IA : Exxon et Chevron misent sur le gaz pour alimenter les centres de données
Face aux besoins électriques des centres de données d’IA, Exxon Mobil et Chevron avancent leurs solutions au gaz naturel. Les groupes technologiques restent engagés dans le solaire, l’éolien et le nucléaire, mais l’urgence de disposer d’une puissance fiable ouvre un nouveau terrain d’alliance.

L’intelligence artificielle ne se résume pas à des modèles, des puces et des logiciels. Elle repose aussi sur une ressource beaucoup plus matérielle : l’électricité. À mesure que les centres de données destinés à l’IA se multiplient, leur alimentation devient un enjeu industriel de premier plan. Dans ce contexte, Exxon Mobil et Chevron voient une occasion de mettre leurs infrastructures et leur expertise gazière au service des grandes entreprises technologiques.
Le rapprochement ne signifie pas que les géants du numérique abandonnent leurs objectifs climatiques, ni leurs contrats dans le solaire et l’éolien. Il révèle plutôt une contrainte très concrète : un centre de données doit pouvoir compter sur une électricité disponible en permanence, tandis que les capacités renouvelables, nucléaires et de réseau ne se déploient pas toutes au même rythme. Le gaz naturel, assorti de dispositifs de capture du CO2, est donc présenté par les pétroliers comme une réponse rapide à cette nouvelle demande.
Les centres de données d’IA changent l’équation énergétique
Un centre de données rassemble des serveurs, des équipements de réseau et des systèmes de refroidissement qui fonctionnent sans interruption. Les charges de calcul liées à l’IA, notamment l’entraînement et l’utilisation de grands modèles, accroissent la puissance électrique nécessaire. Pour les opérateurs, la question ne consiste pas seulement à acheter des kilowattheures : il faut aussi garantir une alimentation stable, prévisible et suffisamment proche des installations informatiques.
C’est là que les groupes pétroliers entendent intervenir. Ils disposent d’une longue expérience des grands projets, des chaînes d’approvisionnement en gaz et des infrastructures de transport. Selon la stratégie défendue par Exxon Mobil, une centrale au gaz construite pour un centre de données pourrait être installée sans dépendre directement du réseau électrique traditionnel. Cette autonomie est présentée comme un moyen d’accélérer le déploiement, alors que le raccordement à un réseau déjà sollicité peut prendre du temps.
Cette logique ne fait pas du gaz une énergie neutre pour le climat. Sa combustion génère du CO2 et son extraction comme son transport posent aussi la question des émissions de méthane. L’argument d’Exxon Mobil repose donc sur l’association entre gaz naturel, production locale d’électricité et capture du carbone.
Exxon Mobil veut proposer une centrale au gaz avec capture du CO2
Exxon Mobil a dévoilé un projet de centrale au gaz conçue pour alimenter spécifiquement un centre de données. Le groupe indique que des technologies de capture du carbone devraient permettre de réduire de 90 % les émissions de cette centrale. L’entreprise n’a toutefois pas communiqué, à ce stade, le nom du client potentiel ni le calendrier de mise en service.
Sa directrice financière, Kathryn Mikells, a indiqué qu’un partenariat avec d’autres industriels serait mis en place afin de garantir à la fois une haute fiabilité et une faible intensité carbone. Les partenaires concernés n’ont pas été identifiés publiquement. L’enjeu est de taille : un exploitant de centre de données ne cherche pas uniquement une capacité électrique, mais une fourniture continue qui puisse s’intégrer à ses engagements de réduction des émissions.
Exxon Mobil ne se présente pas pour autant comme un nouvel énergéticien généraliste. Le groupe mise avant tout sur ce qu’il considère comme ses points forts : fournir le gaz, piloter de grandes infrastructures et capter les émissions associées à la production électrique. Son projet vise donc un modèle d’alimentation dédié, plutôt qu’une diversification globale dans la production d’électricité.
| Approche énergétique | Acteurs cités | Atout recherché pour les centres de données | Principale contrainte |
|---|---|---|---|
| Centrale au gaz avec capture du CO2 | Exxon Mobil, Chevron | Une production disponible et potentiellement déployée rapidement | Les émissions résiduelles et l’impact climatique du gaz restent des sujets centraux |
| Éolien et solaire | Alphabet, Amazon, Microsoft, Meta | Une électricité renouvelable déjà largement intégrée à leurs stratégies | La production varie selon les conditions météorologiques |
| Nucléaire | Microsoft, Amazon, Google, Meta | Une production électrique pilotable et à faibles émissions directes de CO2 | Les projets de centrales exigent généralement des délais importants |
L’équation énergétique des centres de données d’IA
Gaz avec capture du CO2
- Production électrique disponible à la demande pour des installations fonctionnant en continu.
- Exxon Mobil envisage une centrale dédiée, potentiellement indépendante du réseau électrique traditionnel.
- Le groupe vise une réduction de 90 % des émissions de la centrale grâce à la capture du carbone.
- La dépendance à une énergie fossile et les émissions de méthane restent des enjeux environnementaux.
Nucléaire et renouvelables
- L’éolien et le solaire demeurent au cœur des stratégies énergétiques des grands groupes technologiques.
- Le nucléaire offre une production continue à faibles émissions directes de CO2.
- Les renouvelables doivent composer avec une production variable selon la météo.
- Les centrales nucléaires demandent des délais de préparation et de construction importants.
Un réseau de CO2 déjà au cœur de la stratégie d’Exxon
La proposition d’Exxon Mobil s’appuie sur des investissements déjà engagés dans le transport du carbone. Le groupe a consacré des ressources importantes à un réseau de capture situé le long de la côte du Golfe des États-Unis. Il comprend plus de 900 miles de pipelines destinés à transporter du dioxyde de carbone.
Pour Exxon Mobil, les centres de données constituent un débouché potentiel majeur pour cette activité. L’entreprise estime que la décarbonation des installations d’IA pourrait représenter jusqu’à 20 % de son marché adressable total pour les technologies de capture du carbone à l’horizon 2050. Le marché adressable désigne ici l’ensemble des opportunités commerciales que l’entreprise considère comme accessibles à terme.
Ce calcul montre pourquoi l’IA attire désormais l’attention des énergéticiens. Longtemps, la capture du carbone a surtout été associée aux industries lourdes, comme la chimie, le ciment ou l’acier. La perspective de centrales dédiées à des infrastructures numériques ouvre un nouveau cas d’usage : conserver une production électrique pilotable tout en réduisant la part de CO2 rejetée par la centrale.
Chevron se positionne lui aussi sur ce terrain. Jeff Gustavson, président de la nouvelle branche énergie du groupe, a souligné que Chevron était bien placé pour participer à la fourniture d’énergie aux centres de données. À la date de publication de cet article, Chevron n’a pas détaillé de projet comparable à celui annoncé par Exxon Mobil.
Pourquoi les géants technologiques regardent aussi vers le nucléaire
Les grandes entreprises technologiques n’ont pas attendu l’essor récent de l’IA pour investir dans l’électricité bas-carbone. Alphabet, Amazon, Microsoft et Meta ont privilégié, jusqu’ici, des contrats et des investissements liés à l’éolien et au solaire. Ces sources restent essentielles à leurs stratégies climatiques, mais elles ne répondent pas seules à toutes les exigences de continuité d’alimentation.
C’est pourquoi le nucléaire revient au centre des discussions. Microsoft collabore au projet de redémarrage du réacteur de Three Mile Island. Amazon s’intéresse à des projets de petits réacteurs nucléaires, souvent qualifiés de micro-réacteurs. Google investit dans les futures générations de réacteurs nucléaires, tandis que Meta appelle à des propositions pour construire de nouvelles centrales nucléaires.
Le nucléaire présente un avantage recherché par les opérateurs de centres de données : il peut fournir une production continue, indépendamment du vent ou de l’ensoleillement. Mais les projets nucléaires exigent des études, des autorisations, des financements et des chantiers qui s’inscrivent dans des calendriers longs. Les acteurs pétroliers utilisent précisément cet écart de calendrier pour défendre le gaz comme solution plus immédiatement disponible.
Le gaz peut-il être une solution durable pour l’IA ?
Pour Darren Woods, directeur général d’Exxon Mobil, l’industrie pétrolière est mieux placée que le nucléaire pour répondre rapidement aux besoins énergétiques de l’IA. Son raisonnement tient à la vitesse de construction et à l’expérience opérationnelle des entreprises du secteur dans les grands équipements gaziers et les réseaux de pipelines.
Il reste néanmoins une tension majeure. Le gaz naturel émet généralement moins de CO2 à la combustion que les combustibles fossiles les plus carbonés, mais il demeure une énergie fossile. La promesse d’une centrale « bas-carbone » dépendra donc de la performance réelle des équipements de capture, de la quantité de CO2 effectivement stockée, de la durabilité du stockage et de la maîtrise des émissions de méthane tout au long de la chaîne d’approvisionnement.
L’objectif de réduction de 90 % avancé par Exxon Mobil concerne les émissions de la centrale envisagée. Il doit être lu comme une cible associée à son projet, et non comme la preuve qu’un centre de données alimenté au gaz deviendrait automatiquement neutre en carbone. Pour les entreprises technologiques, dont les engagements environnementaux sont scrutés de près, cette nuance est déterminante.
Une nouvelle convergence entre pétrole, cloud et infrastructures
Les relations entre pétroliers et entreprises technologiques ne se limitent plus aux logiciels, à la cybersécurité ou à l’analyse de données dans les opérations industrielles. L’électricité elle-même devient un terrain de coopération. Les acteurs du cloud et de l’IA ont besoin de capacités énergétiques à grande échelle. Les groupes pétroliers cherchent, de leur côté, des marchés où valoriser leurs infrastructures gazières et leurs projets de capture du carbone.
Cette convergence pourrait modifier l’implantation des futurs centres de données. Une installation conçue avec sa propre centrale et un dispositif de capture du CO2 n’obéit pas aux mêmes contraintes qu’un site raccordé à un réseau électrique existant. Elle suppose toutefois un accès au gaz, des infrastructures de transport du carbone, des sites de stockage et des autorisations adaptées.
La promesse d’une alimentation hors réseau peut raccourcir certaines étapes, mais elle ne fait pas disparaître les exigences industrielles et environnementales. Construire une centrale, acheminer le combustible, capter le CO2 et le stocker durablement constituent un ensemble complexe. C’est précisément sur cette complexité que les majors pétrolières entendent faire valoir leur savoir-faire.
Ce qu’il faut surveiller
Au cours des prochaines années, le sujet ne sera pas seulement de savoir si l’IA augmente la consommation électrique. Il s’agira d’observer quelles solutions seront effectivement construites, dans quels délais et avec quel niveau d’émissions mesuré. Les annonces d’Exxon Mobil et le positionnement de Chevron illustrent l’arrivée du gaz et de la capture du carbone dans la compétition pour alimenter les centres de données.
Plusieurs questions resteront décisives : les centrales dédiées trouveront-elles des clients identifiés ? Les technologies de capture atteindront-elles les performances annoncées ? Le nucléaire avancera-t-il assez vite pour répondre à la demande ? Et les renouvelables, soutenues par des réseaux et des moyens de stockage, pourront-elles assurer une part croissante de cette alimentation ?
La réponse dessinera un aspect très concret de l’économie de l’IA : derrière les assistants conversationnels et les outils génératifs, la course se joue aussi dans les centrales, les lignes électriques, les pipelines et les infrastructures de stockage du carbone.
Questions fréquentes
Pourquoi les centres de données d’IA ont-ils besoin de nouvelles sources d’énergie ?
Les centres de données font fonctionner en continu des serveurs, des équipements réseau et des systèmes de refroidissement. Les charges de calcul liées à l’intelligence artificielle augmentent leurs besoins électriques. Les opérateurs recherchent donc des capacités de production fiables, disponibles en permanence et assez rapides à déployer pour accompagner leurs nouveaux projets.
Exxon Mobil construit-elle une centrale au gaz pour un centre de données d’IA ?
Exxon Mobil a dévoilé un projet de centrale au gaz conçue pour alimenter spécifiquement un centre de données. Le groupe prévoit d’y associer une technologie de capture du carbone et vise une réduction de 90 % des émissions de la centrale. À ce stade, l’entreprise n’a pas révélé le client potentiel ni le calendrier de lancement.
La capture du carbone rend-elle le gaz naturel propre pour alimenter l’IA ?
Non, elle ne rend pas automatiquement le gaz naturel neutre pour le climat. La capture vise à récupérer une partie du CO2 produit par une centrale, mais son efficacité dépend du fonctionnement réel des installations et du stockage durable du carbone. Les émissions liées à l’extraction et au transport du gaz, notamment le méthane, restent aussi un enjeu.
Pourquoi Microsoft, Amazon, Google et Meta s’intéressent-ils au nucléaire ?
Ces groupes ont déjà investi dans l’éolien et le solaire, mais ils recherchent également une production pilotable pour alimenter leurs infrastructures en continu. Microsoft soutient le redémarrage de Three Mile Island, Amazon explore les petits réacteurs, Google investit dans de futures générations de réacteurs et Meta sollicite des propositions pour de nouvelles centrales nucléaires.
Quel rôle Chevron veut-il jouer dans l’alimentation des centres de données ?
Chevron se dit bien positionné pour participer à la fourniture d’énergie aux centres de données. Jeff Gustavson, président de la nouvelle branche énergie du groupe, a souligné cette ambition. À la date du 14 décembre 2024, Chevron n’avait toutefois pas détaillé publiquement un projet de centrale dédiée comparable à celui présenté par Exxon Mobil.
Sources
Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.
- Reuters, rubrique Énergiewww.reuters.com/business/energy
- ExxonMobil, actualités et informations sur la capture du carbonecorporate.exxonmobil.com/news
- Microsoft News, annonces sur les infrastructures et l’énergienews.microsoft.com



