelques générateurs près d’un data center : cela exige des centrales, des lignes de transport, des postes électriques et des raccordements capables d’acheminer l’énergie jusqu’aux sites concernés.
Pourquoi Amazon et Nvidia parlent-ils de « toutes les options » ?
L’expression ne signifie pas qu’Amazon et Nvidia annoncent un basculement exclusif vers les énergies fossiles. Elle traduit plutôt une hiérarchie de contraintes : avant de choisir la source idéale sur le plan climatique, il faut disposer d’une électricité raccordée, pilotable et suffisante pour répondre aux commandes des clients.
Pour Amazon, qui exploite une vaste infrastructure de cloud computing, cette question est directement opérationnelle. Les régions de cloud doivent pouvoir accueillir de nouveaux serveurs et garantir une continuité de service. Kevin Miller l’a résumé sans ambiguïté : répondre à la demande des clients en matière de capacité énergétique est « première sur notre liste de priorités ».
Nvidia se trouve dans une position différente. Le groupe fournit les puces et les systèmes de calcul qui équipent une grande partie des infrastructures d’IA, mais ce sont ses clients, fournisseurs de cloud, entreprises et exploitants de centres de données, qui doivent alimenter ces équipements. Josh Parker, directeur senior de la durabilité chez Nvidia, a lui aussi appelé à considérer toutes les options pour obtenir la capacité électrique nécessaire. Il a souligné que les priorités des clients varient : certains veulent avant tout de l’énergie propre, d’autres privilégient la disponibilité.
Cette divergence n’est pas anecdotique. Une entreprise peut viser un approvisionnement renouvelable sur le plan comptable, par exemple via des contrats d’achat d’électricité, tout en dépendant du réseau local à l’instant où ses serveurs fonctionnent. Or ce réseau peut encore inclure du gaz, du charbon, du nucléaire, de l’hydroélectricité et des renouvelables, selon les régions.
Le gaz naturel, une réponse de court terme qui a un coût climatique
Le gaz naturel est au cœur du débat parce que les centrales à gaz sont capables de produire de l’électricité de manière pilotable. Elles peuvent compléter des sources dont la production varie avec l’ensoleillement ou le vent, et peuvent parfois être construites ou modernisées plus rapidement que de grandes installations nucléaires.
Pour les entreprises confrontées à un besoin immédiat de puissance, il représente donc une solution disponible. C’est ce pragmatisme que défendent Amazon, Nvidia et Jack Clark. Le cofondateur d’Anthropic appelle les développeurs de data centers à examiner lucidement les sources effectivement accessibles, plutôt que celles qui seraient souhaitables dans un système électrique idéal.
Mais le gaz n’est pas neutre pour le climat. Sa combustion émet du dioxyde de carbone. Son extraction et son transport peuvent aussi s’accompagner de fuites de méthane, un puissant gaz à effet de serre. S’il est généralement considéré comme moins émetteur que le charbon pour produire de l’électricité, il reste une énergie fossile et entre donc en tension avec les engagements de réduction des émissions.
Le point décisif est celui de la durée. Des moyens thermiques utilisés comme réponse transitoire à une pénurie de capacité ne produisent pas le même effet qu’un verrouillage durable dans de nouvelles infrastructures fossiles. Toutefois, une centrale et son raccordement se financent sur de longues périodes. Le risque est donc que l’urgence actuelle fixe pour des années la structure énergétique de l’IA.
Les renouvelables restent centrales dans la stratégie d’Amazon
L’ouverture aux moyens thermiques ne fait pas disparaître les investissements d’Amazon dans les énergies propres. L’entreprise indique demeurer le premier acheteur mondial d’énergie renouvelable. Ces achats et contrats soutiennent le développement de projets éoliens et solaires destinés à couvrir une part croissante de ses besoins.
Amazon met également en avant des pistes technologiques censées réduire son empreinte à plus long terme. Le nucléaire peut fournir une électricité bas carbone en continu. La capture du carbone vise, elle, à retenir une partie du dioxyde de carbone émis par des installations industrielles ou de production électrique. Ces deux options ont toutefois un point commun : elles ne peuvent pas être déployées à grande échelle du jour au lendemain.
Les représentants du groupe reconnaissent que ces solutions avancées ne seront pleinement opérationnelles qu’à partir des années 2030. Entre l’autorisation des projets, leur financement, leur construction et leur raccordement, les délais sont incompatibles avec une explosion immédiate de la demande informatique.
Amazon doit donc gérer deux calendriers qui ne coïncident pas parfaitement. Le premier est celui de ses engagements environnementaux, avec un objectif de zéro carbone net d’ici 2040. Le second est celui des clients qui souhaitent aujourd’hui des capacités de cloud et d’IA supplémentaires. La stratégie « toutes les options » cherche à éviter que le second calendrier ne bloque le premier, mais elle expose aussi l’entreprise à une question de crédibilité : quelle place réelle les combustibles fossiles occuperont-ils durant la transition ?
Répondre vite à la demande d’IA : deux logiques énergétiques
Moyens immédiatement disponibles
- Le gaz naturel offre une production pilotable et adaptée aux besoins continus des centres de données.
- Les centrales thermiques peuvent compléter une production solaire ou éolienne variable.
- Cette solution répond à l’urgence de capacité, mais génère encore des émissions de carbone.
- Le charbon existe dans certains réseaux, mais son bilan environnemental suscite de fortes réserves.
Solutions bas carbone à déployer
- Les contrats d’énergie renouvelable constituent un levier majeur de décarbonation pour les grands groupes technologiques.
- Le solaire et l’éolien exigent des réseaux, du stockage ou des moyens complémentaires pour garantir l’alimentation.
- Le nucléaire peut fournir une électricité bas carbone en continu, mais ses projets s’inscrivent dans des délais longs.
- La capture du carbone est envisagée pour l’avenir, avec un déploiement attendu surtout à partir des années 2030.
Le charbon, l’option que les géants de la tech n’embrassent pas
Le débat énergétique américain s’inscrit aussi dans un contexte politique modifié. Depuis son retour à la présidence, Donald Trump a engagé les États-Unis dans une politique plus favorable aux combustibles fossiles et a amorcé le retrait américain des engagements climatiques internationaux. En avril 2025, il a signé un décret destiné à renforcer la production de charbon, l’administration reliant notamment cette orientation à la croissance attendue de la demande électrique, dont celle des centres de données.
Le charbon représente une source d’énergie abondante dans certaines régions et des centrales existent déjà. Mais il est aussi la solution la plus problématique sur le plan des émissions parmi celles évoquées. Les responsables d’Amazon et de Nvidia n’ont pas abordé directement son recours pendant le panel, ce qui signale un intérêt nettement moins affirmé que pour le gaz.
Jack Clark a lui-même rappelé que les acteurs disposent de « choix plus larges que le charbon ». Cette formule résume un consensus prudent : répondre au besoin énergétique de l’IA ne dispense pas de hiérarchiser les solutions selon leurs effets environnementaux, leur coût, leur vitesse de déploiement et leur fiabilité.
La vraie difficulté : produire, transporter et garantir l’électricité
Réduire la question à un duel entre renouvelables et fossiles serait trompeur. Un centre de données a besoin d’un système complet : une production électrique, un réseau suffisamment dimensionné, des raccordements disponibles et des dispositifs de secours. Une centrale renouvelable construite loin d’un nouveau campus informatique ne résout pas automatiquement le problème si les lignes électriques nécessaires n’existent pas.
Le développement du stockage, l’amélioration des réseaux et la gestion plus fine de la consommation peuvent aider à intégrer davantage d’énergies renouvelables. De même, les exploitants peuvent rechercher des zones où la production bas carbone et les capacités de raccordement sont déjà importantes. Mais ces solutions demandent des investissements et des décisions publiques qui dépassent les seules entreprises technologiques.
Pour Nvidia, l’enjeu est également commercial. Si les opérateurs de cloud ne trouvent pas l’énergie nécessaire pour installer leurs équipements, la demande de matériel informatique peut se heurter à une contrainte physique. Pour Amazon, l’énergie détermine plus directement la possibilité d’ouvrir et d’étendre ses régions de cloud. Dans les deux cas, la bataille de l’IA devient aussi une bataille pour les mégawatts disponibles.
Ce qu’il faut surveiller
La déclaration d’Amazon et de Nvidia fixe moins une destination qu’une méthode : ne pas exclure les solutions immédiatement accessibles pour soutenir l’expansion de l’IA. La question essentielle sera désormais de savoir si le gaz sert réellement de passerelle temporaire, ou s’il devient le socle durable de nouveaux centres de données.
Plusieurs signaux permettront de juger la trajectoire du secteur. Il faudra suivre la part des nouvelles capacités réellement couverte par des contrats renouvelables, la vitesse de construction des réseaux, l’avancée des projets nucléaires et de capture du carbone, ainsi que les émissions associées aux infrastructures numériques. Les annonces de puissance électrique ne suffiront pas : leur localisation, leur source et leur durée d’utilisation compteront tout autant.
L’enjeu dépasse Amazon, Nvidia et Anthropic. À mesure que l’IA s’étend, les choix énergétiques des plateformes numériques pèseront sur les réseaux, les factures, les émissions et la planification industrielle. Le défi n’est pas seulement de faire fonctionner des machines plus puissantes. Il est de les alimenter sans faire reculer les objectifs climatiques que ces mêmes entreprises disent poursuivre.
Questions fréquentes
Pourquoi l’intelligence artificielle consomme-t-elle autant d’électricité ?
Les modèles d’IA sont entraînés et utilisés dans des centres de données remplis de serveurs et d’accélérateurs de calcul. Ces équipements ont besoin d’électricité pour traiter les données, mais aussi pour le refroidissement et les infrastructures réseau. Le défi augmente lorsque de nombreuses puces très puissantes sont regroupées sur un même site.
Amazon va-t-il alimenter ses data centers d’IA au gaz naturel ?
Amazon n’annonce pas l’abandon des renouvelables ni un passage exclusif au gaz. Kevin Miller explique qu’il faut envisager toutes les options pour obtenir rapidement une capacité électrique fiable. Le gaz naturel fait partie des moyens thermiques pouvant répondre à court terme à cette contrainte, en attendant le déploiement de solutions bas carbone supplémentaires.
Quel est l’objectif climatique d’Amazon pour 2040 ?
Amazon vise le zéro carbone net d’ici 2040. L’entreprise affirme rester le premier acheteur mondial d’énergie renouvelable et investir aussi dans le nucléaire et la capture du carbone. Le problème soulevé en 2025 est celui du décalage entre cet objectif de long terme et les besoins immédiats en électricité des nouveaux centres de données.
Pourquoi Anthropic évoque-t-il 50 gigawatts de nouvelles capacités d’ici 2027 ?
Jack Clark utilise cette estimation pour illustrer l’ampleur du défi énergétique créé par l’essor de l’IA. Cinquante gigawatts représentent environ la puissance de 50 réacteurs nucléaires d’un gigawatt. Il ne s’agit pas d’une consommation attribuée à une seule entreprise, mais d’un ordre de grandeur destiné à souligner l’urgence des besoins de nouvelles capacités.
Le charbon peut-il alimenter les centres de données d’IA ?
Techniquement, des centres de données raccordés à certains réseaux peuvent recevoir une électricité incluant du charbon. Politiquement, l’administration Trump pousse à renforcer cette filière. Mais les responsables d’Amazon et de Nvidia n’ont pas défendu cette option, et Jack Clark estime qu’il existe des choix plus larges, notamment en raison du lourd impact climatique du charbon.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- CNBC, échanges d’Amazon, Nvidia et Anthropic sur l’énergie nécessaire aux centres de données d’IA, avril 2025www.cnbc.com/technology
- Amazon, informations sur les engagements environnementaux et énergétiques du groupesustainability.aboutamazon.com
- Maison-Blanche, décrets et actions présidentielles de l’administration américainewww.whitehouse.gov/presidential-actions



